Il est rare, de nos jours, qu'un coureur profite encore de la vie. Par le passé, des petites courses printanières comme le Tour d'Algarve servaient à brûler la graisse accumulée pendant l'hiver. Sous le soleil portugais, ce n'était pas une corvée. Aujourd'hui, chaque course est prise au sérieux. L'équipe BMC semble même avoir fait du Tour d'Algarve un rendez-vous important. Les Américains y alignent des coureurs comme Richie Porte, Tejay van Garderen, Dylan Teuns, Stefan Küng, Simon Gerrans, Jürgen Roelandts et Loïc Vliegen. A l'exception de Greg Van Avermaet, qui affûte sa condition au Tour d'Oman, c'est pratiquement l'équipe du Tour de France.
...

Il est rare, de nos jours, qu'un coureur profite encore de la vie. Par le passé, des petites courses printanières comme le Tour d'Algarve servaient à brûler la graisse accumulée pendant l'hiver. Sous le soleil portugais, ce n'était pas une corvée. Aujourd'hui, chaque course est prise au sérieux. L'équipe BMC semble même avoir fait du Tour d'Algarve un rendez-vous important. Les Américains y alignent des coureurs comme Richie Porte, Tejay van Garderen, Dylan Teuns, Stefan Küng, Simon Gerrans, Jürgen Roelandts et Loïc Vliegen. A l'exception de Greg Van Avermaet, qui affûte sa condition au Tour d'Oman, c'est pratiquement l'équipe du Tour de France. Dans cet ensemble, Dylan Teuns aura à coeur de ne pas dénoter. Le coureur de Halen, près de Diest, s'est fait un nom en un temps record. Nous aimerions savoir ce qu'il avait mangé entre le 24 juillet et le 13 août 2017 et nous nous demandons s'il est capable de refaire le même coup. En trois semaines, Teuns a remporté deux étapes et le classement final du Tour de Wallonie, une étape et le classement final du Tour de Pologne, ainsi que deux étapes et le classement final de l'Arctic Race of Norway. Le Limbourgeois nous écoute dérouler ce palmarès avec le sourire et hausse les épaules. " Je n'avais rien mangé de spécial, au contraire : j'avais très faim ", dit-il. " J'étais pro depuis deux ans et demi, et je n'avais encore rien gagné, si ce n'est un contre-la-montre par équipes dans lequel j'avais peu de mérite. Cela commençait à m'énerver. Je voulais gagner mais, aujourd'hui encore, je suis étonné d'avoir mis fin à cette spirale de façon aussi abrupte : huit victoires en vingt jours, c'est à peine croyable. " Une nouvelle saison commence. Vous avez toujours faim ? Dylan Teuns : Je suis loin d'être rassasié (il rit). Gagner, ça donne toujours des idées mais je ne vais pas me mettre à planer. Il y a de fortes chances que je n'établisse plus jamais une telle série. Vous savez ce qui m'a vraiment fait du bien ? Mon premier stage en altitude, juste avant le Tour de Wallonie. Aujourd'hui, je me dis que c'est ça qui a tout déclenché. Vous n'allez quand même pas nous dire que c'était la première fois que vous vous entraîniez en altitude ? Teuns : En tout cas, c'était la première fois que j'y allais avec l'objectif de me préparer spécifiquement pour une course. J'étais déjà allé en altitude en 2014, alors que j'étais stagiaire chez BMC, mais c'était plutôt un stage de découverte. Juste après, j'avais remporté une kermesse, une étape du Tour de l'Avenir et j'avais été le seul à rester dans la roue de Michal Kwiatkowski au Tour de Grande-Bretagne. Quelques semaines plus tard, Kwiatkowski était Champion du monde. Un bon conseil : allez plus souvent à la montagne ! Teuns : C'est également ce que me dit mon entraîneur (il rit). Le manque d'oxygène qu'offre l'altitude ne fait pas du bien à tout le monde mais en ce qui me concerne, il semble que ça marche. C'est bon à savoir pour le reste de ma carrière. Ce stage en altitude explique beaucoup de choses mais il ne faut pas non plus négliger les conséquences de cette première victoire pro sur mon mental. Après, tout est allé tout seul. J'étais parti au Tour de Wallonie avec l'idée de tenter de remporter une étape. J'en ai gagné deux et le classement final. Puis il y eut la Pologne. Tejay van Garderen et Rohan Dennis étaient au départ, je me suis donc dit que j'allais rouler pour eux mais les directeurs sportifs estimaient que j'avais fait mes preuves au Tour de Wallonie et que j'étais prêt à assumer un autre rôle. Je peux vous dire qu'il a fallu que je m'y fasse : une grande équipe comme BMC avec de grands noms qui se mettent au service de Dylan Teuns de Halen... Cette victoire m'a vraiment boosté, d'autant que le peloton était de qualité. On peut le dire. Vous avez devancé Rafal Majka, Wilco Kelderman, Adam Yates, Vincenzo Nibali, Rui Costa, Ilnur Zakarin... Teuns : Ce n'est pas n'importe qui, hein (il rit). Avant cela, je me débrouillais mais il me manquait un résultat qui étonne tout le monde. Au fil du temps, on risquait de me considérer comme un coureur incapable de faire la différence. Si je n'avais rien gagné la saison dernière, j'aurais peut-être dû changer de rôle. Le danger semble écarté. Peut-on dire que, dorénavant, vous êtes un leader ? Teuns : Pas encore à 100 %. L'équipe jouera ma carte entre la Flèche brabançonne et Liège-Bastogne-Liège mais le but n'est pas de tout gagner. Il faut rester les pieds sur terre. Pourquoi ne participerez-vous pas aux courses flamandes ? Elles vous conviennent, pourtant ? Teuns : J'ai remporté le Circuit Het Nieuwsblad chez les jeunes et il est évident qu'un Flamand s'intéresse à ces courses mais il faut pouvoir faire des choix. Je me sens bien sur les pavés mais mon poids constitue un handicap. Les Flandriens pèsent cinq à dix kilos de plus que moi. Je vole dans tous les sens tandis qu'ils restent collés au sol (il rit). Je suis la préparation traditionnelle en vue des classiques ardennaises : après le Tour d'Algarve, il y aura Paris-Nice et le Tour du Pays basque. Je ne dis pas définitivement non aux classiques flamandes mais je suis encore trop jeune pour cela et je suis content que l'équipe choisisse pour moi. Dans les classiques ardennaises, le peloton est plus international, elles sont plus difficiles à gagner. Teuns : Est-ce encore le cas aujourd'hui ? Je crois que les étrangers ont trouvé le chemin du Tour des Flandres aussi. Quelle course vous fait rêver ? Teuns : Question difficile. Liège-Bastogne-Liège est plus prestigieuse que la Flèche Wallonne mais je préfère cette dernière. L'an dernier, je me suis classé troisième au sommet du Mur de Huy. Un très bon résultat au plus haut niveau. La Flèche Wallonne est la course la plus honnête mais aussi la plus prévisible : tous les coureurs restent ensemble jusqu'au pied du Mur de Huy, qu'ils attaquent au sprint. Teuns : Pour les observateurs, c'est peut-être monotone mais pour un coureur, c'est super stressant. La Flèche Wallonne, c'est serré, la pression ne fait qu'augmenter et on n'a pas le droit de se déconcentrer un seul instant. Dans les plaines, le vent transforme la course en champ de bataille. Dans chaque village, lors de chaque rétrécissement de chaussée, il faut se battre pour être bien placé. Avant le Mur de Huy, la moitié du peloton est déjà en difficulté et dans le Mur... 19 %, je ne dois pas vous faire un dessin. C'est très intense mais à la télévision, ça ne se ressent pas. Ce genre de course me convient et ce genre d'arrivée aussi mais il y en a un qui est encore plus fort : au cours des quatre dernières années, Alejandro Valverde était imbattable à Huy. Je suppose quand même que ça ne va pas durer éternellement ( il rit). Un jour, l'âge lui jouera des tours. On verra. Il a 38 ans mais il va encore rouler pendant deux ans au moins. Et il n'a jamais développé autant de watts que cet hiver. Teuns : C'est un phénomène. Je n'ai jamais vu une victoire aussi impressionnante que la sienne, l'an dernier. J'étais super bien placé quand il a démarré. Je me suis retourné, tout le monde était lâché. C'est alors qu'il a passé la surmultipliée en cours d'accélération. C'était surhumain. A 50 mètres de la ligne, il a pu se relever. Etes-vous un tacticien ou un fonceur ? Teuns : Avant, j'étais plutôt un fonceur. Chez les jeunes, je gagnais rarement. Je fonçais la tête dans le mur et les autres en profitaient. Pourtant, je n'ai jamais été stupide non plus. Je savais que j'étais incapable de gagner au sprint, donc je me donnais à fond jusqu'à épuisement, dans l'espoir de fatiguer les sprinters. Cela m'a rendu plus fort et, juste avant de passer pro, j'ai commencé à soigner l'aspect tactique. Un coureur n'a que trois ou quatre flèches, il doit les utiliser intelligemment. Mais des coureurs comme Thomas De Gendt ne cessent d'attaquer. Teuns : C'est une tactique comme une autre. Thomas De Gendt part de loin parce qu'il sait que c'est comme ça qu'il a le plus de chances de l'emporter. J'ai beaucoup de respect pour les gens qui obtiennent des résultats de la sorte car ça doit être très dur. Vous allez à Liège-Bastogne-Liège pour gagner ou vous vous dites qu'un top 10, ce serait déjà fantastique ? Teuns : Bien sûr que ce serait fantastique. Il est trop tôt pour parler de victoire. En 2017, il y a eu un cas de dopage dans l'équipe BMC : Samuel Sánchez. Vous aviez des soupçons ? Teuns : Absolument pas. J'ai beaucoup couru avec lui et je n'ai jamais rien remarqué. Il n'avait pas été bon lors des classiques et je sentais bien qu'il était frustré. Il était sur le point de prendre sa retraite et je pense que son rêve était de partir sur un coup d'éclat lors de la Vuelta. Votre explication ne me convainc pas. Pourquoi ne se serait-il dopé qu'en fin de carrière et pas avant ? Teuns : Je ne connais pas ses motivations. En tout cas, c'était particulièrement stupide. Même s'il avait terminé trentième de la Vuelta, sa carrière était réussie depuis longtemps. Maintenant, il y a une grosse tache. J'ai roulé avec lui en Espagne et je peux vous dire que là-bas, Samuel Sánchez, ex-champion olympique, c'est un dieu. Mais qu'en reste-t-il ? Vous parlez encore de cette affaire entre vous ? Teuns : Pas beaucoup. Que voulez-vous qu'on dise ? A la fin de la saison, vous avez été sélectionné pour le Championnat du monde. C'était comment ? Teuns : Au vu de mes résultats, je pense que je méritais cette sélection. J'étais au service de Greg Van Avermaet mais cela ne me posait pas le moindre problème. Ce fut une expérience utile pour l'avenir. Le Championnat du monde 2018 devrait vous convenir. A Innsbruck, les côtes seront courtes. Teuns : J'en ai parlé avec le sélectionneur national lors du gala du Vélo de Cristal. Il m'a dit : Tu n'auras pas chaque année un circuit qui te convient alors saisis ta chance si elle se présente. Lors de la présentation de l'équipe BMC, le manager, Jim Ochowicz a dit : Les possibilités de Dylan Teuns sont illimitées. Teuns : Oui, c'est quelque chose dont on parle dans l'équipe... Ochowicz a dit cela parce qu'il veut me motiver pour les grands tours. Chez BMC, on pense que j'ai une carte à jouer au Giro ou à la Vuelta, peut-être même un jour au Tour. J'en suis moins convaincu car j'ai deux points faibles fondamentaux : je suis trop juste dans les longs cols et contre-la-montre. J'ai peut-être des possibilités en montagne mais alors, il faut que je me concentre uniquement là-dessus. Mais là, vous devrez vous battre contre les grimpeurs, des nains ultra-légers. Vous êtes maigre mais pas petit. Teuns : C'est pour ça que je dis peut-être. C'est le même problème que sur les pavés : mon corps constitue un obstacle. Théoriquement, je ne peux pas développer la puissance d'un Nairo Quintana. Et progresser en contre-la-montre demande un travail de longue haleine. Bref : actuellement, je ne vise pas les grands tours. De plus, ils m'intéressent moins que les classiques. Au fond, comment en êtes-vous arrivé à faire du cyclisme ? Teuns : C'était en 2005. Un copain de classe a dit qu'il voulait vendre son vélo de course. J'avais 13 ans et j'étais fan de Tom Boonen qui, cette année-là, avait remporté le Tour des Flandres, Paris-Roubaix et le championnat du monde. Ça faisait rêver. Après le Championnat du monde, j'étais conquis : ce vélo, il me le fallait. Mes parents m'ont dit que si je présentais un beau bulletin à Noël, ils y réfléchiraient. Et quand je voulais vraiment, j'étais un très bon élève (il rit). Pour pouvoir obtenir ma licence de coureur, j'ai dû passer un test à l'effort. Le médecin sportif était très étonné : mes valeurs étaient celles d'un espoir alors que je n'avais pas encore disputé la moindre course et que je m'étais à peine entraîné. Cela a beaucoup joué dans ma tête. Mon rêve se concrétisait : si je me débrouillais, je pouvais peut-être devenir coureur professionnel. Mais la première étincelle, elle est venue de Tom Boonen. Lors de sa dernière saison, j'ai eu l'occasion de m'entraîner quelques fois avec lui. Rien que cela, c'était déjà très motivant, même si je ne le lui ai jamais avoué aussi franchement.