Avant la fin du mois, les mastodontes que sont le Bayern Munich et la Juventus repartiront à la conquête de la Bundesliga et de la Serie A. Tout comme le PSG en France et le Red Bull Salzbourg en Autriche, ils règnent sur leur championnat tels des suzerains sur leurs sujets, étouffant dans l'oeuf toute tentative de révolte. Ils ont certes pris le pouvoir de façon démocratique, mais leur domination n'en est pas moins controversée. La Juventus a remporté les neuf derniers scudetti, le Bayern reste sur huit titres consécutifs, Red Bull Salzbourg a été sacré champion au terme des sept dernières saisons et le PSG a remporté sept des huit dernières éditions de la Ligue 1. En Écosse, il y a longtemps que la lutte se résume à un affrontement Celtic-Rangers (les deux clubs ont établi une série de neuf titres consécutifs chacun), mais de grands championnats comme la France, l'Italie ou l'Allemagne découvrent le phénomène.
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Avant la fin du mois, les mastodontes que sont le Bayern Munich et la Juventus repartiront à la conquête de la Bundesliga et de la Serie A. Tout comme le PSG en France et le Red Bull Salzbourg en Autriche, ils règnent sur leur championnat tels des suzerains sur leurs sujets, étouffant dans l'oeuf toute tentative de révolte. Ils ont certes pris le pouvoir de façon démocratique, mais leur domination n'en est pas moins controversée. La Juventus a remporté les neuf derniers scudetti, le Bayern reste sur huit titres consécutifs, Red Bull Salzbourg a été sacré champion au terme des sept dernières saisons et le PSG a remporté sept des huit dernières éditions de la Ligue 1. En Écosse, il y a longtemps que la lutte se résume à un affrontement Celtic-Rangers (les deux clubs ont établi une série de neuf titres consécutifs chacun), mais de grands championnats comme la France, l'Italie ou l'Allemagne découvrent le phénomène. Quel est le danger de voir une équipe dominer les autres de la sorte ? L'intérêt d'un sport réside dans son incertitude. C'est pour conserver l'équilibre que les Américains ont inventé le salary cap (plafond salarial), les drafts (un système qui permet aux équipes les plus faibles d'attirer les meilleurs jeunes) ou la répartition équitable des revenus entre les franchises. " Les Américains voient le sport d'un autre oeil que les Européens ", dit Trudo Dejonghe, économiste du sport. " Chez eux, le suspense passe avant tout. En Europe, l'issue d'un championnat est pratiquement connue d'avance. Et quand un petit club est champion par accident, les gens se disent que le football est un sport imprévisible. Mais à long terme, ce sont pratiquement toujours les clubs les plus riches qui gagnent. " Comment cela fonctionne-t-il dans les pays où un club domine ? En Italie, la situation est tellement évidente que beaucoup d'anti-Juventus (environ 50% des fans de football italien) font appel à la madonna pour mettre un terme à la domination de la Vieille Dame. Au cours de la saison 2017-2018, la position de la Juventus a pourtant vacillé, Naples terminant à quatre unités seulement. " Mais en transférant Cristiano Ronaldo il y a deux ans, la Juventus a retiré aux fans l'illusion qu'un autre club pouvait être champion ", dit Bruno Maiorano, qui suit Naples pour le quotidien Il Mattino.La puissance financière de la Juventus est si forte qu'elle peut surenchérir facilement lorsqu'un club étranger tente de transférer une star de Serie A. Même un club comme la Lazio se retrouve dos au mur lorsque la Juventus veut acheter un de ses joueurs. " Tant que la Juventus sortira les gros billets, ses concurrents continueront à lui vendre des joueurs ", dit un agent de joueurs italien. " Dire que la Juventus contrôle le marché est exagéré ( Nicolò Barella, par exemple, a préféré aller à l'Inter qu'à la Juventus), mais elle est suffisamment influente pour convaincre tout le monde de rejoindre Turin. Et la présence de Ronaldo constitue un argument supplémentaire pour attirer des joueurs. " En Italie, de nombreux spécialistes sont convaincus que, la saison prochaine, l'Inter peut combler l'écart qui la sépare de la Juventus. Et ils sont aussi nombreux à penser qu'une répartition plus raisonnable des droits de télévision pourrait donner un nouvel élan à la Serie A. En France, la domination outrancière du PSG a démontré que la glorieuse incertitude du sport n'avait pas d'influence sur le nombre de (télé)spectateurs. Les gens aiment toujours voir Neymar, Kylian Mbappé et Ángel Di María à l'oeuvre et les fans des autres grands clubs traditionnels ont compris que la première place, n'était pas pour eux. " Les clubs français ont besoin du PSG ", dit Gauthier Ganaye, président exécutif d'Ostende, qui a travaillé à Nice et à Lens. " C'est grâce aux résultats européens du PSG qu'un jour, il y aura quatre clubs français dans les poules de la Ligue des Champions. " Le football français paye cependant le prix de cette domination : dès que le ballon se met à rouler, le suspense disparaît. Les Parisiens sont si forts que les autres clubs doivent vendre leurs meilleurs joueurs pour gagner de l'argent et faire semblant de ne pas jouer pour des prunes. Melisande Gomez ( L'Équipe) reconnaît que le PSG est une bonne chose pour la France, mais elle sait que ce n'est pas demain la veille qu'il sera déboulonné : " Nous pensions que le PSG ferait office de locomotive, qu'il regarderait de temps en temps derrière lui et qu'il entraînerait d'autres clubs dans son sillage. Mais ça n'a jamais été le cas... " Entretemps, le rapport de force est tel que même le Classique PSG-OM en a pris un coup. La dernière victoire des Marseillais remonte à novembre 2011. " Sur le plan sportif, le clasico français a perdu son pouvoir d'attraction ", confirme Gomez. " Ce n'est plus la même chose qu'à l'époque, où les deux clubs rivalisaient sur le terrain. Nous tentons donc de créer d'autres dualités : Lyon-Marseille, par exemple. Car ces deux clubs luttent à armes égales. " La réponse à la gourmandise du Bayern Munich, c'est le RB Leizpig. Un club qui fait des jaloux dans toute l'Allemagne parce qu'il a été monté de toutes pièces par Red Bull et qu'il est le seul à pouvoir contester le monopole du Bayern. Schalke 04 et le Bayer Leverkusen n'ont jamais pleinement utilisé leur potentiel, tandis que des clubs comme Hambourg, le Werder Brême, Stuttgart et Wolfsburg n'ont plus voix au chapitre depuis longtemps. No way, no chance, no money. Le Borussia Dortmund semble paralysé par les ennuis financiers qui, en 2005, ont failli le faire disparaître de la carte. " La situation actuelle rend les gens de Dortmund malheureux ", dit Thomas Hennecke, de Kicker. " Qu'est ce que ça leur apporte d'être the best of the rest ? Dortmund sera encore champion de temps en temps, mais au moins huit des dix prochains titres tomberont à nouveau dans l'escarcelle du Bayern. Je ne vois qu'un moyen pour Dortmund de contrer le Rekordmeister : changer de politique et prendre des risques financiers. Ça veut dire acheter des joueurs plus chers et leur donner des salaires plus importants. Mais après les mésaventures du début du siècle, je ne pense pas qu'ils tenteront à nouveau ce pari. " En fait, le Bayern joue son propre championnat, mais depuis six ans, il a décidé de conquérir le monde. Chaque été, il effectue une tournée mondiale qui lui permet d'augmenter sa renommée et, par conséquent, ses recettes de merchandising. Cela explique pourquoi il fait du bénéfice depuis 27 ans et a vu son chiffre d'affaires atteindre les 750 millions d'euros la saison dernière. Les fans de football allemand regrettent sans doute l'époque où le Bayern était synonyme de drames et de scandales. Et ils se posent des questions quant au fossé énorme qui se creuse avec les 17 autres clubs de Bundesliga. Est-ce une bonne chose pour le championnat ? Est-il normal d'aller chercher les meilleurs joueurs de la concurrence dès qu'on se sent menacé ? La réponse se trouve dans le slogan du Bayern : Wir sind wir. Ou dans sa version bavaroise : Mia san Mia. Nous sommes ce que nous sommes. Les sept titres remportés par le Red Bull Salzbourg depuis 2013 cachent un problème : celui de quelques centaines de fans qui ne comprennent pas pourquoi, à chaque mercato, le club laisse partir ses meilleurs joueurs. Le plan de Red Bull fonctionne cependant à la perfection. En Autriche, l'ex-Austria et Casino Salzbourg gagne des trophées chaque année. En cinq ans, il a perçu 200 millions d'euros en transferts. Mais Salzbourg n'est qu'un hub qui met de jeunes joueurs en vitrine afin de les vendre rapidement. " Un jour, ce système aura ses limites et un nouveau champion d'Autriche verra le jour ", pense Christian Mayr, journaliste au Wiener Zeitung, le plus vieux journal du monde encore publié. " Cette année déjà, sans le coronavirus, le LASK aurait probablement été champion. " En attendant que les clubs traditionnels comme le Rapid et l'Austria Vienne refassent surface, les pontes du football ont tenté de rétablir l'équilibre en changeant le format du championnat. " Il y a deux ans, nous sommes passés à douze clubs. Après 22 journées, on a divisé les points par deux et organisé des play-offs à six équipes, qui se rencontraient deux fois. Ça fonctionne : désormais, au moins, il y a du suspense jusqu'au terme de la saison. " Alors que le RB Salzbourg règne en despote sur l'Autriche, la Suisse a connu une surprenante passation de pouvoir. En 2018, les Young Boys de Berne ont mis fin à huit ans de règne du FC Bâle. Ce premier titre en 32 ans est uniquement à mettre à l'actif de Christoph Spycher. Devenu directeur sportif en 2016, l'ancien international suisse a mis en place une stratégie qui, la saison dernière, a débouché sur un troisième titre consécutif. " En Suisse, lorsque nous avons battu Bâle pour la première fois, tout le monde était content ", dit Spycher. " Mais après notre troisième titre, nous avons perdu beaucoup de capital-sympathie. Nous sommes devenus le club à battre. " Ces trois titres des Young Boys présagent-ils d'une domination identique à celle de Bâle ? Probablement pas. Bâle dominait ses adversaires sur le plan financier, car il s'était qualifié directement à quatre reprises pour les poules de la Ligue des Champions. Les Young Boys, eux, doivent chaque fois passer par des tours préliminaires avant de toucher le jackpot. L'impact financier d'un titre national n'est plus le même qu'avant. En raison des problèmes financiers de Bâle, dont le propriétaire Bernhard Burgener a coupé les robinets, des clubs comme Saint-Gall ou le FC Zurich se sont glissés dans le sillage des Young Boys. À moins que le Grasshopper Zurich ne refasse surface. Champion à 27 reprises, il a été racheté voici peu par un homme d'affaires chinois qui entretient de bons rapports avec Jorge Mendes. " Je me réjouis surtout de voir comment va se comporter Lausanne, qui remonte ", dit Dominic Wuillemin, journaliste au Berner Zeitung. " Ce club appartient à l'entreprise chimique INEOS et a construit un nouveau stade. Si un club peut rivaliser avec les Young Boys au cours des prochaines années, c'est Lausanne. "