Une rue discrète, une maison cosy et les cris de son fils Sacha, qui shoote dans tout ce qui bouge avec un maillot de Cavani sur les épaules : bienvenue chez les Tainmont. La petite dernière de la famille, Jade, quelques mois à peine, dort à poings fermés. Il y a du foot à la télé. Clément est serein. Il a retrouvé une place dans l'équipe-type de FeliceMazzu à l'occasion d'une victoire mémorable sur la pelouse du champion de Belgique. Il y a même inscrit un but. De quoi lancer sa saison pour de bon ? Probablement. Le Français n'élude en tout cas aucun sujet. Commençons par ses racines, ses origines, sa ville natale et son premier club : Valenciennes.
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Une rue discrète, une maison cosy et les cris de son fils Sacha, qui shoote dans tout ce qui bouge avec un maillot de Cavani sur les épaules : bienvenue chez les Tainmont. La petite dernière de la famille, Jade, quelques mois à peine, dort à poings fermés. Il y a du foot à la télé. Clément est serein. Il a retrouvé une place dans l'équipe-type de FeliceMazzu à l'occasion d'une victoire mémorable sur la pelouse du champion de Belgique. Il y a même inscrit un but. De quoi lancer sa saison pour de bon ? Probablement. Le Français n'élude en tout cas aucun sujet. Commençons par ses racines, ses origines, sa ville natale et son premier club : Valenciennes. " J'ai toujours eu un contact étroit avec la Belgique ", se rappelle-t-il. " Tout petit déjà, j'y venais avec mes parents, notamment pour acheter les clopes de mon père. C'était moins cher de l'autre côté de la frontière. On allait aussi faire d'autres courses et étonnamment, je me rappelle également que nous venions parfois jouer en bowling. Plus tard, je suis fréquemment venu me promener à Mons, une petite ville que je trouve très sympa aussi. Valenciennes, ce n'est vraiment qu'à quelques kilomètres de la frontière mais c'est vrai qu'à cette époque, je n'aurais pas pensé faire carrière sur l'autre rive du Quiévrain. Et pourtant... J'y suis maintenant depuis 18 mois, et je crois que je vais y rester. " Clément réfléchit puis reprend : " Valenciennes, cela restera mon éternelle déception. Peu importe ce qui arrivera à l'avenir, que je reste à Charleroi ou que je sois transféré dans un plus grand club ou à l'étranger, je pense que j'aurai toujours la cicatrice que m'a causée mon premier club. J'y ai débuté à 5 ans jusqu'à l'équipe première. J'étais convaincu que j'allais passer pro parce que j'avais le niveau et parce qu'à l'époque, DanielLeclercq me soutenait. Puis tout a été balayé en quelques semaines avec le changement de coach et la venue d'AntoineKombouaré. Il ne voulait ni de moi, ni d'aucun jeune. Cela semble être le fil conducteur de ma carrière : quand j'attends quelque chose, rien ne se passe. On m'a contraint à jouer une saison entière en réserve où j'ai pris zéro plaisir. Je me forçais quasiment à chausser mes crampons. Et je le dis sincèrement, j'ai quitté le club en larmes. Comme un gosse. J'y étais tellement attaché. Aux gens qui ne croyaient pas en moi à l'époque, je réponds désormais en jouant en D1 avec Charleroi. Malgré tout, même quand je suis parti et que j'ai signé pour Lesquin, une petite entité qui joue désormais en DH, je savais que j'allais réussir. " Clément, déjà en couple avec Elodie, qui l'a suivi dans quasiment toutes ses péripéties, entame alors un drôle de parcours. Mais comme écrit dans un verset de l'Evangile de Jean : " La lumière luit dans les ténèbres. " Le Carolo s'est accroché à ce mince espoir, à son rêve. " Ce fut d'abord Dunkerque, qui m'a relancé. Puis Reims, qui m'avait repéré lors d'un match de Coupe de France. J'ai ensuite été prêté à Amiens. Mon plus mauvais choix, ce fut de signer en faveur de Châteauroux, où je me suis emmerdé comme un rat mort. C'était un club perdu au milieu de rien et la seule chose intéressante, c'est que j'avais pu doubler mon salaire et c'est ce qui m'avait incité à accepter. Mais pour le reste, c'était l'ennui. Rien à faire, rien à voir. La ville la plus sympa à proximité, c'était Tours, située près des châteaux de la Loire, un coin sublime, mais à une heure de route ! " L'appel de MogiBayat tombe alors à point nommé. Comme une révélation, Clément fait ses bagages, tourne les talons et prend la route d'un pays dont il ne connaît finalement pas grand-chose mais où il sait qu'il va se plaire. " Le problème, c'est que les Français ne regardent que leur nombril. Tout ce qui se passe ailleurs ne les intéresse pas. C'est une facette que je n'aime pas. La Ligue 1, par exemple, est devenue ennuyeuse à mourir. Et c'est la même chose dans beaucoup de domaines. Personnellement, j'ai toujours eu beaucoup de respect pour la Belgique, je me souviens qu'avec mon père et mon frère, on regardait les résumés des matchs au 'Week-end sportif'. Et Elodie était emballée elle aussi. " Elodie affiche un large sourire. Elle contemple Clément avec amour, elle l'écoute avec attention. Mais elle dit aussi ce qu'elle pense. Créatrice de bijoux pour la marque Saona, fille d'orfèvres à Valenciennes, elle a connu son cher et tendre sur les bancs du Lycée Wallon dans leur ville natale. Ce fut le coup de foudre et voilà plus de douze ans que cela dure même si elle dut, pendant quelques mois, aller vivre à Paris. " Je me rappelle bien de la première fois où nous sommes venus voir un match de Charleroi. C'était un soir, il n'y avait pas grand-monde dans le stade mais j'ai tout de suite su que le style de jeu allait me convenir ", dit Clément. " En ce qui me concerne, je l'aurais suivi au bout du monde mais j'ai tout de suite senti qu'il était emballé par le challenge carolo. Puis, pour notre vie de famille aussi, c'était un bon choix. Finalement, nous n'étions pas loin de nos parents tout en ayant la possibilité de vivre dans un tout nouvel environnement ", confirme Elodie. En Belgique, Clément ne tombe donc pas dans l'inconnu. Avant de signer au Sporting, il passe d'ailleurs un petit coup de fil à DavidPollet : " On s'était affrontés quelques fois chez les jeunes et on se connaissait. C'est aussi via lui que j'ai abouti dans le Brabant wallon, il habite à quelques kilomètres de chez moi. Son épouse est très proche de la mienne. Le courant passe bien. " Il retrouve aussi Cédric Fauré, le buteur avec lequel il avait joué à Reims et qui continue à faire parler la poudre en D2 avec l'Union Saint-Gilloise. Et puisque la fibre footballistique est aussi dans les gènes de son fils, il l'a désormais inscrit au club de football voisin : " Il vient de commencer au RRC Waterloo. Sacha joue avec les plus petits mais il est mordu. Il passe sa journée avec son ballon et je vais le voir à l'entraînement dès que j'en ai l'occasion. " Elodie reprend : " J'apprécie notre cadre de vie, les gens sont charmants. Personne ne nous dérange jamais et la chaleur humaine est étonnante. Quand notre fille est née, les voisins se sont succédé pour nous féliciter, offrir un petit cadeau et d'autres genres d'attentions. Cela nous a fait plaisir et ce ne serait jamais arrivé en France. " La France ne leur manque pas. Et leur décision est déjà prise : ils resteront vivre en Belgique quand la carrière de Clément sera terminée. " Nous en avons déjà discuté et c'était quasiment devenu une évidence ", racontent-ils de conserve. " Tout est réuni ici pour que nous soyons heureux. " " Et puis c'est le foot que j'aime ! Le niveau est bien meilleur qu'on ne le pense. Les gens reviennent au stade. C'est gai ", glisse encore le Zèbre. Au cours de sa longue blessure, Clément a pu compter sur le soutien de sa chérie. Cette absence, il l'a redoutée. " De toutes les blessures dont les footballeurs peuvent souffrir, la pubalgie est celle que je craignais le plus. Je me souviens d'avoir connu quelques équipiers qui en avaient souffert et quand ils étaient dans la douche, ils avaient une cicatrice de fou près du pubis. Ça me foutait un peu les boules. Ici, je suis resté bloqué sur la touche pendant trois mois mais a contrario, je n'ai pas été opéré. Je ne ressens plus aucune douleur et je suis donc très satisfait de la façon dont mon cas a été géré. J'ai eu un coup de bol en tombant sur SilvioProto au Delhaize de Waterloo. On a brièvement discuté et c'est lui qui m'a conseillé d'aller chez LievenMaesschalck. Et je l'en remercie. " Reste que cette absence l'a non seulement privé de coupe d'Europe, qui était tout de même la cerise sur le gâteau après douze mois exceptionnels, mais aussi empêché d'ambitionner un transfert. " Je pensais être sollicité après quelques mois où j'avais été très régulier. C'est tombé à l'eau et je ne m'en plains pas. A bientôt 30 ans, j'ai encore quelques belles années devant moi mais je vais aussi devoir penser à assurer mes arrières et cela passera par un dernier beau contrat ou un transfert. Actuellement, je ne me mets pas martel en tête. Je me suis focalisé sur mon retour dans l'équipe. Je piaffais d'impatience et je crois avoir prouvé, lors des derniers matchs, que je n'avais rien perdu. J'ai été décisif en montant au jeu à Waasland-Beveren. Idem en étant titulaire à Gand. Je crois avoir répondu aux attentes. " Le come-back fulgurant de Clément lui a permis de retrouver son calme. Et quand il rentre chez lui, il devient papa-poule. " Depuis qu'il est père de famille, il a changé. Sa vie s'est centralisée sur nous quatre et cela fait mon bonheur aussi ", glisse Elodie. " Avant, on pensait davantage à se faire plaisir et à faire ce que nous aimions tous les deux alors que désormais, c'est la famille qui passe avant tout. Clément est quelqu'un avec qui il faut beaucoup parler. Il ne se confie pas facilement... " Le footballeur sourit : " Je crois que j'ai une tête qui fait peur. On me dit souvent que je suis froid au premier abord. J'ai le faciès de mon père. Pourtant, les Ch'tis sont normalement des gens très ouverts et très chaleureux. Mais ce n'est qu'une façade. " " C'est clair, une fois qu'on le connaît, c'est tout le contraire. Il a la main sur le coeur ", ajoute Elodie. " Nous partageons tout. " Et Clément compte rendre à l'amour de sa vie ce qu'elle lui a donné : " Il est possible que le jour où je rangerai les chaussures, je l'aiderai à développer sa marque de bijoux. Je ne servirai certainement pas de modèle mais je pourrai peut-être faire la route. Je trouverai bien ! " Chez les Tainmont, on vous le disait, c'est le bonheur version 4.0. PAR DAVID DUPONT - PHOTOS FRANK ABBELOOS" Mon plus mauvais choix, ce fut de signer à Châteauroux, où je me suis emmerdé comme un rat mort. " CLÉMENT TAINMONT " Quand j'attends quelque chose, rien ne se passe. On dirait que c'est le fil rouge de ma carrière. " CLÉMENT TAINMONT