La somme de 222 millions payée par le Paris Saint-Germain, contrôlé par le Qatar, pour Neymar,montre une fois de plus à quel point le marché footballistique est disproportionné. Reste à voir si on a atteint la frontière de la folie ou si l'escalade va se poursuivre. En comptant le salaire, les honoraires des managers et les impôts, la transaction coûte un demi-milliard, soit deux fois plus que le budget de tous les clubs de notre championnat réunis.
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La somme de 222 millions payée par le Paris Saint-Germain, contrôlé par le Qatar, pour Neymar,montre une fois de plus à quel point le marché footballistique est disproportionné. Reste à voir si on a atteint la frontière de la folie ou si l'escalade va se poursuivre. En comptant le salaire, les honoraires des managers et les impôts, la transaction coûte un demi-milliard, soit deux fois plus que le budget de tous les clubs de notre championnat réunis. La transaction risque de bouleverser le paysage footballistique. Le marché est envahi par des investisseurs étrangers depuis longtemps. Compagnies pétrolières russes, sociétés américaines, cheikhs arabes ou holdings chinois injectent des milliards dans le football, floutant la limite entre intérêts sportifs et commerciaux. Les footballeurs sont de plus en plus souvent utilisés pour prendre pied sur d'autres marchés. Même le Bayern, qui refuse toute immixtion, loue le Colombien James Rodriguez pour deux ans afin de s'implanter en Amérique latine. Les footballeurs deviennent donc des instruments de marketing. Le transfert de Neymar est beaucoup plus complexe, d'autant qu'il est financé par un fonds d'Etat du Qatar. Cet émirat arabe vit dans un état d'isolement politique complet, les pays l'entourant ayant rompu leurs relations diplomatiques avec lui. Le Qatar est soupçonné de liens avec des groupes terroristes. Cet isolement joue certainement un rôle dans le transfert de Neymar. L'Etat pétrolier veut ainsi afficher sa puissance sportive et ce n'est pas en gagnant la coupe ni même le championnat de France qu'il y parviendra. Les Qataris appliquent leurs propres règles pour concrétiser leurs rêves de grandeur. L'UEFA et la FIFA sont impuissantes. Elles ont déjà annoncé de nombreuses règles afin de contrôler les dérives des transferts mais ces règles ne sont jamais appliquées. Les managers devaient ainsi présenter les dossiers de transferts internationaux, il y a aussi le fameux Financial Fair Play, qui interdit aux clubs de dépenser plus qu'ils ne gagnent. On allait surveiller ça très attentivement, avait répété Michel Platini, alors président de l'UEFA, avec l'aplomb nécessaire. Il brandissait la menace de sanctions mais il n'en est rien ressorti. De toute façon, les clubs trouvent toujours des échappatoires. Neymar a été présenté au Parc des Princes avec les fastes de circonstance. Le Brésilien, revêtu d'un coûteux costume, s'est mû avec une nonchalance naturelle dans ce théâtre. Maintenant que tous les regards sont braqués sur lui, il aura bien besoin de toute sa décontraction. Il serait toutefois naïf de croire que le PSG va maintenant balayer toute la concurrence et évoluer dans un autre univers. Neymar est ridicule quand il prétend ne pas avoir choisi le PSG pour l'argent. Dans ce cas, pourquoi n'est-il pas resté à Barcelone, au Camp Nou, le temple de la beauté footballistique ? À moins qu'il ne veuille découvrir comment il évolue, sorti de l'ombre de Messi, et qu'il ne cherche à repousser ses limites. Le transfert de Neymar injecte des millions dans le circuit. Ça va une fois de plus mettre en évidence le fait que le football est régi par la puissance des investisseurs et que les clubs sont soumis à la loi du plus riche. Le football a perdu le contact avec sa base et ce n'est pas nouveau. On appelle à cor et à cris une réforme du marché des transferts et un meilleur équilibre financier. Même Aleksander Ceferin, le président de l'UEFA, a fait savoir qu'il étudiait plusieurs mesures concrètes. Mais le passé nous a appris que ce genre de déclarations est vide de sens. par JACQUES SYSNeymar est ridicule de prétendre qu'il n'a pas choisi Paris pour l'argent.