Le Tondreau et le complexe d'entraînement des Montois sont devenus des moulins où défilent de plus en plus de journalistes et photographes. On ne compte plus les reportages consacrés à ce club par différentes chaînes de télévision et stations de radio. La méthode Sergio Brio et les multiples bouleversements des dernières semaines interpellent. Les Dragons sont deux fois plus médiatisés qu'il y a un an, quand ils étonnaient par leur apprentissage rapide de la D1.
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Le Tondreau et le complexe d'entraînement des Montois sont devenus des moulins où défilent de plus en plus de journalistes et photographes. On ne compte plus les reportages consacrés à ce club par différentes chaînes de télévision et stations de radio. La méthode Sergio Brio et les multiples bouleversements des dernières semaines interpellent. Les Dragons sont deux fois plus médiatisés qu'il y a un an, quand ils étonnaient par leur apprentissage rapide de la D1. De l'extérieur, on peut avoir l'impression que le club est devenu un fameux foutoir où plus aucun employé n'est assuré de sa place. Manager, coach principal, entraîneur adjoint, délégué, médecin, kiné, attaché de presse : ils ont tous volé ! Au milieu de cette tempête, le président, Dominique Leone, est d'un calme olympien. Dominique Leone : Oui, c'est pire ici qu'ailleurs. Pour deux raisons principales : l'équipe n'est pas du tout stabilisée et il y a notre problème d'infrastructures. Un stade en chantier ne facilite pas les choses. Non. Les résultats aussi y sont pour beaucoup. En attendant, nous devons nous débrouiller avec des recettes spectateurs qui ne représentent que 20 % de notre budget alors que ça tourne autour de 35 % dans la majorité des autres clubs. Tout à fait. Dès que le nouveau stade sera terminé û NDLA : théoriquement en été 2006 û, nous jouerons tous nos matches à guichets fermés parce que nous pourrons enfin recevoir les spectateurs dans de bonnes conditions. Regardez les clubs qui jouent actuellement la tête du classement : ils possèdent tous des infrastructures exceptionnelles. Anderlecht, Genk, le Standard, Mouscron et Bruges n'ont aucun souci de ce côté-là. Ils sont sûrs d'attirer du monde, ce qui leur permet de séduire des sponsors et de proposer des salaires élevés. Tout est lié. Chez nous, il manque le premier maillon de la chaîne. Mais je suis évidemment conscient que, pour arriver à remplir notre nouveau stade, il faudra aussi améliorer la qualité de notre jeu. Sergio Brio fait avec le matériel qu'il a trouvé. Je ne vais pas tourner autour du pot, essayer de cacher une réalité que tous les connaisseurs ont bien comprise : nous nous sommes complètement plantés dans notre campagne de recrutement. Déduisez-en ce que vous voulez. Tous ceux qui auraient dû savoir qu'une campagne de transferts ne se prépare pas en juin mais commence dès janvier ou février. Appelons cela une erreur de jeunesse, une conséquence de notre passage, en trois ans, de la D3 à la D1. Le problème, c'est qu'on parle de Mons comme si nous étions en D1 depuis 20 ans. Alors que nous n'y sommes que depuis 14 mois. Il m'a fallu 16 ans pour stabiliser mon entreprise. Je ne peux pas stabiliser Mons en deux ans. Il me faudra six ou sept saisons. Je lui reproche de ne pas avoir été assez prudent dans la campagne de recrutement. Il n'a pas tiré le bon bilan de ce qui n'avait pas assez bien marché la saison passée. Il n'a jamais dit non. Pour moi, cela signifiait qu'il était d'accord. Je ne lui ai imposé que deux joueurs, que j'ai transférés moi-même : Dare Nibombé et David Mounard. J'estimais qu'ils avaient le bon profil pour ce club et, vu l'investissement qu'ils ont nécessité, je ne prenais aucun risque. J'ai de l'admiration pour ce qui se fait depuis deux ans à La Louvière : ce club achète des inconnus bon marché pour en faire de très bons éléments de D1. Un footballeur ne doit pas nécessairement être cher pour être bon. Si cette politique réussit à La Louvière, pourquoi ne pourrait-elle pas marcher ici ? Non. Certains joueurs ne sont pas encore prêts physiquement mais le seront bientôt. Je pense par exemple à Dieudonné Londo, que Marc Grosjean ne voulait plus dans le noyau A mais que Sergio Brio est allé repêcher. Il y a aussi Gadiaga, qui n'a pas encore beaucoup joué à cause d'une blessure. Et je regrette aujourd'hui le départ de certains joueurs que Grosjean ne voulait pas conserver. Nous nous sommes par exemple débarrassés de Tomasz Herman, Olivier Baudry et Pascal De Vreese parce qu'il n'en voulait plus. Si certains de ceux-là étaient restés, notre noyau serait peut-être plus stable aujourd'hui. Mais, pour en revenir à la notion de spectacle, c'est n'importe quoi ! Notre priorité, ce n'est pas le show mais le maintien. S'inquiète-t-on quand Bruges devient incroyablement défensif après avoir marqué sur le terrain de l'AC Milan ? Non, on prie pour que le résultat ne change plus. Mais ne me faites pas dire pour autant que je souhaite voir éternellement un Mons fort défensif. Quand nous aurons un noyau plus compétitif, nous pourrons penser à faire le spectacle. Une chose est d'ores et déjà sûre : il y aura des renforts en janvier. Les résultats de la saison dernière ont occulté certaines réalités essentielles. Comment Mons a-t-il pu terminer neuvième pour son premier championnat en D1 ? Grâce à deux joueurs exceptionnels comme Eric Joly et Cédric Roussel, mais aussi et surtout grâce à la faiblesse du championnat de l'année passée. Le départ raté du Standard, les problèmes financiers de Malines et de Lommel, les soucis qui ont accablé d'autres clubs : tout cela a joué pour nous. Cet été, tout le monde a tiré les leçons de ce qui n'avait pas marché la saison passée... sauf nous. Nous n'avons pas su mesurer nos manquements. Et, évidemment, le départ de Roussel est aussi une partie de l'explication de nos difficultés actuelles. Je reprochais deux choses à Marc Grosjean : la condition physique insuffisante des joueurs et le manque de discipline. Je voyais déjà cela la saison dernière. Mais il y avait tellement d'autres problèmes à solutionner : la modernisation du stade, l'affaire Jean Zarzecki qui nous a obligés à bloquer 450.000 euros sur un compte, etc. Comme l'équipe était bien classée, nous ne nous sommes préoccupés que des problèmes les plus graves. La relation entre Grosjean et le groupe n'en faisait pas partie. Après quatre ou cinq matches. Au moment où les dirigeants de Charleroi et de Lokeren, par exemple, se sont posé les mêmes questions... Mons n'est quand même pas un cas isolé. On pourrait aussi se demander si Paul Put est devenu mauvais du jour au lendemain. Avec un noyau presque inchangé, il est passé d'une qualification pour l'UEFA à la dernière place du classement. La direction de Lokeren a finalement estimé qu'il avait fait son temps. Idem pour Grosjean à Mons. Cela n'engage que lui. Moi, je dis que, vu les résultats, je n'avais plus le choix. Evidemment que je trouve ça triste. On n'est pas des chiens ! Ce n'est pas gai de se séparer d'une personne qui vous a donné du plaisir. C'est comme en amour : le couple est très solide pendant 10 ou 15 ans, puis c'est le divorce et ça se passe mal. C'est la même chose dans le foot que dans n'importe quelle entreprise. Vous avez des qualités, vous restez. Vous n'en avez plus assez, vous partez ! Si vous saviez combien de directeurs j'ai déjà mis à la porte... En général, ce n'est même pas moi qui leur apprends la nouvelle ; mon secrétariat s'en charge. Je paye ce que je dois payer, et puis bonne fortune... Pas par moi, en tout cas. C'est son problème. Je pense qu'il a toujours pu faire l'équipe lui-même. Il y a longtemps que je rêve de voir Mons évoluer avec deux attaquants. Mais Grosjean n'en a jamais aligné qu'un seul : c'est la plus belle preuve que je ne suis jamais intervenu dans son travail. Je suis président : je paye et je décide. Notre classement était délicat, la campagne de transferts avait échoué, je m'étais séparé de Marc Grosjean et de son adjoint Dominique Cuvelier. Je devais aller au bout de ma logique et donc licencier aussi Jean-Claude Verbist. Quand un directeur d'entreprise rate quelque chose, on le met dehors. Et, pour ne plus que l'on commette les mêmes erreurs, j'ai décidé de reprendre les choses en mains. Verbist ne sera pas remplacé. Je gère désormais ses fonctions et je suis en contact direct avec Sergio Brio. J'ai un jouet et j'ai décidé de m'amuser désormais moi-même... Je le sens. Quand on a tout gagné, quand on a joué plus de 15 ans à la Juventus, quand on a été entraîneur adjoint dans un club pareil, quand on a travaillé comme assistant de Trapattoni, on ne peut qu'avoir d'immenses qualités. Aucun autre entraîneur, en Belgique, n'a une carte de visite comparable à celle de Brio. Faites-moi confiance : Brio est très bon et va le prouver. Pas cette saison, parce qu'il devra se débrouiller avec le noyau que nous lui avons donné, mais dans les années à venir. Prendre cinq points lors des trois premiers matches avec le groupe actuel, cela veut déjà dire beaucoup de choses. Ce sont tous des cas individuels. Le délégué pourrait revenir prochainement au club dans une autre fonction. Le kiné n'a pas voulu prester, du jour au lendemain, les heures prévues dans son contrat. Et le médecin, un Liégeois qui avait des accointances avec Grosjean, ne pouvait venir que trois jours par semaine, ce que le nouvel entraîneur n'acceptait pas. Mais je ne veux pas de polémique : ils ne sont plus là, c'est tout. Qu'ils achètent la gazette du coin s'ils veulent toutes les petites nouvelles de la région : qui a fait quoi, qui est mort, etc (il rit). Un club, c'est une entreprise : tout ne doit pas nécessairement sortir. On n'est pas raciste à Mons (il rit). Mais je vous signale que notre secrétaire général est belge, que la patronne de la cellule administrative est d'origine polonaise et que je viens de nommer Hubert Cordiez à la tête du noyau des Espoirs. Il est italien, Cordiez ? Sérieusement : on engage les gens pour leurs qualités, pas pour leur nationalité. 55 heures ? Où va-t-on les chercher ? Si les joueurs travaillent 28 heures par semaine, c'est un grand maximum. L'entraîneur exige simplement qu'ils soient plus présents qu'avant au complexe d'entraînement. Quand on gagne aussi bien sa vie, il n'y a rien de plus normal. Pierre Danvoye " On s'est plantés dans nos transferts "