Il y a d'abord eu Rio, cette victoire qui leur assurait la qualification. Puis Sao Paulo et cette victoire face à la Corée qui leur permettait d'éviter l'Allemagne. Il y a enfin eu Salvador de Bahia, cette ville envoûtante, témoin du match le plus fou et le plus dominateur des Belges, conclu par deux buts en prolongation mais mis en péril par la réduction du score des Américains. Les Diables ont montré enfin un visage séduisant, comme si la phase des groupes n'était qu'un échauffement destiné à monter en puissance. Les Etats-Unis ont été enfoncés, ne sortant qu'à de rares occasions. Tim Howard a remporté dix face-à-face. Dix. Ils auraient pu être dégoûtés. Ils ne le furent pas. Au bout de cette semaine folle, une qualification qui efface le goût amer des campagnes italienne, américaine et japonaise. Et la promesse de la découverte d'une autre ville, d'un autre stade, celui de Brasilia, la capitale du Brésil, où les attend le meilleur joueur du monde, en vue d'un nouvel exploit. Car rien ne semble arrêter ceux que désormais on peut affubler de " génération dorée et gagnante ". Retour sur la semaine du sans-faute, à travers le regard des principaux protagonistes.
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Il y a d'abord eu Rio, cette victoire qui leur assurait la qualification. Puis Sao Paulo et cette victoire face à la Corée qui leur permettait d'éviter l'Allemagne. Il y a enfin eu Salvador de Bahia, cette ville envoûtante, témoin du match le plus fou et le plus dominateur des Belges, conclu par deux buts en prolongation mais mis en péril par la réduction du score des Américains. Les Diables ont montré enfin un visage séduisant, comme si la phase des groupes n'était qu'un échauffement destiné à monter en puissance. Les Etats-Unis ont été enfoncés, ne sortant qu'à de rares occasions. Tim Howard a remporté dix face-à-face. Dix. Ils auraient pu être dégoûtés. Ils ne le furent pas. Au bout de cette semaine folle, une qualification qui efface le goût amer des campagnes italienne, américaine et japonaise. Et la promesse de la découverte d'une autre ville, d'un autre stade, celui de Brasilia, la capitale du Brésil, où les attend le meilleur joueur du monde, en vue d'un nouvel exploit. Car rien ne semble arrêter ceux que désormais on peut affubler de " génération dorée et gagnante ". Retour sur la semaine du sans-faute, à travers le regard des principaux protagonistes. Il a quitté Rio avec un sentiment double. Pourtant, ça ne le tracasse pas plus que cela. Eden Hazard est fidèle à lui-même. Sans stress. Le lundi, le lendemain du match face à la Russie, il arrive en sandales. Elu homme du match, il a été décisif pour la deuxième fois d'affilée. Et pourtant il a été fantomatique pendant 80 minutes. Lucide, il le reconnaît. Comme il connaît le nom du seul joueur du tournoi, décisif lors de ses deux premiers matches. " Messi ? Oui, c'est bien pour moi. " Contrairement à d'autres joueurs dans un cas délicat, il ne botte pas en touche. Les deux ou trois défenseurs qu'il doit se coltiner à chaque rencontre ? Pas une excuse. " En Angleterre aussi, en fin de saison, j'avais deux hommes sur moi. Et c'est à moi de trouver des solutions. " C'est le signe des grands joueurs. Ceux qui sont capables de faire leur autocritique ne cessent de progresser. Après une préparation déjà pas terrible, on peut se demander si Hazard n'est pas arrivé cramé après sa saison anglaise. Marc Wilmots décide de le laisser au repos face à la Corée. Hazard, lui, ne veut pas se servir d'une quelconque fatigue comme excuse. " Au contraire, je pensais que je serais beaucoup plus fatigué. Là, je me sens bien. " Son nom attire tous les regards. Et tous les micros aussi. En conférence de presse internationale, avant la rencontre face aux USA, une question sur deux porte sur lui. " Hazard doit-il plus se montrer ? Pensez-vous qu'il va sortir de sa boîte ? etc, etc ". Axel Witsel n'en croit pas ses oreilles et finit par en rigoler. Wilmots ajoute : " Moi qui déteste parler des individualités et préfère n'évoquer que le collectif, je suis servi... ". Un vrai mode d'emploi pour ceux qui cherchent encore la star des Diables. Face aux Etats-Unis, il ne fut pas éblouissant mais a déjà donné rendez-vous à un certain Messi. On le sait, Vincent Kompany est le relais de Wilmots sur le terrain. C'est aussi lui qui dicte le tempo au sein de l'hôtel. " Je dois demander à Vincent ", a d'ailleurs reconnu Wilmots pour savoir s'il allait l'aligner ou pas contre la Corée. Il a des largesses que d'autres n'ont pas. " C'est mon bras droit. Quand Vincent est là, c'est un plus ", affirme Wilmots. " Entre nous, il y a une confiance et un rapport privilégié car je sais qu'il recherche la même chose que moi, à savoir le meilleur pour l'équipe nationale. " Ainsi, certains de ses équipiers furent étonnés la semaine passée lorsqu'ils virent qu'il n'était pas présent à l'entraînement pour soigner son dos et ses adducteurs. Pas tant par le fait de ne pas le trouver sur le terrain que sur la communication. Personne n'avait trouvé bon de signaler son absence aux joueurs concernés. Si Kompany doit être au courant de tout, les autres membres du groupe ne doivent donc pas être au courant de la santé de Kompany. Même chose avec les obligations médiatiques : Kompany ne s'est pas encore présenté une seule fois face aux médias belges, à Mogi das Cruzes, se contentant, comme tout capitaine, des conférences de presse FIFA devant la presse internationale, les veilles de match face à l'Algérie et la Russie (Van Buyten le remplaçant avant la Corée et Witsel avant les Etats-Unis). Ses discours toujours très réfléchis et intéressants dépassent donc le cadre belge et sont dorénavant destinés au public international. Pas étonnant donc qu'il refuse toute demande d'interview individuelle de la presse belge. " A part des médias à large audience comme The Independent, CNN ou le Washington Post, plus rien ne l'intéresse ", nous explique un membre de son entourage. Sur le terrain aussi, son importance dépasse le cadre établi. Ses deux prestations énormes face à l'Algérie et la Russie n'ont fait qu'asseoir son importance dans le onze de base. Cependant, après une longue saison anglaise, la Coupe du Monde constitue la charge de trop pour son corps souvent meurtri. Après une première alerte avant la Russie, il a dû une nouvelle fois quitter le terrain. Il est 19 h 05 et un coup de froid s'est abattu sur l'Itaquerao, le stade des Corinthians, dans lequel les Diables Rouges s'entraînent, la veille de leur dernière rencontre de groupe face à la Corée. Il grimace et file au vestiaire. Le médecin en chef de l'équipe nationale, Chris Van Crombrugge s'inquiète car il sait qu'une rechute est toujours plus délicate à gérer. Pourtant, à force de scénariser un peu trop ses absences, cela commence à agacer certains. Lorsqu'un journaliste américain demande à Nicolas Lombaerts ce qui a rendu important Kompany, le défenseur du Zenit répond : " La presse ". Et quand on lui demande l'impact de son comportement face à la Serbie où il a joué avec le nez en sang, il ajoute : " C'est héroïque ? Personne n'avait fait cela avant ? Vous pouvez aussi dire de moi que je suis un joueur courageux car j'ai disputé deux matches avec le nez cassé et personne n'en a parlé. Mais félicitations à lui. " Lombaerts n'a jamais critiqué la hiérarchie. Il la connaît et il s'y plie. Loin de lui l'idée de mettre en doute la préséance de Kompany sur les autres défenseurs. Néanmoins, en lâchant cela, il montre que les suppléants font mieux que se défendre quand ils sont appelés à remplacer un Kompany souvent blessé et que ce serait bien que l'on parle un peu moins des blessures du capitaine et un peu plus des prestations sans failles des seconds couteaux. Durant une semaine, Kompany a joué à l'homme invisible. La veille du match, peu de gens auraient misé un réal (la monnaie brésilienne) sur sa présence en huitième de finale. Pourtant, il fut bien présent, haranguant ses joueurs et physiquement parfait durant 120 minutes. Avec à la clé encore une prestation cinq étoiles. Kompany est devenu l'homme des grands soirs. Aucun visage ne parle autant que celui de Jan Vertonghen. On sait y lire son humeur. Quand il râle, quand il doute ou quand il rayonne. Après son erreur face à l'Algérie, il avait le visage fermé, comme quelqu'un qui a toutes les cartes en main et les voit s'échapper une à une. Lui qui a disputé toute la campagne qualificative, il a acquis un rôle de leader dans cette équipe. Depuis les Jeux olympiques de 2008, tout le prédestine à ce rôle. Déjà à l'époque, c'est à lui ainsi qu'à Thomas Vermaelen qu'incombait le leadership. Petit à petit, il s'est donc immiscé aux côtés du même Vermaelen et de Kompany comme un meneur. L'étoile de Vermaelen pâlissant, c'est lui qui avait discuté des primes avec le capitaine. Pourtant, suite à une saison quelque peu tronquée par une blessure à la cheville et une préparation en demi-teinte, il avait abordé le Mondial avec un déficit de confiance. Confirmation face à l'Algérie. Et voilà que Wilmots choisit de le mettre sur le banc face à la Russie. De quoi ruiner sa Coupe du Monde. La blessure de Vermaelen le relance finalement. Quelques jours plus tard, on le voit en grande discussion avec Wilmots, qui le rebooste. " Je ne vais pas non plus dévoiler tous mes secrets ", lâche Wilmots. Pourtant, il le requinque et corrige quelques erreurs de placement. Vertonghen est un back gauche qui aime monter à l'abordage. Encore faut-il qu'il ne brise pas l'équilibre de toute la défense. Contre la Corée, malgré son carton jaune, Wilmots lui maintient donc sa confiance et reste fidèle à la hiérarchie du brassard. Vermaelen et Kompany blessés, le brassard lui revient donc. " Rien que d'aborder un match de Coupe du Monde avec un brassard, c'est déjà quelque chose. " Alors marquer un but, vous imaginez ! Au Itaquerao, il est élu homme du match et marque le 50e but belge en Coupe du Monde. Vertonghen savoure. Il court partout. Après le match, il s'arrête devant chaque média. De nouveau, son visage qui transpire la joie et la fierté trahit son humeur. " C'est un sentiment indescriptible. Il faut juste s'asseoir et en profiter ", rigole-t-il. La Coupe du Monde de Vertonghen a véritablement débuté en ce 26 juin. Lui non plus n'avait pas encore brillé. Alors, il a sorti le bleu de travail pour le match face aux Etats-Unis. Puis, au moment le plus opportun, il a rassemblé son talent. D'abord en ouvrant le score au début de la première prolongation. Ensuite en servant Romelu Lukaku sur le deuxième but. Puis, il a de nouveau couru, bouché les angles. Uniquement au coeur et à l'énergie car son corps ne répondait plus. Puis est venue la délivrance, le coup de sifflet final. Là, il a levé les bras et s'est écroulé, perclus de crampes. A tout jamais, l'homme de Salvador se sera lui ! " Il nous fallait un match comme cela, débridé et maîtrisé. On a prouvé qu'on pouvait produire du jeu. " ?PAR STÉPHANE VANDE VELDE À SALVADOR DE BAHIA" En Angleterre aussi, j'avais deux hommes sur moi en fin de saison. C'est à moi de trouver des solutions. " Eden Hazard