"Je n'oserai même plus me rendre à la boulangerie si nous perdons ", commentait Phillip Lahm la semaine dernière. L'arrière gauche du Bayern n'évoquait pas sa double joute contre Anderlecht mais le derby qui l'opposait, en DFB Pokal, à son modeste voisin, le TSV Munich 1860, pensionnaire de 2e Bundesliga.
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"Je n'oserai même plus me rendre à la boulangerie si nous perdons ", commentait Phillip Lahm la semaine dernière. L'arrière gauche du Bayern n'évoquait pas sa double joute contre Anderlecht mais le derby qui l'opposait, en DFB Pokal, à son modeste voisin, le TSV Munich 1860, pensionnaire de 2e Bundesliga. Est-ce mépris à l'égard d'Anderlecht ? Non, cette saison, le Bayern a dépensé plus de 70 millions d'euros pour satisfaire les souhaits du coach OttmarHitzfeld. Humilié de ne pas s'être qualifié pour la Ligue des Champions après une saison catastrophique, il vise le triplé. Cette saison, le Bayern, leader en championnat, reste en lice en Coupe d'Allemagne et en Coupe UEFA. Il gère son calendrier match par match, obstacle par obstacle. Les clubs allemands ne se plaignent jamais de la lourdeur de leur agenda, ils n'invoquent pas la fatigue comme excuse : tout au plus les entraîneurs sont-ils plus enclins à faire tourner leurs effectifs. Le Werder Brême n'a-t-il pas joué en Bundesliga 36 heures après sa joute européenne ? De ce fait, le derby de la semaine dernière était le match le plus important. Une rencontre qui s'est muée en thriller de deux heures et la décision n'est tombée qu'en dernière minute. Son scénario illustre parfaitement le comportement du Bayern : lent à entrer dans le match, il s'est heurté à la barricade défensive dressée par son voisin, modeste mais sublimé, qui a même racheté la part du TSV dans l'Arena... Progressivement, le Bayern a pris le contrôle du match, il n'a concédé aucune occasion mais il a lui-même peiné devant le but. Hitzfeld a avoué : " Nous nous sommes exagérément focalisés sur l'aspect défensif ". Durant la dernière minute des prolongations, une faute commise sur la ligne même du rectangle a offert un coup de réparation au Bayern. Franck Ribéry s'est présenté au point de penalty, il a tiré avec succès dans l'angle droit du but mais l'arbitre a annulé son but, certains joueurs du Bayern s'étant rués trop tôt dans le rectangle. Sans sourciller, Ribéry a répété l'exercice, en réussissant une magnifique Panenka. Le Bayern a entamé la saison sur les chapeaux de roues, confirmant le pronostic des observateurs : le club de Franz Beckenbauer serait champion, il ne restait qu'à partager les accessits. Puis, en automne, il s'est déconcentré, il a gaspillé des points et laissé fondre son avance. Dans la phase en poule de la Coupe UEFA, il a terminé premier de son groupe mais en concédant deux nuls. Il a accéléré lors du dernier match, étrillant Aris Salonique 6-0. L'avenir de Hitzfeld a constitué un point d'interrogation. Paradoxalement, en annonçant, avant l'entame du second tour, qu'il allait quitter le Bayern en fin de saison pour entraîner la Suisse, il a libéré l'équipe. Oliver Kahn commenta : " Enfin, la situation est claire ". Le gentleman entraîneur s'est départi de son excès de gentillesse. Il veut partir en beauté. Pour cela, il veut décrocher le triplé. Hitzfeld est encore plus concentré qu'avant. Surtout, il ne prend plus en compte les souhaits des autres, pas même de la direction. Par exemple, soucieux que José Sosa n'imite pas JulioDos Santos en quittant le Bayern en fin de saison, Karl-Heinz Rummenigge, le directeur, voulait que l'entraîneur le fasse jouer au second tour. Le Sud-américain a reçu sa chance - et la mention insuffisant. Mauvais à Rostock, il a été bouté hors de l'équipe et n'y revient que lorsque l'entraîneur est confronté à de multiples forfaits. C'est ainsi qu' HamitAltintop, un joueur gratuit, évolue à droite à la place du transfert de neuf millions d'euros. Hitzfeld multiplie aussi les entraînements à huis clos, phénomène rare en Allemagne. Au second tour, avant le week-end dernier, le Bayern était invaincu depuis neuf matches. S'il a concédé des nuls face au Werder Brême et au Hamburger SV, il est en progrès. Sa défense est plus compacte. Il a affûté ses automatismes, perturbés par huit transferts estivaux et la blessure de nombreux titulaires en automne. " Nous devons retrouver la constance du début de saison ". Le Bayern est confiant. En championnat, il peut encore gérer son avance. Même s'il perdait sa première place, il se sait capable de la récupérer. Il l'a maintes fois prouvé dans le passé. Le Bayern se ménage et ne met les gaz que lorsqu'il est dos au mur. Le Bayern a souvent besoin d'être réveillé par une phase de jeu controversée ou un but adverse. Il est tellement habitué à la pression et à l'obligation de gagner que celles-ci le laissent indifférent. En seizièmes de finales, il a concédé un nul 2-2 à Aberdeen. A l'Arena, il a pulvérisé les Ecossais 5-1. Ceux-ci avaient pourtant massé du monde dans leur rectangle, espérant couper les angles des Allemands. Le Bayern a parfaitement géré son match. Chaque fois qu'il a accéléré, Aberdeen a été submergé. Le Bayern a monopolisé le ballon : 61 % contre Aberdeen, il a tiré 21 fois au but, forcé 13 coups de coin. Les Munichois ont accéléré le rythme à deux reprises, en début de match puis dans le courant de la seconde période. Le Bayern évolue en 4-4-2. Il se déploie sur toute la largeur du terrain, avec une double occupation des flancs et deux médians centraux, Zé Roberto et Mark van Bommel. Il laisse peu d'espaces à son adversaire, fait circuler le ballon en guettant les brèches. Il agit à la vitesse de l'éclair. Le compartiment défensif est solide. Il retrouve Willy Sagnol et Martin Demichelis, guéris. Le Bayern a dû adapter son jeu à ses nouveaux attaquants, Luca Toni et Miroslav Klose. Forts de la tête, ceux-ci ont besoin d'être servis par les ailes. Ribéry, victime en février d'une déchirure musculaire, a effectué un retour prudent, entrant au jeu contre le HSV et Munich 1860. Ses infiltrations, son dribble exceptionnel, sa vélocité et son sens de la passe l'ont érigé en joueur-clef du Bayern. En forme, il occupe le milieu gauche. Il peut être remplacé par Toni Kroos, un jeune talent dont la cote ne cesse de grimper. Bastian Schweinsteiger a parfois occupé ce poste mais, droitier, il a tendance à converger vers l'axe, ce qui ralentit le jeu. Il est plus rentable à droite, où il entre en concurrence avec Altintop. Après avoir longtemps tâtonné, l'entraîneur a trouvé la parade aux défenses renforcées que le Bayern doit si souvent démanteler. Les attaques du Bayern sont ultrarapides. Il s'agit de solos, voire de combinaisons d'une, voire deux passes. Une analyse du Kicker a révélé un phénomène étrange : si le flanc gauche développe un football plus léché, avec Sagnol et Ribéry, le flanc droit délivre plus de centres, est plus direct et perd moins le ballon. Le flanc gauche a produit quatre assist et sept buts alors que le droit a délivré douze passes décisives et marqué neuf buts. Outre la rapidité et la variété de ses mouvements offensifs, le Bayern recèle deux maîtres atouts, Klose et Toni. L'Italien est le meilleur buteur de Bundesliga et il est aussi en tête du classement des buteurs de la Coupe UEFA avec six réalisations. Il a marqué 22 buts en 26 matches officiels, toutes épreuves comprises. Le Bayern a trouvé le tueur qui lui faisait défaut. Une demi-occasion lui suffit et la pression qui règne au Bayern lui paraît plus légère que celle qu'il subissait dans la Botte. Depuis le mois de novembre, Miro Klose ne trouve plus le chemin du but. Son boulier compteur est bloqué à neuf unités. En revanche, il a délivré six assists. L'attaquant ne se soucie pas de sa perte d'efficacité devant le but : il travaille beaucoup plus en décrochage au profit de Toni. Il devrait cependant retrouver le chemin du but car, contrairement au premier tour, il ne doit plus jouer en retrait. Hitzfeld lui a demandé de jouer sur la même ligne, puisque l'équipe est devenue plus compacte. Outre leur sens du but, les deux attaquants savent conserver le ballon, ce qui permet à deux médians d'opérer la jonction et de conférer plus de variété aux offensives. Lorsque le Bayern attaque, Schweini, Van Bommel et Altintop peuvent monter en alternance. Toni et Klose ont relégué deux espoirs du football allemand, Lukas Podolski et JanSchlaudraff, sur le banc. Ceux-ci évitent de se plaindre ouvertement. La Bundesliga n'aime pas les rebelles. D'autres, comme Lahm, Schweinsteiger et Daniel Van Buyten sont régulièrement victimes de la pléthore de vedettes que compte le Bayern. Un seul joueur est au-dessus du lot, même s'il effectuera en juin ses adieux au football : Kahn, le gardien, qui prépare néanmoins activement son successeur, Michael Rensink (23 ans). Ambitieux à l'extrême, le capitaine est le relais parfait, voire trop zélé, de l'entraîneur sur le terrain. Depuis quelques semaines, ses accès de colère ont fait place à des gestes d'encouragement et de félicitations... A l'image de tous les clubs allemands, le Bayern semble parfois lent, assoupi. Cette image est trompeuse : une fois son organisation en place, il hausse progressivement le rythme de ses échanges pour devenir un véritable rouleau compresseur. Même si le déroulement du match ne lui semble pas favorable, il reste dangereux jusqu'à la dernière minute. C'est même généralement en fin de rencontre qu'il est le plus redoutable. Il lui arrive de se secouer trop tard, comme face au HSV (1-1) mais en Coupe UEFA, il a l'occasion de se refaire au match retour. Or, celui-ci a lieu à Munich, là il est souverain... par pascale piérard