"Même si c'est Berne la capitale, le Zurichois se sent parfois le chef du pays. Il y a une certaine arrogance dans son chef car il sait qu'il habite la ville la plus importante de la nation et qu'il apporte l'argent mais il s'agit d'une arrogance discrète ", lâche Giovanni Marti, directeur marketing et communication du FC Zürich. Il n'a pas tort : il ne manque pas grand-chose à cette ville de plus d'un million d'habitants, élue pour la sixième année d'affilée par l'institut Mercer à la deuxième place du classement des villes mondiales pour la qualité de vie. Signe ostensible de l'argent, les grosses demeures des banquiers paressent au bord de la Limmat, le ruisseau qui se jette dans le lac. Ici, plus qu'ailleurs, la qualité de vie a un prix. Les montagnes à moins d'une demi-heure, les lacs et les espaces verts parsemant le centre-ville, une activité culturelle foisonnante et une scène artistique avant-gardiste : Zürich est la ville suisse qui bouge et propose le plus de choses.
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"Même si c'est Berne la capitale, le Zurichois se sent parfois le chef du pays. Il y a une certaine arrogance dans son chef car il sait qu'il habite la ville la plus importante de la nation et qu'il apporte l'argent mais il s'agit d'une arrogance discrète ", lâche Giovanni Marti, directeur marketing et communication du FC Zürich. Il n'a pas tort : il ne manque pas grand-chose à cette ville de plus d'un million d'habitants, élue pour la sixième année d'affilée par l'institut Mercer à la deuxième place du classement des villes mondiales pour la qualité de vie. Signe ostensible de l'argent, les grosses demeures des banquiers paressent au bord de la Limmat, le ruisseau qui se jette dans le lac. Ici, plus qu'ailleurs, la qualité de vie a un prix. Les montagnes à moins d'une demi-heure, les lacs et les espaces verts parsemant le centre-ville, une activité culturelle foisonnante et une scène artistique avant-gardiste : Zürich est la ville suisse qui bouge et propose le plus de choses. A Zürich ouest, les boutiques branchées ont investi le rez-de-chaussée d'un viaduc ferroviaire. Un peu plus loin, la marque Freitag, qui propose des sacs recyclés à base de bâches de camions, de ceintures de sécurité et de vieux pneus, a construit une tour en empilant des conteneurs. Zürich, c'est un peu cela. Un mélange de rigueur alémanique et de confiance débridée. Si un club de foot a pour vocation de refléter sa ville, le FC Zürich a raté son coup. " Le Zurichois est froid et distant et il a besoin de confiance pour s'ouvrir ", continue Marti. Au FC Zürich, c'est tout le contraire. Les supporters de la Zürcher Südkurve sont parmi les plus chauds du pays et au club, on joue la carte de l'humilité et de la discrétion. Le logo du club résume en partie cela. Trois lettres. FCZ. Austère mais efficace. " On est resté simple ", affirme Marti. " On n'a pas de grandes stars et ce n'est pas nous qui allons dire au Standard - Attention, on arrive ! ". Pas d'ostentation non plus au centre d'entraînement, situé près du centre-ville, dans un espace boisé que les pros partagent avec les enfants en stage. A peine, voit-on un couloir siglé FCZ. Le FC Zürich est humble mais demeure confiant en ses capacités que, surtout, on s'appliquera à taire. A Zürich, le secret n'est pas que bancaire. Il se cultive. Samedi, le FC Zürich disputait son deuxième match de championnat. Le premier dans son antre, le fameux Letzigrund, davantage reconnu pour son meeting d'athlétisme que pour les rencontres du FCZ. Et c'est bien là le n£ud du problème. L'enceinte a été remise à neuf pour l'Euro 2008 mais cette réhabilitation a davantage accentué le côté athlétique. Ce stade, c'est un peu devenu le drame de Zürich. Depuis deux ans, les deux clubs de la ville doivent le partager et ils n'aiment pas cela. Comme dans toute ville d'Europe, une rivalité féroce (mais toujours dans les limites de la mesure : on est en Suisse !) existe entre les deux entités. D'un côté, le Grasshopper, l'aristocrate, le plus titré de Suisse, le lieu de rencontre de la noblesse et des banquiers. De l'autre, le FC Zürich, l'idole des classes populaires, le parent pauvre au niveau palmarès. Mais depuis cinq ans, la roue a tourné. Le Getzécomme on l'appelle (des initiales GC) croule sous les dettes et doit se contenter de faire de la figuration alors que le FC Zürich, toujours dans son style sobre et discret, est devenu le rival le plus constant du FC Bâle. En 2006, à l'instar de leur hôte liégeois du jour, cela faisait 25 ans que les sympathisants du FCZ attendaient un titre. Un an après avoir soulevé la Coupe en 2005, Zürich mettait fin aux attentes des supporters. " Je n'ai jamais connu pareille fête dans la ville ", souligne avec fierté Marti. Trois titres en cinq ans (2006, 2007 et 2009), de quoi bouleverser la hiérarchie régionale. Au Grasshopper, on fait le gros dos et on laisse l'orage passer, se raccrochant à ses innombrables pieds de nez envoyés à la face de son voisin. Comme cette victoire dans le derby, à deux journées de la fin de la défunte saison. Alors que le FC Zürich occupait la tête, cette défaite permettait à Bâle de le coiffer sur le fil. Pourtant, depuis deux ans, les deux rivaux sont bien obligés de cohabiter dans un stade que personne n'aime. Ni le Grasshopper qui a dû quitter son antre du Hardturm jugé trop obsolète, ni le FCZ qui ne trouve pas dans ce stade froid un lieu adéquat pour ses bouillants supporters. " Le vieux Letzigrund n'était pas très joli mais tout le monde l'aimait ", explique Marti. " Aujourd'hui, on a un beau stade mais qui n'est pas pratique et pas fait pour le football. A Zürich, on privilégie toujours l'art à l'aspect pratique. "En coulisses, cela discute et bouge pour trouver une meilleure solution. Un projet de stade de 35.000 places pour les deux clubs avait été voté. Il devait prendre place sur l'emplacement de l'ancien Hardturm mais les riverains se sont opposés à ce projet et ont obtenu gain de cause. Depuis lors, un nouveau projet de 19.000 places a vu le jour. Toujours sur le même emplacement et on évoque 2017 pour son inauguration. " Certes, le Hardturm, c'est la maison du Getzé, pas la nôtre mais on s'est fait une raison car il nous fallait avant tout un stade de foot ", reconnaît amèrement le directeur sportif Fredy Bickel. Pourtant, samedi, face au Servette, le stade ne sonnait pas creux. Sa base plus populaire a fait du FCZ le club le plus suivi de la ville. Alors que les sauterelles doivent se satisfaire de 7.000 personnes de moyenne, le FCZ est proche des 12.000. Face au Servette, il y avait 9.100 supporters. " Certes, ce n'est pas Bâle ou Saint-Gall au niveau de l'ambiance mais le FC Zürich se défend bien. D'autant plus que la ville offre de nombreuses distractions et que le Zurichois est attiré par essence bien plus par le théâtre et l'opéra que par le football ", nous livre Peter Bühler, journaliste au Tages Anzeige. Pourtant, même si le noyau dur du virage sud ne cesse de donner de la voix, l'immensité du stade et la piste d'athlétisme donnent davantage l'impression d'une coquille vide. Les gradins sont parsemés dans les trois autres tribunes et les vendeurs de bretzels ne doivent pas hausser la voix pour se faire entendre. Face au Servette, le FCZ a montré son plus beau et plus laid visage. Avec au bout du compte, une deuxième défaite d'affilée et un bilan de 0 sur 6 pour débuter le championnat. De quoi faire tache pour un club qui visait le titre et qui partait avec certaines certitudes, son noyau n'ayant pas connu de gros changements. " On avait insisté pour pouvoir garder cette équipe qui avait terminé deuxième de façon à être d'attaque dès le début de la saison et pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions et en définitive, on a 0 point après deux rencontres ", explique, désabusé, l'entraîneur Urs Fischer. Croyant s'adresser à un confrère de suisse romande, il renâcle à parler français. " A Zürich, on parle l'Allemand. Quand je viendrai à Genève, je m'exprimerai en français ", dit-il tout sourire... en français avant de comprendre qu'il a affaire à un magazine belge. C'est un peu cela, Urs Fischer. Un mélange de rigueur et de séduction. Il n'hésite pas à embrasser et à tutoyer ses joueurs mais en contrepartie, ceux-ci doivent lui rendre son affection en se battant sur le terrain. Mais Fischer, c'est surtout l'histoire d'un gars déterminé, d'un guerrier, lié indéfiniment à l'histoire du FC Zürich. " Dans l'histoire de chaque club, il y a toujours un ou deux porte-drapeaux ", explique Marti, " A Zürich, il y a Kobi Kuhn, l 'ancien sélectionneur de Suisse et Urs Fischer ! Il a fait toute sa carrière ici, sauf une période de deux ans quand nous sommes descendus et qu'il a rejoint Saint-Gall. Il a tout fait pour devenir l'entraîneur du FCZ et personne ne connait mieux la maison que lui. " L'histoire se passe lors de la saison 2009-2010. Alors que Bernard Challandes a offert le titre aux Zurichois, il est licencié suite à un début de saison calamiteux. " Aucune décision ne fut plus douloureuse à prendre pour le président Ancillo Canepa que ce limogeage. Challandes a pleuré en quittant le club ", se souvient Bickel. Alors que la presse spécule sur les noms de Marcel Koller ou de Christian Gross, la direction décide, pour marquer une rupture et par désir d'une nouvelle tête, de faire confiance à l'enfant du club, qui a officié chez les U15, U18 et U21 mais qui n'a aucune expérience à ce niveau-là. De plus, les dirigeants savaient exactement comment Fischer fonctionnait. " Cela n'a pas très bien débuté pour Fischer ", dit Bickel " mais lorsque le président l'a prolongé au soir d'une défaite 4-0, tout le monde a su à quoi s'en tenir. La machine s'est mise en route et la saison dernière, Fischer a fait du très bon travail en terminant vice-champion. Nous y croyions beaucoup mais on devait bien être les seuls car après le titre 2009, le club s'était focalisé sur la Ligue des Champions. Nous avions rencontré Marseille, le Real et l'AC Milan et cela nous avait coûté beaucoup d'énergie. Finalement, on avait terminé septième. On parlait alors de reconstruction. " Pour se refaire, le club décidait de lancer ses jeunes et à la surprise générale, la greffe prenait. Le FCZ jouait la tête et ne lâchait qu'à deux journées de la fin. Et le tout en évoluant offensivement. Le FC Zürich est également réputé pour produire le plus beau jeu de Suisse. Cette tradition remonte à 2006 et à l'arrivée de Lucien Favre au poste d'entraîneur. Dès sa première saison, celui qui allait ensuite officier au Herta Berlin et au Borussia Mönchengladbach, décrochait le titre avant de doubler la mise en 2007. Challandes, son successeur, reprit le flambeau et perpétua cette recherche de jeu. Fischer s'est donc immédiatement inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, le caractère en plus. " C'est un compétiteur né. En mars, le FC Zürich comptait dix points de retard sur le FC Bâle et des journaux avaient déjà félicité Bâle pour son titre. Fischer n'a pas admis cette donne et à partir de ce moment-là, le FCZ n'a rien lâché, comblant le fossé. A trois matches de la fin, on était premier et Fischer a alors lâché en conférence de presse - Ils sont où les gens qui félicitaient Bâle il y a deux mois ? " En cinq ans, le FC Zürich s'est donc inscrit comme un des fleurons du football suisse. Trois titres, une image de bonne gestion et de simplicité. Même les Suisses romands adhèrent. " Contrairement à Bâle qui a une image arrogante, le FC Zürich, malgré son ancrage alémanique, suscite beaucoup de sympathie du coté francophone ", explique Christian Maillard, journaliste au Matin. " Je crois que les gens nous aiment bien parce qu'on a misé sur les jeunes, qu'on donne la priorité au jeu et qu'on reste assez discret ", confirme Bickel. Le FC Zürich est loin de fonctionner avec le plus gros budget. Comparé à Bâle qui tourne aux alentours des 35 millions de francs suisses (30 millions d'euros), Zürich doit se contenter de 20 millions de francs suisses (17 millions d'euros), ce qui en fait le troisième budget de l'Axpo Super League, derrière Bâle et les Young Boys Berne. Cette saison, la voilure a même été réduite, passant de 26 à 20 millions. La faute à l'absence de coupe d'Europe la saison dernière. C'est pour cette raison que le club a décidé de ne pas faire dans le tape-à-l'£il et de miser sur les jeunes. Le 19 avril dernier, il y avait 8 joueurs formés au club dans le onze de base. Aujourd'hui, des garçons comme Philippe et Raphael Koch, Adrian Nikci, Marco Schönbächler et surtout le petit prodige Admir Mehmedi font partie de l'équipe nationale Espoirs, vice-championne au dernier Euro qualificatif pour les prochains Jeux Olympiques. L'académie zurichoise a également formé Gokhan Inler et Blerim Dzemaili (aujourd'hui à Naples) ainsi que Almen Abdi (Udinese). " Notre vocation, c'est de préparer des joueurs pour les grandes ligues ", dit d'ailleurs Bickel. Pour encadrer ces jeunes, le FCZ a rapatrié quelques anciens comme Ludovic Magnien (ex-Werder de Brême) ou Xavier Margaraiz (ex-Osasuna). Oui mais pas à n'importe quel prix ! " Avant d'engager quelqu'un, on lui explique notre projet et il faut qu'il y adhère ", continue Bickel, directeur sportif depuis 2003 et reconnu comme un des maillons essentiels dans le succès des dernières années. " Nous, on est resté simple et on ne veut pas de grandes stars ni de mercenaires. Ceux qui viennent ici doivent vivre avec la philosophie zurichoise et être fiers de porter la vareuse. " PAR STÉPHANE VANDE VELDE"On est resté simple et on ne veut pas de grandes stars, ni de mercenaires. Ceux qui viennent ici doivent vivre avec la philosophie zurichoise et être fier de porter la vareuse " (Freddy Bickel, directeur sportif du FC Zürich) "On a un beau stade mais pas fait pour le football. A Zürich, on privilégie toujours l'art à l'aspect pratique " (Giovanni Marti, directeur marketing et communication du FC Zürich)