Avec les retransmissions de l'Euro, on est arrivé à un tournant dans l'histoire contemporaine du sport télévisé. L'UEFA contrôle en effet la réalisation, sucrant les séquences qui pourraient avoir un effet négatif sur l'image du foot européen. Le procédé est simple : les images des différentes caméras arrivent sur les écrans de la régie finale où un réalisateur opère le choix de ce que vous voyez. C'est là que la censure s'opère. Exit les coups fourrés, la violence dans les tribunes, les crachats, les insultes, les rictus de haine...
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Avec les retransmissions de l'Euro, on est arrivé à un tournant dans l'histoire contemporaine du sport télévisé. L'UEFA contrôle en effet la réalisation, sucrant les séquences qui pourraient avoir un effet négatif sur l'image du foot européen. Le procédé est simple : les images des différentes caméras arrivent sur les écrans de la régie finale où un réalisateur opère le choix de ce que vous voyez. C'est là que la censure s'opère. Exit les coups fourrés, la violence dans les tribunes, les crachats, les insultes, les rictus de haine... De nombreuses voix se sont élevées contre cette aseptisation du direct qui constitue une avant-première des grands tournois de football. Alors que, jusqu'à présent, les téléspectateurs de matches de foot avaient toujours le sentiment de voir plus et mieux que les arbitres, ce n'est plus le cas. L'UEFA protège ses arbitres car, quand on est contre l'emploi de la vidéo dans l'arbitrage, il est impossible de justifier qu'on ait tant et tant d'images qui mettent autant les hommes en noir dans l'embarras. Surtout jusque dans les stades. Il est arrivé que des images provoquent l'ultime effet pervers en étant diffusées sur l'écran géant du stade, même en léger différé. Reste à voir si, à terme, ce type de contrôle augmentera ou non la valeur des retransmissions. A notre avis, des images expurgées de tout ce qui peut constituer de l'information signifie une diminution des droits à payer. 2008 constitue un double tournant dans l'histoire de la télévision sportive puisque la retransmission des prochains Jeux Olympiques a tout pour être également sujette à caution. On sait que les organisateurs de Pékin, soumis à une intense pression politique du fait de l'interprétation à la chinoise des valeurs démocratiques, ne veulent en aucun cas que des images de manifestants soient diffusées dans le monde entier. C'est sorti lors des premières menaces de boycott à l'époque de la plus récente crise tibétaine. Sur le front des télés européennes, on s'est immédiatement inquiété de la possibilité qu'auraient même les réalisateurs chinois à légèrement décaler les retransmissions, de manière à avoir encore plus de latitudes pour aménager la réalité. En attendant, l'Euro que tout le monde trouvait jusqu'à dimanche si spectaculaire et si fair-play s'est carrément enlisé lors d'un quart Italie-Espagne complètement soporifique jusqu'aux penalties. La faute aux Italiens qui n'ont pas joué le jeu, tablant sur leur organisation et une efficacité que Luca Toni n'a jamais été en mesure de démontrer. Les Espagnols ont fait le jeu, passé le test des pénos et gagné le droit d'affronter des Russes qu'ils connaissent bien en demi-finale. Mais ce n'est plus la même équipe qu'ils avaient atomisée 4-1 au premier tour. Le suspendu Arshavin est de retour et les Russes, contrairement à des tas d'équipes, montent en puissance en pratiquant un football totalement limpide qui a étouffé les Hollandais samedi. Dix tirs au but cadrés contre trois pour les gars de van Basten, c'était à se jeter dans le canal et c'est arrivé. Espagne-Russie jeudi à Vienne, se jouera exclusivement au football. La demi-finale de ce mercredi à Bâle entre l'Allemagne et la Turquie sera beaucoup plus musclée On sait que les Allemands ont des concepts de jeu très guerriers. Le défenseur Arne Friedrich avait passé les chevilles de Cristiano Ronaldo à la moulinette, par exemple (une image que l'UEFA n'a pas pu occulter...). Et les Turcs sont surtout des lutteurs de l'extrême. S'il est bien contrôlé par l'arbitrage, ce mach sera fraternel du fait de l'existence d'une méga communauté turque en Allemagne. On aura alors droit à des sommets de passion et d'intensité. Par contre, si le duel dérapait, ce serait vite fratricide. Une chose est sûre à ce stade-ci de la compétition : la finale opposera des tenants de styles diamétralement opposés. Là, au moins, l'UEFA n'aura pas réussi à produire un produit neutre. PAR JOHN BAETE