Cela fait désormais un bon bout de temps que les Löwen, surnom de Munich 1860, ne mordent plus. Le club bavarois n'est pourtant pas encore mort. La preuve par les 62.200 spectateurs venus assister dernièrement au match capital pour le maintien.
...

Cela fait désormais un bon bout de temps que les Löwen, surnom de Munich 1860, ne mordent plus. Le club bavarois n'est pourtant pas encore mort. La preuve par les 62.200 spectateurs venus assister dernièrement au match capital pour le maintien. Il y a deux ans, à l'Allianz Arena, ils étaient 57.000 à avoir assisté au match de barrage face à Holstein Kiel, qui avait vu leur club se sauver à la toute dernière minute. Cette fois, les choses ont mal tourné pour les Lions, battus 0-2 par Jahn Regensburg, un club de D3. Au coup de sifflet final, on apprenait que le président Peter Cassalette avait démissionné la veille. Et après le match, l'entraîneur portugais Vitor Pereira (ex-FC Porto, Olympiacos et Fenerbahçe) jetait l'éponge à son tour. Il n'était en poste que depuis le mois de décembre. La veille du match, le directeur sportif, Ian Ayre (54), avait également rendu son tablier. Le Britannique était arrivé en avril du FC Liverpool, où il avait engagé Jürgen Klopp. Comme Pereira, Ayre estimait que Munich 1860, c'était un peu le Titanic : pendant que le bateau coulait, l'orchestre continuait à jouer. Les mauvaises nouvelles ne s'arrêtaient pas là. Une semaine après la catastrophe du dernier match, le propriétaire et actionnaire principal jordanien, Hasan Ismaik, annonçait qu'il ne verserait pas les onze millions d'euros de caution à la ligue. Dans le meilleur des cas, les Bleu et Blanc pouvaient espérer repartir en quatrième division. Tout le monde en voulait donc à l'homme qui, six ans plus tôt, avait sauvé le club de la faillite en rachetant 60 % des actions pour 18 millions d'euros alors qu'en raison de la loi de 50 % +1 en vigueur en Allemagne, il ne pouvait pas avoir la majorité des voix lors de l'assemblée générale puisqu'il est étranger. De plus, Turn und Sportverein 1860 München est un club omnisports dont la section football n'a été fondée qu'en avril 1899. Ismaik, qui avait rêvé tout haut de Ligue des Champions en arrivant, n'était donc pas maître chez lui. En attendant le vote qui décidera de son avenir, le 23 juillet, le club a obtenu de pouvoir jouer en Regionalliga Bayern. Le nouvel entraîneur est Daniel Bierofka qui, la saison dernière, dirigeait les U21. Or, c'est cette équipe qui fournira désormais la plupart des joueurs à l'équipe première. Bierofka (38), un vrai Munichois, a évolué en équipes d'âge au Bayern avant de passer à 1860, où il a également terminé sa carrière. Il sait où il met les pieds car c'est la troisième fois qu'il est entraîneur principal. Depuis l'arrivée d'Ismaik, en 2011, Munich 1860 a déjà changé 15 fois d'entraîneur. Depuis la dernière fois qu'il est descendu de Bundesliga, en 2004, il a même changé 22 fois. Gerald Vanenburg a tenu deux mois tandis que Sven-Göran Eriksson, engagé en janvier 2013, ne s'est même jamais présenté. Mais Munich 1860 ne consomme pas seulement des entraîneurs. Peter Cassalette était déjà le sixième président depuis l'arrivée d'Ismaik et Ian Ayre, le seizième directeur technique depuis la relégation, en 2004. Les choses étaient bien différentes au printemps 1963, lorsque Munich 1860, champion d'Oberliga, a effectué ses débuts en Bundesliga, qui venait d'être fondée. Le Bayern allait devoir attendre deux ans de plus pour y parvenir. C'est justement en 1966 que Munich 1860 a remporté le seul titre de son histoire. Lors du tout premier match, il a battu le Bayern (1-0) grâce à un but inscrit à la première minute par Timo Konietzka, transféré de Dortmund. Deux ans plus tôt, il avait remporté la Coupe d'Allemagne et en 1965, il s'était incliné contre West Ham à Wembley, en finale de la Coupe d'Europe des Vainqueurs de Coupe. L'entraîneur autrichien MaxMerkel disposait d'une équipe bien balancée, Konietzka et Rudi Brunnenmeier alimentaient le marquoir. Merkel disait que ce dernier " avait déjà soif rien qu'à voir passer un camion de bière ". Et puis, il y avait la classe de Petar Radenkovic, le gardien chantant, premier footballeur pro allemand à avoir connu le succès au hit-parade avec 'Bin I Radi, Bin I König'. Sur le terrain aussi, c'était un showman. Quand il sortait de son but, il lançait à un défenseur : " Je dois monter, tu prends ma place ? " L'histoire aurait pu être différente si les Lions n'étaient pas passés à côté de deux grandes futures stars et d'un investisseur qui voyait clair. Comme ses équipiers du SC 1906, Franz Beckenbauer rêvait de porter un jour les couleurs de Munich 1860 mais lorsqu'il avait 12 ans, au cours de la finale d'un tournoi de jeunes, il se fit insulter par les joueurs de ce club et décida de ne jamais y jouer. Au printemps 1964, Gerd Müller devait recevoir une délégation de Munich 1860 mais celle-ci ne se pointa qu'à midi alors que le rendez-vous avait été fixé au matin. Entre-temps, un club munichois avait téléphoné pour faire une proposition intéressante. Sans le savoir, Müller s'était engagé avec le Bayern. Lorsque l'entrepreneur munichois Wilhelm Neudecker se mit à la recherche d'un club qui lui permettrait de se faire connaître du grand public, son coiffeur lui conseilla le Bayern. Neudecker lui fit remarquer qu'il préférait Munich 1860. " Mais le Bayern cherche encore des gens ", répondit le coiffeur. En 1967, sous l'impulsion de Neudecker, le Bayern décrochait son premier titre en Bundesliga. Trois ans plus tard, Munich 1860 descendait pour la première fois. Il revivait entre 1994 et 2004, sous la direction de Werner Lorant, qui l'amenait de la D3 aux tours préliminaires de la Ligue des Champions mais la décision de participer à capital égal au financement de l'Allianz Arena était fatale au club. Lors de sa première saison à l'Allianz Arena, deux ans après la relégation en D2, Munich 1860 jouait encore devant 40.000 spectateurs mais un an plus tard, le Bayern le sauvait de la faillite en rachetant les actions du club pour onze millions d'euros. Depuis, Munich 1860 doit payer cinq millions d'euros de loyer chaque année. Le seul capital qui lui reste, ce sont ses fidèles supporters, habitués au chaos et aux déclarations matamoresques. La saison dernière, il affichait encore une moyenne de 25.690 spectateurs, dont 40.300 lors de la dernière journée de phase classique. La saison prochaine, Die Löwen n'affronteront plus Stuttgart ou Bochum. Ce 13 juillet, pour leur première journée de championnat, ils se rendent à Memmingen. Les 1.100 tickets réservés aux visiteurs sont partis en quelques minutes. Le 21 juillet, ils recevront Burghausen au vieux Grünwalder Stadion, là où ils ont décroché le titre en 1966 et où ils ont disputé leur dernier match en mai 2005, devant 20.000 personnes. Aujourd'hui, pour des raisons de sécurité, la capacité a été ramenée à 12.500 places. Le dimanche 22 octobre, pourtant, le stade sera trop petit. Ce jour-là, Munich 1860 affrontera l'équipe B du Bayern... PAR GEERT FOUTRÉ - PHOTO BELGAIMAGEDepuis qu'il est descendu pour la dernière fois de Bundesliga, en 2004, Munich 1860 a déjà changé 22 fois d'entraîneur.