Il faut l'entendre sur la pelouse, replacer ses coéquipiers pendant la phase défensive, alerter Jason Denayer sur une phase arrêtée ou réprimander Youri Tielemans pour une passe oubliée qui devait l'envoyer au but. Tout cela suffit à comprendre que Romelu Lukaku ne prend pas la Ligue des Nations à la légère. Toujours en quête de trophées pour rehausser le prestige de sa cheminée, l'incontestable numéro 9 des Diables est devenu le leader des offensives nationales lors de cette campagne.
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Il faut l'entendre sur la pelouse, replacer ses coéquipiers pendant la phase défensive, alerter Jason Denayer sur une phase arrêtée ou réprimander Youri Tielemans pour une passe oubliée qui devait l'envoyer au but. Tout cela suffit à comprendre que Romelu Lukaku ne prend pas la Ligue des Nations à la légère. Toujours en quête de trophées pour rehausser le prestige de sa cheminée, l'incontestable numéro 9 des Diables est devenu le leader des offensives nationales lors de cette campagne. Orpheline d'un Eden Hazard qui avait pris une importance exponentielle au fil des rencontres sous les ordres de Roberto Martinez, rarement gâtée par un Kevin De Bruyne qui cache mal son désintérêt pour la compétition, la Belgique peut compter sur sa première lame, épaulée par un second couteau redoutable ( Michy Batshuayi et ses deux buts en nonante minutes), pour s'offrir une finale contre le Danemark, ce mercredi à Louvain. Face à des adversaires qui n'ont plus peur de venir harceler les défenseurs belges pour récupérer le ballon, la Belgique doit composer avec l'absence d'Eden Hazard, l'un des meilleurs aspirateurs à pression du monde, grâce à sa qualité exceptionnelle pour recevoir le ballon dos au jeu avec un défenseur dans le dos. Puisque Dries Mertens et même Kevin De Bruyne souffrent plus dans ce rôle, c'est Lukaku qui endosse, à sa manière, le costume d'Eden. Comme lors du match aller à Wembley, Big Rom' fait ainsi vivre un cauchemar à Eric Dier, systématiquement spectateur malgré lui sur le jeu long des défenseurs belges à destination de leur pivot. Du pied ou de la poitrine, l'attaquant de l'Inter permet ainsi au ballon de franchir le rond central, et de surmonter sans risque démesuré la ligne de pression mise en place par les hommes de Gareth Southgate. S'il n'a pas marqué, pour la troisième fois seulement en treize sorties depuis le Mondial russe, Romelu a griffé les deux buts belges de la nuit louvaniste. Longtemps incertain, mais finalement présent au coup d'envoi, Lukaku sert d'abord d'appui pour déposer l'ouverture du score dans les pieds de Tielemans au bout du round d'observation, avant de lancer en pivot l'action qui mènera au coup franc victorieux de Mertens. À chaque fois, c'est sans regarder le but adverse qu'il parvient à se montrer décisif. Un aspect de son jeu déjà travaillé à Old Trafford quand il devait servir d'appui au jeu sans risque des défenseurs de José Mourinho, mais sublimé depuis sa rencontre bleue et noire avec Antonio Conte, qui rêvait depuis de nombreuses années de le compter parmi sa ligne offensive. À l'Inter, où les combinaisons très travaillées du méticuleux coach italien sont essentiellement formées par un appui, une remise et une course en profondeur, Big Rom' est généralement à la réception du premier mouvement en décrochant avant de placer idéalement son corps pour résister à la charge de son défenseur. Un travail précis dont il raffole, et qui lui a permis de grimper quelques échelons dans la hiérarchie des meilleurs attaquants de la planète. Au point d'oser assumer le statut de référence des offensives diaboliques, en l'absence du capitaine de l'équipe nationale. Dans un football toujours plus marqué par le pressing, Romelu Lukaku est une porte de sortie précieuse et fiable pour ses coéquipiers. Son travail rappelle le discours de Mourinho à Chris Smalling, lors d'une finale d'Europa League gagnée par Manchester United contre un Ajax adepte d'une pression audacieuse: "J'ai demandé à mes défenseurs centraux de ne jamais jouer avec nos milieux, parce que l'Ajax était bon pour presser haut. Si le ballon n'est pas là, où est-ce qu'ils vont presser?" Est-ce Lukaku qui se rend plus important pour le jeu des Diables, ou sont-ce les mutations du jeu belge qui rendent Romelu plus important? Le buteur nerazzurro est, quelle que soit la réponse à cette question, l'homme-clé de la nation pour espérer une place dans le Final Four de cette deuxième édition de la Nations League. Pour voir le dernier carré à l'automne prochain, il reste désormais à ne pas perdre contre le Danemark, ressuscité en dernière minute grâce à un penalty sur le gong contre l'Islande. Un match décisif de Ligue des Nations, un drapeau rouge et une croix blanche, ça ne vous rappelle rien? C'est peut-être l'occasion de se souvenir que lors du naufrage de Lucerne, entamé avec Dries Mertens en faux 9, Romelu Lukaku n'était pas sur le terrain.