Dans votre longue carrière, vous avez gagné 19 titres. Vous souvenez-vous du premier, aux Pays-Bas ?

Arjen Robben : Ça remonte à longtemps mais je m'en souviens, évidemment. C'était en 2003, avec le PSV, sous la direction de Guus Hiddink. Ce fut une année très spéciale. J'avais tout juste 18 ans, j'étais encore vert. J'avais été transféré de Groningue un an plus tôt. Ca représentait un pas énorme mais j'ai immédiatement été repris dans l'équipe, j'ai marqué et contribué au titre. Ce premier sacre avait bien sûr un parfum particulier.
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Arjen Robben : Ça remonte à longtemps mais je m'en souviens, évidemment. C'était en 2003, avec le PSV, sous la direction de Guus Hiddink. Ce fut une année très spéciale. J'avais tout juste 18 ans, j'étais encore vert. J'avais été transféré de Groningue un an plus tôt. Ca représentait un pas énorme mais j'ai immédiatement été repris dans l'équipe, j'ai marqué et contribué au titre. Ce premier sacre avait bien sûr un parfum particulier. Ils ont tous été beaux. Ça ne devient absolument pas une routine. Chaque club a sa tradition. A Eindhoven, nous apparaissions au balcon de l'hôtel de ville, comme avec le Bayern. A Londres, nous effectuions un tour de ville en voitures découvertes et au Real Madrid, un car conduisait l'équipe à travers la ville jusqu'à la Plaza de Cibeles, où les supporters font la fête avec les joueurs. A Munich, donc, nous sommes tout en haut, face à une Marienplatz noire de monde. Chaque équipe a son charme. Pourquoi pas ? C'est beau, un titre. Le remporter n'a absolument rien d'évident, ne l'oubliez pas. On travaille d'arrache-pied toute l'année pour finir en haut du classement. Donc, quand on atteint son objectif, on en profite à fond. Personne ne peut me priver de ce plaisir. Il faut opérer un distinguo. Ce sont deux histoires différentes. D'une part, il y a eu le titre et une formidable saison de Bundesliga, puis ces deux blessures, qui m'ont terriblement frustré. Jusqu'à la blessure encourue contre 'Gladbach, tout s'était parfaitement déroulé pour moi. J'étais en super forme et je développais un bon football. Tout était super. Puis tout a basculé. Ça n'a pas été facile. J'ai immédiatement compris que c'était grave. La blessure m'a vraiment pris par surprise. En quelques années, j'ai appris à connaître mon corps, à sentir ce dont il a besoin. D'ailleurs, on ne cessait de me demander comment je faisais pour être épargné aussi longtemps par les blessures. Simplement parce que je savais ce dont j'étais capable ou pas. Je sais ce dont j'ai besoin tout comme je sais ce que je ne peux plus faire. Ça n'avait rien à voir avec la blessure abdominale. D'aucuns ont pensé que j'étais revenu trop rapidement mais c'est faux. Avant ce match contre Dortmund, je m'étais entraîné vraiment très bien avec le groupe, à deux reprises. Tout allait bien. Dans le passé, je sentais souvent que quelque chose n'allait pas mais cette fois, je n'ai rien senti du tout. Alors, pourquoi n'aurais-je pas joué vingt minutes contre le Borussia ? Evidemment, après coup, je me suis fait des reproches mais à quoi cela m'avance-t-il ? Nul n'est complètement à l'abri d'un coup du sort. Absolument. A l'échauffement aussi, tout était en ordre. Je me sentais vraiment prêt. Il y a des moments où on entame un match en sachant qu'on devra être prudent. Dans ce cas-là, on s'expose à une blessure mais ici, ce n'était absolument pas le cas. Ce genre de spéculations ne mène à rien. Je me suis réjoui des matches, que l'adversaire se nomme Leverkusen, Porto, Dortmund ou Barcelone. J'étais en excellente condition. Ce n'est pas la peine de s'épandre en conjectures. Je me suis entraîné une semaine après la fin de la saison. Je me sentais bien et j'ai bien travaillé ces dernières semaines aussi. C'était important. J'ai recommencé à courir. Les préparateurs physiques ont fait de l'excellent travail mais évidemment, j'ai été content de pouvoir prendre des vacances aussi. J'ai le sentiment d'avoir accompli des progrès de saison en saison, depuis deux ou trois ans. Cette année aussi, j'ai accompli un pas en avant. Tout s'est parfaitement déroulé, après la Coupe du Monde. Jusqu'à cette blessure. J'aurais bien voulu voir jusqu'où je serais allé sans elle : 17 buts, huit assists en seulement 21 matches... Qu'est-ce que ça aurait été si j'avais pu disputer huit ou neuf matches de plus ? Naturellement, j'aurais voulu gagner ce trophée ! Mais ce n'est pas mon principal souci, croyez-moi. C'eût été un prix complémentaire, rien de plus. L'essentiel à mes yeux est de gagner des matches et de fêter le titre avec l'équipe en fin de saison. Ce n'est pas le trophée du meilleur buteur qui compte. Le footballeur qui se fixe pareil objectif en paie toujours les pots cassés. Ça finit par se retourner contre lui. Il faut se livrer à fond, éprouver du plaisir et le reste coule de source. J'en suis convaincu. Quand j'entends tout ça, j'ai envie de rire. En fait, je ne vois pas ce qu'on peut faire d'autre. Il ne faut pas prendre les choses trop au sérieux. Soyons réalistes. Cette saison suivait une Coupe du Monde. Lisez tout ce que les gens ont écrit l'année passée. Ils étaient unanimes : cette saison allait être la plus difficile depuis des années. Et que s'est-il passé ? Nous sommes champions avec dix points d'avance. C'est une magnifique performance. Nous avons un peu relâché la bride en fin de championnat. Nous avions beaucoup de blessés et nous nous sommes concentrés sur les épreuves de coupes. Nous avons atteint les demi-finales dans les deux épreuves. A ce stade, les détails deviennent essentiels. Par exemple, dans la finale londonienne contre Dortmund, ils nous étaient favorables. Cette année, ce fut le contraire. C'est ainsi mais ce n'est pas une raison pour avoir honte de notre parcours. Au contraire. Le jugement qu'on porte sur nous gagnerait à être plus nuancé. Quand on gagne, tout est formidable mais quand on perd, tout est mauvais. C'est un peu simple. Il faut parler de ce qui n'a pas fonctionné, pour autant que la critique soit constructive. Mentir n'apporte rien. Nous voulons connaître le succès et pour ça, il faut faire preuve d'autocritique. Nous voulons progresser, aller de l'avant. Nous visons le sommet. Il faut oser le dire mais on ne peut quand même pas tout remettre en question, l'entraîneur, les joueurs, après une telle saison. C'est dénué de fondement. Ça n'a rien à voir avec l'objectivité. Nous ne manquons vraiment pas de sens critique, que du contraire. Nous savons si nous avons bien joué ou pas. Mais il faut laisser l'église au milieu du village : nous sommes champions et nous nous sommes qualifiés pour deux demi-finales. Absolument. J'ai une confiance absolue dans le noyau actuel. Mais il est important que nous puissions nous entraîner au complet dès le début de la saison. Si tout le monde est en forme, je m'attends à une saison fantastique. Regardez donc notre équipe ! Javi Martinez est à son affaire, Thiago peut réaliser une préparation complète, Franck Ribéry et moi sommes de retour, David Alaba sera guéri aussi. Quel que soit notre adversaire, nous l'attaquerons. Le club recèle suffisamment de spécialistes pour ça et nous avons un super-entraîneur. Il sait ce qu'il fait. J'ai souvent dû répondre à ces questions après 2012, une année sans trophée. Tout le monde disait que nous avions besoin d'une métamorphose, d'une autre génération. Et qu'avons-nous réussi ? Le triplé. Il faut être prudent. Si les joueurs ont du talent, c'est super. Mais en enrôler juste parce que certains nous disent de le faire ? Non, ce ne serait pas bon et nous n'en avons pas besoin. Pour l'âge, je ne peux parler que de moi. Je suis encore en pleine forme et j'ai le sentiment de pouvoir évoluer à ce niveau quelques années encore. Vous avez raison et vous répondez du même coup à votre question précédente. Notre équipe recèle beaucoup de talent et nos dirigeants étudient soigneusement le profil de ceux qui pourraient nous rejoindre. Je mesure quand même mes efforts, même si je suis d'un naturel engagé. C'est l'âge... La victoire en Ligue des Champions il y a deux ans m'a offert le succès dont je rêvais. Elle m'a libéré. Puis il y a l'expérience. La combinaison me fait du bien. Je ne travaille pas moins qu'avant, que ce soit à l'entraînement ou en match, mais je parviens à me détendre. Il nous a fait progresser. Sa philosophie, son vécu du football sont formidables et nous procurent du plaisir. J'apprécie la souplesse qu'il nous a insufflée. Il nous oblige à occuper d'autres postes. Il veut dominer le jeu, attaquer. Ça correspond à mon naturel. Toujours aller de l'avant, rester actif, déterminer le jeu, foncer... Certainement.PAR MOUNIR ZITOUN, RÉDACTEUR AU KICKER - PHOTOS : BELGAIMAGE" Comment oser parler de saison en demi-teinte quand on est champion avec 10 points d'avance ? "