"C'est trop injuste " : Cristiano Ronaldo évacue sa frustration quelques minutes après la défaite du Portugal contre l'Allemagne. Depuis leurs barrages contre la Bosnie, les gars de Paulo Bento ne réussissent plus rien de valable : deux pauvres nuls (Pologne et Macédoine) et deux gros couacs (Turquie et Mannschaft).
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"C'est trop injuste " : Cristiano Ronaldo évacue sa frustration quelques minutes après la défaite du Portugal contre l'Allemagne. Depuis leurs barrages contre la Bosnie, les gars de Paulo Bento ne réussissent plus rien de valable : deux pauvres nuls (Pologne et Macédoine) et deux gros couacs (Turquie et Mannschaft). Deux images de cette soirée symbolisent le mal-être de CR7. Au coup d'envoi, il tire la langue et fixe le lointain, il semble tendu comme s'il pressentait que ça allait mal se terminer. Et juste après le but de Mario Gomez, un gros plan le montre tête basse et rappelle sa triste sortie de terrain après l'élimination par l'Espagne à la Coupe du Monde 2010 quand il était passé complètement à côté de son match. Tout n'est pas fini pour les Portugais mais ils n'ont déjà plus droit à l'erreur et s'accrochent à quelques certitudes. Ils ont été bons contre les Allemands, ils ont eu plusieurs occasions franches de but, Bento affirme que " ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne ", Pepe estime que " dans nos têtes, nous sortons vainqueurs de ce match ". Et Ronaldo pointe non pas un manque d'efficacité mais " une grosse dose de malchance ". Dans ce choc, on a plusieurs fois vu le fenomeno du Real. Il a frappé quatre fois au but (personne n'a fait mieux) et il s'en sort avec un excellent Castrol Index, cet outil de calcul qui analyse les touches de balle de chaque joueur, fait monter la note si l'impact de la touche est positif, la diminue si la conséquence est négative. Par rapport au Ronaldo de la Liga, il n'a manqué que les buts. Idem par rapport au play-boy des campagnes éliminatoires. Car aussi bien avec le Portugal qu'avec son club, il marque beaucoup. Seul hic : il perd son efficacité dès qu'il aborde une phase finale (voir encadré). En sélection, il pointe à 32 buts en 89 matches. Depuis qu'il est pro, c'est 269 goals en 467 rencontres. Des ratios qui n'ont rien à voir avec son bilan dans les EUROS et les Coupes du Monde : 5 buts en 20 matches. Et encore, il y a des nains comme l'Iran et la Corée du Sud parmi ses victimes. " Je sors d'une année pleine avec le Real, maintenant il est temps que je m'illustre dans un grand rendez-vous international ", a lancé le Portugais en posant le pied sur le sol polonais. Mais il suffit d'analyser son cheminement en équipe nationale pour comprendre que ce ne sera pas simple. Dans la poule, il y a l'Allemagne, les Pays-Bas et un Danemark qui a terminé devant le Portugal lors des éliminatoires. Soit trois grosses équipes. Or, sur les 32 buts inscrits par Ronaldo, il n'y en a eu qu'une petite poignée contre des adversaires de talent : Grèce en version championne d'Europe 2004 (Ronaldo faisait ses débuts en sélection), Pays-Bas lors du même tournoi, Argentine, Tchéquie, Russie, Danemark. Les autres fois où il a levé les bras en l'air, c'était par exemple contre la Lettonie, le Luxembourg, l'Arabie Saoudite, la Finlande, l'Iran, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan... voire la Belgique ! Une défense allemande avec Jérôme Boateng, Holger Badstuber, Mats Hummels et Philipp Lahm (plus Manuel Neuer derrière), c'est autre chose. Ronaldo a terminé meilleur buteur portugais des éliminatoires et il a scoré contre les Danois, mais des sans-grade comme l'Islande, Chypre et la Bosnie lui ont aussi permis de gonfler son total. Il marque comme il respire avec le Real mais les adversaires de ce club doivent se concentrer sur tous les médians et les attaquants, car le danger vient de partout et tout le monde est susceptible de frapper. Ce n'est pas nécessairement le cas dans l'équipe portugaise. L'attaquant de pointe, Hélder Postiga, est plus souvent transparent que frappant et ce n'est pas le genre de joueur sur lequel un coach colle deux défenseurs, surtout dans sa forme actuelle. Il y a aussi Nani, mais lui aussi entretient une relation de haine avec les tournois. Et dans l'ensemble, on ne peut plus dire que le Portugal possède une génération dorée. Le noyau demi-finaliste à la Coupe du Monde 2006 avec Luis Figo, Pauleta, Deco, Nuno Gomes et Ricardo Carvalho, c'était autre chose. A ce moment-là, les défenses devaient surveiller une demi-équipe. La place de pointe confiée à Postiga, Ronaldo est toujours prêt à l'occuper. Avec son sens du démarquage, sa puissance, son accélération et ses passements de jambes, il est capable de faire un bon usage de tout long ballon. Mais en sélection, il joue le plus souvent sur une aile, comme il l'a encore fait face aux Allemands. Paulo Bento lui laisse le choix. Ils entretiennent un lien très fort, style père-fils. Ils se sont connus il y a très longtemps quand le génie était encore à l'académie du Sporting Lisbonne, où Bento était en équipe Première. Une des premières décisions de Bento, quand il est devenu coach fédéral en remplacement de CarlosQueiroz durant les éliminatoires pour cet EURO, a été de donner le brassard de capitaine au deuxième meilleur joueur du monde. Il l'a relancé après sa Coupe du Monde sud-africaine décevante. Ronaldo venait de scorer deux fois en deux ans avec Queiroz, il a planté neuf buts lors de ses 11 premiers matches avec le nouveau coach. Le style Bento convient aussi mieux à Ronaldo que la méthode du très attentiste Queiroz. Avec lui, Ronaldo se plaignait (parfois publiquement) d'être muselé, étouffé dans un système dont il ne comprenait pas bien l'utilité. Aujourd'hui, il affirme que le système est bon. Mais l'équipe portugaise est trop Ronaldo-dépendante, comme s'il se sentait obligé de tout faire. Il court énormément, appelle, se charge de coups francs,... Et quand il se retrouve en zone de conclusion, il manque parfois de fraîcheur, surtout si un adversaire le serre à la culotte depuis le début de son action. Bref, malgré son aura, les Portugais affirment qu'ils n'ont toujours pas retrouvé un buteur de la trempe de Pauleta. Une vrai avant de pointe qui transformait en buts la majorité de ses occasions. Aussi bien avec son club qu'avec la sélection -plus d'un but tous les deux matches.PAR PIERRE DANVOYE, EN UKRAINE