L'arrivée de Roberto Marinez à la tête des Diables semble avoir réintroduit l'importance de la tactique, d'un système de jeu, de la " tactical flexibility ", lancés à longueur de conférence de presse par le sélectionneur espagnol. Une forme de pied-de-nez involontaire à Marc Wilmots, souvent pointé du doigt quand il s'agissait de s'exprimer devant le tableau noir. Wilmots était davantage un homme de coups, auteur de plusieurs changements gagnants, grâce à ce fameux " buikgevoel " qui mêlé à de l'enthousiasme et aux qualités individuelles a longtemps suffi pour redorer le blason des Diables. Aujourd'hui, nous voilà plongés dans une nouvelle ère, celle de la modernité diront les plus grands opposants à l'ex-sélectionneur, ou celle de la rationalité pour les plus mesurés. Un schéma clair et précis, un contexte global mieux défini mais pas robotique pour autant, laissant place à pas mal de libertés individuelles sur le plan offensif. Un système, ou plutôt deux systèmes, mis en place et préparés, là où lepeople management de Wilmots a montré ses limites lors des deux dernières compétitions internationales.
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L'arrivée de Roberto Marinez à la tête des Diables semble avoir réintroduit l'importance de la tactique, d'un système de jeu, de la " tactical flexibility ", lancés à longueur de conférence de presse par le sélectionneur espagnol. Une forme de pied-de-nez involontaire à Marc Wilmots, souvent pointé du doigt quand il s'agissait de s'exprimer devant le tableau noir. Wilmots était davantage un homme de coups, auteur de plusieurs changements gagnants, grâce à ce fameux " buikgevoel " qui mêlé à de l'enthousiasme et aux qualités individuelles a longtemps suffi pour redorer le blason des Diables. Aujourd'hui, nous voilà plongés dans une nouvelle ère, celle de la modernité diront les plus grands opposants à l'ex-sélectionneur, ou celle de la rationalité pour les plus mesurés. Un schéma clair et précis, un contexte global mieux défini mais pas robotique pour autant, laissant place à pas mal de libertés individuelles sur le plan offensif. Un système, ou plutôt deux systèmes, mis en place et préparés, là où lepeople management de Wilmots a montré ses limites lors des deux dernières compétitions internationales. Au soir de la victoire convaincante face à la Bosnie, les Diables ont clamé à l'unisson les bienfaits du passage à un 3 défensif après la montée de Laurent Ciman en remplacement d'un hésitant Jordan Lukaku, sorti sur blessure. Thibaut Courtois, principal dissident de l'ex-coach national, a insisté sur le fait que " les deux systèmes tactiques avaient bien été travaillés à l'entraînement. " La passage forcé vers une ligne arrière à 3 coïncide avec la rapide ouverture du score par l'infortuné Emir Spahic, et compte aujourd'hui, après une première répétition à Chypre, de plus en plus de soutien au sein même de la sélection. Jan Vertonghen : " Le système à 3 nous permet d'exercer une plus grande pression sur l'adversaire. C'est d'ailleurs de cette manière qu'on a inscrit le deuxième but. " " Comme les latéraux montent beaucoup, ils créent des brèches. Il y a plus de solutions offensives ", se réjouit un Eden Hazard quasiment libéré de tout travail défensif. Alors qu'un très bon Thomas Meunier reconnaissait voir " davantage de variété dans notre jeu. Surtout offensivement. " " Je pense qu'on peut parler de match référence ", a même glissé Axel Witsel. Le contraste est évidemment saisissant avec la copie bâclée face à l'Espagne il y a un peu plus d'un mois et le lynchage en règle d'une bonne partie de la presse et des supporters. Un jugement bien trop hâtif, puisque Matinez découvrait à peine sa mission et les moyens mis à sa disposition, comme doit être pris avec distance ce 4-0 bien senti face à des Bosniens pénalisés par de trop nombreuses erreurs individuelles. Vu la faiblesse de l'opposition dans ce groupe, Roberto Martinez devrait avoir le loisir de préparer pas à pas son équipe et la faire monter en puissance en vue de la Coupe du Monde 2018. On pouvait donc s'étonner de la non-reconduction du 3 défensif en début de match face à la Bosnie. Paradoxe d'un foot belge longtemps réputé pour ses bases arrières, notre foot est marqué du sceau de la technicité, du dribble, de la créativité mais pêche par manque de solutions défensives. Car le problème semble à court terme insoluble. Le manque d'assurance de Jordan Lukaku a mis en lumière le marasme au niveau des arrières latéraux. Hormis l'indiscutée paire défensive de Tottenham composée par TobyAlderweireld et Jan Vertonghen, la situation n'est pas rose. Laurent Ciman est l'heureuse surprise de ce début de campagne mais n'est certainement pas, à 31 ans, une solution d'avenir d'autant que ses prestations dans une MLS bien trop faiblarde ne peuvent être prises en comparaison avec ses concurrents. Mais ceux-ci broient du noir. Nicolas Lombaerts n'est plus indiscutable au Zenit, Christian Kabasélé use le banc de Watford, Vincent Kompany est toujours abonné à l'infirmerie de City, Jason Denayer doit se refaire une santé à Sunderland alors que nos Espoirs prouvent par l'absurde que personne n'est encore capable d'apporter un semblant de concurrence. La sélection de Sébastien Poccognoli, qui n'a disputé jusqu'ici que 159 minutes avec le modeste Brighton & Hove Albion en D2 anglaise, expose encore un peu plus nos manquements défensifs. Même Thomas Meunier, pourtant très bon chez les Diables depuis la prise de fonction de Martinez, n'est encore qu'une doublure d'un impressionnant Serge Aurier. Le 3 arrière semble donc être une solution de substitution mais qui semble coller parfaitement à nos qualités individuelles. Alors que sous Wilmots, nos arrières latéraux ont souvent été cantonnés à un rôle purement défensif ou balançant régulièrement des centres à l'arrêt à 30 mètres des buts adverses, les ailes des Diables sont désormais devenues une réelle force de frappe. Grâce d'une part au volume de jeu de plus en plus impressionnant de Thomas Meunier mais surtout grâce aux énormes facultés de percussion de Yannick Carrasco côté gauche, grand gagnant de ce début de campagne. Le joueur de l'Atlético " apporte quelque chose de différent des autres ailiers. C'est un vrai joueur d'équipe ", clame Martinez qui l'a propulsé parmi les indiscutables. Yannick Carrasco, souvent brouillon pendant l'EURO, est le détonateur d'une transition longtemps trop lente entre l'attaque et la défense, que seul un bon Kevin De Bruyne était capable d'énergiser. Dans l'axe central du milieu, la paire bureaucratique composée par les touffus Fellaini-Witsel, doit désormais soulager le 3 arrière mais aussi permettre à nos " 4 fantastiques " (Carrasco-Hazard-Lukaku-Mertens) d'être libres et libérés d'un maximum de tâches défensives tout en étant le garant d'un pressing ordonné. Positionné dans l'axe, Eden Hazard a désormais le rayonnement digne de son talent aux côtés d'un Dries Mertens enjoué - qui avait traîné son spleen durant tout le mois hexagonal - après une titularisation et une partition aboutie face à la Bosnie mais qui devrait pourtant être la première victime du retour de KDB. Reste le cas Romelu Lukaku. On peut même parler de fracture car l'attaquant d'Everton continue à diviser malgré des statistiques affolantes. Son raté spectaculaire face à la Bosnie a réussi chez une partie de l'opinion publique à gommer la qualité de son match couronné par un but qui ne doit rien à personne, hormis à des qualités de plus en plus développées et à sa force de caractère. Mais une frange du public des Diables, les mêmes peut-être qui entonnaient les chants à la gloire de Wilmots dès la première de Martinez, continue à prendre en grippe son buteur et préfère ovationner la montée au jeu d'un Laurent Ciman, anonyme du foot international, sorte d'anti-héros qu'on estime apparemment davantage. " Je pense que Romelu, comme son frère d'ailleurs, sont victimes de leur nom. Leur père a notamment contribué à la salir à cause de nombreuses frasques ", avance comme tentative d'explication un proche du clan Lukaku. " Et je crois aussi que l'on n'apprécie pas le côté bon élève, workaholic, ultra-professionnel de Romelu. " Le parallèle avec Vincent Kompany est inévitable. Le capitaine des Diables a longtemps tiré son lot de critiques le jugeant nonchalant sportivement et arrogant médiatiquement. Un mal belge mais pas seulement. Thierry Henry, lui, aussi coupable des même tares malgré une carrière et un bilan chiffré exceptionnels, n'a jamais été prophète en son pays. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTO BELGAIMAGE