Je n'ai rien contre la joie toute intérieure, celle qu'on savoure d'autant plus en dedans qu'on ne laisse rien filtrer en dehors : il peut arriver que ton âme jubile, que ton c£ur soit hilare, que toutes tes pensées rigolent, que ton cerveau soit aux anges... et que pourtant ta tronche reste de marbre, et que pourtant ton corps n'ait nulle envie de danser ! C'est évidemment ce que je me suis dit en observant José Mourinho à l'issue de la victoire des siens, mercredi dernier en finale de la Ligue des Champions : au beau milieu de l'exubérance traditionnelle, celui qui était en principe l'architecte du succès détonnait comme un cheveu dans un gaspacho portugais !

Dans l'attente de l'heureuse délivrance, tout le staff du banc s'était aligné bras dessus bras dessous, pour mieux se ruer vers la pelouse au coup de sifflet final. Mourinho avait bien dû intégrer la file, mais ne s'était pas ensuite rué comme les autres : il avait préféré remettre en place le col de sa veste, démis par le démarrage de son voisin. Après, Mourinho ne s'est pas jeté dans les bras de ses joueurs, ni n'a sautillé avec eux sur le podium : campé sur ses jambes écartées, il a fourré les mains en poches... Mourinho n'a jamais souri, atrophié qu'il était au niveau des labiales : à Porto, en salle de muscu, y'a sûrement pas de machine à faire risette...

Eh bien, pour le dire belge, ça m'a quand même fait drôle ! Surtout que dans le regard, ne brillait même pas la p'tite brillance de bonheur rassurante : quelle que soit l'issue du match, le regard de Mourinho fusille avant, pendant et après ! Brrrr : sans vouloir jouer les physiognomonistes de bazar, ce José-là me semble de ceux dont les grandes victoires sont aussi de grandes vengeances sur Dieu sait quel affront subi ! Et surtout, si Mourinho n'éclate pas de joie (c'est le moins qu'on puisse dire), il sait par contre éclater de colère : en demi-finales contre La Corogne, lors d'un 0-0 lamentable (incessantes agressions portugaises, incessants gains de temps espagnols), je l'ai vu bondir et hurler sa haine, suite à une décision défavorable aux siens. Mourinho n'est pas inexpressif, il n'exprime que le sombre : si je n'avais pas lu une interview passionnante sur lui et son travail dans France-Football, 6 avril dernier, il me ferait peur !

Sans blague, j'espère qu'il fait quand même rigoler sa femme et ses gosses, sinon je m'inquiéterais pour son karma.

Quant au match, couronnement annuel des compétitions de clubs, je dis moins bof que d'hab vu qu'on a vu trois buts ! ! ! Mais contrairement à ce que j'ai lu un peu partout parce qu'on veut toujours tout justifier en foot, je ne vois pas en quoi Porto serait un collectif particulièrement discipliné et inviolable, plus tactique et plus intelligent que n'importe lequel de ses copains/caïds de Ligue des Champions. Simplement, c'est Porto qui décroche le jackpot cette année, et tant mieux pour lui : Porto était quand même un second couteau par rapport à d'autres, et la victoire d'un second couteau est toujours un peu la défaite du fric tout-puissant.

J'ajoute avoir trouvé DidierDeschamps très digne parce que, quand l'un de tes gars (trois fois, voire quatre) part seul au but et est arrêté pour un hors-jeu que l'impitoyable replay-TV révèle ensuite inexistant, il y a de quoi avoir les boules : Deschamps ne les a pas eues, en voilà un qui a assimilé le Zen sans peine ! Il a moins pleurniché que les médias français sur la blessure de LudovicGiuly, parce qu'il sait indécent de pleurnicher lorsqu'on a aussi Dado Prso ou ShabaniNonda sur un banc. Et il a encore eu raison de ne pas s'appesantir sur les buts encaissés : le deuxième démarre par une possible faute (non sifflée) sur Morientès, mais il est bien construit ; les deux autres ne le sont guère puisque le ballon détourné arrive deux fois par hasard dans les pieds du frappeur, mais les frappes sont jolies... et le hasard récompense le plus souvent ceux qui pratiquent davantage l'incursion dans le camp adverse ! A bon entendeur, salut.

par Bernard Jeunejean

" Didier Deschamps a assimilé LE ZEN SANS PEINE ! "

Je n'ai rien contre la joie toute intérieure, celle qu'on savoure d'autant plus en dedans qu'on ne laisse rien filtrer en dehors : il peut arriver que ton âme jubile, que ton c£ur soit hilare, que toutes tes pensées rigolent, que ton cerveau soit aux anges... et que pourtant ta tronche reste de marbre, et que pourtant ton corps n'ait nulle envie de danser ! C'est évidemment ce que je me suis dit en observant José Mourinho à l'issue de la victoire des siens, mercredi dernier en finale de la Ligue des Champions : au beau milieu de l'exubérance traditionnelle, celui qui était en principe l'architecte du succès détonnait comme un cheveu dans un gaspacho portugais ! Dans l'attente de l'heureuse délivrance, tout le staff du banc s'était aligné bras dessus bras dessous, pour mieux se ruer vers la pelouse au coup de sifflet final. Mourinho avait bien dû intégrer la file, mais ne s'était pas ensuite rué comme les autres : il avait préféré remettre en place le col de sa veste, démis par le démarrage de son voisin. Après, Mourinho ne s'est pas jeté dans les bras de ses joueurs, ni n'a sautillé avec eux sur le podium : campé sur ses jambes écartées, il a fourré les mains en poches... Mourinho n'a jamais souri, atrophié qu'il était au niveau des labiales : à Porto, en salle de muscu, y'a sûrement pas de machine à faire risette... Eh bien, pour le dire belge, ça m'a quand même fait drôle ! Surtout que dans le regard, ne brillait même pas la p'tite brillance de bonheur rassurante : quelle que soit l'issue du match, le regard de Mourinho fusille avant, pendant et après ! Brrrr : sans vouloir jouer les physiognomonistes de bazar, ce José-là me semble de ceux dont les grandes victoires sont aussi de grandes vengeances sur Dieu sait quel affront subi ! Et surtout, si Mourinho n'éclate pas de joie (c'est le moins qu'on puisse dire), il sait par contre éclater de colère : en demi-finales contre La Corogne, lors d'un 0-0 lamentable (incessantes agressions portugaises, incessants gains de temps espagnols), je l'ai vu bondir et hurler sa haine, suite à une décision défavorable aux siens. Mourinho n'est pas inexpressif, il n'exprime que le sombre : si je n'avais pas lu une interview passionnante sur lui et son travail dans France-Football, 6 avril dernier, il me ferait peur ! Sans blague, j'espère qu'il fait quand même rigoler sa femme et ses gosses, sinon je m'inquiéterais pour son karma. Quant au match, couronnement annuel des compétitions de clubs, je dis moins bof que d'hab vu qu'on a vu trois buts ! ! ! Mais contrairement à ce que j'ai lu un peu partout parce qu'on veut toujours tout justifier en foot, je ne vois pas en quoi Porto serait un collectif particulièrement discipliné et inviolable, plus tactique et plus intelligent que n'importe lequel de ses copains/caïds de Ligue des Champions. Simplement, c'est Porto qui décroche le jackpot cette année, et tant mieux pour lui : Porto était quand même un second couteau par rapport à d'autres, et la victoire d'un second couteau est toujours un peu la défaite du fric tout-puissant. J'ajoute avoir trouvé DidierDeschamps très digne parce que, quand l'un de tes gars (trois fois, voire quatre) part seul au but et est arrêté pour un hors-jeu que l'impitoyable replay-TV révèle ensuite inexistant, il y a de quoi avoir les boules : Deschamps ne les a pas eues, en voilà un qui a assimilé le Zen sans peine ! Il a moins pleurniché que les médias français sur la blessure de LudovicGiuly, parce qu'il sait indécent de pleurnicher lorsqu'on a aussi Dado Prso ou ShabaniNonda sur un banc. Et il a encore eu raison de ne pas s'appesantir sur les buts encaissés : le deuxième démarre par une possible faute (non sifflée) sur Morientès, mais il est bien construit ; les deux autres ne le sont guère puisque le ballon détourné arrive deux fois par hasard dans les pieds du frappeur, mais les frappes sont jolies... et le hasard récompense le plus souvent ceux qui pratiquent davantage l'incursion dans le camp adverse ! A bon entendeur, salut. par Bernard Jeunejean" Didier Deschamps a assimilé LE ZEN SANS PEINE ! "