La première grande interview de Romelu Lukaku pour le compte de notre magazine sera peut-être aussi sa dernière sous le maillot du RSCA. C'est que les clubs étrangers, de Premier League surtout, n'en finissent pas de lui faire une cour assidue. Chelsea, Arsenal, le PSG et Manchester City sont tous venus aux nouvelles ces derniers jours. Mais tous butent encore sur les 20 millions d'euros exigés par la direction anderlechtoise. Au beau milieu de toute cette effervescence, le joueur reste zen. " Tous ces bruits font flipper davantage les autres que moi ", dit-il.
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La première grande interview de Romelu Lukaku pour le compte de notre magazine sera peut-être aussi sa dernière sous le maillot du RSCA. C'est que les clubs étrangers, de Premier League surtout, n'en finissent pas de lui faire une cour assidue. Chelsea, Arsenal, le PSG et Manchester City sont tous venus aux nouvelles ces derniers jours. Mais tous butent encore sur les 20 millions d'euros exigés par la direction anderlechtoise. Au beau milieu de toute cette effervescence, le joueur reste zen. " Tous ces bruits font flipper davantage les autres que moi ", dit-il. Romelu Lukaku : Depuis mon passage dans le noyau pro, il y a deux ans, je n'en ai plus eues, dans la mesure où la reprise des entraînements coïncidait pour ainsi dire toujours avec la fin de l'année scolaire. J'ai cru qu'il y aurait une exception cette fois-ci, car j'étais arrivé au bout de mon cycle d'études. Dès lors, je comptais décompresser l'espace d'une semaine en compagnie de Vadis Odjidja, Denis Odoi, Marvin Ogunjimi, Dries Mertens et Nacer Chadli qui envisageaient de mettre tous ensemble le cap sur Miami. Mais ils m'ont gentiment fait comprendre que mon jeune âge était susceptible de leur fermer certaines portes lors de sorties. Finalement, je suis resté ici. Mais à quelque chose malheur est bon : j'ai profité de ces quelques jours de repos pour me refaire une santé sportive. J'avais terminé la saison 2010-2011 avec une fracture de stress au métatarse. Je l'ai soignée dans les règles en reprenant en douceur, sans ballon, puis en effectuant bon nombre d'exercices de stabilisation. C'est d'autant plus râlant que la reprise est une période-clé pour les joueurs au niveau du travail foncier. Ces bases-là se rattrapent très difficilement, car l'intensité des séances d'entraînement n'est plus la même dès qu'on aborde les fameuses semainesanglaises, avec des implications aussi bien nationales qu'européennes. Pour moi, ce travail en solitaire s'est assimilé par deux fois à un réel calvaire. J'en étais réduit à faire des exercices tout seul en salle, pendant que les autres s'éclataient sur le terrain. Ou bien je devais courir autour de la pelouse pendant les démarquages ou les matches à 6 contre 6. Le football, pour moi, c'est le contact avec le ballon et le plaisir de jouer. Et j'en ai malheureusement été privé un peu trop au moment de relancer la mécanique. Mais tout ça, c'est de l'histoire ancienne à présent. Je fais à nouveau partie intégrante du groupe et je retrouve progressivement mes sensations, c'est l'essentiel. Vu ma position sur l'aire de jeu, on compte bien évidemment sur moi afin d'apporter la touche finale à nos actions. Pour y parvenir, je dépends de l'approvisionnement de mes partenaires. Le plus important, ce n'est parfois pas le dernier geste mais tout simplement la qualité de la passe décisive. Et, à ce niveau, j'ai été gâté dans le derby bruxellois : la première réalisation faisait suite à un centre au cordeau de Denis Odoi, sur la deuxième c'est Diogo qui m'avait parfaitement lancé et sur la troisième je n'avais plus qu'à pousser le cuir au fond après un débordement de mon frère Jordan. C'était en quelque sorte trois actions tirées du manuel du buteur ( il rit). Après les entraînements, je fais régulièrement des exercices supplémentaires pour peaufiner la finition. J'observe toujours le même schéma : trois jours avant une rencontre, je frappe 25 ballons, le lendemain 20 et la veille du match 15. J'en ai besoin pour me sentir bien. D'ailleurs, plus je m'entraîne, plus j'éprouve un bon feeling. Je ne l'ai jamais ressenti ainsi. Si j'avais voulu, j'aurais pu arrêter. Mais je tenais à prouver qu'il y avait moyen de concilier les deux. J'ai été le premier, au Sporting, à bénéficier du statut de Purple Talent. Il convenait donc que je montre le bon exemple. J'y suis arrivé, mais par moments c'était dur. Devoir potasser des cours aux petites heures, pendant que les coéquipiers se reposent, ce n'est pas toujours évident. Quelquefois, j'aurais aimé jeter mes cours par la fenêtre. Il n'empêche que je suis heureux d'avoir tenu le coup. Même si, dans l'immédiat, tout ce bagage ne me servira pas à grand-chose. Car aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu devenir footballeur. Il paraît que je n'étais pas plus haut que trois pommes quand j'ai dit à ma mère : -A 16 ans je serai footballeur pro et je gagnerai beaucoup d'argent, de manière à ce que tu ne doives plus jamais travailler. Elle en a ri à l'époque, semble-t-il, mais j'ai quand même eu de la suite dans les idées ( il rit). Au cours de ma deuxième saison chez les jeunes du Lierse. J'avais inscrit 54 buts l'année précédente et je m'étais lancé un nouveau défi en voulant améliorer ce total. Résultat des courses : j'en ai scoré 76. Dès ce moment, j'ai réalisé que je parvenais à faire des choses qui n'étaient pas réservées à tout le monde, lisez planter des goals. Et j'ai toujours voulu en faire plus. A 13 ans, j'ai dit à mon père que 4 entraînements par semaine n'étaient pas assez pour moi. J'en voulais davantage, par le biais d'une inscription dans une école de sport-élite, par exemple. A l'heure d'y songer, Anderlecht s'est manifesté et la difficulté s'est directement corsée avec l'incorporation chez les U17 mauves. C'était un nouveau challenge et je l'ai relevé. Un test-match au Standard comme baptême du feu, ça peut compter. Dès que t'as goûté à ce genre de choses, t'en veux plus. Et l'année suivante, j'ai évidemment été servi : champion, meilleur buteur de la D1 et quelques rencontres d'anthologie en Europa League, contre l'Ajax Amsterdam et l'Athletic Bilbao notamment. C'était une entame de rêve. Il y a directement eu un traumatisme avec cette élimination aux tirs au but au dernier tour préliminaire de la Ligue des Champions contre le Partizan Belgrade. Plus tard, il y a eu un autre échec cuisant contre l'Ajax Amsterdam. D'une année à l'autre, face au même adversaire, on était devenu subitement méconnaissable. Et en fin de saison, il y a eu ce couac pendant les play-offs contre le Standard. Toutes les conditions étaient réunies pour prendre un bon départ dans cette deuxième phase du championnat : on jouait à domicile et l'adversaire avait décidé d'aligner une équipe B. On n'aurait dû faire qu'une bouchée des Rouches et au final, c'est nous qui nous sommes fait manger. Après ce match, je me suis fait la réflexion que c'était mal parti. J'avais un mauvais pressentiment et ça s'est vérifié. C'est clair qu'on a perdu beaucoup avec son départ. Il avait un impact énorme sur les résultats et le groupe. Avec lui, c'était toujours over-mijn-lijk. Il fallait lui " passer sur le corps " pour s'imposer. Un Jelle Van Damme et un Jan Polak avaient ça aussi. Cet aspect-là nous a sans doute manqué au deuxième tour, la saison passée. Il y avait, certes, une volonté de bien faire dans le chef de tout le monde. On ne peut sûrement pas reprocher à qui que ce soit de ne pas s'être donné. Mais la foi qui soulève les montagnes a fait trop souvent défaut. L'entraîneur l'a régulièrement fustigé. Il n'a pas cessé de répéter : - No mentality, geen mentaliteit, pas de mentalité. Et il n'avait pas tort. Parfois, j'ai eu envie de dégager le ballon au-dessus de la tribune, tellement j'avais honte du football que nous dispensions. Dans ces moments-là, il aurait mieux valu que je simplifie mon jeu. En lieu et place, j'ai cherché la complication. Puisque mon contrôle précédent avait été approximatif, je voulais me racheter lors du suivant. Et le ballon ne filait plus à 2 mais à 3 mètres. Je n'étais plus capable de le dompter. La critique s'est alors abattue sur moi. Marc Degryse, notamment, estimait que je ne travaillais pas assez mes manquements techniques. Ariel Jacobs, lui, avait un autre point de vue. Puisqu'il y avait du déchet à ce niveau, il m'encouragea à ne plus me replier mais, au contraire, à chercher la profondeur ou les espaces sur les côtés. De la sorte, je créais des brèches pour les infiltreurs. Plus tard, quand j'ai à nouveau mieux apprivoisé le ballon, je variais les deux en me projetant tantôt vers l'avant ou vers l'aile ou en me repliant pour servir de relais. Mon père m'a toujours soutenu que tant que tout va bien, un joueur n'a que des amis ou des partisans. Mais dès que ça tourne un peu plus mal, les critiques fusent. A ce moment-là, on entend parfois n'importe quoi. Il suffit de rater une passe facile ou un goal tout fait pour que les gens disent : - Voilà ce qui se passe quand on fait de la réclame pour Kinder Bueno ou Seat et qu'on se disperse. Comme si ces pubs me détournaient du football ! Ici, on n'admet pas, ou très difficilement, qu'un joueur vante tel ou tel article. Dans d'autres pays, en revanche, on n'en fait pas un plat. Au Brésil, Neymar est associé à un tas de produits. Et en Espagne, Lionel Messi fait la promotion d'une marque de chips. Que je sache, ça ne l'empêche quand même pas de briller sur le terrain ? Pour en revenir à moi, je trouvais qu'il n'était pas opportun de m'exprimer durant cette période. L'équipe venait de se faire éliminer en Europa League et j'avais moi-même encaissé un coup dur sous la forme d'une deuxième place au Soulier d'Or. Mine de rien, ce verdict m'avait fait mal. D'un côté, j'étais heureux pour Mbark Boussoufa, qui a toujours été super avec moi ; de l'autre, j'étais déçu. La deuxième place est la plus ingrate pour un sportif. Et cela vaut pour les autres comme pour moi. Mon père, de même que mon frangin Jordan d'ailleurs, a du mal à réfréner ses émotions. Son visage trahit immédiatement ce qu'il ressent. Ma mère et moi pouvons mieux dissimuler nos joies et peines. Je comprends fort bien qu'il ait pu y avoir confusion car au moment où mon père quittait la salle, moi je m'empressais encore de féliciter Bous. Après, quand les médias l'ont libéré et qu'il s'est retrouvé avec ses proches pour fêter l'événement, je lui ai encore passé un coup de fil pour le féliciter. Mais au fond de moi, c'était dur. Cette récompense, c'était évidemment extra puisque l'année passée, j'avais terminé deuxième derrière lui. Mais, à choisir, j'aurais préféré qu'il reste et qu'il nous aide à remporter le titre. J'ai été le premier au courant de ses contacts avec le Terek et l'Anzhi et j'ai tout mis en £uvre pour le dissuader de partir là-bas. Je lui répétais : - Sans toi, on ne sera pas champion. Mais il me répondait qu'il devait songer à tout prix à sa propre carrière. Et je n'ai donc pu le retenir. J'ai effectivement l'impression que la niaque est de retour. L'esprit de conquête est plus prononcé aujourd'hui qu'il y a quelques mois. Et les nouvelles têtes n'y sont pas pour rien. A commencer par Denis Odoi. Là où d'autres adopteraient un profil bas, il a d'emblée fait la course en tête et imprimé le rythme aux entraînements. C'est un battant. Il veut se montrer, comme Samuel ou Behrang Safari. Lors du tournoi de Faro, ils m'ont franchement épaté. Après les matches contre le PSG et Benfica, je me suis dit que le Sporting était reparti du bon pied. Et, surtout, qu'il possédait à nouveau de véritables compétiteurs. On a été en manque à ce niveau. Ces derniers mois, il suffisait que je fasse équipe avec Marcin Wasilewski lors de petits affrontements à deux contre deux pour gagner à chaque coup. Les autres n'avaient pas voix au chapitre. Aujourd'hui, ces parties sont beaucoup plus disputées. Le duo vainqueur n'est plus connu d'avance. Cette intensité se retrouve en match. On est plus agressif dans le bon sens du terme. C'est normal car on joue comme on s'entraîne. S'il y a âpreté en semaine, il y aura immanquablement des éclats le week-end aussi. A 18 ans, il serait dommage d'être arrivé au bout de sa progression. J'ai encore des tas de choses à apprendre et de l'expérience à accumuler. Ma motivation, ce sont ces matches où l'on s'arrache. Pas uniquement face aux caïds mais contre des équipes comme Westerlo, Malines ou Saint-Trond. Car des déplacements là-bas ne sont jamais gagnés d'avance. Ce qui me transcende aussi, c'est tout un stade qui scande mon nom. Je ne m'y habituerai jamais. J'en ai chaque fois la chair de poule. Et quand un gosse me demande un autographe, je trouve toujours ça divin. Le foot, je n'en ai jamais assez. J'en bouffe du matin au soir. Je suis abonné à tout ce qui est possible et imaginable ; Chelsea TV, Manchester United TV, Real Madrid TV. Je veux tout savoir sur la manière dont ces gars s'entraînent et vivent leur passion au quotidien. Quand mon père rentre à l'improviste dans ma chambre pour voir ce que je fais, sa réaction est toujours la même : - Encore du foot ! ( il rit) La ferveur, l'entrain, la passion, l'engouement, le vécu. Aux Iles, quand tu t'appelles Chelsea, Arsenal ou Manchester et que tu montes sur le terrain, c'est à fond la caisse pendant 90 minutes. Sans calcul. Les gars se disent : - C'est nous les ténors et on va vous en mettre plein la vue. Ici, on devrait avoir cette mentalité aussi. Du style " C'est nous Anderlecht et on va vous montrer de quel bois on se chauffe ". Mais allez savoir pourquoi, il y a plus de retenue. On commence par un round d'observation au lieu d'y aller plein gaz. C'est ancré dans les mentalités. Parfois, ça excède le coach. Act, do not react, martèle-t-il alors. Là aussi, il a raison. Le bleu d'abord, qui est ma couleur favorite. Et puis le style à l'époque où José Mourinho en était le coach : un football rapide, à une ou deux touches de balle, le tout axé sur la profondeur. Et avec un Didier Drogba à la concrétisation. C'est mon idole. J'ai de l'admiration pour la manière dont Cristiano Ronaldo parvient à concilier le football et ses à-côtés. Il n'élude pas les paparazzi. On le voit tantôt aux bras de Paris Hilton, tantôt au bras du top-modèle russe Irina Shavk. Mais tout cela ne l'empêche pas de bien jouer au football. Très bien même. Dès qu'il est sur le terrain, il n'a qu'un seul mot d'ordre : être le meilleur et entraîner les autres dans son sillage. Ce qui m'interpelle chez tous les grands, qu'ils jouent en Angleterre, en Espagne ou dans toute autre compétition huppée, c'est que malgré l'argent, ils continuent à se défoncer corps et âme en ne visant qu'une seule chose : rafler des titres et encore des titres. Je crois que j'ai ça en moi aussi. Je veux gagner, encore gagner, toujours gagner. La victoire, je ne m'en lasserai jamais. Au contraire, j'en redemanderai toujours. Mon but, c'est d'accumuler les succès avec Anderlecht en y apportant le plus possible ma contribution. Chaque jour qui passe, mes potes me demandent invariablement où j'en suis. Et ma réponse a toujours été la même jusqu'ici : - Je suis à Anderlecht et j'y suis bien. J'ai 18 ans, je joue dans le plus grand club de Belgique, j'ai un beau contrat pour un gars de mon âge. Que demander de plus ? Si vous aviez le choix entre le Racing Genk et l'Atletico Madrid, que feriez-vous ? Pour moi, il a mille fois raison d'avoir privilégié cette piste. En Liga, il va débuter avec une clean sheet. Là-bas, personne ne le connaît et tout le monde s'émerveillera de son keeping. Ici, en Belgique, la deuxième saison aurait été plus compliquée pour lui. Il suffit que les Limbourgeois rentrent un peu dans le rang ou que lui-même perde de sa superbe d'une campagne à l'autre pour qu'on le prenne pour cible. C'est pourquoi il sera bien, en Espagne d'abord, puis en Angleterre. On verra bien. No stress ( il rit).n PAR BRUNO GOVERS" Parfois, j'avais envie de dégager le ballon au-dessus de la tribune tellement j'avais honte de moi et de notre jeu. "" Thibaut Courtois a raison d'avoir opté pour Chelsea. "" Je veux gagner, toujours gagner. La victoire, je ne m'en lasserai jamais. "" Je n'en ai jamais assez. Je bouffe du foot du matin au soir "" Quand je faisais équipe avec Wasyl lors de matches à 2 contre 2, on était imbattables. "" J'ai toujours la chair de poule lorsque 20.000 personnes scandent mon nom. "