U n seul être vous manque, et tout est dépeuplé. Ce célèbre passage des MéditationsPoétiques, qui a contribué à la notoriété d' Alphonse de Lamartine, convenait assurément à Lokeren, en début de saison.
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U n seul être vous manque, et tout est dépeuplé. Ce célèbre passage des MéditationsPoétiques, qui a contribué à la notoriété d' Alphonse de Lamartine, convenait assurément à Lokeren, en début de saison. Le départ de Sambegou Bangoura, à destination du Standard, avait laissé à Daknam un vide incommensurable que ni Eric Ekounga ni Issoufou Alhassane, fraîchement débarqués l'été passé, n'étaient parvenus à combler. Pour remédier à cette carence offensive, les dirigeants du club n'eurent d'autre ressource que de faire converger au Pays de Waes d'autres talents africains. Et avec Aristide Bancé, auteur de quatre buts en autant de rencontres, pour ses débuts, ils tapèrent indéniablement dans le mille. " L'attaquant burkinabé et son jeune compère Hamado Kassi Ouedraogo figuraient sur nos tablettes depuis plusieurs mois déjà ", observe le manager Willy Verhoost, grand spécialiste du continent noir. " En principe, nous aurions dû les laisser mûrir durant un an encore dans leur pays avant qu'ils effectuent le grand saut, conscients qu'ils avaient davantage à gagner en s'épanouissant dans leur entourage familier plutôt qu'en faisant figure de deuxième choix en Belgique. Nos problèmes de finition, en ont décidé autrement, et tous deux furent appelés à nous rejoindre plus tôt que prévu. Avec succès, même s'il y a un bémol à l'entrée en force d'Aristide sur notre sol : pour peu qu'il se mette en valeur lors du Championnat du Monde des moins de 20 ans, qui se déroulera sous peu aux Emirats Arabes Unis, tout porte à croire qu'il entrera alors aussi en ligne de compte pour la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations, prévue en Tunisie en janvier et février prochains. Dans ce cas, nous devrions trouver lors du mercato d'hiver une nouvelle solution de rechange. Mais j'ai déjà ma petite idée à ce propos, tant le réservoir africain est inépuisable ". C'est à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, que Verhoost dénicha les deux dernières recrues. Hamado Kassi Ouedraogo fut délogé du club-phare local, l'Association Sportive du Faso Yennenga, tandis qu'Aristide Bancé, lui, défendait les couleurs d'un autre cercle de l'endroit, le FC Santos. En l'espace d'une demi-saison, il s'y était affirmé comme le meilleur réalisateur, inscrivant neuf goals en 16 rencontres. Auparavant, il avait étalé les mêmes qualités de buteur dans son premier club, l'Avenir Daoukro, une ville située en Côte d'Ivoire à quelque 250 kilomètres de la capitale, Abidjan. " Mes parents ont quitté Ouaga il y a longtemps, avec l'espoir d'une vie meilleure dans la nation voisine ", observe Aristide Bancé dans un français quelquefois lardé de mots diola ou baoulé, typiques dans l'ouest de l'Afrique. " Pas mal de Burkinabés ont effectué la même démarche à travers le temps, soucieux de trouver du boulot dans l'industrie du coton ou dans les plantations de café. Mon père a commencé dans le secteur du cacao avant d'ouvrir un petit commerce, à Abidjan. Il vendait des téléviseurs et des postes de radio. Cette activité lui a permis, pendant des années, de pourvoir aux besoins d'une famille de neuf enfants. Tout s'est toujours bien passé jusqu'en 2001, quand des conflits ethniques ont surgi, opposant les Ivoiriens aux étrangers. Au départ, nous avions été épargnés mais dès l'instant où notre commerce fut saccagé, il était évidemment grand temps de partir. Nous sommes retournés au Burkina Faso, où l'existence est toujours aussi difficile étant donné que mon père est sans emploi. Heureusement, il peut compter sur l'aide de mon frère aîné, qui a trouvé une place dans le secteur pharmaceutique, et sur moi-même, puisque je gagne à présent ma vie à Lokeren ". Avant de trouver sa voie en pointe, Aristide Bancé s'était essayé à bon nombre de places en équipes d'âge. Avec sa taille imposante, il avait même pris place dans les buts. Durant toute une période, il eut même droit à des cours individuels à ce poste, dispensés par l'actuel gardien titulaire à Beveren, l'Ivoirien Barry BoubacarCopa, actif dans le même centre de formation que lui, à Daoukro, avant de mettre le cap sur l'Académie de Football de Jean-Marc Guillou, à Abidjan. Aristide n'eut pas cette chance car à l'heure où un dénouement semblable se profilait pour lui, il dut quitter dare-dare le pays. " La vie est bizarre ", dit-il. " Voici quelques mois à peine, j'étais sur le point d'imiter Aruna Dindane, d'origine burkinabée comme moi, lui aussi, mais devenu ivoirien suite à son incorporation chez les Eléphanteaux, les sélections de jeunes de ce pays. J'ai été repris parmi les plus belles promesses ivoiriennes en 2002 mais je n'ai jamais eu l'occasion de montrer mes qualités à ce niveau. Depuis, grâce à mes prestations avec le FC Santos, j'ai opté pour le Burkina Faso. Pour le moment, je dois encore me satisfaire d'une place en Espoirs. En jouant régulièrement à Lokeren, j'ai l'ambition de me rapprocher de l'équipe A mais les bons attaquants ne manquent pas chez nous. A commencer par Moumou Dagano. Je serais heureux de pouvoir imiter son exemple : m'épanouir d'abord dans le championnat de Belgique avant de rallier la France. Je ne cache pas que le PSG et, surtout Auxerre, sont mes clubs favoris. Pour moi, ce serait le sommet d'aboutir à l'AJA où évolue mon modèle : Djibril Cissé. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que je porte le même casque d'or que lui (il rit). Mon rêve, c'est d'évoluer là-bas un jour. Mais, dans l'immédiat, c'est Lokeren qui retient toute mon attention. Je veux y faire pleinement honneur à mon surnom : la mitraillette. C'est ainsi qu'on m'a baptisé au FC Santos, par référence avec ma moyenne de buts. Pour l'instant, je la respecte. Mon objectif est d'arriver à 20 goals en fin de saison ". " Ma famille a fui Abidjan après que notre commerce y fut saccagé "