En 2005, après l'interpellation puis la relaxe de Zheyun Ye, professionnels et amateurs du ballon rond espéraient une enquête, un procès puis un jugement rapide. Le football belge avait tout à gagner dans le nettoyage annoncé. Las, c'est comme si la justice avait botté en touche : plus aucun devoir n'a été accompli depuis un an, le corrupteur présumé est toujours aux abonnés absents, la collaboration des autorités chinoises est réduite même s'il y a effectivement eu quelques échanges d'informations.
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En 2005, après l'interpellation puis la relaxe de Zheyun Ye, professionnels et amateurs du ballon rond espéraient une enquête, un procès puis un jugement rapide. Le football belge avait tout à gagner dans le nettoyage annoncé. Las, c'est comme si la justice avait botté en touche : plus aucun devoir n'a été accompli depuis un an, le corrupteur présumé est toujours aux abonnés absents, la collaboration des autorités chinoises est réduite même s'il y a effectivement eu quelques échanges d'informations. " L'enquête est quasiment terminée, la juge d'instruction attend encore quelques rapports d'expertise pour boucler son dossier ", explique avec diplomatie un membre du parquet fédéral. Reste que, lorsque le dossier quittera l'instruction pour rejoindre le parquet, tout pourrait aller vite : le substitut fédéral (le magistrat chargé des poursuites) est régulièrement tenu au courant des avancées de l'enquête et lorsque toutes les pièces seront officiellement en sa possession, il ne lui faudra sans doute que peu de temps pour boucler le réquisitoire tant attendu. On saura alors précisément qui, parmi les 16 inculpés, mérite d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel et pour y répondre de quelles préventions. Sans jouer les oiseaux de mauvais augure, on peut supposer que si les Chinois ne mettent pas plus d'empressement à répondre aux demandes des enquêteurs belges, le procès n'aura d'autre ambition que de juger les infractions commises au sein des deux clubs belges, celui du Lierse et celui de La Louvière. Et l'option d'ouvrir deux audiences distinctes, l'une en Flandre et l'autre dans la partie francophone du pays, n'est pas rejetée. D'abord parce que le contexte louviérois (soupçons de malversations financières avec les inculpés FilippoGaone, Pietro Allatta, Laurent Denis) n'a rien à voir avec celui du Lierse, où des manipulations auraient été commises avec la complicité de MariusMitu, Cliff Mardulier, Patrick Deman. Ensuite parce que juger ces deux affaires séparément permettrait de faire l'impasse sur de lourds, coûteux et fastidieux travaux de traduction. Rappelons que la stratégie de Ye, comme elle a été reconstituée par les enquêteurs, consistait à frapper à la porte des équipes en difficulté pour leur proposer ce qui paraissait être le marché du siècle : contre le droit de sélectionner les joueurs, il promettait d'injecter jusqu'un million d'euros dans les caisses du club. De quoi envisager l'avenir avec sérénité. Pressé de contenter les parieurs chinois, il aurait également approché plusieurs joueurs pour - alternant la carotte et le bâton - les convaincre de lever opportunément le pied et ainsi influer sur le résultat des matches. Une tentation à laquelle tous ne semblent pas avoir résisté. Quant au principal concerné, il n'a plus été revu depuis sa libération au début de l'instruction. Dans un courrier adressé au journal L'Equipe, il jurait n'avoir rien à se reprocher, prétendait être la victime d'un coup monté par ses partenaires et concédait qu'un retour en Belgique était peu probable. Sollicitées par la Belgique, les autorités chinoises ont répondu qu'elles n'étaient pas parvenues à le localiser. Se cache-t-il dans la crainte du mandat d'arrêt international qui a été délivré à son encontre ? N'est-il connu que sous un pseudonyme ? Ou a-t-il, comme le veut une rumeur, été assassiné par les triades chinoises ? Octobre 2004 : premières apparitions avérées de Ye en Belgique. Il entre en contact avec le Lierse. Printemps 2005 : le Chinois propose d'investir dans plusieurs clubs de D1 et de D2. Il est introduit au Lierse. Des joueurs auraient individuellement été approchés et même menacés. Eté 2005 : des soupçons naissent en Finlande après la défait d'Allianssi face à Haka (0-8). Octobre 2005 : lors d'une perquisition dans sa chambre d'hôtel à Bruxelles, les enquêteurs découvrent 9.000 euros. Ye est interrogé puis relâché. On ne le reverra plus jamais. Le même mois, on apprend que des mises étonnamment élevées ont été portées sur le match Saint-Trond - La Louvière. D'autres paris, tout aussi suspects, sont suspendus une semaine plus tard alors que La Louvière doit rencontrer le Club Bruges. Janvier 2006 : le magazine flamand Humo rappelle opportunément que Gilbert Bodart, le coach de La Louvière, est passionné par les paris en ligne. Février 2006 : reportage de la VRTTacle van de mafia. Les journalistes ont enquêté sur l'emprise de la mafia dans le milieu du football. Plusieurs rencontres sont entachées de soupçons et une dizaine de joueurs, agents, entraîneurs, dirigeants sont pointés du doigt. Le même mois, une série de perquisition ont lieu chez des joueurs du Lierse, qui sont aussitôt licenciés. Marius Mitu et Laurent Delorge sont exclus d'Anderlecht. Mars 2006 : inculpation de Filippo Gaone pour faux, détournement de fonds et abus de biens sociaux. Laurent Denis et Pietro Allatta essuient eux aussi les foudres de la justice.