Demander à Koen Casteels, qui devrait normalement reprendre le championnat le 25 août avec Wolfsburg contre Schalke 04, qui va remporter la Bundesliga, semble superflu. Comme ces dernières années, la question n'est pas de savoir qui sera champion d'Allemagne, mais quand le Bayern remportera le titre, et qui terminera deuxième. Il faut remonter à 2012 pour trouver trace d'un autre club au palmarès. Cette année-là, c'est Dortmund qui avait sabré le champagne, ou plutôt débouché les bouteilles de bière. La saison dernière, Schalke 04 avait terminé deuxième à la surprise générale, et Hoffenheim, le premier club de Casteels en Allemagne, était monté sur la troisième marche du podium.

J'ai encore joué avec Draxler, Schürrle, De Bruyne et Perisic. Après leurs départs, le déclin s'est amorcé à Wolfsburg. " Koen Casteels

Ce scénario prévisible jette une ombre sur la recette à succès qu'est la Bundesliga, d'un point de vue économique. Car, chaque semaine, les stades sont pleins, les clubs font des affaires en or et les records tombent. Casteels en fait l'expérience depuis 2011, lorsqu'il a décidé de quitter Genk alors que le club limbourgeois espérait qu'il succède à Thibaut Courtois. Casteels est parti à la conquête du football allemand en commençant depuis le niveau inférieur, en troisième division où il évoluait avec l'équipe B de Hoffenheim, avant de gravir progressivement les échelons.

La saison dernière, il a fait partie de l'équipe-type de la Bundesliga, établie par l'hebdomadaire Kicker, où il côtoyait des joueurs comme RobertLewandowski, James Rodríguez et Jérome Boateng (tous du Bayern). Cela ne l'a pas ému outre mesure. Casteels est l'humilité personnifiée. Il nous a reçu chez lui, à Baal, entre la fin de la Coupe du monde et le début de la préparation à la nouvelle saison, pour évoquer tous les sujets qu'il a abordés de la même manière qu'il défend les buts : calmement, en pesant chaque mot, mais avec conviction et détermination. Droit au but.

Koen Casteels : " Je sais que je fais partie des meilleurs gardiens de la Bundesliga. ", belgaimage
Koen Casteels : " Je sais que je fais partie des meilleurs gardiens de la Bundesliga. " © belgaimage

" J'espère que nous pourrons viser une place européenne "

A quoi vous attendez-vous, cette saison, en Bundesliga ?

KOEN CASTEELS : Je regarde surtout ma propre équipe. J'espère que les problèmes que nous avons connus ces deux dernières années ont été résolus, et que nous pourrons de nouveau viser une place européenne. Cela correspondrait davantage au statut d'un club comme Wolfsburg que la lutte contre la relégation.

Quel était le problème, en fait, ces deux dernières années ? Il y a un an, vous étiez encore considéré comme un outsider et, au final, vous avez dû disputer les barrages pour le maintien pour la deuxième année consécutive.

CASTEELS : Ces deux dernières années, nous avons eu cinq entraîneurs, et pour entamer la saison, nous aurons notre troisième directeur technique en trois ans en la personne de Jörg Schmadtke. Cela ne favorise pas la stabilité au sein du club. Il nous a manqué la sérénité nécessaire pour réaliser des performances.

Pourtant, lorsque vous etes arrivé, Wolfsburg était un modèle de continuité, avec le directeur sportif Klaus Allofs et l'entraîneur Dieter Hecking qui collaboraient avec succès depuis des années.

CASTEELS : Absolument. J'ai encore joué avec Julian Draxler, André Schürrle et Kevin De Bruyne qui sont partis avant que le déclin ne s'amorce. J'ai aussi encore travaillé avec Ivan Perisic. Je n'avais jamais vu un joueur aussi fort à gauche comme à droite. Il frappait les coups-francs du pied gauche alors qu'il est droitier. Nous avons encore joué la Ligue des Champions, puis nous avons terminé huitième.

Nous étions aussi à la huitième place lorsque Hecking a été limogé, alors qu'il avait connu le succès durant quatre ans. C'était un très bon entraîneur. Honnête sur le plan humain, il avait un bon contact avec les joueurs, s'entretenait souvent individuellement avec eux. Pas seulement avec les titulaires, mais aussi avec ceux qui entraient moins souvent en action. Dans ces entretiens, on ne parlait pas uniquement de fooball. Sur le plan tactque, il était très fort également, et il n'y avait rien à redire à ses entraînements.

Mais, vis-à-vis d'une partie des joueurs, il avait fait son temps. Tout en haut de la hiérarchie, on a estimé que du changement était nécessaire. Mais cela n'a pas été mieux par la suite. Le nouvel entraîneur n'a pas su dompter le groupe, et les transferts n'ont pas été des réussites. Des joueurs acquis pour de belles sommes d'argent n'ont pas apporté ce qu'on attendait d'eux. La saison dernière, on a moins investi dans le club qu'il y a trois ou quatre ans. Volkswagen met toujours les mêmes moyens financiers à notre disposition, mais l'approche de la nouvelle direction n'a pas encore porté ses fruits.

" A Brême, j'ai prouvé que j'avais le niveau "

Lorsque vous êtes arrivé à Wolfsburg, Diego Benaglio défendait les buts : un monument au sein du club. Etait-ce difficile de vivre dans son ombre ?

CASTEELS : À Hoffenheim, après ma blessure, j'ai eu du mal à récupérer ma place. C'est la raison pour laquelle je suis parti au Werder Brême, où j'ai prouvé que j'avais le niveau de la Bundesliga. Lorsque je suis revenu à Wolfsburg, je savais que je ne serais pas directement titulaire, Benaglio était là depuis dix ans. La première saison, j'ai joué 13 matches, et la saison suivante, j'ai commencé comme titulaire sous Hecking. Mais le nouvel entraîneur voulait des joueurs expérimentés, et a réinstauré Benaglio dans le but. Le troisième entraîneur, Andries Jonker, m'a de nouveau fait confiance. J'ai alors su que je commencerais la troisième saison, l'an passé donc, entre les perches. A 25 ans, c'est ce que je voulais. A cet âge-là, on a besoin de s'affirmer comme titulaire. Lorsqu'on se montre à la hauteur, on est vite accepté. Je n'ai jamais entendu des gens scander le nom de Benaglio lorsque j'étais dans le but.

L'entraîneur actuel, Bruno Labbadia, était un footballeur connu au Bayern. Quel type d'entraîneur est-il ?

CASTEELS : Son principe est : sans travail, on n'y arrive pas. Il aime les longs entraînements. Et je pense que Wolfsburg avait besoin de ce type d'entraîneur. Ces dernières années, nous nous sommes trop reposés sur le talent. Le volume de travail et l'aspect physique en ont un peu pâti. Apparemment, il en ira différemment, désormais. Lorsque j'étais à la Coupe du monde et en vacances, j'ai entendu que les entraînements étaient partculièrement exigeants.

Lorsque vous avez été élu meilleur gardien de Bundesliga, il a directement déclaré qu'il comptait sur vous comme premier gardien.

CASTEELS : Lorsque vous avez montré vos qualités, il est rare que les nouveaux entraîneurs touchent à la hiérarchie existante. La hiérarchie, on peut en grande partie la contrôler soi-même.

Les joueurs repris dans l'équipe-type de la saison jouaient dans des clubs qui ont terminé premier, deuxième, troisième ou quatrième du championnat. Y voir le gardien de l'équipe qui a terminé seizième, c'est plutôt surprenant.

CASTEELS : Me retrouver au milieu de tous ces grands noms, c'était une belle récompense pour la saison que j'ai livrée. Je savais que j'avais disputé une belle saison, très régulière, et que je faisais partie des meilleurs gardiens de Bundesliga.

" En Bundesliga, un gardien doit savoir tout faire "

Etait-ce difficile de ne pas sombrer avec l'équipe, qui dévalait les escaliers de manière inquiétante ?

CASTEELS : C'est peut-être plus facile pour un gardien que pour un joueur de champ. Un gardien peut se distinguer dans les moments difficiles. Il a beaucoup d'arrêts à effectuer, et peut donc se montrer, même s'il encaisse des buts pour lesquels il n'est pas responsable. Je peux m'estimer satisfait de ma saison.

Ressentez-vous la pression, lorsque la direction investit beaucoup d'argent et que les résultats ne suivent pas ?

CASTEELS : Wolfsburg est une petite ville tranquille, ce n'est pas Francfort par exemple, où les fans exercent une pression. Les gens de Volkswagen sont, certes, venus nous placer devant nos responsabilités, en nous expliquant que le maintien en Bundesliga était très important. C'est leur droit, ce sont eux qui injectent des moyens dans le club.

Quelles doivent être les qualités d'un gardien en Bundesliga ?

CASTEELS : Il doit savoir tout faire. Actuellement, on attend aussi d'un gardien de Bnndesliga qu'il soit bon dans le jeu au pied, qu'il sache jouer haut, sortir de ses 16 mètres, qu'il anticipe sur les centres et les corners. En Angleterre, on trouve encore des gardiens de l'ancienne génération, qui ont surtout de bons réflexes, mais la plupart des gardiens du championnat d'Allemagne sont relativement jeunes et maîtrisent tous les aspects du métier.

Avez-vous dû modifier votre jeu en Allemagne ?

CASTEELS : Je trouvais que la différence était énorme. Les deux premières années, j'ai dû beaucoup apprendre, j'ai aussi dû gagner en puissance et progresser sur le plan physique. En Belgique, on travaille beaucoup la technique, on insiste sur la manière de capter le ballon et on ne doit surtout pas le laisser échapper. En Allemagne, beaucoup de tirs sont tellement puissants et tellement bien placés qu'il n'y a pas moyen de capter le ballon. Il m'a fallu un an et demi pour que je m'habitue au style de jeu.

" À l'exception du Bayern, tout le monde peut battre tout le monde "

Lorsque vous êtes arrivé en Allemagne, personne ne connaissait Koen Casteels.

CASTEELS : C'est vrai. Lors de ma présentation, beaucoup de gens pensaient que je venais de Gand. Il n'y a, en effet, qu'une seule lettre de différence entre Gent et Genk, et les Allemands pensent qu'il s'agit d'un seul et même club. Au début, j'ai souvent dû subir la comparaison avec Jean-Marie Pfaff. Il m'a adressé un beau message vidéo lors d'une émission télévisée sur une chaîne allemande, c'était une belle surprise. Il s'est montré élogieux à mon égard.

Au niveau de la notoriété, j'ai commencé de zéro en Allemagne. A Hoffenheim, j'ai habité seul dans un appartement à 19 ans. Mes parents venaient me rendre visite lors de chaque match à domicile. J'ai traversé des moments difficiles, mais j'avais d'autres équipiers qui vivaient seuls. J'ai appris à devenir indépendant en peu de temps. Après six mois, je pouvais déjà me débrouiller en allemand. Aujourd'hui, je continue de progresser, même si je fais encore des fautes avec Der, Die und Das.

Quels sont les aspects plaisants de la Bundesliga ?

CASTEELS : C'est un pays où l'on vit le football à fond. Les stades sont superbes, très modernes. A l'exception du Bayern, qui est hors catégorie, tout le monde peut battre tout le monde. Le jeu est très ouvert. En déplacement, même dans les petits clubs, on ne reçoit rien en cadeau. Je me souviens d'un déplacement à Darmstadt. Nous jouions dans un stade un peu vieillot, ce qui est exceptionnel en Bundesliga. Mais il est toujours plein avec 15.000 spectateurs. Nous n'avons pas eu la partie facile. A cause de l'ambiance et de leur manière de jouer.

Ce n'est plus 90 minutes à fond, comme autrefois, il y a aussi des changements tactiques. Cela reste un championnat où l'on joue beaucoup sur les transitions, ce qui implique que le jeu va continuellement d'un côté à l'autre et que les joueurs sont exténués au coup de sifflet final. En Allemagne, tout est aussi parfaitement réglé, à condition que l'on respecte la ponctualité. Arriver cinq minutes en retard, ce n'est pas accepté. Mais je n'ai jamais connu le moindre problème sur ce point. S'il s'agit d'un rendez-vous footballistique, je préfère arriver trop tôt que trop tard.

" J'ai toujours la chair de poule en montant sur le terrain "

Comment expliquez-vous que le Bayern domine le championnat à ce point-là ?

CASTEELS : Cette équipe est une vraie machine, surtout lorsqu'elle évolue à domicile. En Bundesliga, c'est impressionnant. Ils jouent depuis des années de la même manière, ils ont une philosophie qui leur est propre et n'achètent que des joueurs qui peuvent se fondre dans le moule, un peu comme Barcelone. Ils n'en dérogent jamais.

Au niveau de l'ambiance, le Bayern c'est le top en Allemagne ?

CASTEELS : C'est encore mieux à Dortmund et à Schalke. Ou même à Cologne, qui vient d'être relégué. J'ai trouvé l'ambiance incroyable là-bas, avec 45.000 spectateurs. Il y a deux ans, la moyenne de spectateurs en Bundesliga était de 34.000. Comme j'ai déjà joué trois ou quatre fois partout, j'ai fini par m'y habituer, mais je ressens encore toujours la chair de poule lorsque je monte sur le terrain. Même à Augsbourg, une équipe moins connue, l'ambiance est toujours très agréable.

Vous avez côtoyé deux Belges la saison dernière. Pourquoi Landry Dimata et Divock Origi n'ont-ils pas réussi à Wolfsburg ?

CASTEELS : Ils sont arrivés dans un club qui traversait une période difficile. S'il n'y a pas de stabilité, c'est compliqué pour un nouveau venu de s'imposer. Dimata aurait certainement pu réussir en Bundesliga. On le constate en comparant le niveau qu'il avait à son arrivée et celui qu'il avait à son départ. Mais, à son âge, il est important de beaucoup jouer.

Michy Batshuayi a cependant été une révélation à Dortmund. Il a directement été très apprécié.

CASTEELS : Michy se rend populaire partout où il va, car c'est un garçon espiègle. Il aime s'amuser, faire plaisir. Et si, en plus, il inscrit 11 buts durant ses premiers matches, il ne peut rien lui arriver.

Vu de Belgique, on a l'impression que vous êtes un peu oublié à Wolfsburg.

CASTEELS : C'est le cas pour toute la Bundesliga, je trouve. Cela vient du fait que de nombreux Belges évoluent en Angleterre. Il y en a beaucoup moins en Allemagne. Au début, ce manque d'attention m'énervait, mais avec le temps je m'y suis habitué.

" Je ne m'arrête pas à ce qui est arrivé aux autres "

Les jeunes talents reçoivent-ils leur chance en Allemagne ?

CASTEELS : Le championnat a été fortement rajeuni. Lorsque je suis arrivé en Allemagne, il y avait beaucoup de footballeurs plus âgés. Aujourd'hui, on voit des jeunes talents partout. Leon Bailey, qui a joué à Genk, est l'un d'eux. Un joueur fantastique : rapide, bonne technique, beaucoup de buts et beaucoup d'assists. D'ici un ou deux ans, il pourrait encore franchir un cap.

Genk s'est bâti une solide réputation sur le plan de la formation, y compris à l'étranger.

CASTEELS : Effectivement. Avec le nouveau complexe pour les jeunes, ils ont envoyé un signal depuis 15 ans et en recueillent aujourd'hui les fruits.

A l'époque, votre choix pour Genk était délibéré ?

CASTEELS : J'ai choisi Genk pour le projet, pas pour la distance. D'autres clubs avaient aussi manifesté de l'intérêt, et étaient situés plus près de chez moi, comme le Lierse et Malines. Mais je suis satisfait de la formation que j'ai reçue.

Il y a quelques semaines, vous étiez sur le balcon de l'hôtel de la ville de Bruxelles, lors du retour triomphal des Diables Rouges. Mais vous auriez très bien pu vous retrouver à l'avant-plan, si vous n'aviez pas été blessé en avril 2009 contre Gand, lorsque Thibaut Courtois a reçu sa chance et l'a saisie. A ce moment-là, vous étiez considéré comme le plus grand talent de Genk. Y songez-vous encore souvent ?

CASTEELS : Je suis heureux de la trajectoire qui a été la mienne. Je ne m'arrête pas à ce qui est arrivé aux autres. Thibaut a suivi sa voie.

" En talent pur, Draxler était le meilleur "

Qui est susceptible de mettre des bâtons dans les roues du Bayern, cette saison ?

CASTEELS: Si Schalke poursuit sur la voie qu'il s'est tracée, il peut devenir un sérieux outsider. Du côté de Dortmund, on pourrait assister à une belle surprise si Lucien Favre se montre capable de rééditer les exploits qu'il avait réalisés avec Mönchengladbach. Je n'ai pas été étonné de la bonne saison de Hoffenheim, mais je ne m'attendais quand même pas à ce que ce club se qualifie pour la Ligue des Champions. Ils ont aussi eu plusieurs entraîneurs et managers dans le passé. Désormais, ils travaillent depuis trois ans avec le même directeur sportif, Alexander Rosen, et l'entraîneur Julian Nagelsmann est aussi présent depuis trois ans. Lorsqu'on a une philosophie et qu'on parvient à l'imposer, cela réussit souvent, mais une ou deux années sont nécessaires.

Quel est le meilleur footballeur avec lequel vous avez joué en Allemagne ?

CASTEELS: En talent pur, c'est Julian Draxler. Malheureusement, il ne parvenait pas toujours à rééditer en match ce qu'il réalisait à l'entraînement. Mais, si l'on tient compte des prestations, le meilleur c'était Kevin De Bruyne. Il a lancé sa carrière en Allemagne, d'abord à Brême, puis à Wolfsburg.

Quel est le joueur le plus sous-estimé de Bundesliga ?

CASTEELS: Je dirais Naldo, qui figurait aussi dans l'équipe-type de la saison dernière. A Schalke, grâce à la deuxième place, il a été davantage apprécié qu'à Brême et à Wolfsburg, où il était considéré comme un bon défenseur, sans plus. Or, je trouvais qu'il était toujours bien positionné, et qu'il avait un sens de l'anticipation très prononcé. Mais j'ai du mal à établir une liste de talents individuels. Dans certains clubs, quelques joueurs peuvent faire la différence, mais la plupart doivent quand même s'appuyer sur le collectif et le travail. Si le collectif fait défaut, ils sombrent. Wolfsburg en a été un bel exemple, ces dernières années. Il y a deux ou trois ans, nous avions acheté plusieurs joueurs très chers, mais ils n'ont pas apporté des résultats. C'est de cette manière qu'un club qui dispose de beaucoup de moyens s'est retrouvé mêlé à la lutte contre la relégation. C'est une grande leçon qu'il faut retenir : lorsqu'une équipe n'est pas stable ou que les pièces du puzzle ne s'emboîtent pas, elle se retrouvera en difficulté.

© belgaimage

Données particulières de la Bundesliga 2018-2019 ?

Pour la première fois depuis la création de la Bundesliga, Hambourg n'en fera pas partie. Pas plus que Cologne, le tout premier champion. Ces clubs ont été remplacés par le Fortuna Düsseldorf et le FC Nuremberg.

Demander à Koen Casteels, qui devrait normalement reprendre le championnat le 25 août avec Wolfsburg contre Schalke 04, qui va remporter la Bundesliga, semble superflu. Comme ces dernières années, la question n'est pas de savoir qui sera champion d'Allemagne, mais quand le Bayern remportera le titre, et qui terminera deuxième. Il faut remonter à 2012 pour trouver trace d'un autre club au palmarès. Cette année-là, c'est Dortmund qui avait sabré le champagne, ou plutôt débouché les bouteilles de bière. La saison dernière, Schalke 04 avait terminé deuxième à la surprise générale, et Hoffenheim, le premier club de Casteels en Allemagne, était monté sur la troisième marche du podium. Ce scénario prévisible jette une ombre sur la recette à succès qu'est la Bundesliga, d'un point de vue économique. Car, chaque semaine, les stades sont pleins, les clubs font des affaires en or et les records tombent. Casteels en fait l'expérience depuis 2011, lorsqu'il a décidé de quitter Genk alors que le club limbourgeois espérait qu'il succède à Thibaut Courtois. Casteels est parti à la conquête du football allemand en commençant depuis le niveau inférieur, en troisième division où il évoluait avec l'équipe B de Hoffenheim, avant de gravir progressivement les échelons. La saison dernière, il a fait partie de l'équipe-type de la Bundesliga, établie par l'hebdomadaire Kicker, où il côtoyait des joueurs comme RobertLewandowski, James Rodríguez et Jérome Boateng (tous du Bayern). Cela ne l'a pas ému outre mesure. Casteels est l'humilité personnifiée. Il nous a reçu chez lui, à Baal, entre la fin de la Coupe du monde et le début de la préparation à la nouvelle saison, pour évoquer tous les sujets qu'il a abordés de la même manière qu'il défend les buts : calmement, en pesant chaque mot, mais avec conviction et détermination. Droit au but. A quoi vous attendez-vous, cette saison, en Bundesliga ? KOEN CASTEELS : Je regarde surtout ma propre équipe. J'espère que les problèmes que nous avons connus ces deux dernières années ont été résolus, et que nous pourrons de nouveau viser une place européenne. Cela correspondrait davantage au statut d'un club comme Wolfsburg que la lutte contre la relégation. Quel était le problème, en fait, ces deux dernières années ? Il y a un an, vous étiez encore considéré comme un outsider et, au final, vous avez dû disputer les barrages pour le maintien pour la deuxième année consécutive. CASTEELS : Ces deux dernières années, nous avons eu cinq entraîneurs, et pour entamer la saison, nous aurons notre troisième directeur technique en trois ans en la personne de Jörg Schmadtke. Cela ne favorise pas la stabilité au sein du club. Il nous a manqué la sérénité nécessaire pour réaliser des performances. Pourtant, lorsque vous etes arrivé, Wolfsburg était un modèle de continuité, avec le directeur sportif Klaus Allofs et l'entraîneur Dieter Hecking qui collaboraient avec succès depuis des années. CASTEELS : Absolument. J'ai encore joué avec Julian Draxler, André Schürrle et Kevin De Bruyne qui sont partis avant que le déclin ne s'amorce. J'ai aussi encore travaillé avec Ivan Perisic. Je n'avais jamais vu un joueur aussi fort à gauche comme à droite. Il frappait les coups-francs du pied gauche alors qu'il est droitier. Nous avons encore joué la Ligue des Champions, puis nous avons terminé huitième. Nous étions aussi à la huitième place lorsque Hecking a été limogé, alors qu'il avait connu le succès durant quatre ans. C'était un très bon entraîneur. Honnête sur le plan humain, il avait un bon contact avec les joueurs, s'entretenait souvent individuellement avec eux. Pas seulement avec les titulaires, mais aussi avec ceux qui entraient moins souvent en action. Dans ces entretiens, on ne parlait pas uniquement de fooball. Sur le plan tactque, il était très fort également, et il n'y avait rien à redire à ses entraînements. Mais, vis-à-vis d'une partie des joueurs, il avait fait son temps. Tout en haut de la hiérarchie, on a estimé que du changement était nécessaire. Mais cela n'a pas été mieux par la suite. Le nouvel entraîneur n'a pas su dompter le groupe, et les transferts n'ont pas été des réussites. Des joueurs acquis pour de belles sommes d'argent n'ont pas apporté ce qu'on attendait d'eux. La saison dernière, on a moins investi dans le club qu'il y a trois ou quatre ans. Volkswagen met toujours les mêmes moyens financiers à notre disposition, mais l'approche de la nouvelle direction n'a pas encore porté ses fruits. Lorsque vous êtes arrivé à Wolfsburg, Diego Benaglio défendait les buts : un monument au sein du club. Etait-ce difficile de vivre dans son ombre ? CASTEELS : À Hoffenheim, après ma blessure, j'ai eu du mal à récupérer ma place. C'est la raison pour laquelle je suis parti au Werder Brême, où j'ai prouvé que j'avais le niveau de la Bundesliga. Lorsque je suis revenu à Wolfsburg, je savais que je ne serais pas directement titulaire, Benaglio était là depuis dix ans. La première saison, j'ai joué 13 matches, et la saison suivante, j'ai commencé comme titulaire sous Hecking. Mais le nouvel entraîneur voulait des joueurs expérimentés, et a réinstauré Benaglio dans le but. Le troisième entraîneur, Andries Jonker, m'a de nouveau fait confiance. J'ai alors su que je commencerais la troisième saison, l'an passé donc, entre les perches. A 25 ans, c'est ce que je voulais. A cet âge-là, on a besoin de s'affirmer comme titulaire. Lorsqu'on se montre à la hauteur, on est vite accepté. Je n'ai jamais entendu des gens scander le nom de Benaglio lorsque j'étais dans le but. L'entraîneur actuel, Bruno Labbadia, était un footballeur connu au Bayern. Quel type d'entraîneur est-il ? CASTEELS : Son principe est : sans travail, on n'y arrive pas. Il aime les longs entraînements. Et je pense que Wolfsburg avait besoin de ce type d'entraîneur. Ces dernières années, nous nous sommes trop reposés sur le talent. Le volume de travail et l'aspect physique en ont un peu pâti. Apparemment, il en ira différemment, désormais. Lorsque j'étais à la Coupe du monde et en vacances, j'ai entendu que les entraînements étaient partculièrement exigeants. Lorsque vous avez été élu meilleur gardien de Bundesliga, il a directement déclaré qu'il comptait sur vous comme premier gardien. CASTEELS : Lorsque vous avez montré vos qualités, il est rare que les nouveaux entraîneurs touchent à la hiérarchie existante. La hiérarchie, on peut en grande partie la contrôler soi-même. Les joueurs repris dans l'équipe-type de la saison jouaient dans des clubs qui ont terminé premier, deuxième, troisième ou quatrième du championnat. Y voir le gardien de l'équipe qui a terminé seizième, c'est plutôt surprenant. CASTEELS : Me retrouver au milieu de tous ces grands noms, c'était une belle récompense pour la saison que j'ai livrée. Je savais que j'avais disputé une belle saison, très régulière, et que je faisais partie des meilleurs gardiens de Bundesliga. Etait-ce difficile de ne pas sombrer avec l'équipe, qui dévalait les escaliers de manière inquiétante ? CASTEELS : C'est peut-être plus facile pour un gardien que pour un joueur de champ. Un gardien peut se distinguer dans les moments difficiles. Il a beaucoup d'arrêts à effectuer, et peut donc se montrer, même s'il encaisse des buts pour lesquels il n'est pas responsable. Je peux m'estimer satisfait de ma saison. Ressentez-vous la pression, lorsque la direction investit beaucoup d'argent et que les résultats ne suivent pas ? CASTEELS : Wolfsburg est une petite ville tranquille, ce n'est pas Francfort par exemple, où les fans exercent une pression. Les gens de Volkswagen sont, certes, venus nous placer devant nos responsabilités, en nous expliquant que le maintien en Bundesliga était très important. C'est leur droit, ce sont eux qui injectent des moyens dans le club. Quelles doivent être les qualités d'un gardien en Bundesliga ? CASTEELS : Il doit savoir tout faire. Actuellement, on attend aussi d'un gardien de Bnndesliga qu'il soit bon dans le jeu au pied, qu'il sache jouer haut, sortir de ses 16 mètres, qu'il anticipe sur les centres et les corners. En Angleterre, on trouve encore des gardiens de l'ancienne génération, qui ont surtout de bons réflexes, mais la plupart des gardiens du championnat d'Allemagne sont relativement jeunes et maîtrisent tous les aspects du métier. Avez-vous dû modifier votre jeu en Allemagne ? CASTEELS : Je trouvais que la différence était énorme. Les deux premières années, j'ai dû beaucoup apprendre, j'ai aussi dû gagner en puissance et progresser sur le plan physique. En Belgique, on travaille beaucoup la technique, on insiste sur la manière de capter le ballon et on ne doit surtout pas le laisser échapper. En Allemagne, beaucoup de tirs sont tellement puissants et tellement bien placés qu'il n'y a pas moyen de capter le ballon. Il m'a fallu un an et demi pour que je m'habitue au style de jeu. Lorsque vous êtes arrivé en Allemagne, personne ne connaissait Koen Casteels. CASTEELS : C'est vrai. Lors de ma présentation, beaucoup de gens pensaient que je venais de Gand. Il n'y a, en effet, qu'une seule lettre de différence entre Gent et Genk, et les Allemands pensent qu'il s'agit d'un seul et même club. Au début, j'ai souvent dû subir la comparaison avec Jean-Marie Pfaff. Il m'a adressé un beau message vidéo lors d'une émission télévisée sur une chaîne allemande, c'était une belle surprise. Il s'est montré élogieux à mon égard. Au niveau de la notoriété, j'ai commencé de zéro en Allemagne. A Hoffenheim, j'ai habité seul dans un appartement à 19 ans. Mes parents venaient me rendre visite lors de chaque match à domicile. J'ai traversé des moments difficiles, mais j'avais d'autres équipiers qui vivaient seuls. J'ai appris à devenir indépendant en peu de temps. Après six mois, je pouvais déjà me débrouiller en allemand. Aujourd'hui, je continue de progresser, même si je fais encore des fautes avec Der, Die und Das. Quels sont les aspects plaisants de la Bundesliga ? CASTEELS : C'est un pays où l'on vit le football à fond. Les stades sont superbes, très modernes. A l'exception du Bayern, qui est hors catégorie, tout le monde peut battre tout le monde. Le jeu est très ouvert. En déplacement, même dans les petits clubs, on ne reçoit rien en cadeau. Je me souviens d'un déplacement à Darmstadt. Nous jouions dans un stade un peu vieillot, ce qui est exceptionnel en Bundesliga. Mais il est toujours plein avec 15.000 spectateurs. Nous n'avons pas eu la partie facile. A cause de l'ambiance et de leur manière de jouer. Ce n'est plus 90 minutes à fond, comme autrefois, il y a aussi des changements tactiques. Cela reste un championnat où l'on joue beaucoup sur les transitions, ce qui implique que le jeu va continuellement d'un côté à l'autre et que les joueurs sont exténués au coup de sifflet final. En Allemagne, tout est aussi parfaitement réglé, à condition que l'on respecte la ponctualité. Arriver cinq minutes en retard, ce n'est pas accepté. Mais je n'ai jamais connu le moindre problème sur ce point. S'il s'agit d'un rendez-vous footballistique, je préfère arriver trop tôt que trop tard. Comment expliquez-vous que le Bayern domine le championnat à ce point-là ? CASTEELS : Cette équipe est une vraie machine, surtout lorsqu'elle évolue à domicile. En Bundesliga, c'est impressionnant. Ils jouent depuis des années de la même manière, ils ont une philosophie qui leur est propre et n'achètent que des joueurs qui peuvent se fondre dans le moule, un peu comme Barcelone. Ils n'en dérogent jamais. Au niveau de l'ambiance, le Bayern c'est le top en Allemagne ? CASTEELS : C'est encore mieux à Dortmund et à Schalke. Ou même à Cologne, qui vient d'être relégué. J'ai trouvé l'ambiance incroyable là-bas, avec 45.000 spectateurs. Il y a deux ans, la moyenne de spectateurs en Bundesliga était de 34.000. Comme j'ai déjà joué trois ou quatre fois partout, j'ai fini par m'y habituer, mais je ressens encore toujours la chair de poule lorsque je monte sur le terrain. Même à Augsbourg, une équipe moins connue, l'ambiance est toujours très agréable. Vous avez côtoyé deux Belges la saison dernière. Pourquoi Landry Dimata et Divock Origi n'ont-ils pas réussi à Wolfsburg ? CASTEELS : Ils sont arrivés dans un club qui traversait une période difficile. S'il n'y a pas de stabilité, c'est compliqué pour un nouveau venu de s'imposer. Dimata aurait certainement pu réussir en Bundesliga. On le constate en comparant le niveau qu'il avait à son arrivée et celui qu'il avait à son départ. Mais, à son âge, il est important de beaucoup jouer. Michy Batshuayi a cependant été une révélation à Dortmund. Il a directement été très apprécié. CASTEELS : Michy se rend populaire partout où il va, car c'est un garçon espiègle. Il aime s'amuser, faire plaisir. Et si, en plus, il inscrit 11 buts durant ses premiers matches, il ne peut rien lui arriver. Vu de Belgique, on a l'impression que vous êtes un peu oublié à Wolfsburg. CASTEELS : C'est le cas pour toute la Bundesliga, je trouve. Cela vient du fait que de nombreux Belges évoluent en Angleterre. Il y en a beaucoup moins en Allemagne. Au début, ce manque d'attention m'énervait, mais avec le temps je m'y suis habitué. Les jeunes talents reçoivent-ils leur chance en Allemagne ? CASTEELS : Le championnat a été fortement rajeuni. Lorsque je suis arrivé en Allemagne, il y avait beaucoup de footballeurs plus âgés. Aujourd'hui, on voit des jeunes talents partout. Leon Bailey, qui a joué à Genk, est l'un d'eux. Un joueur fantastique : rapide, bonne technique, beaucoup de buts et beaucoup d'assists. D'ici un ou deux ans, il pourrait encore franchir un cap. Genk s'est bâti une solide réputation sur le plan de la formation, y compris à l'étranger. CASTEELS : Effectivement. Avec le nouveau complexe pour les jeunes, ils ont envoyé un signal depuis 15 ans et en recueillent aujourd'hui les fruits. A l'époque, votre choix pour Genk était délibéré ? CASTEELS : J'ai choisi Genk pour le projet, pas pour la distance. D'autres clubs avaient aussi manifesté de l'intérêt, et étaient situés plus près de chez moi, comme le Lierse et Malines. Mais je suis satisfait de la formation que j'ai reçue. Il y a quelques semaines, vous étiez sur le balcon de l'hôtel de la ville de Bruxelles, lors du retour triomphal des Diables Rouges. Mais vous auriez très bien pu vous retrouver à l'avant-plan, si vous n'aviez pas été blessé en avril 2009 contre Gand, lorsque Thibaut Courtois a reçu sa chance et l'a saisie. A ce moment-là, vous étiez considéré comme le plus grand talent de Genk. Y songez-vous encore souvent ? CASTEELS : Je suis heureux de la trajectoire qui a été la mienne. Je ne m'arrête pas à ce qui est arrivé aux autres. Thibaut a suivi sa voie.