Daniil Medvedev (24 ans), Matteo Berrettini (24), Borna Coric (23), Alexander Zverev (23), Stefanos Tsitsipas (22), Andrey Rublev (22), Denis Shapovalov (21), Alex De Minaur (21) et Félix Auger-Aliassime (vingt). Ces neuf noms constituent l'élite de la Next Gen, l'avenir du tennis mondial. Tous classés parmi les trente meilleurs joueurs du monde, ils courent après la gloire, les dents qui rayent le parquet. Problème : les membres du Big 3, en place depuis plus de dix ans, sont toujours bien présents et ne rendent pas les armes face aux jeunes loups. Pire encore, les trophées les plus prestigieux restent leur chasse gardée.
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Daniil Medvedev (24 ans), Matteo Berrettini (24), Borna Coric (23), Alexander Zverev (23), Stefanos Tsitsipas (22), Andrey Rublev (22), Denis Shapovalov (21), Alex De Minaur (21) et Félix Auger-Aliassime (vingt). Ces neuf noms constituent l'élite de la Next Gen, l'avenir du tennis mondial. Tous classés parmi les trente meilleurs joueurs du monde, ils courent après la gloire, les dents qui rayent le parquet. Problème : les membres du Big 3, en place depuis plus de dix ans, sont toujours bien présents et ne rendent pas les armes face aux jeunes loups. Pire encore, les trophées les plus prestigieux restent leur chasse gardée. Novak Djokovic, Rafael Nadal et Roger Federer sont toujours au sommet. Respectivement premier, deuxième et quatrième mondiaux, ils ne lâchent pas le trône tant convoité. Vainqueurs de 55 des 66 Grands Chelems disputés depuis 2004, ils n'ont laissé que des miettes à la concurrence. Les seuls à en avoir profité sont Stanislas Wawrinka et Andy Murray (trois fois), Marat Safin, Gaston Gaudio, Juan Martin Del Potro, Marin Cilic et Dominic Thiem (une fois). Le Big 3 vieillissant, la jeunesse peut toutefois entrevoir une ouverture. À l'US Open, en l'absence de Rafa et Fedex, et après la disqualification de Djoko, la possibilité qu'un joueur de la Next Gen soit sacré était réelle, mais c'est finalement Thiem qui s'est imposé. À 27 ans, l'Autrichien ne fait pas partie de cette nouvelle flopée de joueurs, lui qui est sur le circuit depuis sept ans déjà. Les jeunes ont été loin, mais pas jusqu'au bout. Parmi les neuf cités plus haut, six étaient en quart de finale du tournoi. Alexander Zverev a été le plus performant d'entre eux, atteignant la finale. À Roland-Garros, ils tenteront à nouveau de se frayer un chemin, même s'ils devront pour cela écarter Nadal, Djokovic et Thiem, toujours très à l'aise sur terre battue. Analyse de quelques clés dans cette course au Graal. Restrictions sanitaires obliges, cette édition de Roland-Garros sera bien différente des précédentes. Déplacé en septembre au lieu de mai-juin comme à l'accoutumée, le tournoi se jouera devant un public extrêmement restreint. L'absence d'une foule qui transcende les grands champions, habitués de ces évènements d'envergure, ne doit certainement pas être prise à la légère. " C'est ce qui me fait dire qu'il peut y avoir une tête brûlée qui sort une tête d'affiche ", prédit Didier Jacquet, entraîneur et consultant tennis pour la RTBF. D'autant qu'en dehors du stade, les joueurs seront également bousculés dans leurs habitudes et soumis à un protocole strict : obligation de résider à l'hôtel et interdiction d'en sortir. Cela pourrait logiquement avoir des conséquences sur le résultat du tournoi. " Je pense en effet qu'il y a pas mal de joueurs qui ne vont pas tenir le coup sur toute la durée du tournoi ", suppute quant à lui Michel Bouhoulle, entraîneur et autre consultant tennis habitué des tribunes de commentateurs du service public. " Alors est-ce que les jeunes vont mieux le vivre parce qu'ils n'ont pas encore gagné, au détriment de ceux qui ont déjà été primés et qui vont peut-être lâcher l'affaire ? Difficile à dire, mais c'est un élément qui doit être pris en compte ", continue-t-il. Le peu de tournois de préparation pourrait également jouer un rôle. " Le manque de compétition des grands joueurs fait qu'ils s'entourent de moins de certitudes que par le passé. Ils se servaient de tous les tournois de préparation pour être au niveau lors des Grands Chelems. Ici, ils n'ont pas de point de repère ", explique encore Didier Jacquet. Dernier facteur différent de ce Roland-Garros : le timing. Avec des journées plus courtes et une météo moins estivale, les conditions habituelles de jeu devront être oubliées. Si douze courts ont été éclairés pour poursuivre le jeu à la tombée de la nuit et que le toit du central pourra être utilisé pour la première fois en cas de pluie, la tenue de la terre battue n'en restera pas moins différente qu'à la fin du printemps. Entre météo et restrictions sanitaires, les joueurs devront s'adapter, ce qui permettra aux plus malléables et motivés d'entre-eux de tirer leur épingle du jeu. " Il y a moins de tournois sur terre battue que sur dur, donc les jeunes misent plus sur le fait d'être capables de jouer sur toutes les surfaces que d'être spécialiste de terre battue ", avance Michel Bouhoulle. En effet, il n'y a habituellement que deux mois et demi de l'année dédiés uniquement à l'ocre. En point d'orgue de cette saison, Roland-Garros est le seul Grand Chelem disputé sur cette surface, les autres proposant des revêtements beaucoup plus rapides. Beaucoup de jeunes misent donc sur la polyvalence, contrairement à la plupart des joueurs espagnols pendant des années. Le style de jeu a également évolué. " Dans ce qu'on enseigne maintenant, on est dans un jeu plus direct, avec des frappes plus tendues, puissantes et des schémas assez courts. Ce qui ne correspond pas à la terre battue ", théorise encore Bouhoulle. Daniel Meyers, entraîneur sur le circuit ATP et créateur de Hope&Spirit, une fondation qui aide financièrement les jeunes joueurs belges, abonde dans le même sens : " C'est un style de jeu plus à risque, donc on ne peut pas être au mieux de sa forme tous les jours. Le jeu des Medvedev et Zverev est très risqué, en peu de touches de balle ". Une évolution tactique qui peut aussi faire des dégâts positivement. " Les gamins, ils ne se posent pas de questions. Le point qu'ils ratent n'a pas d'incidence sur le suivant. Ils sont donc à tout moment potentiellement capables de gagner un Grand Chelem s'ils sont dans une bonne quinzaine ", concède Didier Jacquet. La terre battue demande un jeu tout à fait particulier. Au contraire des matches sur dur ou sur gazon, les rencontres peuvent être longues, avec des échanges intenses et interminables. Au meilleur des cinq manches, l'endurance devient primordiale et il est important de construire son point, sans vouloir le finir trop rapidement. Les grands défenseurs et contreurs sont des adeptes de la surface, leurs qualités leur permettant de rester dans l'échange plus longtemps et de faire craquer l'adversaire. Dominic Thiem est probablement le dernier de la grande tradition des terriens. Formé depuis toujours sur cette surface, il a un lift dévastateur qui fait des miracles sur l'ocre. Comme Nadal, il met une intensité permanente et étouffante, qui épuise ses adversaires. C'est peut-être lui, le plus grand adversaire de l'Espagnol durant cette quinzaine. " Ils sont capables d'un exploit sur une semaine de tournoi, mais pas forcément sur deux ", pense Daniel Meyers. Cette inconstance est due à leur personnalité, tant sur le plan tennistique que mental. Avec leur jeu à risque, les membres de la Next Gen ne peuvent pas encore être au sommet de leur art en permanence. Au niveau psychologique également, ce n'est pas toujours très stable. " Je pense que les jeunes, aujourd'hui, au niveau comportement, philosophie et mentalité, sont très différents de la génération qui est actuellement dans le top 10 ", continue le coach. L'encadrement d'un jeune tennisman est extrêmement important. Nick Kyrgios est un bel exemple de ces joueurs difficiles à gérer. Promis à un avenir grandiose, il avait conquis le public après sa victoire face à Nadal à Wimbledon, en 2014, l'emmenant jusqu'en quart de finale à seulement 19 ans. Six ans plus tard et après de nombreuses frasques, l'Australien stagne toujours à la 42e place mondiale et ne parvient pas à passer au niveau supérieur, victime d'un encadrement trop peu strict et d'une volonté à géométrie variable. " Dans le tennis, soit vous passez le cap parce que vous avez les nerfs suffisamment solides et que vous avez un mental d'acier, soit vous devenez complètement cinglé. Parce qu'ils sont tellement sollicités par les sponsors, la presse et beaucoup d'autres personnes ", dit Daniel Meyers. Il n'est pas évident de se concentrer sur le principal : le jeu. Celui qui arrivera à porter toute son attention sur son sport partira clairement avec une longueur d'avance. " Tsitsipas est complet, il sait tout faire et très bien. Et mentalement, il est plus fort ", considérait en fin de saison dernière Arnaud Di Pasquale, ancien joueur et directeur technique national de la Fédération française de tennis, au micro d' Eurosport. " Il est effectivement complet, avec des frappes assez liftées. Si il y en a un qui pourrait marquer son territoire en fonction du tableau, cela pourrait être lui ", confirme Bouhoulle. À ses côtés, d'autres candidats à un bon résultat à Paris se dégagent. Alexander Zverev, finaliste à Flushing Meadows, fait partie de ceux-là. Avec cinq tournois sur terre battue à son palmarès, dont deux en Master 1000, il dispose des qualités nécessaires pour briller à Paris. S'il a longtemps paru avoir un blocage lors des levées du Grand Chelem, il a vaincu le signe indien en passant tout près d'une première victoire à l'US Open. Seule inconnue : aura-t-il digéré le changement de surface et sa déception, seulement trois semaines après cette finale ? Rien n'est moins sûr. Difficile également de ne pas citer Daniil Medvedev parmi les potentielles surprises de ce tournoi parisien. Malgré sa taille, c'est un formidable contreur et il peut tirer son épingle du jeu. Après un début de carrière compliqué sur le plan mental, il a désormais l'air concerné, les yeux rivés vers son objectif : les plus grands tournois du circuit. " Il est comme un mur. Vous n'êtes pas habitué à jouer contre des gars comme lui, qui restent loin de la ligne de fond et qui sont aussi grands. C'est un si bon athlète, c'est très difficile de le surpasser ", déclarait récemment Carlos Moya, l'entraîneur de Nadal, en parlant du Russe sur les antennes d' Eurosport. Ces trois joueurs semblent avoir une longueur d'avance sur leurs concurrents. Déjà bien installés dans le top 10 mondial, ils sont en tête de liste pour rafler les plus grands titres après le départ des trois ogres. Mais ils sont nombreux à poursuivre ce même objectif. " Je pense qu'on n'aura plus un palmarès comme celui de notre Big 3 actuel. On ira vers un tennis beaucoup plus varié, ce qui n'est peut-être pas plus mal pour le public ", estime Meyers. Un sentiment partagé par Michel Bouhoulle : " Il n'y aura plus une suprématie de deux ou trois joueurs. Les forces seront réparties plus équitablement à l'avenir ". Si l'ATP regrettera longtemps les rivalités du Big 3, le circuit ne s'en trouvera que plus incertain. Enfin.