A l'occasion de l'inauguration de la Hauptbahnof de Berlin, la plus grande gare d'Europe, avec une capacité de 300.000 voyageurs par jour, feux d'artifice et fêtes n'ont pas manqué, le 28 mai dernier. A la mi-mars, la gare n'était encore qu'un vaste chantier, entre le jardin zoologique et l'Ostbahnhof, sur les ruines de la Lehrter Bahnhof, qui date de 1880 et se trouve sur l'ancienne ligne de démarcation entre Berlin Ouest et Berlin Est. Au prochain arrêt des S et U- Bahn, Friedrichstrasse, on se trouve déjà à l'Est.
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A l'occasion de l'inauguration de la Hauptbahnof de Berlin, la plus grande gare d'Europe, avec une capacité de 300.000 voyageurs par jour, feux d'artifice et fêtes n'ont pas manqué, le 28 mai dernier. A la mi-mars, la gare n'était encore qu'un vaste chantier, entre le jardin zoologique et l'Ostbahnhof, sur les ruines de la Lehrter Bahnhof, qui date de 1880 et se trouve sur l'ancienne ligne de démarcation entre Berlin Ouest et Berlin Est. Au prochain arrêt des S et U- Bahn, Friedrichstrasse, on se trouve déjà à l'Est. La Coupe du Monde a accéléré l'inauguration de la gare, mais même sans cet événement, le projet aurait été mené à bien, confirme Gerhard Buchholz, employé à l'office du tourisme. Après la Coupe du Monde viendra le tour des aéroports : Schönefeld, l'ancien aéroport de Berlin Est, sera agrandi. Le Tegel, l'ancien aéroport de Berlin Ouest, et le Tempelhof, qui servait de base au pont aérien mis en place par les alliés pendant le blocus de 1948, seront ensuite démolis. Pas à pas, on détruit donc les vestiges de la séparation de la ville. Il n'y aura aucun grand chantier pendant la Coupe du Monde. Buchholz le confirme : " C'est impossible. Depuis sa naissance, Berlin n'est qu'un chantier. Un auteur a jadis écrit : Berlin ist dazu verdammt immer zu werden : es wird immer. (Berlin est condamnée à rester en devenir. Elle est en devenir permanent). Berlin ne se plie pas à la Coupe du Monde. Elle peut sans peine accueillir l'événement. Les matches seront retransmis sur des écrans géants dans le Spreebogenpark, au sud de la rivière Spree, accessible à pied depuis la nouvelle Hauptbahnhof. Un peu plus loin, au Reichstag, l'Adidas Arena, une version à échelle réduite (un dixième) du stade olympique, où 8.000 personnes pourront voir les matches sur écran géant aussi. Huit autres projets privés permettront de suivre les rencontres de cette façon dans toute la ville. Berlin ne voulait pas rater la Coupe du Monde mais elle n'a pas besoin du premier grand événement mondial pour se profiler. Buchholz : " Le nombre de visiteurs croît d'année en année, avec ou sans Coupe du Monde. Chaque jour, Berlin accueille entre 300 et 400.000 touristes. Les 300.000 visiteurs supplémentaires générés par la fête du football ne font pas la différence. Berlin est une ville cosmopolite. 180 nationalités s'y côtoient. Le dialogue entre les différentes cultures est la réalité quotidienne ". Le tourisme est la principale source de rentrées de la ville. Avant la Seconde Guerre mondiale, les alentours de Berlin avaient une vocation industrielle. La guerre froide et la construction du Mur ont signifié la disparition de ces entreprises. " L'Ouest a été maintenu artificiellement en vie par les injections financières des autorités de la RFA. Avant la Réunification, les Berlinois avaient la réputation d'être des profiteurs. Hambourg est riche grâce aux ports. Ici, le pouvoir d'achat reste faible. Après la chute du Mur, des entreprises se sont installées ici mais beaucoup ont déjà plié bagage ". On ne trouve des traces de Mur qu'à trois endroits. Pourtant, une frontière moins visible, mentale, sépare toujours l'Est et l'Ouest. " La différence est moins perceptible chez les jeunes, mais les Berlinois de l'Est et de l'Ouest vivent chacun sur leur île ", explique Buchholz. " Des gens de Zelhendorf vont au théâtre à la porte de Brandebourg mais l'Alexanderplatz est comme la Sibérie, pour eux. Demandez votre chemin à un Berlinois de souche. Quand vous croisez quelqu'un qui peut vous aider, c'est généralement un nouvel habitant ". Lieve Pillen vient de guider un groupe de touristes. Cette Courtraisienne a émigré à Berlin trois ans avant la chute du Mur. Elle confirme que l'ancien Berlin Est est très à la mode : pas seulement le quartier des artistes aux environs du Prenzlauer Berg, mais aussi le Hackerscher Markt près de l'Alexanderplatz. Comme Buchholz, elle insiste sur les changements permanents du paysage. On a démoli le Palais de la République construit par les communistes sur l'autre rive de la Spree. A sa place, on va construire une copie de l'ancien palais impérial, que les communistes ont rasé en 1950 : Schlossplatz. Lors des deux dernières années, les ruines condamnées à mort ont été le théâtre de toutes sortes d'événements : " Les gens trouvaient fantastique de se réunir ou de donner une fête dans des ruines. Les gens sont très créatifs ici. Au bord de la Spree, on a aménagé un container en piscine. On y joue de la musique des Caraïbes. Regardez dans le journal tout ce qu'il y a à faire en une seule journée. Parfois, je me dis que je vais assister à tel événement demain, mais je n'y arrive pas car le lendemain, il y a déjà autre chose ". Pillen ne s'est pas sentie enfermée à Berlin : " Avant même la chute du Mur, c'était une ville verte, avec beaucoup d'eau. Il y avait le circuit alternatif. Les jeunes hommes habitant Berlin étant dispensés du service militaire, tous les pacifistes d'Allemagne sont venus ici. La scène alternative s'est épanouie ". Economiquement, Berlin ne prospère pas. Pillen : " Avec un taux de chômage de 18,5 %, nous sommes mieux lotis que d'autres régions de la RDA mais ce n'est pas ici qu'il faut venir pour être certain d'avoir un bon poste Avant la chute du Mur, Berlin Ouest recevait 6,5 milliards d'euros par an pour survivre au beau milieu de la RDA : c'était un fonctionnement subsidié. La vie était donc relativement bon marché. Comme on s'attendait à l'arrivée d'un million de nouveaux habitants, on a construit partout comme des fous mais les gens ne sont pas venus et les prix ont chuté. Berlin a trop d'appartements et de bureaux ". L'absence de succès sportifs récents est frappante. De temps en temps, l'équipe de basket de l'Alba et celle de hockey sur glace des Eisbären offrent un titre à la capitale, mais en football, le dernier titre remonte à des décennies. Le Hertha BSC, fondé en 1892, est très populaire. Il a été champion en 1930 et 1931. Depuis, c'est la disette. Pire : depuis la création de la Bundesliga en 1963, le Hertha n'a évolué parmi l'élite que 25 ans. De 1986 à 1988, peu avant la chute du Mur, le club végétait même en D3. Son meilleur résultat en Bundesliga est une deuxième place en 1975. Les autres équipes de Berlin Ouest n'ont fait que de furtives apparitions en Bundesliga. Tasmania, qui s'est produit parmi l'élite durant la saison 1965-1966, détient le record du plus petit nombre de points jamais obtenus à ce niveau et est tombé en faillite en 1973. Le nouveau Tasmania a terminé premier ex-aequo de la Verbandsliga de Berlin mais a dû céder le billet montant en D4 à Lichterfelde. Blau-Weiss, l'ancienne équipe de René Vandereycken, n'a tenu qu'une année en Bundesliga aussi (1987) et est tombé en faillite en 1992. Le nouveau Blau-Weiss, lanterne rouge de la D6, vient encore de dégringoler d'un échelon. Le Tennis Borussia, qui a joué en Bundesliga en 1974-1975 et 1976-1977, se produit maintenant en D4 devant une assistance moyenne de 860 personnes. Les anciens grands clubs de Berlin Est survivent mais ont mal digéré leur passage au marché libre. Après Hertha, l'Union Berlin est le club le plus populaire de la capitale. Il était le club du peuple par excellence en RDA. Il servait d'exutoire aux mécontents du système. Le régime le défavorisait et lui enlevait ses meilleurs éléments chaque année. Il ne compte donc qu'une Coupe à son palmarès (1968). Après un bref séjour en 2e Bundesliga, il est retombé en D4 mais il vient d'être champion et va remonter en D3. La saison passée, 5.900 personnes en moyenne se s'étaient déplacées à l' AlteFösterei. Le Dynamo Berlin, champion ininterrompu de 1979 à 1988 grâce au soutien de l'Etat, a terminé sixième en D4. Il attire encore 1.140 personnes au vieux Sportforum. Le football aussi est un perpétuel chantier à Berlin. GEERT FOUTRÉ, ENVOYÉ SPÉCIAL À BERLIN