En six ans, la France a vu défiler cinq champions différents (Bordeaux, Lille, Marseille, Montpellier et le PSG). Et pas de trace dans cette liste de l'équipe dominante de la première décennie du 21e siècle. Le règne lyonnais qui a duré sept ans a pris fin un après-midi de 2008. Et depuis, c'est le désert. Ou presque. Pas de titre, un horizon bouché par les arrivées des Qataris au PSG et des Russes à Monaco, et pour la première fois en 2012, une absence remarquée en Ligue des Champions, épreuve dont faisait partie l'OL depuis 1999. Lyon avait beau retrouver la compétition phare européenne l'année suivante, l'érosion du géant français de ce début de siècle se confirmait année après année, au point de signer une 5e place en mai 2014, plus mauvais bilan depuis seize ans.
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En six ans, la France a vu défiler cinq champions différents (Bordeaux, Lille, Marseille, Montpellier et le PSG). Et pas de trace dans cette liste de l'équipe dominante de la première décennie du 21e siècle. Le règne lyonnais qui a duré sept ans a pris fin un après-midi de 2008. Et depuis, c'est le désert. Ou presque. Pas de titre, un horizon bouché par les arrivées des Qataris au PSG et des Russes à Monaco, et pour la première fois en 2012, une absence remarquée en Ligue des Champions, épreuve dont faisait partie l'OL depuis 1999. Lyon avait beau retrouver la compétition phare européenne l'année suivante, l'érosion du géant français de ce début de siècle se confirmait année après année, au point de signer une 5e place en mai 2014, plus mauvais bilan depuis seize ans. Rien ne présageait un retour au premier plan. Le PSG, Monaco, voire Marseille avaient occupé l'espace médiatique estival et Lyon semblait condamné à lutter pour sauver sa suprématie régionale, mise en péril par la lente mais constante progression du rival stéphanois. Le stade des Lumières censé redonner des couleurs et de l'ambition à cette équipe lyonnaise avait connu un retard de cinq ans et englouti une ardoise de 400 millions d'euros. Le flair sur le marché des transferts, qui avait été tant loué dans les années 2000, apportant au club des joueurs comme Florent Malouda, Michaël Essien ou Mahamadou Diarra, semblait envolé, aboutissant à des flops retentissants comme celui de Yohan Gourcuff, l'homme au salaire astronomique, ou Jimmy Briand. Vous ajoutez à cela le départ de Rémi Garde, l'entraîneur des trois dernières années, produit maison, adulé par tous, mais déçu de ne pas pouvoir donner plus d'ambition à cette équipe, et la sinistrose semblait encore guetter longtemps le club rhodanien. Mais après 23 journées, voilà que Lyon semble renouer avec ses belles années. L'OL occupe le fauteuil de leader, se découvre des stars en puissance, et doit emménager dans son stade tant promis fin 2015. " On a pris du retard sur la livraison du stade. Il aurait dû être disponible pour la saison 2010-2011. Il a donc fallu jongler au niveau de l'équipe et faire un peu de bric et de broc pendant ces années de transition ", reconnaît le président Jean-Michel Aulas. Le stade des Lumières aura donc d'abord amené les ténèbres dans ce club qui s'était habitué à la première place. Mais son inauguration fera passer le budget de l'OL de 120 à 200 millions. De quoi de nouveau tutoyer les sommets. En attendant, Lyon a été obligé de se tourner vers son centre de formation et des recrues de seconde zone. Les stars, sont, elles, parties. Lisandro Lopez, symbole d'une époque révolue, et Michel Bastos en 2013 ; Briand et Bafetimbi Gomis en 2014. Alors que Lyon avait investi 81 millions en 2009 et 28 (dont 22 pour Gourcuff) en 2010, ils n'ont plus dépensé que 16 millions entre 2010 et 2014, s'obligeant à vendre sur la même période pour 78 millions ! Même Gourcuff, dernier vestige des dépenses dorées, a fait un geste en acceptant de revoir son salaire à la baisse. Et comme Lyon ne fait plus de folies, il mise donc sur ses produits du terroir. Après les départs de Karim Benzema et Hatem Ben Arfa, le centre de formation a dû se reconstruire. Ça a mis du temps mais la politique porte aujourd'hui ses fruits. Aux Maxime Gonalons et Clément Grenier, issus du centre de formation et déjà piliers de cette équipe depuis quelques saisons, sont venus s'ajouter de véritables pépites comme Alexandre Lacazette, meilleur buteur de Ligue 1 avec 21 buts et dont la valeur est estimée aujourd'hui à 20 millions d'euros, et Nabil Fekir, véritable maître à jouer de l'OL. Ces dernières semaines, l'OL gagne ses matches avec huit joueurs du centre de formation dans le onze de base ! " Si Lyon marche aujourd'hui, c'est parce que le club... n'a plus d'argent ", lâche l'ancien attaquant Serge Chiesa. " Comme ils n'ont plus mis plus de 3 millions sur un joueur depuis 2011, ils se sont tournés vers leur centre de formation. " Or, le centre de formation lyonnais dégage une autre particularité. Contrairement aux autres grands clubs européens et français qui prospectent à l'échelle du continent, Lyon se contente d'explorer avant tout sa région. Les dirigeants du centre ont voulu casser le modèle français du centre de formation en considérant qu'un enfant se développe mieux s'il a la possibilité de rentrer dormir dans son foyer familial. Fini donc de déraciner les jeunes joueurs. Et l'internat ne sert plus, à Lyon, qu'aux enfants issus d'un milieu familial compliqué ou explosé, ainsi qu'à quelques joueurs expatriés. Cela procure actuellement à l'équipe première une vraie identité lyonnaise puisque la grande majorité des jeunes du noyau pro viennent de Lyon et des alentours ! Vous prenez une jeunesse éclatante (Fekir, Yassine Benzia, Clinton Njie, Corentin Tolisso, Jordan Ferri, Samuel Umtiti), un buteur de 23 ans qui explose (Lacazette) et un gardien, tout aussi jeune (24 ans) qui s'impose (Anthony Lopes), le tout encadré par Gonalons, Grenier et l'intermittent du spectacle, Gourcuff, souvent blessé imaginaire mais décisif à chaque fois qu'il joue, et vous obtenez une équipe séduisante, culottée et qui reste sur sept victoires d'affilée, et sur 13 victoires en 16 matches (une seule défaite). Et l'entraîneur dans tout cela ? Encore une fois, Aulas a décidé de miser sur le produit maison. Après avoir confié l'équipe à l'ancien joueur, capitaine et directeur du centre de formation, Rémi Garde, il a choisi pour lui succéder cet été un autre ancien joueur. Hubert Fournier, 47 ans,était en effet passer deux ans par l'OL (1998-2000) lors d'une carrière de joueur discrète qui l'a vu passer par Caen, Guingamp et le Borussia Mönchengladbach (alors en D2) notamment. Comme entraîneur, Fournier s'est surtout fait connaître en faisant monter Reims après 33 ans d'absence et en le maintenant en Ligue 1. Mais quelle est la part de Fournier dans le succès lyonnais ? Difficile à dire. Sa discrétion, son bon sens et son humilité que certains prennent pour un manque de charisme et une difficulté à prendre des décisions n'ont jamais soulevé les foules que ce soit à Reims et à Lyon. Certains n'hésitent pas à dire que les succès actuels de l'OL doivent davantage à Garde, très apprécié à l'OL et initiateur de cette politique de jeunes et de la tactique actuelle, qu'à Fournier. Mais c'est Fournier qui a lancé Fekir, révélation de la saison, qui ne jouait pas avec Garde. Et lorsque le capitaine Gonalons a affirmé que la préparation n'était pas digne d'un club de haut niveau, Fournier ne l'a pas sanctionné. Au contraire, il l'a écouté et a rajouté un jour de footing dans le planning. Depuis lors, Lyon n'a plus perdu qu'un match ! PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTO: BELGAIMAGE " Lyon gagne aujourd'hui ses matches avec huit joueurs issus du centre de formation dans le onze de base ! "