On a rendez-vous à 12 h 30 avec John Collins dans un restaurant de Charleroi. 12 h 32, le téléphone sonne. " Bonjour, c'est John. Je suis désolé mais je tourne depuis 10 minutes et je ne trouve pas de place pour me garer. J'aurai cinq minutes de retard. " Tout le personnage est déjà dans ce petit coup de fil. Si tous les footballeurs nous prévenaient quand ils ont cinq minutes de retard, notre téléphone serait saturé d'appels...
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On a rendez-vous à 12 h 30 avec John Collins dans un restaurant de Charleroi. 12 h 32, le téléphone sonne. " Bonjour, c'est John. Je suis désolé mais je tourne depuis 10 minutes et je ne trouve pas de place pour me garer. J'aurai cinq minutes de retard. " Tout le personnage est déjà dans ce petit coup de fil. Si tous les footballeurs nous prévenaient quand ils ont cinq minutes de retard, notre téléphone serait saturé d'appels... Il arrive à 12 h 35. Poignée de mains chaleureuse. Comme toute l'entrevue. Entre souvenirs de foot et nostalgie du pays : " L'Ecosse est une des plus belles régions du monde. Le temps n'est pas terrible mais les paysages éblouissants. Mon coin préféré est Glen Coe. Quand j'étais petit, j'y allais en camping avec mon père. Maintenant, c'est moi qui emmène mon fils. "Né d'un père d'ascendance irlandaise et d'une mère née McMillan (" Elle vient d'une île appelée South Uist "), Collins a grandi dans la région des Borders, la frontière entre l'Angleterre et l'Ecosse, à Gallashield, une ville de 18.000 habitants, à 45 kilomètres au sud d'Edimbourg. Ses parents avaient décidé de quitter Glasgow pour une région plus propice à la santé asthmatique du frère de John. " On dit que l'accent écossais est épouvantable mais ça ne s'applique pas à moi. J'habitais à la frontière et j'ai beaucoup voyagé. Par contre, ceux qui viennent de Glasgow... " John Collins : J'ai passé un test et j'ai signé un contrat de deux ans alors que je n'avais pas 16 ans. Six mois plus tard, je disputais un amical contre Manchester City. Je suis resté six saisons. Pourtant, j'habitais une région de rugby et gamin, je jouais le samedi au rugby et le dimanche au foot. Il y a un lien sentimental mais mon club de c£ur a toujours été le Celtic. Mon papa vient de Glasgow et ne dit-on pas qu'un enfant supporte toujours la même équipe que son père ? (Il sourit). Pas le petit frère mais c'est vrai que les deux clubs évoluent en vert et blanc et ont été fondés par des Irlandais. Quand j'ai signé mon premier contrat, mon entraîneur m'a dit - Ici, tu joues dès que tu es prêt et quel que soit ton âge ! Six mois plus tard, j'évoluais en équipe première alors que je ne pesais que 60 kg... Cela n'a jamais posé problème. Quand j'étais petit, je jouais avec les amis de mon grand frère, tous plus grands et costauds que moi. Mais quand tu as de la technique, le bon timing et un mental de vainqueur, tu peux réussir partout. Je n'avais que 21 ans... Les deux clubs m'ont fait une proposition le même jour. Je suis allé discuter avec le manager des Rangers Graeme Souness qui m'offrait un meilleur contrat mais j'étais supporter du Celtic. Et l'entraîneur s'appelait Billy McNeill, le capitaine de l'équipe qui avait remporté la Coupe des Champions en 1967. Une légende au pays. Elles sont fort différentes. Edimbourg est une très belle ville où les gens sont plus introvertis. A Glasgow, quand on te voit dans la rue, on vient te saluer. Le stade du Celtic était toujours plein à craquer. Lors des déplacements européens, 15.000 personnes nous suivaient. Je pense sincèrement qu'il s'agit du meilleur public du monde. Les Rangers avaient remporté huit titres d'affilée. Je n'ai d'ailleurs jamais été champion avec le Celtic. A l'époque, les Rangers possédaient beaucoup d'argent. Il s'agissait peut-être du club le plus riche de Grande Bretagne. Ils comprenaient cinq internationaux anglais, dont le capitaine de l'équipe nationale. Il y avait Mark Hateley, Paul Gascoigne, Brian Laudrup, Alexei Mikhailichenko. On ne pouvait pas rivaliser. Tout l'argent que le Celtic récoltait allait dans la réfection du stade. Une telle domination des Rangers n'arrivera plus. Il s'agit de mon but le plus connu, avec le penalty contre le Brésil lors de la Coupe du Monde 1998. C'était la première fois que je portais les chaussures Predictor d'Adidas. J'avais marqué un très beau coup franc. Et je devenais le premier à marquer avec ce modèle de chaussures. J'ai participé à deux Coupes du Monde. En 1990, je faisais partie du noyau mais je n'ai pas joué. En 1998, il y avait un bon esprit et on possédait une bonne équipe. J'ai disputé également l'Euro 1996. Depuis 1998, l'Ecosse n'a plus réussi à se qualifier pour un grand tournoi. Et tant qu'il n'y aura pas de centres de formation dans les clubs écossais, cela sera difficile. Les Rangers et le Celtic dominent largement. Si Hearts, l'autre formation d'Edimbourg, ou Hibernian possèdent un bon joueur, le lendemain, il se retrouve au Celtic ou aux Rangers. Comme entraîneur à Hibernian, c'est impossible à vivre. On a vendu toute l'équipe et rien ne fut réinvesti dans l'effectif. Les dirigeants de Monaco ont joint mon agent. J'étais en fin de contrat. J'ai discuté avec Jean Tigana et me suis dit : - Pourquoi pas ? Il n'y avait pas d'ambiance mais l'équipe était extraordinaire. Sans doute la meilleure avec laquelle j'ai joué. Nous avons été champions, atteint la demi-finale de Coupe UEFA, la demi-finale de Ligue des Champions après avoir éliminé Manchester. Il y avait Fabien Barthez, Emmanuel Petit, Martin Djetou, Thierry Henry, David Trezeguet, Willy Sagnol, Ali Benarbia, Enzo Scifo. Bref, deux internationaux par poste. C'est là que j'ai appris le français. Si, si. A Everton, je parlais beaucoup avec Olivier Dacourt et Ibrahima Bakayoko. A Fulham, avec le staff de Tigana et Steed Malbranque. Et après ma carrière, je suis retourné vivre trois ans à Monaco. A la Coupe du Monde 1998, j'ai pu évoluer dans des stades pleins à craquer. Cela m'a redonné l'envie des grandes ambiances. J'avais 30 ans. A Everton, nous n'avons pas disputé du bon football. Nous disposions d'un grand attaquant, Duncan Ferguson, et on lui envoyait de longs ballons mais cela ne correspondait pas à mon style. Tigana m'a alors rappelé et j'ai accepté de redescendre en D2. J'ai pris un risque mais je savais qu'on allait remonter tout de suite. Puis j'ai arrêté à 35 ans. J'avais la possibilité de signer aux Etats-Unis ou au Japon mais je ne voulais plus déraciner ma famille. Et j'ai décidé de rentrer quelques années à Monaco où j'ai vécu des moments exceptionnels avec les miens. Le football est toujours resté dans un coin de ma tête. J'ai passé mes diplômes d'entraîneur en Angleterre et en Ecosse. Mon plan consistait à profiter de la vie de famille pendant quelques années et de commencer ma carrière d'entraîneur au moment opportun. C'était sentimental. Ça tombait bien. Oui et non. Il y avait 35.000 supporters d'Hibernian dans le stade d'Hampden Park, à Glasgow. Il s'agissait du premier trophée du club en 16 ans. Et on avait battu les grands rivaux, Hearts, en quarts de finale. Mais mon meilleur souvenir reste notre victoire en championnat sur le terrain des Rangers (0-1). Il s'agissait d'un de mes derniers matches avec Hibernian. Le club avait vendu toute l'équipe. Il n'y avait que des jeunes sur le terrain et j'entends encore nos 2.000 supporters crier Olé, olélorsqu'on a enfilé 31 passes consécutives. par stéphane vande velde - photos: reporters/ guerdin