Depuis dimanche dernier, Vincent Kompany est un jeune trentenaire. Le temps où Vince posait avec une doudoune Lacoste ballante devant la basilique de Koekelberg semble, aujourd'hui, bien loin. C'était le début d'une fulgurante médiatisation après avoir frappé les esprits par une classe et une maturité déconcertantes au coeur de la défense anderlechtoise. Treize ans plus tard, Kompany a changé d'univers. Désormais, il remercie une fanbase de plusieurs millions de personnes éparpillés aux quatre coins de la planète après les nombreux happy birthday qui lui ont été adressés. En Belgique, la presse nationale n'a pas non plus oublié de fêter son capitaine à travers plusieurs reportages sous forme de premier bilan ; même chose en Angleterre où la Premier League, notamment, a clippé ses exploits sur les pelouses anglaises. Avec Marouane Fellaini, Kompany est celui qui a ouvert la brèche à la pléiade de joueurs belges qui font désormais chavirer les coeurs anglais. Il est peut-être la personnalité belge la plus influente dans ce long combat pour sortir le football belge du marasme des années 2002-2010. S'il n'a évidemment pas le coup de rein d'Eden Hazard ou la vista de Kevin De Bruyne, voire la précocité internationale d'un Courtois, Vincent Kompany est notre footballeur-référent de ces dix dernières années. Grâce à un palmarès bâti à Anderlecht par deux titres de champion avant la vingtaine puis consolidé par deux titres de champion d'Angleterre, deux League Cup et une FA Cup. Et pourtant, Kompany a toujours traîné derrière lui son lot de critiques. Chez les Mauves, il était ce jeune bourré de talent mais trop désinvolte sur et en dehors du pré qui s'oubliait par moments. En Allemagne, où son corps lui a lourdement joué des tours, on l'a décrit comme difficile, conflictuel. En Angleterre, par contre, il est plus compliqué de trouver des détracteurs ; même chez l'ennemi Manchester United, Vinnie est craint et respecté. Il est le Captain Fantastic qui a ramené en 2012 le titre aux Skyblues après 44 ans d'attente avec ce brassard qui semble lui être tatoué au corps.
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Depuis dimanche dernier, Vincent Kompany est un jeune trentenaire. Le temps où Vince posait avec une doudoune Lacoste ballante devant la basilique de Koekelberg semble, aujourd'hui, bien loin. C'était le début d'une fulgurante médiatisation après avoir frappé les esprits par une classe et une maturité déconcertantes au coeur de la défense anderlechtoise. Treize ans plus tard, Kompany a changé d'univers. Désormais, il remercie une fanbase de plusieurs millions de personnes éparpillés aux quatre coins de la planète après les nombreux happy birthday qui lui ont été adressés. En Belgique, la presse nationale n'a pas non plus oublié de fêter son capitaine à travers plusieurs reportages sous forme de premier bilan ; même chose en Angleterre où la Premier League, notamment, a clippé ses exploits sur les pelouses anglaises. Avec Marouane Fellaini, Kompany est celui qui a ouvert la brèche à la pléiade de joueurs belges qui font désormais chavirer les coeurs anglais. Il est peut-être la personnalité belge la plus influente dans ce long combat pour sortir le football belge du marasme des années 2002-2010. S'il n'a évidemment pas le coup de rein d'Eden Hazard ou la vista de Kevin De Bruyne, voire la précocité internationale d'un Courtois, Vincent Kompany est notre footballeur-référent de ces dix dernières années. Grâce à un palmarès bâti à Anderlecht par deux titres de champion avant la vingtaine puis consolidé par deux titres de champion d'Angleterre, deux League Cup et une FA Cup. Et pourtant, Kompany a toujours traîné derrière lui son lot de critiques. Chez les Mauves, il était ce jeune bourré de talent mais trop désinvolte sur et en dehors du pré qui s'oubliait par moments. En Allemagne, où son corps lui a lourdement joué des tours, on l'a décrit comme difficile, conflictuel. En Angleterre, par contre, il est plus compliqué de trouver des détracteurs ; même chez l'ennemi Manchester United, Vinnie est craint et respecté. Il est le Captain Fantastic qui a ramené en 2012 le titre aux Skyblues après 44 ans d'attente avec ce brassard qui semble lui être tatoué au corps. Chez nous par contre, Kompany ne jouit pas de la même aura. La faute à cette perte de balle qui précipita l'élimination des Diables en quart de finale de la dernière Coupe du Monde face à l'Argentine ? Non pas vraiment. La réponse se trouve plutôt dans cette personnalité imposante qui fait de l'ombre à ceux qui aimeraient tant être dans la lumière, à cette démarche assurée le menton levé, à ce côté mégalo ou jugé comme tel, à cette boulimie entrepreneuriale pas toujours garante de succès (les échecs de ses sports bar ou les difficultés rencontrées par le BX Brussels). Dans une interview publiée par les quotidiens économiques, De Tijd et L'Echo, le 13 mars dernier, et éclipsée par l'actualité tragique, Kompany a donné une tentative de réponse : " En Belgique, on applaudit des deux mains si vous êtes discret et que vous roulez dans une vieille voiture, même si parallèlement vous planquez discrètement votre magot aux Bahamas. Mais celui qui ose bouger en prend plein la figure. " Médiatiquement, Kompany ne s'éparpille plus, et depuis un petit temps. Les journaux belges ne sont plus sa priorité. Quand il s'agit de faire le point sur son actualité sportive, il s'adresse une fois l'an aux chaînes du service public, la VRT et la RTBF, pour faire passer un message très balisé, comme en juin dernier, quelques jours après la défaite des Belges au Pays de Galles et après avoir connu sa saison la plus compliquée sur le plan individuel. Aujourd'hui, Vince préfère s'épancher sur CNN, dans le Guardian ou le Volkskrant. S'il a précisé à maintes reprises ne jamais vouloir s'engager en politique, il n'hésite pas à donner son avis sur les problèmes communautaires, d'intégration, ou son ressenti après les attentats de Charlie Hebdo, de Paris et de Bruxelles. Dans son dernier entretien publié par De Tijd et L'Echo, le tout jeune trentenaire, qui est sur le point de terminer un MBA à la Manchester Business School, a fait du Kompany. Une première lecture bourrée d'egotrip qui prête même à sourire. " Je ne me suis jamais autorisé à être bon dans un seul domaine " ou " Après ma carrière de joueur, il y a aura certainement d'autres choses. Je n'ai pas besoin de vacances, je continuerai à travailler toute ma vie, jusqu'à mon dernier jour. Dans 30 ans, je serai Vincent Kompany, quelqu'un qui a laissé des traces et qui a aussi joué au football. C'est mon objectif. " A la deuxième lecture, on se rend compte que si Vincent Kompany porte en lui une ambition débordante, sa pensée est loin d'être farfelue. Elle est même plutôt construite et réfléchie. Un entretien qui contraste évidemment avec les interviews habituelles, plus terre-à-terre, de footballeurs mais qui vient aussi renforcer son côté footballeur-businessman qui ne plaît pas à tout le monde. Le frère cadet, François Kompany ne s'en étonne pas : " Moi aussi ça m'irrite (il rit). C'est quelqu'un qui a la chance d'être un sportif d'élite, un athlète incroyable, d'être intelligent et d'être beau garçon. Ça peut déranger certains quand une personne rassemble tous ces profils-là. On le voit rarement souriant à la télé, de plus il marche très droit, le regard sérieux, les gens qui ne le connaissent pas peuvent penser que c'est de l'arrogance. Mais dans la vie de tous les jours, c'est quelqu'un de totalement différent, de drôle, d'expressif. Seulement quand il ne connaît pas une personne, il est plutôt méfiant. Il a été connu très jeune et a rencontré pas mal de monde qui ne lui voulait pas que du bien. Aujourd'hui, il ne laisse plus l'occasion de dire du mal de lui. Et pour se protéger, il se rend inaccessible. Par contre, ceux qui le connaissent vraiment vous diront que c'est la personne la plus fidèle et accessible qui soit. " Depuis le début ou presque, Vincent Kompany marche avec le même noyau dur. L'ami de toujours, Rodysse Munienge rencontré aux pieds des tours du quartier nord de Bruxelles, et qui l'a suivi partout, les potes de Neerpede, Floribert Ngalula et Trésor Diowo, son agent depuis les débuts, Jacques Lichtenstein, et bien sur la famille. Une garde rapprochée synonyme d'équilibre. " Je ne comprends pas toujours tout le négatif qui entoure mon fils ", exprime le père, Pierre Kompany. " Il faut aussi être capable d'apprécier tout ce qu'il a réussi jusqu'ici. S'il a su rebondir tant de fois, c'est parce qu'il aime par-dessus tout son métier, il est conscient de jouir grâce au football du plaisir dont il rêvait petit. " Seulement aujourd'hui, les inquiétudes sont de plus en plus nombreuses quant à son avenir. Depuis ses débuts chez les pros en 2004, The Prince a loupé 189 rencontres (chiffre arrêté avant le match retour face au PSG) pour cause de blessures. Tout y est passé ou presque : tendon d'Achille, adducteurs, ischios, épaule, orteils, quadriceps, hanche et ces foutus mollets, dernière blessure récurrente en date. Fin décembre, Kompany avait dû abandonner les siens après 9 minutes de jeu face à Sunderland suite à une blessure au mollet qui allait l'écarter des terrains pendant plus de deux mois. Un nouveau coup d'arrêt qui avait fait dire à notre consultant, Marc Degryse à Extra Time (sorte de Tribune version néerlandophone) : " Quand tu as été blessé au mollet et que tu enregistres une rechute, il est possible que tu ne te remettes jamais. Tes muscles s'atrophient et tu perds ta puissance. " " Une blessure au mollet est très difficile à soigner ", poursuit Degryse. " J'en ai connu une quand j'étais joueur à Anderlecht et ça m'a ennuyé près de 4 mois. Encore aujourd'hui, ma cicatrice est encore visible. Je ne connais évidemment pas son dossier médical mais j'ai toujours cette impression que Kompany revient trop tôt à la compétition. A l'entraînement tu peux toujours jouer avec le frein à main mais c'est impossible en match. J'espère être trop pessimiste et que tout va bien se passer à l'EURO. Mais une rechute n'est plus à exclure. " Le 15 mars dernier, lors du huitième de finale retour de CL face au Dynamo Kiev, Kompany quittait à nouveau les siens après sept petites minutes, suite une nouvelle fois à une blessure au mollet (la quatorzième !) mais cette fois à l'autre jambe. Une sortie où le capitaine des Citizens est apparu particulièrement inquiet alors qu'il restait sur un mois de février plutôt faste où il avait été élu meilleur joueur du mois par les fans de City. " Je l'ai sonné après la rencontre ", raconte son ami Floribert Ngalula (ex-joueur en jeunes à Manchester United avant de jouer chez les pros de l'OHL notamment). " Son inquiétude était visible à sa sortie mais dès que je l'ai eu au téléphone, il m'a dit : Je vais me battre pour revenir, ne t'inquiète pas. Et puis il m'a directement demandé comment j'allais. Ça fait des années qu'on se connaît et il a toujours été comme ça : sa force mentale lui permet de revenir, à chaque fois, dans le coup. Si un médecin lui dit de multiplier tel exercice et bien vous pouvez être sûr qu'il va doubler la dose. C'est un têtu, il ne veut rien lâcher, il a toujours été comme ça. " Alors que l'on pointait, sa nonchalance du temps des Mauves, Kompany est devenu une autre personne de l'autre côté de la Manche. Il a naturellement gagné en maturité mais aussi en volume physique. L'élancé et élégant défenseur des débuts s'est transformé en un roc musculeux que peu d'attaquants ont réussi à bouger. Une transformation physiologique importante qui expliquerait en partie selon plusieurs médecins les nombreux pépins physiques. Kompany est devenu un véritable stakhanoviste qui n'hésite pas à publier des instantanés de sa revalidation sur les réseaux sociaux à coups de musculation ou de boxe. Il est aussi parti récemment se refaire une santé sous forme d'un régime détox dans le célèbre spa de Merano (Italie)." Sa principale force a toujours été sa dose de travail ", assure Trésor Diowo, ami de longue date et coéquipier chez les jeunes d'Anderlecht. " Un simple exemple édifiant : quand on est parti ensemble à Los Angeles, en vacances, il prenait avec lui un préparateur physique avec qui il bossait pendant trois semaines. Et pourtant, il était déjà à Manchester, quasiment au sommet de sa carrière, mais il a toujours voulu aller plus haut. " City aussi est bourré d'ambition. L'arrivée de Pep Guardiola en est une preuve éclatante. Cette annonce a évidemment entraîné son lot de spéculations. Quels seront les plans du futur ex-entraîneur du Bayern Munich ? Selon différents médias anglais, Vincent Kompany n'entre plus en ligne de compte en tant que premier choix. Guardiola lui préférerait les jeunes défenseurs Aymeric Laporte (21 ans, Athletic Bilbao) et John Stones (21 ans, Everton). Ian Cheeseman, journaliste pour la BBC Radio et observateur des Citizens, est moins catégorique et rappelle que " Vincent Kompany est une icône à Manchester City. Mais sa santé devient problématique. On peut donc légitiment se poser des questions quant à son avenir au club. Si demain, j'étais victime régulièrement d'extinction de voix à l'antenne, et même si j'étais considéré comme le meilleur commentateur au monde, je ne pense pas que mon employeur continuerait à me faire confiance. Avec Vincent, on a envie d'être plus indulgent qu'avec un autre car il est très important sur et en dehors des terrains. C'est un véritable ambassadeur de ce club. Mais après tout ce qu'il a connu, il est difficile d'être optimiste. Je ne sais pas de quoi sera fait l'avenir. C'est un défenseur qui sait jouer au foot, il a donc le profil pour plaire à Guardiola et même si le coach espagnol aime joueur avec des jeunes joueurs. " Son agent de toujours, Jacques Lichtenstein, se veut bien plus optimiste : " Vincent est plus fort que jamais. Je suis en contact avec lui quasi quotidiennement et pas une seconde il n'est inquiet quant à son futur. C'est sa grande force. Il lui reste trois ans de contrat, il est capitaine d'un des plus grands clubs au monde et il est persuadé que ses meilleures années sont devant lui. Il reste un joueur très important de l'effectif, les chiffres le prouvent (voir cadre). Pourquoi partirait-il dans de telles conditions ? " Vincent Kompany semble en tout cas avoir tout planifié. " Je suis le premier à arriver au club, et le dernier à repartir. Je suis le footballeur le plus passionné au monde, mais je me donne le temps de m'occuper de mille autres choses ", explique-t-il dans L'Echo. " Avant, je pensais que j'étais une machine. Maintenant, je sais que je suis un être humain qui a la performance d'une machine. Tant que j'aurai ce sentiment, je continuerai à jouer au football. Mais, je veux relever des défis, je ne continue pas uniquement pour le plaisir de taper la balle. Je veux jouer au plus haut niveau sans pour autant m'accrocher désespérément, pour la simple raison que j'ai d'autres options. Je pense que vous ne trouverez personne au monde mieux préparé que moi pour sa deuxième vie. " PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGE " Dans 30 ans, je serai Vincent Kompany, quelqu'un qui a laissé des traces et qui a aussi joué au football. " VINCENT KOMPANY DANS L'ÉCHO " J'ai toujours cette impression que Kompany revient trop tôt à la compétition. " MARC DEGRYSE " Quand on est parti ensemble en vacances à Los Angeles, il a pris avec lui un préparateur physique avec qui il a bossé pendant trois semaines ". TRÉSOR DIOWO