1. Ce but de la tête qui a crucifié Olivier Renard et plongé le Standard dans la crise, il ressemble à ceux qu'on montre dans les écoles de foot, non ?

Cyril Théréau : C'est vrai que c'était un beau goal, très pur. Un super centre de Capi, mon capitaine, Frank Defays, et ma reprise qui file dans le but. Mais ce n'est même pas l'image que je vais garder en priorité de ce match. Ce qui m'a séduit encore plus, c'est l'ensemble de notre prestation collective. Nous nous étions mis en tête de mettre le feu dans l'équipe du Standard dès les premières minutes. Charleroi était vachement offensif, ce soir-là. Nos latéraux n'arrêtaient pas de monter. Nous avons eu une flopée de bonnes occasions. Pour un attaquant, c'est un vrai régal d'évoluer dans un contexte pareil.
...

Cyril Théréau : C'est vrai que c'était un beau goal, très pur. Un super centre de Capi, mon capitaine, Frank Defays, et ma reprise qui file dans le but. Mais ce n'est même pas l'image que je vais garder en priorité de ce match. Ce qui m'a séduit encore plus, c'est l'ensemble de notre prestation collective. Nous nous étions mis en tête de mettre le feu dans l'équipe du Standard dès les premières minutes. Charleroi était vachement offensif, ce soir-là. Nos latéraux n'arrêtaient pas de monter. Nous avons eu une flopée de bonnes occasions. Pour un attaquant, c'est un vrai régal d'évoluer dans un contexte pareil. Ah non... (Il rigole). En janvier 2005, j'ai scoré sur la pelouse de Marseille, en Coupe de France, avec Angers. Nous avons gagné 2-3, le grand O.M. était dehors. Alors qu'Angers n'était qu'une petite équipe de deuxième division. J'avais signé dans ce club quelques jours plus tôt, c'était mon premier contrat professionnel, toute ma famille était au stade. Mon meilleur souvenir, c'est celui-là. Et il faudra vraiment quelque chose de très particulier pour que ça change. Parce que je n'ai pas été bon la saison dernière... Ce fut une année très difficile pour moi. Je venais de faire six mois en L2 avec ce club, et après la chute en National, on attendait énormément de moi, je devais être un des patrons de l'équipe. J'aurais voulu partir après la rétrogradation mais la direction m'en avait empêché malgré des offres concrètes. Donc, on se mettait déjà sur de mauvaises bases. J'ai mal vécu la situation et mon niveau de jeu s'en est forcément ressenti. Au bout du compte, je n'accuse personne : je suis le seul responsable de cette saison ratée. Parce que je ne me suis plus donné les moyens pour réussir, parce que j'ai baissé les bras. Et je l'ai payé. J'ai marqué une dizaine de buts mais mon bilan est négatif : j'ai raté pas mal de matches et j'ai été super irrégulier. Non, j'ai emprunté un parcours plutôt atypique. Je n'ai vraiment découvert le football qu'à l'âge de 13 ou 14 ans. Un jour où je jouais dans la rue avec des copains, un type a dit, en parlant de moi : -Celui-là, il y a sûrement moyen d'en faire quelque chose. Une chance car ça m'a éloigné de certains mauvais côtés de la vie. Tout à fait. J'ai eu l'enfance que j'ai eue, je ne renie rien, mais j'ai parfois été à deux doigts de faire de grosses conneries. A l'époque, je vivais dans la région de Gap. Ce n'est pas Marseille, mais il y a quand même quelques quartiers sensibles là-bas. Avec le recul, je me dis que j'aurais pu mal atterrir ! Mais j'ai tiré de bonnes leçons de cette adolescence par moments difficiles. A 17 ans, comme on me disait continuellement que j'étais au-dessus du lot, j'ai commencé à me dire que le foot pourrait peut-être me faire vivre. Un jour, on m'a dit que le Sporting venait me voir en France. C'est Raymond Mommens qui s'est déplacé, c'est lui qui m'a jugé. J'étais dans une période très difficile à Angers mais il a apprécié mon jeu. Il m'a directement dit qu'il était au courant de mes problèmes mais que j'avais le niveau pour réussir quelque chose à Charleroi. J'ai trouvé son discours très gratifiant : il m'a dit que Charleroi ne s'intéressait pas à moi simplement pour faire le nombre dans le noyau, mais parce que ce club avait vraiment besoin d'un nouveau titulaire en attaque. C'était inespéré de recevoir une proposition d'un club de D1 à la fin d'un championnat aussi compliqué pour moi. Non, pas vraiment. Charleroi est relativement bien médiatisé en France mais j'ignorais que plusieurs compatriotes avaient joué récemment ici. Et des coéquipiers français que j'ai trouvés en arrivant, je n'en connaissais qu'un seul : Fabien Camus. Nous avons été adversaires dans des championnats de jeunes. Le premier critère à mes yeux, c'était un club de première division. J'avais des contacts en Ligue 2, mais quand Charleroi s'est manifesté, je n'ai plus réfléchi. Je considère ce club comme un tremplin. Je sais qu'il y a aussi de très bonnes équipes en Belgique, et si je me mets en évidence avec le Sporting, elles s'intéresseront peut-être à moi. Ou je pourrais retrouver la France : qui sait ? Mon rêve, c'est de faire mon retour au pays par la grande porte. Je ne peux quand même pas ignorer la Ligue 1 ! Je pense être un attaquant assez complet. Je ne suis excellent dans aucun domaine : je ne cours pas spécialement vite, je n'ai pas un jeu de tête extraordinaire, je ne suis pas très costaud. Mais je suis assez fort partout. Et je n'ai que 23 ans, ce qui veut dire que ma maturation n'est pas terminée. On m'a évoqué ce joueur, c'est clair. Dès le premier jour, on m'a dit que j'allais devoir remplacer un super attaquant qui avait marqué pas mal de buts la saison dernière. Je suis censé le faire oublier. Mais je le ferai avec mes armes, qui ne sont pas nécessairement celles de Sterchele. N'attendez pas une copie conforme de ce joueur que je ne connais de toute façon pas, que je n'ai jamais vu jouer. Je veux m'imposer comme Cyril Théréau, pas comme le nouveau François Sterchele. l PIERRE DANVOYe