Quand les anciens joueurs de D1 racontent leurs histoires d'autrefois après un repas bien arrosé, ils se souviennent parfois du temps où " nous nous arrangions entre copains ". Tout le monde connaissait les " hommes à la valise " qui venaient souvent des petits clubs ; les contacts se fixaient le plus souvent rendez-vous devant une station service d'une aire d'autoroute.
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Quand les anciens joueurs de D1 racontent leurs histoires d'autrefois après un repas bien arrosé, ils se souviennent parfois du temps où " nous nous arrangions entre copains ". Tout le monde connaissait les " hommes à la valise " qui venaient souvent des petits clubs ; les contacts se fixaient le plus souvent rendez-vous devant une station service d'une aire d'autoroute. Malins, des grands clubs " achetaient des matches en début de saison pour bien se lancer ", a-t-on entendu dire. " Et en fin de saison, en cas de belle avance au classement général, on pouvait encore faire des affaires ". Des joueurs corrompus sans scrupules se gardaient bien, aussi, de mettre leurs équipiers aux parfums et empochaient tout. C'était des magouilles à la petite semaine, triste quand même au regard des vedettes qui risquaient leur prestige pour quelques billets... En 1984, le football belge bascule brutalement dans une autre époque. Le juge Bellemans mène une enquête fiscale à propos de l'argent noir dans le football belge. Il descend au Standard. Roger Petit, alors vieillissant, n'a pas pris la peine de dissimuler un petit carnet. Rien de grave : " Qui peut s'attaquer à moi ? ", croit-il. Surnommé le Shérif, Bellemans trouve ce calepin et c'est le début de l'affaire Standard-Waterschei. Deux ans plus tôt, en 1982, Raymond Goethals ne tient plus en place. Son premier titre est à portée de main. Le Sorcier y tient comme à la prunelle de ses yeux. Pas question de passer à côté du sacre, quatre jours avant de disputer la finale de la Coupe des Coupes contre le Barça au Camp Nou. Il veut la couronne tout en épargnant les guiboles de son maigre effectif pour le rendez-vous européen. Raymundo sait qu' Eric Gerets compte des amis à Waterschei, dernier visiteur de la saison à Sclessin. Le Lion de Rekem est mis sous pression, hésite avant de craquer quand on lui explique avec un accent bruxellois " qu'on fait ça à Anderlecht et que si on n'y prend pas garde, d'autres s'arrangeront : tu saisis, fieu ?" Gerets s'arrange avec ses amis de Waterschei qui n'ont aucune chance de gagner au Standard et préparent la finale de la Coupe de Belgique. Les Liégeois n'ont rien à craindre des Thorians mais leur cèdent leurs primes de victoire. Bellemans trouve trace du montant total. Il ne sait pas encore à quoi sert cet argent noir. A payer Goethals en catimini ? Coincé par un problème de divorce, et craignant un gros redressement fiscal, le coach refuse de payer pour tous et de mettre le Standard hors du vent. Le scandale éclate, Gerets est emmené par la police avant l'Euro 84, l'AC Milan rompt son contrat, les stars de la grande équipe du Standard sont lourdement suspendues avant de partir aux quatre vents : Michel Preud'homme, Walter Meeuws, Jos Daerden, Simon Tahamata, etc. Le club est exsangue et mettra 25 ans pour s'en remettre et gagner un titre. Petit, un géant du football belge, s'efface et s'en va douloureusement. Monsieur Standard a toujours su prévoir, diriger, dire fermement " non ", sauf une fois, avant de recevoir Waterschei : une erreur inadmissible qui a failli couler l'£uvre de sa vie. C'est pour cela qu'il pleurait parfois lors de ses dernières interviews... PAR PIERRE BILIC Monsieur Standard a toujours su dire " non ", sauf une fois...