L'équipe de France chère à Michel Hidalgo avait sa garde noire avec Marius Trésor et l'infortuné Jean-Pierre Adams. Depuis peu, le Sporting du Pays de Charleroi, version Dante Brogno, s'inspire d'un même exemple puisque le vice-capitaine de la sélection sierra-léonaise, Mustapha Sama, côtoie son compatriote et partenaire en équipe nationale, Ibrahim Kargbo, au coeur de la défense zébrée.
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L'équipe de France chère à Michel Hidalgo avait sa garde noire avec Marius Trésor et l'infortuné Jean-Pierre Adams. Depuis peu, le Sporting du Pays de Charleroi, version Dante Brogno, s'inspire d'un même exemple puisque le vice-capitaine de la sélection sierra-léonaise, Mustapha Sama, côtoie son compatriote et partenaire en équipe nationale, Ibrahim Kargbo, au coeur de la défense zébrée.Ibrahim Kargbo: Quand j'ai appris que le Sporting était à la recherche d'une solution de remplacement pour Reza Mahdavi, j'ai immédiatement songé à Mustapha Sama, mon coéquipier en formation représentative de la Sierra Leone. En septembre dernier, lors de notre premier match de qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations 2004, en Guinée Equatoriale, Mus m'avait avoué, dans notre lieu de retraite, à Malabo, qu'il souhaitait changer d'air après trois années passées dans le nord de l'Europe, en Suède d'abord, puis en Norvège. A mon retour à Charleroi, et compte tenu, déjà, de la situation précaire du club, j'avais recommandé sa candidature à la direction. Il faut croire que cette information n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd puisque les responsables sportifs des Zèbres profitèrent de la récente intersaison, en Scandinavie, pour régler le transfert. Mustapha Sama: Si je l'avais réellement désiré, j'aurais pu reprendre le collier, au printemps prochain, à Haugesund, où j'avais abouti en 2001 en provenance d'un modeste cercle de D2 suédoise, Vasalund, ou encore à Tromsö, qui s'était également manifesté pour moi dans un passé récent. Mais j'en avais assez de jouer devant des assistances feutrées de 1.000 ou 1.500 personnes. J'aspirais à vivre autre chose, dans un pays plus branché sur le football aussi. C'est pourquoi la Belgique, terre d'accueil de plusieurs de mes compatriotes, comme Paul Kpaka voire Musa Kanu, me paraissait la destination idéale. A cet égard, je n'aurais évidemment pu rêver de meilleur point de chute que le Mambourg où j'ai le bonheur d'évoluer aux côtés de deux garçons que je connais très bien: Ibou et Aluspah Brewah. Il va sans dire que leur présence facilite mon intégration. La Scandinavie avant la BelgiqueKargbo: La Sierra Leone bénéficie, à l'image de bon nombre d'autres nations africaines, d'une aide au développement de la part de certains pays européens. C'est la raison pour laquelle, au plan sportif par exemple, le Ghana et l'Egypte, notamment, ont pu compter dans le passé sur les compétences d'un coach allemand, totalement inconnu ici mais qui est une sommité là-bas, Otto Pfister, tandis que la Zambie a bénéficié du concours d'un autre coach, danois celui-là, Ronald Poulsen. Chez nous, ces dernières années, des coachs suédois se sont régulièrement succédé à la tête des sélections de jeunes et des Leone Stars, l'équipe nationale. Personnellement, c'est l'entraîneur des moins de 15 ans, Roger-Palme Greene qui m'a aiguillé vers sa patrie, où j'ai aussitôt été pris en charge par un manager, Jan Tonquist. Celui-ci m'a casé tour à tour à Osters Växjö puis à Degerfors, avant de céder le relais à Ger Lagendijk au moment où je suis passé dans les rangs de Feyenoord. Sama: Mon cheminement aura été en tous points analogue puisque le même Roger-Palme Greene me mit en contact avec Janne Sambe, le mentor de Vasalund.Ce dernier, lui aussi, me conseilla les services d'un homme de confiance, Bo Pettersson. On dit souvent pis que pendre de ces intermédiaires, mais tant Ibou que moi-même n'avons jamais eu qu'à nous louer des services de ce duo. Ils auraient pu abuser de la situation, car nous étions vraiment démunis, tous deux, après avoir quitté un pays rongé par la guerre civile. En lieu et place, ils se sont érigés en d'authentiques tuteurs, constamment prêts à nous seconder au moment voulu. Je me suis toujours abreuvé des précieux conseils de Bo Pettersson, sauf une fois: quand j'ai préféré privilégier la piste des Zèbres plutôt que celle de Tromsö, comme mon manager le préconisait. Je souhaite ne pas m'en mordre les doigts un jour, car en ralliant l'ancien club d'Ole-Martin Aarst, j'étais quasiment assuré de disputer la Coupe d'Europe l'an prochain alors que je me retrouve aujourd'hui engagé dans la lutte pour le maintien. La différence est grande, évidemment. Kargbo: J'espère avoir bien avisé mon ami Mus car mes choix n'ont pas toujours été pertinents. Avec le recul, je regrette amèrement, aujourd'hui, de ne pas avoir répondu favorablement à l'appel d'Anderlecht, il y a deux ans. A l'époque, j'avais refusé cette offre alléchante par crainte de me retrouver sur le banc au Parc Astrid. Ce fut une fâcheuse erreur car quand je vois des garçons comme Aleksandar Ilic ou Hannu Tihinen à l'oeuvre, je me dis que je n'ai strictement rien à leur envier, que du contraire. C'est bien simple, je serais le roi de la défense là-bas, actuellement. Mais le passé est le passé et il ne sert strictement à rien de le ressasser. Honnêtement, je pensais avoir eu la main heureuse en aboutissant à Charleroi cette saison. A mes yeux, il ne faisait aucun doute que cette équipe allait tenir la route au cours de l'actuelle compétition. Les événements m'ont toutefois désagréablement surpris jusqu'ici. Pourtant, je reste convaincu que le noyau des Zèbres est plus fort, qualitativement, que celui du RWDM au sein duquel je militais en 2001-2002. La différence se situe non pas sur le plan footballistique mais au pur échelon mental. A Molenbeek, les joueurs étaient des guerriers. Ici, en revanche, la plupart baissent les bras au moindre contretemps car ils sont incapables de se faire violence. L'année passée, quand un joueur s'amusait à faire un petit pont à l'un de ses coéquipiers à l'entraînement, il ne sortait jamais indemne du terrain. Au Sporting, chaque fois que je m'y hasardais, j'ai eu droit aux félicitations du gars que j'avais berné. C'est invraisemblable! Avec une mentalité pareille, on est franchement mal barrés. Sama: Je me suis déjà souvent fait la réflexion qu'ici, c'était le monde à l'envers. Partout ailleurs, les gars d'origine africaine sont censés apporter une touche artistique. A Charleroi, j'ai remarqué qu'on comptait essentiellement sur les Noirs pour mettre le pied: les autres, manifestement, y répugnent. Il est heureux, pour Ibou et moi-même, que nous nous sommes épanouis dans un contexte de jeu viril, en Scandinavie, avant de donner notre pleine mesure chez les Zèbres. Reste qu'il n'est pas normal du tout que nous devions donner l'exemple en la matière. Vu la position du club au classement, tout le monde devrait se vider les tripes. Mais il y a trop de velléitaires à Charleroi. J'ai été effaré par les paroles de certains coéquipiers, selon lesquelles l'équipe avait subi deux défaites encourageantes contre Genk et Anderlecht. Comme s'il y avait lieu de ne pas devoir tout dramatiser outre mesure après avoir perdu. Désolé, mais un vrai pro ne peut s'accommoder d'un revers, quel qu'il soit. Ibou m'a dit que l'année passée, il avait battu le Standard et La Gantoise avec le RWDM. A Haugesund, il n'en était pas allé autrement pour moi puisqu'au cours de notre seule et unique campagne parmi l'élite, en 2002, nous avions mené la vie dure à des monstres sacrés comme Rosenborg et Brann Bergen. Cette foi-là, je ne la remarque malheureusement pas en suffisance ici. Un rêve devenu réalitéKargbo: Pour ce faire, Mus et moi aurons un grand rôle à jouer. Les chiffres le prouvent: chaque fois que les Zèbres n'ont pas encaissé de but, ils ont pris les trois points. C'était le cas contre Westerlo, Malines et Mouscron. La seule exception, c'est le 0-0 concédé face à Genk au Mambourg. Dès lors, si nous faisons tous deux montre d'intransigeance dans le centre de la défense, il y a gros à parier que l'équipe raflera les points nécessaires à son sauvetage. Malgré un début de saison catastrophique, en 2001-2002, j'avais réussi à me maintenir parmi l'élite avec le RWDM. Je suis convaincu qu'il n'en ira pas autrement ce coup-ci grâce aux renforts qui se sont ajoutés lors du mercato, et à Mus en particulier. Ce n'est pas que je voudrais dire du mal de Reza Mahdavi, qui n'est plus là pour se défendre aujourd'hui, mais il ne pesait pas lourd dans l'arrière-garde. Avec lui, je ne savais jamais trop sur quel pied danser. Ce problème, je ne l'ai plus avec Mus que je connais depuis toujours. Sama: Ibou et moi avons toujours ambitionné de former une charnière centrale, mais jusqu'à cette année, il n'en avait jamais rien été. En équipe nationale, j'ai souvent été titularisé dans l'axe au côté de Kewullay Conteh, tandis que mon coéquipier au Sporting était aligné au back gauche ou au demi défensif. En arrivant à Charleroi, j'ai bien cru que notre association ne se matérialiserait pas non plus, dans la mesure où, lors de mes débuts à l'Antwerp, j'ai été utilisé au poste de milieu défensif. Or, je suis un défenseur pur et dur. Face à Mouscron, j'ai enfin constitué un tandem avec Ibou et ce fut un coup dans le mille. J'ai le sentiment, en tout cas, que nous nous complétons bien. D'un côté, Ibou est fort dans les duels et rapide, tandis que moi, je table plutôt sur un bon positionnement et des qualités d'organisateur. J'ai fait la culbute une fois dans ma vie: avec Haugesund, l'année passée. Et cela me suffit amplement. Je ne veux plus connaître la même mésaventure et le club peut compter sur moi dans cette optique. Je donnerai tout ce que j'ai dans le ventre pour aider le club à s'en sortir. Si tous les autres en font autant, le club se tirera d'affaire. Bruno Govers"Au RWDM, les joueurs étaient des guerriers. A Charleroi, ils répugnent à se faire violence" (Ibrahim Kargbo)"Partout, les Noirs apportent une touche artistique. Ici, on compte sur eux pour mettre le pied" (Mustapha Sama)