Il voulait dessiner sa version du Lotus Bleu et découvrir plus profondément un pays qui, durant deux semaines, l'a surpris, emballé, séduit par sa culture et ses regards tournés vers l'avenir et le modernisme.
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Il voulait dessiner sa version du Lotus Bleu et découvrir plus profondément un pays qui, durant deux semaines, l'a surpris, emballé, séduit par sa culture et ses regards tournés vers l'avenir et le modernisme. Comme Tintin, Zoran Ban n'oubliera jamais ce séjour au pays des mandarins, écourté brutalement par les attaques de la funeste pneumonie atypique. " Ce séjour en Chine m'a permis de faire le point sur mes ambitions et mon envie de retrouver la compétition au plus vite ", affirme Zoran Ban. " J'avais besoin de m'éloigner de mes problèmes. Et cela m'a bien réussi. En Chine, je me suis entraîné avec intensité afin d'être à la hauteur lors de me tests. Il fallait que je gomme au plus tôt cette saison sans la moindre rencontre. Je m'entraînais avec le noyau B à l'Excelsior mais pas question de jouer : le coach ne voulait pas. La page est tournée. J'en ai payé les conséquences. Je ne souhaiterais cela à personne, même pas à un ennemi. Mais Mouscron n'a pas été gagnant dans cette affaire : il suffit de regarder le classement pour comprendre ce qu'un attaquant ayant mon expérience aurait pu apporter à ce groupe. J'ai parfois eu l'impression, et même peut-être plus, que certains craignaient de me parler, de peur d'avoir à rendre des comptes au staff technique et même de perdre leur place. Un joueur a été appelé un jour dans le vestiaire du coach car il avait pris ma défense dans la presse et on lui a dit : - Attention, c'est la dernière fois. Psychologiquement, c'est très éprouvant. J'avais connu le paradis à Mouscron mais il n'en reste plus rien : c'est devenu un enfer où certains se méfient des autres, pas normal. Si j'ai tenu le coup, c'est grâce au soutien de ma famille et à mon désir de prolonger ma carrière. Jean-PierreDetremmerie, Geert Broeckaert, l'entraîneur du groupe B et son adjoint m'ont également aidé. Je suis redevenu un vrai footballeur en Chine. Aller en Asie m'a fait un bien fou à tous points de vie : sportivement, mentalement, moralement ". Pourtant, son séjour ne s'est pas prolongé en Chine à cause de l'épidémie de SARS. " Au début, personne n'en parlait ", avance Zoran Ban. " La maladie semblait se cantonner à Hong Kong. A l'hôtel, je regardais les télés étrangères. Je lisais sans cesse le télétexte de la RAI car je comprends l'italien. Nous nous sommes parfaitement rendu compte que le fléau se rapprochait de Pékin, à 150 km de la ville où je me trouvais, Tianjin. Je n'ai jamais deviné un mouvement de panique. C'est une ville de 10 millions d'habitants parfaitement organisée. Un joueur roumain se présenta un jour à l'entraînement avec un masque devant la bouche. Tout le monde l'a regardé bizarrement. Puis, on nous signala qu'il y avait deux cas suspects en ville. Les médecins du club nous procurèrent alors des sachets de thé. C'était un mélange de plantes naturelles et nous avons bu cette infusion durant trois jours. Le but était de renforcer nos barrières immunitaires. Ce thé était impossible à trouver dans le commerce. Il était réservé à l'armée et aux sportifs de haut niveau ". La Chine fut indiquée du doigt car elle n'aurait pas avancé des chiffres précis quant au nombre de personnes déjà atteintes par le mystérieux virus. Cette maladie contagieuse, qui se transmet par voie aérienne (postillons), ou par simples contacts de surfaces contaminés, sera-t-elle aussi mortelle que la triste grippe espagnole qui tua plus de 20 millions d'êtres humains ? Ce virus est-il passé de l'animal à l'homme ? S'attaque-t-il en priorité aux personnes âgées ou déjà en mauvaise santé ? Le Vietnam a effacé les dangers d'épidémie. La Chine se donne désormais les moyens d'en faire autant que son voisin du sud. " J'ai marqué deux buts lors d'un match amical ", souligne Zoran Ban. " Les dirigeants étaient d'autant plus ravis que je me donnais à fond lors des entraînements. Je n'étais pas là pour faire du tourisme. Il y avait déjà quelques mois que j'étais en contact avec ce pays via un manager chinois, que tout le monde appelle Ken. Il avait déjà amené Arie Haan, le successeur de BoraMilutinovic à la tête de l'équipe nationale, Tomas Vasov et Nenad Vanic en Chine. Ken fut aussi à la base de l'intérêt chinois pour Danny Boffin. J'étais cité à Tianjin et à Shanghai. J'ai d'abord refusé car je ne me sentais pas prêt pour cette aventure. A quoi devais-je m'attendre ? La Chine était-elle aussi développée que l'Europe ? Je me posais pas mal de questions. Puis, j'ai accepté l'offre de Ken. Je ne le regrette pas du tout. J'ai découvert un immense pays en plein boum. Tianjin vit 24 heures sur 24. Là-bas, on travaille dans le bâtiment même sur le coup de 22 heures. La ville est ultra moderne et j'ai même eu le sentiment que la Chine avait déjà pris une avance économique importante sur l'Europe. Il y a un business fou partout. Tout est impeccable, propre, pas un papier gras ne traîne sur les trottoirs. Je m'étais renseigné auprès de Vanic, l'ancien joueur de Gand, qui était épaté. Les Chinois sont toujours souriants et gentils. Quand ils voient des Européens, ils les saluent, les touchent de la main comme pour vérifier s'ils sont vivants. Je me suis promené avec Vanic et ses deux filles : il y eut presque un attroupement autour de nous. En Chine, on ne peut avoir qu'un enfant et ce spectacle étonnait les passants. Je logeais dans un hôtel pourvu de tout le confort moderne. Tout est bon marché. J'ai acheté des chaussures pour mes filles : sept euros la paire alors qu'elles coûtent 55 euros en Belgique. Là-bas, 500 euros, c'est une fortune. Nous avons mangé un soir à huit dans le meilleur restaurant de la ville pour 15 dollars tout compris. Quand je suis reparti, j'ai dû mettre un masque durant tout le voyage en avion. Vu l'ampleur de l'épidémie, il était impossible de rester. Tous les joueurs étrangers de Tianjin sont rentrés chez eux, en Europe ou en Amérique latine. Par rapport à la Belgique, les contrats sont deux fois plus élevés et payés en net. Malgré cet attrait financier, le départ s'imposait et je le regrette vivement ". En Chine, Zoran Ban fit la connaissance d'un entraîneur connu en Italie, Giuseppe Materazzi, dont le fils, Marco, évolue à l'Inter Milan. " Les Chinois sont indiscutablement de bons techniciens mais doivent progresser sur le plan tactique ", affirme Zoran Ban. " C'est pour cela qu'ils font appel pour le moment à de nombreux joueurs européens. Les Chinois suivent les grands championnats étrangers. Les joueurs chinois rêvent tous de se retrouver dans un club européen, même pour un seul match. Là-bas, ils savaient que j'avais évolué à la Juventus lors des débuts de ma carrière à l'étranger. Ils m'ont posé pas mal de questions sur le club turinois, Boavista, où j'ai joué aussi, Mouscron et Genk qui est connu depuis sa participation à la Ligue des Champions. Quand je suis arrivé à Tianjin, après un vol de dix heures entre Paris et Pékin, et 150 km en voiture, je n'ai pas eu le temps de me reposer. J'ai tout de suite été présenté à la presse. J'étais fatigué et le fait de vaincre le sommeil pour les nombreux journalistes présents a été considéré comme une preuve de respect à leur égard. Les installations sont impeccables. Tianjin dispose d'un centre d'entraînement et d'un hôtel à une vingtaine de kilomètres du centre de la ville. En Chine, les clubs appartiennent à de grandes sociétés commerciales et changent régulièrement de nom en fonction de leurs principaux sponsors. Le club de Tianjin s'appelle Teda pour le moment mais rien ne dit que ce ne sera pas Samsung ou Nikon demain. Le stade est magnifique, d'une contenance de 45.000 places, me fait penser à l'Arena d'Amsterdam, et sera un de sites des Jeux Olympiques organisés en Chine. La circulation est infernale : il n'y a pas moyen d'y glisser un vélo ou une voiture. C'est une véritable ruche. J'aurais aimé y résider. Tout était prêt, il ne restait plus qu'à signer mon contrat. L'épidémie en a décidé autrement. Le championnat chinois se déroule de mars à novembre. Une demidizaine de matches ont eu lieu et la reprise de la compétition, après une interruption pour les besoins de l'équipe nationale, était prévue pour le 5 mai. Tianjin m'a demandé de rentrer en Belgique et de régler mes derniers problèmes avec Mouscron où mon contrat courait jusqu'en juin 2004. Mais, très vite, on m'a appris qu'il n'y avait plus urgence. Le championnat chinois est arrêté pour une période indéterminée, jusqu'au moment où des remèdes seront trouvés afin de vaincre la pneumonie atypique. Dommage mais il est évident qu'on ne peut pas hypothéquer sa santé et celle des autres. J'ai une famille et je ne veux pas risquer quoi que ce soit pour ma femme Sanja et nos deux filles, Sara (8 ans) et Grazia, 4 ans. Je ne sais pas si je retournerai un jour en Chine mais, quoi qu'il en soit, je n'oublierai jamais ce pays de la taille d'un continent. Je me posais beaucoup de questions quand je suis arrivé à Tianjin. Je n'en menais pas large mais je me suis rendu compte que ma carrière était loin d'être terminée. Rien que pour cela, ce voyage a été une bénédiction. J'ai bien fait de me battre, de lutter face à l'indifférence et même la cruauté de certains à mon égard. J'ai vaincu tout cela, je suis resté debout et à 29 ans, jusqu'au... 27 mai, je me sens fort, bien décidé à prolonger ma carrière durant plusieurs années. Tianjin me voulait. C'était la preuve que mon football est encore performant. Je suis plus décidé que jamais à rebondir ". Avant la Chine, Zoran Ban avait été cité à Chypre (Apollon Nicosie) et au Karpati de Lvov en Ukraine, un club entraîné par un coach croate, Ivan Gorac. Ban rencontra les dirigeants de Lvov à Marbella mais il y avait une marge entre les promesses et le contrat proposé. Zoran Ban préféra en rester là. Après son retour de Chine, il rencontra Jean-Pierre Detremmerie. " Je ne pouvais pas rester une saison de plus sans prendre part à un match ", dit-il. " Un nouvel arrêt et c'était la fin de ma carrière. Nous avons trouvé une solution qui arrange tout le monde : je suis désormais libre comme l'air ". Il y a quelques mois, son nom circula à Lokeren où Paul Put songea à lui pour remplacer Sambegou Bangoura ainsi qu'à Gand. Mons était également sur sa piste. Zoran Ban rencontra même Jean-Claude Verbist qui préparait probablement le terrain en cas de départ, désormais confirmé de Cédric Roussel. Mons cherche deux attaquants. Un séjour chez les Dragons enchanterait l'ancien buteur des Hurlus. " Ce serait une solution intéressante ", avance-t-il. " Marco Casto a déjà pris la direction de Mons. Entre joueurs, on parle beaucoup de la qualité de jeu des équipes de D1. Marc Grosjean a la réputation d'être un coach offensif. Cédric Roussel s'est relancé à Mons : cela fait réfléchir. J'ai marqué 48 buts en 198 matches de championnat et de Coupe de Belgique. Je peux repartir du bon pied. Mes enfants vont à l'école et l'idéal pour eux, et pour moi, serait de retrouver un club en Belgique. Si je n'y arrive pas, il me sera possible de rentrer et de jouer à Rijeka, en Croatie. Mais, à 29 ans, c'est tout de même un peu tôt ". " A Mouscron, certains craignaient de me parler, de peur de perdre leur place "