Martin Palermo dépose le ballon sur le point de penalty. Le buteur de Boca Juniors prend son élan et tire... sur la transversale. Nous sommes le 4 juillet 1999. L'Argentine et la Colombie se rencontrent en phase de poule de la Copa America. Un peu plus tard, l'arbitre accorde un deuxième penalty aux Argentins. Est-ce à cause de la chaleur qui frappe la ville paraguayenne de Luque ? De l'humidité ? Ou est-ce tout simplement de la confiance en soi ? Toujours est-il que Palermo s'empare du ballon. C'est lui qui va tirer et personne d'autre.
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Martin Palermo dépose le ballon sur le point de penalty. Le buteur de Boca Juniors prend son élan et tire... sur la transversale. Nous sommes le 4 juillet 1999. L'Argentine et la Colombie se rencontrent en phase de poule de la Copa America. Un peu plus tard, l'arbitre accorde un deuxième penalty aux Argentins. Est-ce à cause de la chaleur qui frappe la ville paraguayenne de Luque ? De l'humidité ? Ou est-ce tout simplement de la confiance en soi ? Toujours est-il que Palermo s'empare du ballon. C'est lui qui va tirer et personne d'autre. N'a-t-il pas inscrit deux buts lors du match précédent contre l'Equateur ? Cette fois il expédie le ballon... loin au-dessus de la cage du gardien colombien. Lorsque l'Argentine hérite d'un troisième penalty, on se dit que des gars comme Diego Simeone ou Javier Zanetti vont envoyer El Loco sur les roses mais non... Palermo prend à nouveau le cuir entre les mains et établit un nouveau record du monde : trois penalties manqués au cours du même match. Personne n'a fait mieux depuis. Ce genre d'anecdote ne peut se produire qu'à la Copa America, une épreuve garante de spectacle : un nombre incalculable de buts, de cartes rouges, de gaffes, de scandales et de personnages hauts en couleur. On se donne à fond, tant sur le terrain qu'en dehors. Les joueurs sud-américains ont du tempérament et se lancent à corps perdu dans la bataille. En 2011, le pitbull chilien Gary Medel a pincé le Mexicain Giovanni dos Santos dans les parties. L'arbitre n'y a pas vu malice et Medel s'en est sorti sans carte. Lors de la Copa America 1955, l'Argentine affrontait l'Uruguay. Un match toujours tendu. A dix minutes de la fin, alors que la Celeste était menée 5-1, Guillermo Stabile, qui avait offert sept fois le titre aux Argentins, remplaça la star Angel Labruna par Norberto Conde. Ce dernier ne trouva rien de mieux que de demander à son adversaire direct quel était le score. Le défenseur uruguayen Matias Gonzalez, présent lors de la finale de Coupe du monde légendaire de 1950 qui avait vu les Uruguayens battre le Brésil (1-2) au Maracanã, n'avait pas le sens de l'humour : il expédia un terrible coup de poing à Conde qui, groggy, dut être transporté à l'hôpital. Gonzalez fut exclu et Labruna, qui venait d'être remplacé, remonta sur le terrain. A l'époque, c'était encore permis par le règlement. En dehors du terrain aussi, le comportement des joueurs est parfois limite. C'est ainsi qu'en 2007, six Chiliens furent suspendus pour vingt matches (!) pour avoir démoli leur chambre d'hôtel alors qu'ils étaient ivres. En 2011, huit Mexicains firent pire encore : ils invitèrent des filles de joie dans leur chambre. Mais la fédération fut mise au courant et les joueurs furent renvoyés chez eux. Parfois, pourtant, les fédérations sont impuissantes. Demandez-le à Hernan Campuzano ! En 2001, le pauvre homme était vice-président de la fédération colombienne lorsqu'il fut kidnappé par les FARC à deux semaines du coup d'envoi de la Copa America... en Colombie. Heureusement pour lui, le président colombien prit les choses en mains et les révolutionnaires le libérèrent rapidement. Le tournoi put dès lors commencer à temps. Lors de cette même édition 2001, le Honduras surprit tout le monde. Los Catrachos n'arrivèrent en Colombie que le jour de leur premier match. Par peur des enlèvements, l'Argentine avait en effet refusé de participer et le Honduras ne fut convié à la remplacer qu'à la toute dernière minute. Comme on était en plein tour final du championnat, les meilleurs joueurs ne pouvaient être sélectionnés. Personne n'aurait donc misé un cent sur l'équipe d'Amérique centrale mais le Honduras sortit des poules puis battit le Brésil qui, l'année suivante, allait être sacré champion du monde. Romario, Cafu, Rivaldo et Roberto Carlos n'étaient certes pas là mais, après le match, Felipe Scolari déclara : " L'histoire retiendra que Big Phil est le premier coach brésilien à perdre face au Honduras. C'est terrible mais le Honduras a mieux joué que nous et mérite sa victoire. " Scolari ne pouvait pas encore savoir ce qui l'attendait en 2014... En demi-finales, le Honduras s'inclinait face à la Colombie mais il remportait le match pour la troisième place face à l'Uruguay. Les réservistes honduriens rentraient chez eux avec une médaille de bronze. " En 2011, c'est le Paraguay et l'ex-joueur du Club Bruges Antolin Alcaraz qui causaient la surprise. Une nouvelle fois, le Brésil était le dindon de la farce en quarts de finale. La Albiroja atteignait la finale sans remporter le moindre match, un fait unique dans les annales de la Copa. Au dernier stade de l'épreuve, toutefois, elle ne pouvait rien face à la machine uruguayenne qui, sous l'impulsion de Luis Suarez et Diego Forlan, s'imposait 3-0 et s'emparait du record de victoires (15) devant l'Argentine. Il devait d'ailleurs être écrit dans les étoiles que Forlan remporterait le titre. Son père, Pablo Forlan, faisait en effet partie de l'équipe qui s'était imposée en 1967 et était entraînée par Juan Carlos Corazo, le grand-père de Diego, qui était également sélectionneur lorsque l'équipe s'était imposée en 1959. Le Pérou a souvent eu d'excellents joueurs : Jefferson Farfan, Paolo Guerrero et Claudio Pizarro, pour n'en citer que quelques-uns. Le pays est considéré comme un nain du football sud-américain mais il a tout de même remporté la Copa America à deux reprises. La première fois, c'était à domicile, en 1939 : il avait gagné tous les matches. La deuxième fois, c'était en 1975. Les Incas avaient alors battu le Brésil 1-3 à Belo Horizonte, en demi-finale. Lors du match retour au Pérou, tout était prêt pour la fête mais les Brésiliens s'imposèrent 0-2. A l'époque, les buts à l'extérieur n'étaient pas prépondérants et le finaliste fut donc tiré au sort. Veronica Salinas (14 ans), fille du président... péruvien du CONMEBOL, fit office de main innocente et tira le papier sur lequel était inscrit PÉROU. Après coup, on a dit que ce papier avait été mis au congélateur avant le tirage. La finale face à la Colombie se déroula en trois manches : une dans chaque pays et une sur terrain neutre. Le Pérou s'imposa 1-0 au Venezuela grâce à un but de Hugo Sotil, qui évoluait alors au FC Barcelone. Forfaits tardifs, équipes repêchées en dernière minute, tirage au sort pour désigner le finaliste... A la Copa America, les problèmes sont monnaie courante. Mais le pire, c'est ce qui s'est produit en 1916, à l'occasion de la première édition du tournoi. L'Argentine, pays organisateur, qui devait disputer un match crucial face au Brésil, constata qu'elle n'avait que... dix joueurs. L'attaquant Alberto Ohaco, auteur de deux buts lors du premier match face au Chili, avait dû repartir pour son boulot et il n'était pas rentré à temps. José El Negro Laguna, un joueur de Huracan, le club local, était assis dans la tribune pour suivre la partie. Le sélectionneur argentin l'appela et lui offrit sa première sélection en équipe nationale. Après dix minutes, il ouvrait le score d'un envoi puissant. La rencontre se terminait par un nul (1-1). Plus dramatique : l'accident dont fut victime le gardien uruguayen Roberto Chery à la Copa America 1919, au Brésil. Lors d'un match face au Chili, Chery effectua une sortie spectaculaire et retomba sur la nuque. L'organisation était si mauvaise qu'il fallut attendre dix minutes avant qu'il reçoive les premiers soins. Quelques jours plus tard, il mourait. Il n'avait que 23 ans. Cette année, le tournoi a lieu au Chili. Cela n'avait plus été le cas depuis 1991. Cette année-là, l'Argentine alignait les jeunes Gabriela Batistuta, Claudio Caniggia et Diego Simeone. Elle pulvérisait tout le monde et battait le Brésil au tour final. Batistuta était sacré meilleur buteur du tournoi. Il allait répéter cet exploit en 1995. Au total, Batigol a inscrit 13 buts pour l'Albiceleste en phase finale de la Copa, ce qui le place au cinquième rang du classement de tous les temps. Ces prestations le firent connaître en Europe, la Fiorentina lui offrit son premier contrat et la suite est connue. La Copa America lui a servi de tremplin pour le Vieux Continent. Tout ne fut cependant pas toujours rose pour l'Argentine. En 2011, le titre ne pouvait pas échapper à Lionel Messi et Cie, qui évoluaient à domicile. Avec un trio d'attaquants fabuleux (Messi, Sergio Agüero et Gonzalo Higuain), soutenu par un entrejeu très solide (Angel Di Maria, Fernando Gago et Xavier Mascherano), ils étaient les grands favoris du tournoi. Mais très vite, ils allaient déchanter. Leo ne parvenait pas à faire prendre la sauce, au point d'être sifflé par son propre public lors du match contre la Colombie. Les Argentins s'arrêtèrent en quarts de finale face à l'Uruguay. Et la Copa America manque toujours au palmarès du prodige de Barcelone. Une autre grande star du football argentin n'a jamais remporté la Copa America : en 1987, Diego Maradona et ses copains auraient dû s'imposer car un an plus tôt, ils étaient devenus champions du monde au Mexique. Mais ils échouèrent en demi-finale face à... l'Uruguay où un certain Antonio Alzamendi, attaquant de River Plate, mit fin au rêve de Maradona. Toute l'Argentine était en deuil. Elle perdit même le match pour la troisième place face à la Colombie (2-1), emmenée par le légendaire Carlos Valderrama. Alfredo Di Stefano, troisième grande légende du football argentin, réussit là où Messi et Maradona ont échoué. Il ne compte pourtant que quelques sélections pour l'équipe d'Argentine puisque, après son transfert au Real Madrid, il porta le maillot de l'Espagne. Mais en 1947, il n'eut besoin que de six capes pour inscrire l'épreuve à son palmarès. Auteur de six buts, il termina également deuxième buteur de l'épreuve derrière l'Uruguayen Nicolas Falero. Tous les dix ans, le Brésil présente de nouvelles stars mais cela ne lui a pas souvent permis de briller lors de la Copa America, qu'il n'a remportée que huit fois. Il est donc loin des quinze victoires de la Colombie et des quatorze succès argentins. Arthur Friedenreich, un attaquant noir d'origine allemande, fut l'une des premières stars brésiliennes. Il était le fils d'un émigrant allemand et d'une esclave brésilienne. En 1918, il fut admis en équipe nationale, dont il devint vite la révélation. En 1919, il offrit le premier titre à son pays et fut sacré meilleur buteur du tournoi. Le président brésilien Epitacio Pessoa introduisit cependant une nouvelle loi disant que les noirs ne pouvaient pas porter le maillot de l'équipe nationale. Mais les éditions suivantes tournèrent au désastre et Pessoa dut amender son décret. Friedenreich revint et le Brésil s'imposa pour la deuxième fois. Selon les statistiques de la FIFA, El Tigre (le surnom qu'on lui donna après la finale de 1919) a même inscrit davantage de buts que Pelé (1329 pour 1281.) Zizinho, la grande idole du même Pelé, fut le chef de file suivant de l'équipe nationale brésilienne. Il a inscrit 17 buts en 6 éditions, ce qui fait de lui le meilleur buteur de la Copa America. Une place qu'il partage toutefois avec l'Argentin Norberto Mendez. C'est sous la conduite de Zizinho que le Brésil s'imposa en 1949. En 1958, il cédait le flambeau à Pelé. Celui-ci a remporté de nombreux prix au cours de sa carrière - dont trois Coupes du monde - mais la Copa America ne figure pas à son palmarès. En 1959, O Rei fut sacré meilleur buteur avec huit réalisations mais le Brésil dut se contenter de la deuxième place. Garrincha n'a jamais gagné la Copa non plus. Après leur victoire de 1949, les Brésiliens durent attendre quarante ans (!) pour fêter un nouveau succès. En 1989, Romario était la grande star de la sélection. Le buteur du PSV allait encore remporter le trophée à deux reprises par la suite, en 1997 et 1999. Cette année-là, Ronaldo fut sacré meilleur buteur du tournoi avec cinq buts après avoir joué... avec un lange. Comme souvent, il présentait en effet quelques kilos de trop et, pour lui faire perdre du poids, le médecin lui avait prescrit des laxatifs qui étaient manifestement un peu trop efficaces... Afin d'éviter un accident, Ronaldo portait donc un Pampers. Il n'était pas fier mais n'en montra rien et démontra qu'on pouvait très bien marquer en portant une couche-culotte.?PAR MICHIEL ELINCKX & STEVE VAN HERPE" L'histoire retiendra que je suis le premier entraîneur brésilien à avoir perdu face au Honduras " Felipe Scolari, après l'affront en 2001 La Colombie est détentrice du nombre de succès, 15, devant l'Argentine, 14, et le Brésil, 8. Sous laxatifs afin de perdre du poids, Ronaldo, meilleur réalisateur du tournoi en 1999 avec 5 buts, disputa ses matches avec des langes.