Aucun des deux n'arbore de n£ud papillon, mais Yannick Vervalle et Marco Ingrao sont membres à part entière des forces de gauche du parlement des Dragons.
...

Aucun des deux n'arbore de n£ud papillon, mais Yannick Vervalle et Marco Ingrao sont membres à part entière des forces de gauche du parlement des Dragons. Ils se chambrent, ils se marrent et vivent bien leur jeunesse. Marco Ingrao sera bientôt papa. Mons est synonyme de bouée de sauvetage pour ces deux joueurs échoués comme des cachalots étourdis sur les plages de La Louvière et de Genk. Là, leur avenir était plus qu'incertain. Cette situation était d'autant plus incompréhensible que ces jeunes talents belges disposent d'atouts non négligeables. Ils sont gauchers et cette qualité ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval. Yannick Vervalle est rapide comme le vent et sait semer le trouble entre les lignes adverses. Marco Ingrao est un fin technicien doté d'une des plus belles dégaines du gauche en D1 : ses centres ont souvent un goût de caviar. La Louvière fait désormais toutes ses courses dans les grandes surfaces françaises. Il n'y a plus beaucoup de place pour les produits belges dans le petit magasin du Tivoli qui a cependant prêté Yannick Vervalle sans option d'achat à son voisin louviérois. N'est-ce pas la preuve qu'il retrouvera sa place dans le stock de la RAAL la saison prochaine ? " Ce sont des soucis pour plus tard ", dit-il. " Je dois jouer, être utile et aider Mons à garder sa place en D1. Le reste suivra ". Marco Ingrao sursaute un peu quand on lui tend une déclaration de Jos Vaessen, le président de Genk, sous les yeux : " C'est un fainéant ". Cela n'a aucun rapport avec ses qualités sportives. En fait, le Liégeois est aussi doué pour les langues qu'un chat pour la nage à la brasse. Un exemple : il ne comprend pas non plus le borain de Michel Wintacq... " A La Louvière, cette saison, je n'étais plus considéré comme avant ", intervient Yannick Vervalle. " J'étais la cinquième roue de la charrette et, à ma place, on a parfois essayé tout le monde avant de penser à moi : Michael Klukowski, Gunter Van Handenhoven, Yannick Zambernardi, Julien Pineli, etc. C'était évident : je ne faisais absolument pas partie des plans d' Albert Cartier. Sous la direction d 'Ariel Jacobs, il y avait toujours une place pour moi : arrière gauche, médian gauche, récupérateur, numéro 10, etc. En général, j'étais posté devant Klukowski. Notre duo était très complémentaire. Je savais quand le Canadien allait mettre le nez à la fenêtre ou exploiter sa frappe et son jeu long. Il me couvrait parfaitement quand je montais dans le camp adverse. C'était rassurant. Je me sentais bien, l'équipe était unie, solide, généreuse. Quand cela n'allait pas, le secours des autres était immédiat. Pour moi, cette saison, c'était clair, je devinais parfaitement où tout cela me menait. Je me suis souvent entretenu avec le coach français. Il me conseillait mais sur le terrain, ce n'était jamais assez. J'ai caviardé une immense occasion de but à Anderlecht. Cela peut arriver à tout le monde J'ai été le premier à m'en mordre les doigts et, à partir de ce moment-là, ce fut terminé pour moi ". Vervalle doit se souvenir avec émotion qu'il avait été cité un jour à l'Espanyol Barcelone. Vainqueur de la Coupe de Belgique, La Louvière s'était mesurée avec brio à Benfica en Coupe d'Europe de l'UEFA. Cela intéressa quelques clubs. " L'affaire a capoté en dernière minute ", se rappelle Vervalle. " Mais il faut rester ambitieux et j'ai la volonté de me retrouver un jour dans un grand club. Dès que le départ de Michaël Klukowski fut évoqué, La Louvière chercha du renfort en France. Il ne fallait pas me faire un dessin : je n'allais jamais jouer durant le deuxième tour. Je me suis intéressé à d'autres possibilités. L'offre de Mons, en décembre, m'a tout de suite plu. J'avais la possibilité d'hériter de plus de temps de jeu. C'est ce que je cherchais. J'ai directement trouvé des atomes crochus avec Mons. Je devinais que rien ne serait facile mais la réalité a prouvé que le club avait des atouts ". Marco Ingrao débarqua six mois plus tôt que Yannick Vervalle au stade Tondreau. S'était-il inspiré de l'exemple de Muhamet Yoldas qui, venu lui aussi de Genk, avait relancé sa carrière à Mons ? Le Belgo-Turc participa au sauvetage de Mons la saison passée avant de trouver de l'embauche dans le pays de ses ancêtres. Ingrao avait cependant eu une trajectoire plus prometteuse que celle de Yoldas dans le Limbourg. Incorporé dans le noyau A par Johan Boskamp, il se révéla sous l'aile de Sef Vergoossen. Cela lui valut de prendre part à la Ligue des Champions. Rien que du bonheur pour un jeune homme. René Vandereycken le raya très vite de ses cadres. Il ne lui restait plus qu'à prendre son bâton de pèlerin afin de tenter sa chance à Mons. Brescia s'était précédemment intéressé à lui. Il fut gêné par quelques blessures alors que le nouveau navire de Sergio Brio, une espèce d' Amerigo Vespucci d'un autre temps, s'abîmait sur les côtes du football belge. Ingrao n'a pas vu grand-chose de ce naufrage mais précise tout de même : " L'entraîneur italien imposait une pression difficile à gérer. Les joueurs étaient écrasés sous son joug. Tout le monde était stressé et cela peut expliquer pas mal de choses. Le groupe avait peur ". Jos Daerden s'installa dans le vestiaire de coach en chef un peu après l'affaire du pot de chocolat. Ingrao n'était évidemment pas un inconnu pour le nouveau coach montois. Daerden fut durant deux ans et demi l'adjoint de Vergoossen à Genk où il croisa quotidiennement Ingrao. Ce dernier fut d'abord uni à Dieudonné Londo avant que le président Dominique Leone ne fasse tous les marchés de Noël de Belgique et d'Europe. Depuis, Vervalle et Ingrao forment une des plus belles paires de gauchers de notre championnat. Quelles sont leurs missions sur le terrain ? Pourquoi se trouvent-ils les yeux fermés ? Qui tire les fils avec les autres secteurs de l'équipe ? Le souci défensif est-il plus important que le souci de porter le danger dans le camp adverse ? " Tout s'est mis en place à l'occasion du déplacement à Beveren ", se souvient Vervalle. " Daerden m'installa derrière Ingrao. J'avais joué à cette place à La Louvière la saison passée pendant la blessure de Klukowski. Je n'étais donc pas dépaysé même si je m'attendais plus à évoluer dans la ligne médiane. A Mons, il est d'abord essentiel de garder le zéro, de préserver ses filets et d'attendre le moment le plus indiqué pour frapper. J'ai l'autorisation de m'aventurer dans le camp adverse, mais ce n'est pas la priorité et quand je le fais, la couverture doit être tirée avec soin afin d'éviter tout contre meurtrier. Mon boulot consiste finalement à faciliter la vie de Marco qui peut mettre les gaz sans avoir d'inquiétudes défensives. Je dépasse légèrement la ligne médiane mais souvent sans plus. Marco assume parfaitement son travail dans ce secteur. Il a un des meilleurs centres de Belgique. Tout le monde prend ses précautions. Pourtant, sans que je sache comment, il sait se déhancher, éviter les charges, bien placer son ballon avant de délivrer des assists magnifiques ". " Les mécanismes sont bien huilés avec des relais vers Junior, Marc Schaessens, les arrières ", continue Vervalle " L'aile gauche est différente du duo qui officie à droite. Philippe Billy monte plus que moi. Je dois en tenir compte car les deux arrières ailes ne peuvent pas se ruer vers l'avant en même temps. Cela ouvrirait trop de brèches. Jean-Pierre La Placa a un registre différent par rapport à Marco Ingrao. Le joueur suisse cherche plus les combinaisons, les infiltrations, les combinaisons au ras du sol. Pour nous, à gauche comme à droite, il est important d'avoir des attaquants aussi percutants qu' Aliyu Datti, Ibrahim Babatunde, Jeremie Njock ou surtout Nicolas Goussé. Aucune équipe en danger ne dispose d'une telle force de frappe. C'est un atout mais cela ne doit pas être un éblouissement. Contre Gand, alors que nous tardions à trouver l'ouverture, Ingrao adressa un centre sublime devant la cage de Frédéric Herpoel. Goussé toucha délicatement la balle pour marquer. C'était très fin. Cette phase est peut-être passée inaperçue mais elle suffit à étayer notre savoir-faire ". Après avoir promis d'aider un peu à la récupération, Ingrao se pencha sur son propre rôle. Dans le football actuel, les centres partent souvent très vite, dès que la ligne médiane a été franchie. Ce sont souvent des cadeaux pour une défense bien placée. Les balles rentrantes venant de la zone du point de corner sont plus rares. Or, elles sont souvent mortelles car fuyantes pour le portier adverse et ses gardes du corps. " C'est la vie d'un match qui dicte le moment des centres ", affirme Marco Ingrao. " Si l'adversaire joue haut, j'aurais tendance à rechercher la profondeur pour nos attaquants. Mes centres partiront assez vite, parfois aux environs de la ligne médiane. En cas de défense adverse plus basse, je peux m'avancer, même jusqu'au point de corner avant de centrer. A gauche, je ne veux pas être le seul à occuper le flanc. Ce serait trop facile pour l'adversaire, ce qui arrive souvent dans certains 4-3-3 où l'ailier reste collé sur sa ligne. Je bouge, je cherche aussi des solutions dans l'axe et je suis très attentif au jeu de position de Yannick Vervalle. Je dois parfois rentrer dans l'axe et dégager des corridors où il peut placer sa pointe de vitesse. C'est un jeu d'équilibres et de déséquilibres. " De plus en plus impressionnants, la nouvelle gauche montoise cherche des sources d'inspiration afin de se fortifier. Yannick Vervalle et Marco Ingrao sont aux anges en suivant les matches de la Ligue des Champions et de la Coupe de l'UEFA. Qu'est-ce qu'ils ont de commun avec Roberto Carlos et Zinédine Zidane ? Ils jouent dans le même secteur que les deux stars du Real Madrid. " Nous ne pouvons que les admirer ", avance Yannick Vervalle. " Ils atteignent la perfection. Pour moi, c'est ce qui se fait de mieux au monde. Roberto Carlos peut monter. Si un adversaire file, il ira de toute façon le rechercher. Mais cela n'arrive pas souvent car le Real Madrid contrôle totalement la circulation de la balle. Le déchet est si peu élevé que Roberto Carlos peut installer ses quartiers dans le camp adverse. Longues ou courtes, les passes arrivent toujours au bon endroit, pas dix centimètres trop haut ou trop bas. C'est un ballet et Zinédine Zidane règle tout cela avec une facilité qu'on ne peut qu'admirer. A vrai dire, on ne sait même pas s'il est droitier ou gaucher ". Marco Ingrao ne peut que partager les impressions de son équipier. Mais il ne serait pas italien s'il ne soulignait pas le brio de la Juventus : " Le flanc gauche de la Juventus m'impressionne beaucoup, surtout dans le chef de GianlucaZambrotta. La Juve axe plus sur la vitesse que le Real Madrid. Elle cherche à créer et à dévorer au plus vite des espaces ". Ils ont la passion : la discussion pourrait se poursuivre longtemps. Cette remarque rappellera de bons souvenirs à Jos Daerden. Au début des années 80, la bande de Sclessin, dont il faisait partie, était obsédée par les discussions tournant autour du football : cela fit la force du Standard de ces années-là. Pierre Bilic" Marco a UN DES MEILLEURS CENTRES de Belgique " (Yannick Vervalle) " Je suis très attentif au JEU DE POSITION de Yannick " (Marco Ingrao)