A près de 33 ans, Pierre Migisha peut déjà se targuer d'avoir atteint les sommets du football européen. De simple pigiste à l'homme incontournable du sport sur Club RTL, le journaliste belgo congolais continue de s'investir dans la promotion du football africain. Un parcours hors du commun qui le mena de RTL à l'EURO 2000 pour enfin occuper une place de choix aux commandes de la politique sportive à l'Avenue Ariane.
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A près de 33 ans, Pierre Migisha peut déjà se targuer d'avoir atteint les sommets du football européen. De simple pigiste à l'homme incontournable du sport sur Club RTL, le journaliste belgo congolais continue de s'investir dans la promotion du football africain. Un parcours hors du commun qui le mena de RTL à l'EURO 2000 pour enfin occuper une place de choix aux commandes de la politique sportive à l'Avenue Ariane. Pierre Migisha : Beaucoup d'eau est passée sous les ponts. Je me souviens m'être lancé dans le journalisme afin de pouvoir côtoyer les sportifs de haut niveau. J'ai toujours eu la passion du sport dans les veines et tout jeune déjà, je m'amusais à imiter les commentateurs radio. C'est pourquoi je me suis lancé dans le journalisme en entamant des études à l'ULB. Dès mes 19 ans, à côté de piges que j'effectuais pour le compte de La Libre Belgique et du Soir, je suis allé frapper à la porte de RTL. J'ai pu collaborer régulièrement avec l'équipe de l'émission Eurofoot sous l'instigation de Philippe Henry à qui je dois beaucoup. Il a été notamment important pour guider mes choix à une époque où, ayant déjà aperçu le métier, je voulais me consacrer davantage et presque exclusivement à mes études. Il m'a convaincu de garder un pied dans le métier. C'est ainsi que j'ai finalement été engagé à RTL en 1994 où j'ai réellement percé dans le métier en présentant en prime time Foot dimanche. L'opportunité d'occuper une fonction au c£ur même d'un grand événement sportif comme l'EURO 2000 s'est présentée par hasard. Lors de la Coupe du Monde, Alain Courtois était en mission de repérage et il m'a proposé de rejoindre son équipe au niveau de la communication. J'ai toujours été attiré par l'envers du décor, j'avais même postulé à Anderlecht et à l'Union Belge pour m'occuper de la communication événementielle. Je pensais à l'époque avoir réellement quitté RTL-TVI de manière définitive. La chance m'a souri en 2000. RTL venait de décrocher les droits de retransmission de la Ligue des Champions pour trois ans ! Ce fut une aubaine incroyable lorsque Eddy De Wilde m'appela afin de commenter la crème du football européen. En 2002 se sont d'ailleurs rajoutées les joutes des Diables Rouges et de la Coupe de Belgique. Je ne regrette nullement mon retour à l'Avenue Ariane puisque la politique de la maison préconise la médiatisation des événements phares. C'est ainsi qu'on a également couvert le championnat du monde du boxeur Béa Diallo. Si je n'ai pas l'opportunité de présenter un jour une phase finale, ce ne sera pas la mer à boire. J'ai passé l'âge de rêver d'un Mondial. Je côtoie la crème de la crème avec la Ligue des Champions. A Schalke, je commenterai ma quatrième finale en autant d'années, ça vaut certainement une Coupe du Monde. Très peu, je dois dire. Je me souviens de mon test à RTL à mes débuts où un journaliste était étonné que je n'aie pas l'accent africain. C'est tout à fait normal puisque je suis né en Belgique, à Louvain. Je reste belge ! Certaines personnes ont été surprises en se rendant compte que j'étais journaliste de couleur mais je n'ai jamais senti une quelconque gêne dans le milieu sportif. Je me réjouis d'ailleurs qu'au top du sport-roi, plusieurs éléments de couleur occupent le haut du pavé. A partir du moment où des Mpenza et des Kompany jouent, pourquoi n'y aurait-il pas un journaliste noir dans les tribunes ? Même si je ne garde pas de réelle attache au Congo, puisque toute ma famille s'est installée en Belgique, je ne renie pas pour autant mes origines. Ainsi je suis indirectement à l'origine de la création du soulier d'Ebène. L'asbl African Culture Promotion, composée à l'époque essentiellement d'étudiants, organisait de nombreuses activités sportives dont notamment le tournoi africain du Collège Saint Pierre très prisé dans le milieu. Ils ont voulu récompenser les joueurs de la communauté africaine mais ils ne savaient pas comment concrétiser leur projet. Ils ont remarqué qu'un journaliste noir travaillait à RTL et je m'efface afin de souligner le rôle prépondérant joué par Philippe Henry qui a bien voulu parrainer l'initiative. Le Soulier d'Ebène reste donc l'organisation de l'African culture Promotion. Je n'ai été que la cheville ouvrière durant ces treize premières éditions. L'idée de départ partait du principe que le référendum majeur en Belgique, le Soulier d'Or, était pratiquement réservé aux joueurs belges et plus particulièrement aux membres de l'équipe nationale. Il faut bien se dire que les années 80-90 ont vu l'émergence de grandes générations de Diables. Les Vercauteren, Ceulemans, Scifo ont à chaque fois survolé le championnat ! Malheureusement, depuis quelques années, les meilleurs Diables évoluent à l'étranger et les résultats sont également moins bons dans l'ensemble. Comme d'autres étrangers, les Africains étaient ainsi mis que très rarement à l'honneur ! Nous avons ainsi pensé à récompenser les joueurs africains dans leur ensemble au travers de ce qu'ils apportent comme créativité au championnat belge. N'oublions pas également l'attache historique de la Belgique vis-à-vis du continent africain. Je considère cette récompense avant tout comme un clin d'£il à la communauté. Je ne suis pas peu fier du palmarès du Soulier d'Ebene. Et ce qui me fait le plus plaisir ce sont les réactions des joueurs. Pour Dindane ou Kompany, ce trophée représente leur première distinction individuelle. En ce qui concerne leurs destinées, je suis nettement plus optimiste pour Kompany ! Pour Dindane, j'ai plus du mal à le placer dans un championnat bien spécifique. Kompany, lui, peut convenir à de nombreux championnats, même en Italie. Le problème de l'avant anderlechtois réside dans son manque de finition. Il ne deviendra jamais un véritable renard des surfaces. Son type d'attaquant est moins prisé. Vincent, lui, m'épate par son aisance technique et son assurance. Il deviendra certainement leader d'une ligne arrière grâce à son intelligence de jeu ! Cela reflète avant tout la diversification du scouting des clubs belges. Autrefois, les joueurs africains provenaient avant tout de la filière congolaise et nigériane. Mais il est désormais exclu pour un club comme Anderlecht de décrocher un Babayaro comme il l'a fait voici dix ans. Les Nigérians sont devenus extrêmement chers de par le succès de l'équipe nationale. Les clubs belges sont donc allés prospecter dans les autres pays. Oui, mais avant de critiquer le système beverenois, il faudrait tout d'abord passer à la loupe le système de recrutement de tous les clubs belges. Comment est-ce possible d'avoir failli passer à côté d'un Luigi Pieroni, un avant qui plante près de 30 roses en une saison ! Herman Helleputte et Jean-Marc Guillou ont le mérite d'avoir réussi à construire un groupe homogène, constitué de nombreuses individualités techniques. Les Ivoiriens, et les Africains dans l'ensemble donnent la primauté au beau jeu en un temps, et ce, parfois au détriment de l'efficacité. L'Africain n'est que très rarement un finisseur né ! Beveren est pourtant parvenu à décrocher son ticket européen en évoluant en bloc. Le jeu jovial et l'efficacité ne sont donc pas si incompatibles ! Je me sentais plutôt proche du Maroc. Le pays n'en était pas à sa première candidature et a déjà organisé avec succès la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) à plusieurs reprises. La sécurité y règne malgré la mauvaise image qui est reflétée dans nos médias. Si on s'en tient purement au côté financier, l'Afrique du Sud part avec un avantage. Mais ce qui me gêne dans l'Afrique du Sud, c'est qu'elle ne symbolise pas l'Afrique ! En ce qui me concerne, l'Apartheid n'a pas totalement disparu de la société. C'est un drôle de pays, les Blancs bénéficient toujours de privilèges. Je suis sûr que la FIFA ait opté pour elle, même si elle possède les infrastructures nécessaires afin de mener à bien sa mission. Oui et non. J'ai visité le mois dernier le Congo et je me suis rendu compte que le sport ne peut en aucun cas devenir une priorité dans des pays où l'extrême pauvreté est monnaie courante ! Le football peut jouer, à mon sens, son rôle social. Les jeunes ne traîneraient plus dans les rues, ils auraient un but à suivre... Si le continent africain est capable de mener à bien l'organisation du deuxième plus grand événement sportif après les JO, il devrait pouvoir par la suite endosser de nouvelles responsabilités. D'un point de vue sportif, il est évident que la construction des aménagements permettra aux jeunes de bénéficier de meilleurs stades et donc de terrains d'entraînement. En Afrique, je ne compte que cinq grands pays au niveau du foot : le Maroc, l'Algérie, le Cameroun, le Nigeria et le Sénégal ! Ils sont suffisamment structurés et déjà capables de produire des jeunes qui s'expatrieront à 18 ans. La formation est donc bien présente même si la technique de ces jeunes sera par la suite peaufinée dans les clubs étrangers. Le football se joue parfois à peu de chose. Avec un brin de réussite le Sénégal se hissait dans le carré final ! Je ne parlerai pas d'un passage à vide, mais le continent ne sait pas, à chaque édition, reproduire une génération exceptionnelle comme celle des Diouf, Fadiga et consorts. Le même phénomène a touché les Diables Rouges au Mexique... Tous les exploits sont associés à de grands noms. Pour que l'apport de ces coaches se ressente effectivement dans le jeu des phalanges africaines, il faudrait avant tout que ces différents pays adoptent la même politique que la Corée du Sud pour la dernière Coupe du Monde. Ils ont laissé le temps à Guus Hiddink de bâtir en profondeur et de récolter les fruits de ce travail à long terme le jour J ! C'est pourquoi je regrette que la CAN soit organisée tous les deux ans. Les entraîneurs sont immédiatement mis sous pression afin de décrocher des résultats. D'un autre côté, les Africains sont très versatiles et le moindre faux pas peut coûter la place à n'importe quel technicien. La Tunisie l'a bien compris. Elle a enrôlé le Lemerre, qui avait déjà connu les avantages de diriger la phalange organisatrice d'un tournoi majeur. Les résultats ont suivi : il a décroché la CAN cette année. Je crois qu'on va beaucoup parler de l'Afrique ces prochaines années, déjà de par l'organisation du Mondial 2010. J'espère, et je crois même que beaucoup d'Européens souhaiteraient qu'une formation africaine puisse vaincre le signe indien et se hisser en demi-finales. Je me souviens que le 4-4-3 présenté par les Sénégalais à la Coupe du Monde avait soulevé l'enthousiasme. Les Belges avaient pris parti pour le jeu flamboyant des ouailles de Bruno Metsu. Cela reste un rêve mais il suffit de si peu... Et puis, l'Afrique a besoin de figures emblématiques. Quelqu'un qui non seulement s'impose par son jeu et qui a un rôle d'ambassadeur. Mon souhait serait de voir siéger un ancien footballeur dans les instances dirigeantes de la FIFA. Je pense par exemple à un Roger Milla. Un homme qui puisse défendre les valeurs et les intérêts du football africain. Voilà ce qui manque encore aux couleurs africaines pour se hisser définitivement au niveau des meilleures nations mondiales. " Fini le temps où Anderlecht pouvait se payer un BABAYARO POUR UNE BOUCHéE DE PAIN "