Marc Wilmots a mis un terme à sa carrière de joueur en 2003. Son dernier club fut Schalke 04, avec qui il a remporté une Coupe d'Allemagne et une Coupe de l'UEFA. C'est en grande partie à cette dernière qu'il doit, aujourd'hui encore, sa réputation. Wilmots, alors âgé de 28 ans, avait inscrit le seul but du match aller contre l'Inter Milan et avait converti le tir au but décisif lors du match retour. Un héros était né, un surnom lui fut attribué : Das Kampfschwein. Au Brésil, il a régulièrement évoqué ces six années au service du club allemand. S'il reprochait à la presse belge les allusions répétées à la Coupe du Monde historique de 1986, le rappel des temps glorieux de jadis ne semblait pas le déranger aussi longtemps que l'on évoquait son propre passé de joueur. Cela avait le don d'irriter les suiveurs des Diables Rouges au Brésil, mais la presse internationale se régalait. En Allemagne, Wilmots jouit encore d'un statut de héros : c'est le seul pays où les demandes d'interviews pour le sélectionneur belge sont aussi nombreuses que pour celui des nouveaux Champions du monde. Il n'y a pas qu'aux demandes d'interviews qu'on constate la popularité de Wilmots. Lorsqu'il prolongea son contrat avec l'Union belge jusqu'en 2018, le sélectionneur belge se chargea personnellement de relayer la nouvelle à travers le monde via Twitter. C'était le 15 avril 2014, et tant l'attaché de presse Stefan Van Loock que le directeur de la communication Bob Madou étaient en vacances de Pâques. Une nouvelle aussi importante devait-elle être communiquée par un tweet ? Et pourquoi autant d'empressement ? Il faut chercher la réponse à ces questions en Allemagne : Wilmots était en négociation avec le Bayer Leverkusen et le club lui avait posé un ultimatum. Il n'avait donc pas le temps d'attendre les retours de Van Loock et de Madou pour organiser une conférence de presse.
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Marc Wilmots a mis un terme à sa carrière de joueur en 2003. Son dernier club fut Schalke 04, avec qui il a remporté une Coupe d'Allemagne et une Coupe de l'UEFA. C'est en grande partie à cette dernière qu'il doit, aujourd'hui encore, sa réputation. Wilmots, alors âgé de 28 ans, avait inscrit le seul but du match aller contre l'Inter Milan et avait converti le tir au but décisif lors du match retour. Un héros était né, un surnom lui fut attribué : Das Kampfschwein. Au Brésil, il a régulièrement évoqué ces six années au service du club allemand. S'il reprochait à la presse belge les allusions répétées à la Coupe du Monde historique de 1986, le rappel des temps glorieux de jadis ne semblait pas le déranger aussi longtemps que l'on évoquait son propre passé de joueur. Cela avait le don d'irriter les suiveurs des Diables Rouges au Brésil, mais la presse internationale se régalait. En Allemagne, Wilmots jouit encore d'un statut de héros : c'est le seul pays où les demandes d'interviews pour le sélectionneur belge sont aussi nombreuses que pour celui des nouveaux Champions du monde. Il n'y a pas qu'aux demandes d'interviews qu'on constate la popularité de Wilmots. Lorsqu'il prolongea son contrat avec l'Union belge jusqu'en 2018, le sélectionneur belge se chargea personnellement de relayer la nouvelle à travers le monde via Twitter. C'était le 15 avril 2014, et tant l'attaché de presse Stefan Van Loock que le directeur de la communication Bob Madou étaient en vacances de Pâques. Une nouvelle aussi importante devait-elle être communiquée par un tweet ? Et pourquoi autant d'empressement ? Il faut chercher la réponse à ces questions en Allemagne : Wilmots était en négociation avec le Bayer Leverkusen et le club lui avait posé un ultimatum. Il n'avait donc pas le temps d'attendre les retours de Van Loock et de Madou pour organiser une conférence de presse. Cette obstination à rappeler sans cesse son propre passé de joueur semble devenir petit à petit le talon d'Achille de Wilmots. Sa carrière de joueur n'impressionne guère les jeunes héros de 2014 qui évoluent dans des clubs bien plus prestigieux que Schalke 04. Au Brésil, des doutes ont surgi sur les capacités de Wilmots à hisser cette génération talentueuse vers des sommets encore plus élevés. Une place en quart de finale, c'est très bien, mais ce succès chiffré ne peut faire oublier le jeu décevant des Diables Rouges et le sentiment qu'on pouvait aller plus loin. Chez Wilmots, la satisfaction était de mise. Lors de leur conférence de presse commune sur le sol brésilien, ni le sélectionneur ni le capitaine Vincent Kompany - qui entretient avec Wilmots la même relation privilégiée que le TaureaudeDongelberg avec Robert Waseige en 2002, ce qui avait aussi irrité de nombreux coéquipiers à l'époque - n'ont prononcé le moindre mot d'autocritique. Il y a deux semaines, lors de sa première interview post-Mondial, Wilmots a répété que si c'était à refaire, il referait exactement la même chose. Entre-temps, le très irritable Vital Borkelmans avait déjà parlé d'une préparation parfaite et d'un tournoi qui le fut tout autant. Comme explication à l'élimination des oeuvres des Argentins, l'assistant s'est contenté du refus des Sud-Américains de faire le jeu, avec la complicité de l'arbitre. " Dans d'autres circonstances, je me demande ce que nous aurions pu réussir. " A l'Union belge aussi, le CEO Steven Martens a loué Wilmots pour son leadership dans l'émission de la VRT, Terzake. Il évoqua la " manière fantastique " avec laquelle le staff s'est comporté vis-à-vis des joueurs et souligna le fait que l'Union belge avait opté pour la continuité et la stabilité en prolongeant les contrats de Wilmots et de ses assistants. Et les critiques ? " On les prend pour ce qu'elles sont ", rétorqua le CEO, imperturbable. Martens a, de ce fait, laissé passer la chance de placer la barre plus haut, ce qu'il avait pourtant fait en évoquant les défis des Diables, auxquels il compte donner une nouvelle dimension. Dans Terzake, Martens a donné l'impression de pouvoir tirer plus de ses supporters que de ses footballeurs. Deux jours plus tôt, lors du départ du Brésil, l'Union belge avait annoncé que les supporters restés en Belgique n'auraient pas l'occasion de voir leurs idoles au retour. La frustration était grande chez ces supporters. Wilmots s'est défendu il y a deux semaines en déclarant que des festivités n'avaient été prévues qu'en cas d'accession aux demi-finales. C'est faux : des scenarii avaient été prévus à partir d'une élimination en quart de finale. Mais on n'en a pas tenu compte. Pas en raison d'un choix de marketing, mais suite à la volonté des joueurs. Après concertation, avant le match contre l'Argentine, il apparut qu'ils n'avaient pas du tout envie d'un accueil festif à leur retour. Ce groupe ambitieux ne considérait le Mondial comme réussi que s'il atteignait au moins les demi-finales. Une élimination des oeuvres de Lionel Messi et consorts était considérée comme un échec. Lorsque cette élimination fut entérinée, on ne pouvait plus faire la sourde oreille aux signaux émis. Tous les projets de festivités furent donc rangés au placard. D'autant plus que l'Union belge craignait une récupération politique du côté francophone et ne voulait pas jouer à ce jeu-là. Sous la pression du gouvernement d'Elio Di Rupo, il fut tout de même décidé de coupler une brève apparition en public à la réception chez le Roi. Sur un podium monté à la hâte sur la place des Palais, les visages des Diables Rouges faisaient peine à voir. Wilmots a beau se croire intouchable, des signes de désaveu deviennent tout doucement perceptibles dans le vestiaire. C'est un changement radical. Lorsqu'il avait repris le groupe après le départ de Georges Leekens il y a deux ans, il faisait l'unanimité auprès des joueurs. Wilmots était un coach charismatique qui trouvait les mots justes pour parler à ses internationaux qui, pour la plupart, évoluent dans de grands clubs européens. Il avait l'art d'entretenir de très bonnes relations avec eux : il leur faisait sentir, à chacun personnellement, qu'ils étaient importants. Grâce à cette approche individuelle, il a rendu le groupe plus fort. Simultanément, le football frileux de Leekens avait fait place à un jeu audacieux qui convenait parfaitement à cette génération consciente de ses capacités. Le grand mérite de Wilmots fut, et reste, le fait qu'aucune note discordante n'ait filtré du camp de base durant les cinq semaines passées au Brésil. Pourtant, à l'intérieur, une certaine grogne était en train de naître. Avant même le début du tournoi, le collectif commença à se fissurer. C'est un phénomène récurrent en sport : les résultats commencent à stagner après une courte progression due à la dynamique de groupe. Si son discours ne change pas, un coach ne peut généralement pas perdurer. Les grands joueurs ne demandent qu'une chose : que le coach les fasse progresser sur les plans technique et tactique. Au Brésil, Wilmots n'est pas parvenu à convaincre tous ses internationaux qu'il en était capable. Il n'a réussi à imprimer sa griffe qu'à de rares moments durant les matches. Il a toujours remplacé un attaquant par un attaquant, un ailier droit par un ailier droit : ses changements étaient prévisibles et n'ont jamais modifié le style de jeu. A deux exceptions près : contre l'Algérie et l'Argentine, lorsqu'il lança respectivement Marouane Fellaini et Daniel Van Buyten en pointe et opta pour les longs ballons, en espérant qu'ils tombent bien. Avec des succès divers. La Belgique a rencontré des difficultés dans tous ses matches. Cette génération de Diables Rouges pensait avoir les moyens de conquérir le monde, mais c'est en contre que l'équipe s'est montrée la plus efficace. Les buts victorieux contre l'Algérie, la Russie et la Corée du Sud furent tous inscrits en reconversion. En possession de balle, en revanche, les Diables manquèrent d'idées. Ils péchèrent également sur les phases arrêtées, mais ne se sont jamais entraînés à cet exercice. " Cela ne ferait pas progresser l'équipe, j'en suis convaincu ", se justifia Wilmots en contradiction avec toutes les statistiques et avec la même obstination que celle avec laquelle il avait rejeté l'idée d'ajouter un psychologue dans son staff. N'avait-il pas, lui-même, suivi un jour des cours de psychologie à Cologne ? Et, donc, les références à l'Allemagne ont ressurgi. Une expérience qui remonte avant le changement radical opéré il y a une décennie au sein du football allemand. Le Sturm und Drang a fait place à la technique et à l'intelligence, mais pour le sélectionneur des Diables Rouges, la manière dont il s'entraînait à Schalke 04 autrefois semble toujours faire office de référence. Il juge le travail tactique et la répétition des phases arrêtées inutiles. En tout cas, au Brésil, il n'a jamais dispensé d'entraînements spécifiques. Ou alors, c'était lors de ces fameux entraînements à huis clos imposés par la FIFA avant chaque match. Selon ceux qui y ont assisté, les entraînements ouverts ressemblaient davantage à des séances de divertissement. Les spectateurs se sont ennuyés, les joueurs aussi. Pendant les entraînements et en dehors de ceux-ci. Aux alentours du camp de base, près de Mogi Das Cruzes, il n'y avait rien à faire. Pour leur propre sécurité, les joueurs n'ont pas été autorisés à sortir. Les rencontres avec les épouses et compagnes n'étaient tolérées que du bout des lèvres, et en tout cas pas à l'intérieur de l'hôtel. Après la victoire mémorable contre les Etats-Unis, certains joueurs en avaient déjà assez des règlements et interdictions imposés par Wilmots, et n'aspiraient qu'à rentrer au pays. A plus forte raison, lorsqu'ils ont constaté que les Néerlandais ont pu se prélasser avec leur compagne à Copacabana et que cela ne les a pas empêchés d'atteindre les demi-finales. En quelques semaines, Louis van Gaal a réussi ce que Wilmots considérait comme impossible avec une équipe nationale :mettre au point une occupation de terrain et un système de jeu qui conduisent au succès. Une équipe nationale considérée au départ comme très moyenne a réussi à terminer plus haut que la Belgique, considérée comme un sérieux outsider. Et cela a fait réfléchir plus d'un Diable. Wilmots a réussi, de façon autoritaire, à tout garder sous contrôle au Brésil. A une exception près, lorsqu'avant le match contre la Russie, un journal est parvenu à publier l'équipe de départ exacte. Une fuite depuis le vestiaire, sur laquelle le staff technique a - semble-t-il - pu mettre la main et qui pourrait trouver un prolongement la semaine prochaine, lorsque débutera la campagne de qualification pour l'EURO 2016. L'allergie de Wilmots pour ces fuites avait aussi conduit précédemment à la dégradation de l'attaché de presse Van Loock. A la base, figure la révélation prématurée des convocations de Thorgan Hazard et de Maxime Lestienne pour le stage aux Etats-Unis. Le sélectionneur soupçonna d'abord son team-manager, dut faire marche arrière, ne trouva pas de coupable et désigna alors Van Loock comme bouc-émissaire. Sans en référer au directeur sportifPaul Allaerts, impuissant, qui malgré son titre n'a aucun pouvoir vis-à-vis de Wilmots et de l'équipe nationale A. Le sélectionneur a alors demandé et obtenu à ce que Madou chapeaute le groupe au Brésil. Un homme de confiance issu du milieu du tennis dont émane également le CEO Martens, qui l'avait promu business director il y a un an et demi. Une promotion qui fait toujours grincer des dents du côté francophone de la fédération, car le jeune Ouest-Flandrien manie très mal la langue de Voltaire. Van Loock en a tiré ses conclusions au retour du Brésil et l'Union belge a mis un terme à leur collaboration. On n'en est pas encore là avec Lieven Maesschalck. S'il y a un homme que les Diables admirent, c'est lui. Une sommité dans son domaine, qui connaît leur corps comme personne, et dont les mains magiques contribuent - pensent-ils - à leur succès personnel. Un homme de confiance, aussi. Lorsque Romelu Lukaku, sous le coup de l'émotion, s'en est brièvement pris au sélectionneur au Brésil, c'est Maesschalck qui l'a ramené à la raison. Ce même Maesschalk avec qui Wilmots avait eu une sérieuse altercation avant la Coupe du Monde, lorsqu'il décida d'écarter l'ostéopathe Frederik Van Burm du staff. Une décision compréhensible car le comportement de Van Burms n'avait pas été exempt de tout reproche. Mais Maesschalck, qui l'avait fait venir, a mal accepté cette mise à l'écart. Et il s'en est fallu de peu pour que les ponts avec le sélectionneur soient rompus. Deux égos se sont affrontés, et aucun des deux n'avait l'intention de plier face à l'autre. Pendant la Coupe du Monde, leurs relations furent plutôt froides, mais depuis, ils ont néanmoins décidé d'encore faire un bout de chemin ensemble. Si le rôle de Maesschalck est très important, il y aurait aussi intérêt, selon de nombreux observateurs, à engager un véritable entraîneur de terrain qui pourrait rendre le staff technique plus performant. Quelqu'un qui, à partir d'analyses à la vidéo, serait capable de concocter des entraînements variés et appropriés, en fonction de l'adversaire. Capable, aussi, de captiver les joueurs et de leur donner l'impression de les faire progresser. Avec Borkelmans, Wilmots a opté pour un assistant qui est aussi jeune et inexpérimenté que lui, et dont la carrière d'entraîneur fut aussi courte et infructueuse que la sienne. Quelqu'un qui n'est pas complémentaire avec lui. Mais Wilmots estime qu'un entraîneur de terrain supplémentaire n'apporterait aucune plus-value. Cela nous amène au dernier problème à résoudre : la prolongation du contrat de l'entraîneur des gardiens, Erwin Lemmens. Martens fait traîner les choses pour des raisons inexplicables. Depuis lundi, le CEO est rentré de vacances et ce retour pourrait mettre fin aux spéculations. Demain, Wilmots dévoilera sa sélection pour le match amical contre l'Australie et le premier match de qualification à l'EURO 2016 contre Israël. On retrouvera Maesschalck, probablement aussi Lemmens, mais pas d'entraîneur de terrain. PAR JAN HAUSPIE - PHOTOS: BELGAIMAGEAprès le succès probant contre les USA, certains en avaient déjà assez des règlements imposés par le coach et n'aspiraient qu'à rentrer chez eux. Des voix plaident en faveur de l'engagement d'un entraîneur de terrain mais Wilmots est d'avis que cet homme-là n'apporterait aucune plus-value. L'obstination à rappeler sans cesse son passé de joueur semble devenir petit à petit le talon d'Achille de Wilmots.