S'il a marqué l'histoire du cyclisme, Lance Armstrong (32 ans) a aussi senti pendant trois semaines à quel point il était détesté. Il s'est joué de tous ses adversaires mais on n'a guère vu son nom tracé à la craie sur les routes du Tour. Armstrong reste la personnification de l'arrogance, le froid killer qui règne en despote sur son équipe, comme on en a encore eu la preuve dans l'étape vers Lons-le-Saunier, quand il a rappelé à l'ordre Filippo Simeoni, qui s'était échappé.

Ce comportement enfantin ne sied pas à un champion. Ce valet italien a raconté, un jour, comment le controversé docteur Michele Ferrari l'avait aidé à contourner les anciens contrôles EPO. Même si Simeoni n'a pas cité son nom, cette confidence reste sur l'estomac d'Armstrong, qui continue à travailler avec Ferrari...

L'Américain a commis son seul faux pas à deux jours de la fin du Tour. Mais il ne supporte pas les insinuations sur le recours au dopage... Il a été confronté aux récits de tous genres pendant ce Tour, même si ces spéculations ne reposent pas sur des preuves solides, comme le fameux livre du journaliste britannique David Walsh (LA Confidential). Mais Walsh, qui a suivi le Tour à 18 reprises et été élu meilleur journaliste de Grande-Bretagne trois fois, s'irrite du manque d'esprit critique des journalistes spécialisés en cyclisme dès qu'on aborde le thème du dopage.

Armstrong sera toujours poursuivi par le doute. Il est issu d'une culture où on a volontiers recours aux stimulants. Les récents scandales impliquant des athlètes américains démontrent que certains ne connaissent plus de limites. Si on n'a encore rien décelé chez Armstrong, en 1999, on a quand même classé verticalement une accusation de dopage aux corticoïdes. Cela ne veut pas dire grand-chose dans un sport où la technique médicale permet de masquer l'emploi de substances interdites.

Mais de plus en plus d'anciens champions semblent vouloir démasquer Armstrong. Dans ce contexte, alors que Greg LeMond ou Federico Bahamontes faisaient part de leurs doutes, Miguel Indurain, qui se cantonne généralement dans des banalités, a surpris en prenant la défense de l'Américain : selon lui, il est absolument impossible de gagner six fois de suite avec un moteur gonflé.

Armstrong vit donc avec ces doutes et le comportement hostile du public. Il se moque des insultes des spectateurs. Dans quelle mesure ce climat ne l'aide-t-il pas à se surpasser ? Dans les moments difficiles, Armstrong se souvient de sa terrible lutte contre le cancer ou des humiliations subies durant son enfance, des £uvres de son beau-père, qui le terrorisait et le brutalisait. Il n'a rien oublié. Tout cela le stimule.

Il sait aussi que sa fabuleuse victoire contre le cancer n'émeut plus personne et ne modifie pas son attitude. Il reste un champion dépourvu d'émotions, un froid calculateur qui prône la loyauté et pourfend ceux qui se sont mis en travers de son chemin. Dans ce Tour, en course comme en dehors, il s'est plus que jamais comporté en extra terrestre inaccessible. Il a réduit les conférences de presse à leur plus simple expression, préférant la tranquillité de son hôtel, en compagnie de son amie Sheryl Crow, la rockeuse américaine qui s'affiche souvent à ses côtés. Histoire d'assurer sa propre publicité ?

Tout cela n'ôte aucun mérite à la performance unique d'Armstrong, qui a donc signé sa sixième victoire, prouvant à quel point il sait se fixer sur un objectif. Quand, dans le contre-la-montre en côte du Dauphiné Libéré, il a accusé deux minutes de retard sur l'Espagnol Ibán Mayo, des commentateurs ont dit qu' il était loin d'être aussi affûté que les années précédentes. En fait, l'Américain avait bluffé et établi un nouveau record, au profond dépit des Français, toujours chauvins. Eddy Merckx l'a appris à ses dépens quand, dans sa tentative d'accrocher un sixième Tour, il a reçu un fatal uppercut à l'estomac, d'un spectateur. Et Indurain n'a jamais été aussi populaire en France que quand il a échoué dans sa tentative de battre ce record. Mais Armstrong n'a pu être arrêté.

Sans adversaires

L'opposition a été en voix avant le Tour mais aucun de ses adversaires n'a été en mesure de le contrer, de planter une seule banderille. Sans même attaquer, Armstrong s'est défait de ses concurrents. Calculateur, il a tranquillement contrôlé la course, trouvant les bons alliés au bon moment. Le long préambule avant que le Tour n'atteigne les Pyrénées était considéré comme un handicap pour Armstrong mais son armada bleue n'a connu aucun problème. Une fois le jeune Français Thomas Voeckler en jaune, son équipe, Brioches La Boulangère, a assumé le contrôle de la course, avec la bénédiction du boss. Pendant deux semaines, le Tour a été monotone, par la faute des organisateurs, qui ont programmé trop tard les étapes de montagne et ont bien dû admettre que même l'étape du Massif Central, entre Limoges et Saint-Flour, étape annoncée difficile, a tourné à la farce. Si l'équipe de Brioches La Boulangère a pu contrôler cette étape de neuf cols, c'est dire le niveau de ce Tour. Sa monotonie s'inscrit en contraste avec l'animation de l'édition précédente : là, le peloton avait affronté les Alpes après une semaine et le parcours encourageait le spectacle.

Le changement de profil n'a pas déplu à Armstrong. Il n'a été attaqué qu'une fois, quand Jan Ullrich s'est enfin lancé à l'offensive, dans l'étape alpestre vers Villard-de-Lans. Armstrong n'a pas eu besoin d'initier la poursuite. En gréant une étape de montagne à l'Italien Ivan Basso, il avait conclu un pacte tacite avec l'équipe de celui-ci, CSC. La formation de Bjarne Riis a dirigé la poursuite, ordonnant à l'Allemand Jens Voigt, taillé dans le granit, de lever le pied, alors qu'il était dans le peloton de tête. Pourtant, le mano a mano Ullrich-Voigt a été un des meilleurs moments du Tour. Armstrong aurait dû prendre ses responsabilités. Il s'est racheté en remportant trois étapes de suite.

Son aisance dans ces trois victoires constitue une claque de plus à la figure de ses adversaires. Après sa victoire au Dauphiné Libéré, Ibán Mayo s'était bombardé rival numéro un de l'Américain mais sa chute à Wasquehal lui a été fatale. Il a quitté la caravane sans panache, quelques jours plus tard. Comme Roberto Heras, il a dû constater que son moteur était simplement trop limité pour gagner le Tour. Les deux Espagnols connaissent désormais leurs limites. Avant son abandon, Tyler Hamilton n'a jamais constitué de menace pour son compatriote. Quant à Jan Ullrich, il a craqué dans les Pyrénées et a dû se contenter de redorer son blason comme il le pouvait. Il doit maintenant opérer son introspection, surtout qu'il a un nouveau concurrent au sein de son équipe, le surprenant Andreas Klöden. Proclamer celui-ci prince héritier est cependant prématuré. Il a 29 ans et doit confirmer son tour. Il y a trois saisons, il a gagné Paris-Nice et le Tour du Pays Basque mais ensuite, il a connu un long passage à vide, faute de savoir gérer le stress. Quoi qu'il en soit, T-Mobile aurait intérêt à remettre les points sur les i et à revoir l'encadrement d'Ullrich, composé de directeurs sportifs et d'un accompagnateur personnel qui ne sont pas toujours sur la même longueur d'ondes. Pendant le Tour, Walter Godefroot a difficilement dissimulé sa fureur, suite aux contre-performances d'Ullrich.

Ullrich ne suffit pas

Peut-être Jan Ullrich doit-il réorienter sa carrière et ne plus se focaliser sur le seul Tour de France. On l'a clairement vu : le Tour est devenu une discipline à part du cyclisme : des vingt premiers au classement final, aucun ne s'est distingué dans les classiques. A part Tom Boonen et, dans une moindre mesure, Robbie McEwen, aucun vainqueur d'étape n'a joué un rôle principal dans les grandes classiques d'un jour.

Les rapports de force ne sont pas près de changer au Tour de France : en 2005, Lance Armstrong, qui fêtera ses 33 ans en septembre, dominera encore l'épreuve. Il ne faut pas croire la rumeur selon laquelle l'Américain supprimerait le Tour de son programme. Il est insatiable. Son professionnalisme n'en fait pas l'homme le plus agréable au sein de son équipe, même si celle-ci fait de son mieux pour l'encadrer et pour étouffer ses crises de colère. Il a admis lui-même qu'il dépensait plus d'énergie à s'énerver qu'à rouler. Lance Armstrong analyse ses entraînements avec la minutie d'un ingénieur de F1. Il lui est arrivé de tirer du lit, en pleine nuit, un technicien qui avait oublié de lui envoyer par e-mail certaines données d'entraînement. Ses intimes le savent : cette manie du détail cadre bien avec son manque d'assurance. Si les observateurs ne voient que sa force mentale, en son for intérieur, il est en proie au doute. Il estime ne jamais en faire assez. C'est la clef de son succès. Il pense qu'un champion qui ne se craint pas lui-même perd. C'est aussi parce qu'il doute qu'il s'intéresse d'aussi près à la formation de son équipe. Samedi, dans le long contre-la-montre de Besançon, cinq coureurs d'US Postal ont terminé parmi les onze premiers. Quel meilleur indice de fraîcheur ?

Tout est programmé. George Hincapie et Floyd Landis sont capables d'imprimer leur rythme à la course. En montagne, le Portugais José Azevedo, dernier lieutenant d'Armstrong, s'est dépassé. Il a d'ailleurs terminé cinquième de ce Tour, alors qu'il n'était que 26e il y a un an. Il sait qu'il est plus facile d'obtenir un bon classement avec US Postal qu'avec une autre équipe. Johan Bruyneel, uni à Armstrong par une véritable symbiose, savait ce qu'il faisait en laissant partir RobertoHeras, après la signature d' Azevedo. Bruyneel connaît bien le cyclisme : avant le Tour, il avait affirmé attendre beaucoup d' Ivan Basso. On regrettera simplement que l'Italien dépourvu de panache se soit mué en champion de la défensive. Après qu'Armstrong lui a permis de s'imposer à La Mongie, il a fait de la deuxième place son objectif principal.

Jamais encore Lance Armstrong n'avait remporté le Tour aussi aisément. Il a pris sept minutes d'avance. Durant une conférence de presse à Besançon, dans un accès subit de modestie, il a déclaré ne pas s'être senti dominant pendant ce Tour, alors qu'il a écrasé ses concurrents sans donner un coup de pédale de trop. Ses adversaires ne doivent pas se faire d'illusions. Ils viennent de recevoir une leçon de modestie.

Jacques Sys

Le Tour devient une DISCIPLINE à PART

S'il a marqué l'histoire du cyclisme, Lance Armstrong (32 ans) a aussi senti pendant trois semaines à quel point il était détesté. Il s'est joué de tous ses adversaires mais on n'a guère vu son nom tracé à la craie sur les routes du Tour. Armstrong reste la personnification de l'arrogance, le froid killer qui règne en despote sur son équipe, comme on en a encore eu la preuve dans l'étape vers Lons-le-Saunier, quand il a rappelé à l'ordre Filippo Simeoni, qui s'était échappé. Ce comportement enfantin ne sied pas à un champion. Ce valet italien a raconté, un jour, comment le controversé docteur Michele Ferrari l'avait aidé à contourner les anciens contrôles EPO. Même si Simeoni n'a pas cité son nom, cette confidence reste sur l'estomac d'Armstrong, qui continue à travailler avec Ferrari... L'Américain a commis son seul faux pas à deux jours de la fin du Tour. Mais il ne supporte pas les insinuations sur le recours au dopage... Il a été confronté aux récits de tous genres pendant ce Tour, même si ces spéculations ne reposent pas sur des preuves solides, comme le fameux livre du journaliste britannique David Walsh (LA Confidential). Mais Walsh, qui a suivi le Tour à 18 reprises et été élu meilleur journaliste de Grande-Bretagne trois fois, s'irrite du manque d'esprit critique des journalistes spécialisés en cyclisme dès qu'on aborde le thème du dopage. Armstrong sera toujours poursuivi par le doute. Il est issu d'une culture où on a volontiers recours aux stimulants. Les récents scandales impliquant des athlètes américains démontrent que certains ne connaissent plus de limites. Si on n'a encore rien décelé chez Armstrong, en 1999, on a quand même classé verticalement une accusation de dopage aux corticoïdes. Cela ne veut pas dire grand-chose dans un sport où la technique médicale permet de masquer l'emploi de substances interdites. Mais de plus en plus d'anciens champions semblent vouloir démasquer Armstrong. Dans ce contexte, alors que Greg LeMond ou Federico Bahamontes faisaient part de leurs doutes, Miguel Indurain, qui se cantonne généralement dans des banalités, a surpris en prenant la défense de l'Américain : selon lui, il est absolument impossible de gagner six fois de suite avec un moteur gonflé. Armstrong vit donc avec ces doutes et le comportement hostile du public. Il se moque des insultes des spectateurs. Dans quelle mesure ce climat ne l'aide-t-il pas à se surpasser ? Dans les moments difficiles, Armstrong se souvient de sa terrible lutte contre le cancer ou des humiliations subies durant son enfance, des £uvres de son beau-père, qui le terrorisait et le brutalisait. Il n'a rien oublié. Tout cela le stimule. Il sait aussi que sa fabuleuse victoire contre le cancer n'émeut plus personne et ne modifie pas son attitude. Il reste un champion dépourvu d'émotions, un froid calculateur qui prône la loyauté et pourfend ceux qui se sont mis en travers de son chemin. Dans ce Tour, en course comme en dehors, il s'est plus que jamais comporté en extra terrestre inaccessible. Il a réduit les conférences de presse à leur plus simple expression, préférant la tranquillité de son hôtel, en compagnie de son amie Sheryl Crow, la rockeuse américaine qui s'affiche souvent à ses côtés. Histoire d'assurer sa propre publicité ? Tout cela n'ôte aucun mérite à la performance unique d'Armstrong, qui a donc signé sa sixième victoire, prouvant à quel point il sait se fixer sur un objectif. Quand, dans le contre-la-montre en côte du Dauphiné Libéré, il a accusé deux minutes de retard sur l'Espagnol Ibán Mayo, des commentateurs ont dit qu' il était loin d'être aussi affûté que les années précédentes. En fait, l'Américain avait bluffé et établi un nouveau record, au profond dépit des Français, toujours chauvins. Eddy Merckx l'a appris à ses dépens quand, dans sa tentative d'accrocher un sixième Tour, il a reçu un fatal uppercut à l'estomac, d'un spectateur. Et Indurain n'a jamais été aussi populaire en France que quand il a échoué dans sa tentative de battre ce record. Mais Armstrong n'a pu être arrêté. L'opposition a été en voix avant le Tour mais aucun de ses adversaires n'a été en mesure de le contrer, de planter une seule banderille. Sans même attaquer, Armstrong s'est défait de ses concurrents. Calculateur, il a tranquillement contrôlé la course, trouvant les bons alliés au bon moment. Le long préambule avant que le Tour n'atteigne les Pyrénées était considéré comme un handicap pour Armstrong mais son armada bleue n'a connu aucun problème. Une fois le jeune Français Thomas Voeckler en jaune, son équipe, Brioches La Boulangère, a assumé le contrôle de la course, avec la bénédiction du boss. Pendant deux semaines, le Tour a été monotone, par la faute des organisateurs, qui ont programmé trop tard les étapes de montagne et ont bien dû admettre que même l'étape du Massif Central, entre Limoges et Saint-Flour, étape annoncée difficile, a tourné à la farce. Si l'équipe de Brioches La Boulangère a pu contrôler cette étape de neuf cols, c'est dire le niveau de ce Tour. Sa monotonie s'inscrit en contraste avec l'animation de l'édition précédente : là, le peloton avait affronté les Alpes après une semaine et le parcours encourageait le spectacle. Le changement de profil n'a pas déplu à Armstrong. Il n'a été attaqué qu'une fois, quand Jan Ullrich s'est enfin lancé à l'offensive, dans l'étape alpestre vers Villard-de-Lans. Armstrong n'a pas eu besoin d'initier la poursuite. En gréant une étape de montagne à l'Italien Ivan Basso, il avait conclu un pacte tacite avec l'équipe de celui-ci, CSC. La formation de Bjarne Riis a dirigé la poursuite, ordonnant à l'Allemand Jens Voigt, taillé dans le granit, de lever le pied, alors qu'il était dans le peloton de tête. Pourtant, le mano a mano Ullrich-Voigt a été un des meilleurs moments du Tour. Armstrong aurait dû prendre ses responsabilités. Il s'est racheté en remportant trois étapes de suite. Son aisance dans ces trois victoires constitue une claque de plus à la figure de ses adversaires. Après sa victoire au Dauphiné Libéré, Ibán Mayo s'était bombardé rival numéro un de l'Américain mais sa chute à Wasquehal lui a été fatale. Il a quitté la caravane sans panache, quelques jours plus tard. Comme Roberto Heras, il a dû constater que son moteur était simplement trop limité pour gagner le Tour. Les deux Espagnols connaissent désormais leurs limites. Avant son abandon, Tyler Hamilton n'a jamais constitué de menace pour son compatriote. Quant à Jan Ullrich, il a craqué dans les Pyrénées et a dû se contenter de redorer son blason comme il le pouvait. Il doit maintenant opérer son introspection, surtout qu'il a un nouveau concurrent au sein de son équipe, le surprenant Andreas Klöden. Proclamer celui-ci prince héritier est cependant prématuré. Il a 29 ans et doit confirmer son tour. Il y a trois saisons, il a gagné Paris-Nice et le Tour du Pays Basque mais ensuite, il a connu un long passage à vide, faute de savoir gérer le stress. Quoi qu'il en soit, T-Mobile aurait intérêt à remettre les points sur les i et à revoir l'encadrement d'Ullrich, composé de directeurs sportifs et d'un accompagnateur personnel qui ne sont pas toujours sur la même longueur d'ondes. Pendant le Tour, Walter Godefroot a difficilement dissimulé sa fureur, suite aux contre-performances d'Ullrich. Peut-être Jan Ullrich doit-il réorienter sa carrière et ne plus se focaliser sur le seul Tour de France. On l'a clairement vu : le Tour est devenu une discipline à part du cyclisme : des vingt premiers au classement final, aucun ne s'est distingué dans les classiques. A part Tom Boonen et, dans une moindre mesure, Robbie McEwen, aucun vainqueur d'étape n'a joué un rôle principal dans les grandes classiques d'un jour. Les rapports de force ne sont pas près de changer au Tour de France : en 2005, Lance Armstrong, qui fêtera ses 33 ans en septembre, dominera encore l'épreuve. Il ne faut pas croire la rumeur selon laquelle l'Américain supprimerait le Tour de son programme. Il est insatiable. Son professionnalisme n'en fait pas l'homme le plus agréable au sein de son équipe, même si celle-ci fait de son mieux pour l'encadrer et pour étouffer ses crises de colère. Il a admis lui-même qu'il dépensait plus d'énergie à s'énerver qu'à rouler. Lance Armstrong analyse ses entraînements avec la minutie d'un ingénieur de F1. Il lui est arrivé de tirer du lit, en pleine nuit, un technicien qui avait oublié de lui envoyer par e-mail certaines données d'entraînement. Ses intimes le savent : cette manie du détail cadre bien avec son manque d'assurance. Si les observateurs ne voient que sa force mentale, en son for intérieur, il est en proie au doute. Il estime ne jamais en faire assez. C'est la clef de son succès. Il pense qu'un champion qui ne se craint pas lui-même perd. C'est aussi parce qu'il doute qu'il s'intéresse d'aussi près à la formation de son équipe. Samedi, dans le long contre-la-montre de Besançon, cinq coureurs d'US Postal ont terminé parmi les onze premiers. Quel meilleur indice de fraîcheur ? Tout est programmé. George Hincapie et Floyd Landis sont capables d'imprimer leur rythme à la course. En montagne, le Portugais José Azevedo, dernier lieutenant d'Armstrong, s'est dépassé. Il a d'ailleurs terminé cinquième de ce Tour, alors qu'il n'était que 26e il y a un an. Il sait qu'il est plus facile d'obtenir un bon classement avec US Postal qu'avec une autre équipe. Johan Bruyneel, uni à Armstrong par une véritable symbiose, savait ce qu'il faisait en laissant partir RobertoHeras, après la signature d' Azevedo. Bruyneel connaît bien le cyclisme : avant le Tour, il avait affirmé attendre beaucoup d' Ivan Basso. On regrettera simplement que l'Italien dépourvu de panache se soit mué en champion de la défensive. Après qu'Armstrong lui a permis de s'imposer à La Mongie, il a fait de la deuxième place son objectif principal. Jamais encore Lance Armstrong n'avait remporté le Tour aussi aisément. Il a pris sept minutes d'avance. Durant une conférence de presse à Besançon, dans un accès subit de modestie, il a déclaré ne pas s'être senti dominant pendant ce Tour, alors qu'il a écrasé ses concurrents sans donner un coup de pédale de trop. Ses adversaires ne doivent pas se faire d'illusions. Ils viennent de recevoir une leçon de modestie. Jacques SysLe Tour devient une DISCIPLINE à PART