Ce soir, Roberto Bettega (55 ans), vice-président de la Juventus, va-t-il se remémorer sa précédente visite au Club Bruges ? En avril 1978, il faisait partie de l'équipe venue défendre à Bruges un avantage de 1-0 en demi-finales de la C1. Un but rapide de Fons Bastijns annihila cet avantage et lors des prolongations, René Vandereycken offrit la finale de Wembley aux Brugeois qui avaient signé une performance de taille car la Juventus émargeait déjà à l'élite mondiale. Quelques semaines plus tard, les protagonistes reconduisaient leur titre national. L'année précédente, Bettega, Dino Zoff, Gaetano Scirea, Marco Tardelli et Cie s'étaient adjugé la Coupe UEFA, le premier trophée international de la Juventus. Ses joueurs formaient l'ossature de l'équipe nationale au Mondial 1978, deux mois plus tard : neuf joueurs turinois étaient de l'équipe qui trébucha face aux Pays-Bas, en demi-finales.
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Ce soir, Roberto Bettega (55 ans), vice-président de la Juventus, va-t-il se remémorer sa précédente visite au Club Bruges ? En avril 1978, il faisait partie de l'équipe venue défendre à Bruges un avantage de 1-0 en demi-finales de la C1. Un but rapide de Fons Bastijns annihila cet avantage et lors des prolongations, René Vandereycken offrit la finale de Wembley aux Brugeois qui avaient signé une performance de taille car la Juventus émargeait déjà à l'élite mondiale. Quelques semaines plus tard, les protagonistes reconduisaient leur titre national. L'année précédente, Bettega, Dino Zoff, Gaetano Scirea, Marco Tardelli et Cie s'étaient adjugé la Coupe UEFA, le premier trophée international de la Juventus. Ses joueurs formaient l'ossature de l'équipe nationale au Mondial 1978, deux mois plus tard : neuf joueurs turinois étaient de l'équipe qui trébucha face aux Pays-Bas, en demi-finales. De 1971 à 1983, Bettega, qui compte 42 sélections nationales, a été un avant efficace et populaire. Il fait partie de l'Equipe du Centenaire élue en 1997. Il a raccroché après la finale perdue, de la C1 contre Hambourg en 1983. Il n'accepta aucune offre en Italie et émigra au Canada où il porta le maillot de Toronto Blizzard. Il mit vite fin à cette expérience américaine pour étudier le marketing. En 1994, alors que la Juventus avait raté le titre pour la huitième fois de rang, le vice-président Umberto Agnelli a pensé à lui. Saison après saison, la Juve était impuissante face aux coûteux renforts milanais et elle s'endettait. Au printemps 1994, Agnelli a cédé le pouvoir à un triumvirat. Bettega fut chargé de la gestion sportive. Antonio Giraudo, économiste chez Fiat, se vit confier l'aspect financier comme administrateur délégué. Et Luciano Moggi fut nommé directeur général. En un rien de temps, l'équipe apura les 25 millions d'euros de dettes de la Juve, qui signa ensuite sept exercices bénéficiaires, un fait unique à ce niveau. La nouvelle direction s'avéra aussi une garantie de succès immédiat : dès 1995, la Juventus fut sacrée championne d'Italie. Même si elle ne se réduisait plus à une entreprise familiale, la Juve devait sa progression à l'alliance de la famille Agnelli et de Fiat. Un beau jour d'été, en 1923, le secrétaire du club s'était rendu à vélo chez Giovanni Agnelli, le fondateur de Fiat ( Fattoria Italiana Automobile Torino). La Juventus, fondée par des lycéens dont le plus âgé avait 17 ans, n'avait encore gagné qu'un titre. Le secrétaire demanda à Agnelli de meilleures conditions d'entraînement pour un de ses meilleurs joueurs, employé chez Fiat. Reconnaissant, il demanda ensuite si Giovanni ne voulait pas de la présidence. Celui-ci trouva l'occupation idéale pour son fils Eduardo. Dès le 24 juillet 1923, il prit sa tâche à c£ur. Grâce à l'argent des Agnelli, la Juve devint un grand club, qui allait conquérir 26 de ses 28 titres avant 1994. Cette année, la Juventus a fêté son 28e sacre, le premier depuis le décès d'Umberto en 2004 et de Gianni Agnelli en 2003. L'honneur en revient à Fabio Capello. L'entraîneur est la vraie vedette de la Juventus. Sinon, comment expliquer qu'il puisse écarter le préféré du public, Alessandro Del Piero, sans en subir les conséquences ? Après pareil geste, l'entraîneur se condamnait à la réussite mais ce n'est pas un problème pour Capello. Durant toute sa carrière, il a constitué une garantie de succès. Il a été champion au moins une fois avec tous ses clubs (Milan, le Real, l'AS Rome, la Juve). Bettega et Moggi l'ont enrôlé l'année dernière. Bettega a joué avec lui, puisque Capello a été un excellent médian de la Juventus jusqu'en 1976. Il a été champion à trois reprises avec la Vieille Dame, comme joueur, avant de rejoindre Milan. Mais c'est à Turin qu'il a développé la philosophie qu'on lui connaît. Joueur, il avait demandé au directeur d'alors, Giampiero Boniperti, lui-même meilleur buteur de tous les temps de la Juve, si l'essentiel en football était le résultat. Boniperti avait répondu : - On ne peut dire que le résultat est important. C'est la seule chose qui compte. Tout le reste est accessoire. " Je pense qu'on ne s'amuse qu'en gagnant ", dit Capello. A l'AS Rome, Capello ne s'amusait plus. Le club n'avait plus d'argent et l'entraîneur, malgré un contrat toujours valable, n'avait aucune envie de diriger une équipe incapable de briguer un prix. La Juve était sur le point d'enrôler un autre de ses anciens joueurs, Didier Deschamps, alors coach de Monaco quand Bettega et Moggi apprirent que Capello avait une clause de départ dans son contrat. Don Fabio a rapidement façonné son équipe. Il a amené le médian central brésilien Emerson de Rome. " Certains joueurs sont irremplaçables car ils gagnent le match. Leur absence complique la tâche de l'équipe ". Il s'est ensuite personnellement opposé au départ d'un autre pilier de l'équipe, David Trezeguet. Celui-ci était le transfert le plus cher de la Série A (20 millions d'euros) après l'EURO 2000 mais n'avait pas trouvé d'accord pour reconduire son bail. Le club l'avait autorisé à partir mais le nouvel entraîneur ne voulut pas se séparer de l'avant, certes fragile mais doté du sens du but : " Il ne faut pas se séparer de ce qu'on a pour le plaisir de chercher quelqu'un d'autre. Trezeguet marque de toutes les positions. Je le comparerais à Pippo Inzaghi, mais avec une technique plus raffinée ". Du coup, la prolongation de contrat ne posa plus problème. Cependant, Trezeguet devait subir une opération à la cheville et était indisponible jusqu'à la trêve hivernale. Mais Capello avait une solution. A Rome, il était tombé sous le charme de quelques joueurs de l'Ajax. Il était parvenu à embaucher le défenseur roumain Christian Chivu mais l'AS n'avait pas les fonds nécessaires pour Zlatan Ibrahimovic. La Juventus, elle, a allongé 16 millions d'euros sans broncher. Même si le Suédois de 23 ans avait effectué toute la préparation avec l'Ajax, il s'adapta sans problème à Turin. Il reçut une foison d'occasions de jouer aux côtés de Del Piero, suite à la blessure de Trezeguet. Une fois celui-ci guéri, il prouva qu'il n'avait pas perdu son sens du but. Tout le monde se demandait comment Capello allait résoudre ce problème de luxe et il écarta Del Piero. Au milieu offensif, il était déjà paré, avec Pavel Nedved, qui peut arpenter les espaces entre le flanc gauche et l'axe. Le retrait de Del Piero n'a pas enrhumé la machine efficace qu'était devenue la Juventus. Ibrahimovic et Trezeguet se sont révélés très complémentaires, le Suédois usant de ses dribbles et de son sens du but, le Français de son jeu de tête et de ses qualités dans la recherche d'espace. Le récent sacre n'a pas repu Capello. Il a souhaité renforcer encore son équipe, non pour accroître sa domination en Italie, où il possède déjà la meilleure phalange, mais en Europe. Jusqu'à présent, il a gagné la Ligue des Champions une fois. Cette année, il vise ce trophée. Auparavant, il n'avait pas besoin de renforts. Il possédait suffisamment de talents et de buteurs : outre Ibrahimovic et Trezeguet, soutenus, par Nedved et Del Piero, il avait aussi Marcelo Zalayeta, fort de la tête, et le Roumain Adrian Mutu, transféré de Chelsea la saison passée après une suspension pour cocaïne. La défense n'a guère subi de changements. La saison passée, la Juventus a formé un bloc solide, presque imprenable. Elle a un des meilleurs gardiens du monde, Gianluigi Buffon, qui est cependant indisponible jusqu'en hiver suite à une collision avec Kakà et qui est remplacé par Christian Abbiati, loué par Milan. Dans l'axe de la défense, ses anciens coéquipiers de Parme, Lilian Thuram et Fabio Cannavaro, lequel a connu une mauvaise passe à l'Inter voici deux saisons et a obtenu son transfert pour alléger la masse salariale. Il a émigré presque gratuitement à Turin, en échange du gardien réserve Fabio Carini (ex-Standard) et il a retrouvé son rayonnement à la Juventus. Sur les flancs, le rapide Jonathan Zebina, un ancien discipline de Capello à Rome, lui aussi, et Gianluca Zambrotta allient qualités défensives et élans offensifs. Seul l'entrejeu présentait une lacune. Si la Juventus a déboursé 20 millions d'euros pour un footballeur de 29 ans, c'est dire l'influence de l'entraîneur dans la gestion sportive. Capello avait entraîné Patrick Vieira pendant quelques mois à Milan, il y a dix ans. A ses yeux, il était le successeur de Frank Rijkaard mais Vieira avait préféré Arsenal, car il était barré par Demetrio Albertini et Marcel Desailly à Milan. Aujourd'hui, le tandem Emerson-Vieira forme une muraille imprenable. Ils communiquent aussi aux autres leur mentalité de vainqueur et la grinta de Capello. " Je ne vois nulle part ailleurs un meilleur duo central ", commente l'entraîneur, ravi. Il ne sera cependant vraiment satisfait que si la Juventus conquiert l'Europe grâce à cette grinta. La direction, l'entraîneur et les joueurs-clefs n'en font pas mystère : cette année, la victoire en Ligue des Champions constitue la priorité absolue. A moins que, comme en 1978, le Club ne lui mette des bâtons dans les roues. La Juventus dispute ses matches en déplacement en rouge, cette saison. Le club a demandé à Nike de concevoir un maillot rappelant le premier équipement du club, fondé en 1897 et dont le nom évoque la jeunesse de ses fondateurs, des collégiens, qui plutôt que Gioventù, (jeunesse en italien) optèrent pour la version latine Juventus. Les maillots étaient roses avec une cravate noire et des pantalons blancs ou noirs. Pourquoi le rose ? Tout simplement parce que c'était le tissu le moins cher (70 centimes de lire) chez le marchand ? Nike pense, qu'en fait, la couleur initiale était le rouge mais qu'elle avait déteint ! Une manière comme une autre de justifier le choix actuel... En 1903, John Savage, un industriel anglais spécialisé dans le textile et sympathisant de la Juventus, fut chargé par le club de fournir de nouveaux équipements. Il les commanda à une relation de Nottingham qui n'en avait qu'en noir et blanc, les couleurs de Notts County. Les dirigeants turinois les trouvèrent funèbres mais, faute de moyens, les acceptèrent. La Juventus accuse un déficit pour la seconde fois consécutive : trois millions d'euros cette année contre 18,5 millions il y a un an. Avant, elle avait clôturé sept exercices avec un bénéfice. Elle obtient plus de la moitié de ses rentrées (124 millions sur un total de 228,5 millions) des droits TV et de la Ligue des Champions. Un quatrième (57,5 millions) provient du sponsoring et du merchandising, un dixième (22,7 millions) de la billetterie. Le club est coté en Bourse depuis décembre 2001. Même si, depuis le décès d' Umberto Agnelli en 2004, la famille du même nom n'a plus de représentant à la direction, elle demeure l'actionnaire majoritaire via le holding Ifi. La famille libyenne Kadhafi la suit de loin avec 7,5 % des parts, le troisième est l'administrateur délégué, Antonio Giraudo, avec 3,5 %. Geert Foutré