Mardi Le maçon de Béziers

Les entraînements reprennent après un lundi de congé, sous un soleil presque... ivoirien. Un guichet est ouvert à l'entrée du stade pour la vente des tickets : on attend 12.500 supporters waeslandiens au stade Roi Baudouin. Sur la pelouse annexe du Freethiel, Theo Custers s'occupe des gardiens. Il a promis de raser sa légendaire moustache pour la finale. Les joueurs de champ s'entraînent sur le terrain principal. Echauffement, suivi d'exercices avec ballon. Jean- MarcGuillou suit tout cela de près : il se balade dans le rond central, au milieu des joueurs. Une quinzaine de supporters sont regroupés dans la tribune. L'un d'eux s'approche du terrain et interpelle le manager français : - MonsieurGuillou, jesuisvenudeFrancepourvoirl'équipe !Bonnechance ! Jean-Marc Guillou fait un signe de la main. L'homme s'appelle GeertKins, un nom bien de chez nous, mais il est arrivé la veille de... Béziers.

" En fait, je suis né à Beveren ", explique-t-il. " J'ai un peu voyagé, et un beau jour, j'ai posé mes valises dans le sud de la France. J'y vis maintenant depuis dix ans. Au début, j'ai fait les vendanges pour gagner un peu d'argent, et aujourd'hui je travaille comme maçon. Je mène donc une existence modeste, mais j'ai pris 15 jours de congé pour assister à cet événement que constitue la finale de la Coupe de Belgique. Heureusement, mon patron aime le foot également, il a tout de suite compris ma démarche. S'il avait refusé, je ne sais pas comment j'aurais réagi. Je n'ai pratiquement plus vu un match de foot depuis dix ans. Béziers, c'est le pays du rugby. De là où je vis, j'aurais pu aller à Montpellier ou à Marseille, mais c'est déjà loin, et puis mon équipe française préférée, c'est... Lens ! Je me suis tenu au courant de l'évolution du football belge par la presse. Mon père m'envoie les journaux. Il y a trois ans, le club était à l'agonie. Lors du triste épisode avec le Turc NazmiKaramantli, j'ai pensé que tout était perdu. Les dirigeants ont cru au projet de Guillou. Au début, certains se sont moqués, mais je suis reconnaissant au manager français d'avoir redonné vie au club de mon c£ur. En deux ans et demi, il a tout restructuré. Et aujourd'hui, on parle de Beveren dans toute l'Europe. J'ai même lu qu'on attendait des équipes de télévision du Canada et du Brésil pour la finale de dimanche. Même si Beveren était battu 4-1, je ne serais pas déçu. Après la période particulièrement noire que le club a traversée, ce qui arrive aujourd'hui n'est que du bonheur ".

Mercredi Côte d'Ivoire 2010

Chacun se retrouve sur le terrain principal. Une grande partie de l'entraînement est consacrée à un petit match. Pour les joueurs blancs, il fait déjà chaud. Ils s'épongent le front régulièrement.

Deux journalistes néerlandais sont présents. L'un d'eux s'entretient longuement avec un jeune supporter de Beveren affublé d'un maillot d'Arsenal. Il a beaucoup de choses à dire, apparemment. Des révélations venues du c£ur.

A table, les joueurs ne se mélangent pas : les Africains d'un côté, les quelques Blancs de l'autre.

Comme la veille, Herman Helleputte ne s'attarde pas au Freethiel après l'entraînement : il doit se rendre à Bruxelles pour les cours de la Licence Pro. " Parmi les collègues que je retrouve sur les bancs, figurent EddySnelders, DanteBrogno, ErwinVandenbergh, RenéDesaeyere, JackyMathijssen et... HenriDepireux. Du beau monde, donc. Un club de D1 doit obligatoirement posséder un entraîneur ayant la licence professionnelle. A Beveren, jusqu'ici, il y avait Jean-Marc Guillou... et c'est tout ".

Un journaliste français, envoyé par un mensuel d'outre-Quiévrain, a fait le déplacement depuis Paris. Il vient réaliser un reportage sur le thème Côted'Ivoire, championnedumonde2010. La plupart des jeunes joueurs ivoiriens qu'il espérait rencontrer sont directement rentrés chez eux, mais Marco s'est attardé. Et il est en mal de confidences. " La grande star du futur, c'est ArunaDindane ", rétorque-t-il alors que son interlocuteur lui parle de DidierDrogba. " Je respecte le Marseillais, mais il se contente d'être présent dans la surface. Aruna est plus complet ".

Ses modèles à lui sont européens : " J'adore Guti par exemple : un demi défensif qui adresse également des passes de but. Ou RuiCosta : un demi offensif que j'admire pour son fair-play. C'est important, le fair-play ".

L'académie de Guillou, et les rapports parfois difficiles avec la fédération, sont également abordés : " Le problème de Jean-Marc Guillou, c'est qu'il n'est pas très diplomate. Un jour, je me trouvais dans son bureau alors qu'il appelait la fédération. Il traitait les gens à l'autre bout du fil de nuls. C'est peut-être vrai qu'ils sont nuls, mais il faut pouvoir garder une certaine réserve. M. Guillou a son franc-parler. Il veut toujours avoir raison... et il faut avouer qu'il n'a pas souvent tort. On a eu de la chance de pouvoir fréquenter l'académie pendant huit ans. C'est là qu'on a tout appris. On doit s'en sortir avec la technique, car la plupart des Ivoiriens sont petits et frêles. Question d'hérédité et d'habitudes alimentaires, probablement. Quelques-uns, comme Aruna Dindane à Anderlecht ou KoloTouré à Arsenal, ont la chance d'être plus costauds et s'imposent plus facilement. J'admire beaucoup Kolo Touré, parce qu'en plus d'être un excellent technicien, c'est un grand travailleur ".

Marco Né affirme que Jean-Marc Guillou n'oublie pas ses anciens protégés : " Mon frère, Arsène, n'est pas abandonné à son triste sort à Donetzk. Il se plaît là-bas et prend des cours d'ukrainien. Cela se passe mieux que les cours de néerlandais, paraît-il. Je m'excuse pour les Flamands, mais l'ukrainien est une... plus belle langue ".

A Beveren, on a décrété que ce mercredi était le dernier jour durant lequel les joueurs pouvaient accorder des interviews. " Mais bon, si un journaliste se présente, on ne va pas le refuser : on est à Beveren ", rétorque un employé.

Jeudi La région du Vlaams Blok

Et de fait : une équipe de télévision ivoirienne vient de débarquer. Guillou invite les trois envoyés spéciaux à venir prendre place sur le bord du terrain. " On est arrivé ce matin par le vol de nuit ", explique le reporter caméraman LamineDramé. " C'est exceptionnel ce qui se passe ici. Avec Guillou, on peut dormir tranquille. Il fait du très bon travail et nos joueurs sont en de bonnes mains. On est fier d'eux au pays. Ils ont apporté, je crois, une petite touche technique au football belge. Les footballeurs, ce sont un peu des artistes. On espère tous qu'ils remporteront la Coupe de Belgique ".

Il filme l'entraînement, encore basé sur un petit match à huit contre huit. La séance se termine par des centres aériens, que les défenseurs doivent repousser. Histoire de se préparer à contrer l'arme de prédilection des Brugeois.

" C'est tout de même curieux ", relève un supporter flandrien. " Une équipe composée en majorité de footballeurs africains connaît une telle réussite et engendre un tel courant de sympathie dans une région où le VlaamsBlok est très populaire ".

Pour le jeune KristofLardenoit (21 ans), l'heure de vérité approche. Il est l'un des rares joueurs belges de l'effectif et il avait participé à la demi-finale retour contre Anderlecht : " J'étais monté au jeu à la 50e minute et je pense m'être bien débrouillé face à des joueurs comme ArunaDindane et NenadJestrovic. Mais j'ignore si je ferai partie du noyau. L'entraîneur doit le communiquer tout à l'heure et il ne peut inscrire que 15 joueurs sur la feuille de match. Si je ne fais pas partie du groupe, je n'accompagnerai pas mes partenaires à la mise au vert. D'une certaine manière, ce serait mieux pour mes études : je suis encore étudiant en marketing à Anvers et les examens approchent. Mais ce serait une grande déception car je n'aurai pas chaque année l'occasion de vivre un tel événement ".

A ses débuts, on l'avait pris pour un joueur français. Pourtant, malgré son nom, il est originaire du Pays de Waes : " De St-Gilles-Waes plus exactement. C'est là que j'ai fait toutes mes classes. J'ai été transféré à Beveren à 16 ans ".

Et aujourd'hui, il est intégré au noyau A : " Parfois, je me sens un peu comme l'un des étrangers de l'équipe. Mais, d'un autre côté, je peux beaucoup apprendre des Ivoiriens sur le plan technique. Et leur venue a permis de sauver le club ".

C'est pourtant avec le Letton IgorStepanovs qu'il semble avoir le plus d'affinités : " Comme les Ivoiriens ne parlent pas l'anglais, Igor noue souvent la conversation avec moi. En dehors du terrain, j'ai peu de contacts avec les Ivoiriens. Ils restent ensemble ".

Lardenoit sera déçu : il n'y aura pas de Coupe de Belgique pour lui. Ni pour StevenWostijn et JossePéhé. " Devoir leur annoncer la mauvaise nouvelle fut un moment difficile ", assure Helleputte. " Ce n'est jamais agréable de devoir laisser à la maison des joueurs qui n'ont pas démérité. Mais il faut bien faire un choix ".

Vendredi En direct là-bas

C'est le dernier entraînement au Freethiel avant le départ pour la mise au vert à Grobbendonk. La tension monte chez Marco Né. " C'est un week-end très spécial qui s'annonce. C'est ma première saison professionnelle et j'ai déjà la chance de disputer la finale de la Coupe de Belgique. Lorsque je croise des gens dans la rue, on ne me parle que de ça. J'ai très à c£ur de livrer une grande prestation, et surtout j'aimerais gagner, d'autant que le match sera diffusé en direct en Côte d'Ivoire. Toute la famille sera devant son petit écran. Habituellement, elle voit des extraits le lundi. J'aurais aimé faire venir mes proches en Belgique pour l'occasion, mais ce n'est pas évident d'obtenir un visa. Je suis un peu nerveux, mais je crois que cela va aller. Avec mes partenaires ivoiriens, nous jouons un peu un rôle d'ambassadeur. Beveren est désormais la ville belge la mieux connue dans mon pays. Je retournerai en Côte d'Ivoire après la saison, mais je n'aurai pas beaucoup de temps à consacrer à la famille. L'équipe nationale reprend directement ses activités, avec les éliminatoires de la Coupe du Monde 2006 et un match contre la Namibie qui m'attend déjà le 6 juin. Après, ce seront des déplacements en Egypte et au Cameroun. Je n'aurai pas l'occasion de chômer ".

Samedi Du ballon, du ballon, du ballon

Björn Vleminck, qui avait marqué un but lors des trois derniers matches, rejoint ses coéquipiers au vert à Grobbendonk. Il avait passé la semaine avec l'équipe nationale des û19 ans.

" Si j'ai demandé une mise au vert, c'est surtout parce que, connaissant les Ivoiriens, ils ont tendance à inviter tous leurs amis pour l'événement ", explique Helleputte. " Ils se retrouvent alors à sept ou à huit dans leur appartement. J'ai préféré le calme d'une retraite. La semaine s'est déroulée de manière plutôt chaotique. Il y a eu beaucoup plus d'intérêt que d'habitude de la part des médias. Le schéma d'entraînement, en revanche, n'a pas été modifié. Normalement, en fin de saison, on ne s'entraîne plus qu'une fois par jour et ce fut encore le cas cette semaine-ci. La semaine d'avant, par contre, on s'était entraîné plus intensivement. Il y a effectivement beaucoup de petits matches. 90 % des exercices s'effectuent avec ballon. On n'entraîne pas des joueurs ivoiriens de la même manière que les belges. C'est une autre mentalité. On peut, pour ainsi dire, les laisser jouer au football pendant trois heures, mais si un exercice s'effectue sans ballon, ils demandent déjà après deux minutes : - Coach, celavadurerlongtemps ? Pour moi aussi, cela a nécessité une période d'adaptation. J'ai notamment eu du mal à m'habituer à leurs réactions après une défaite. Les joueurs belges, ou européens en général, sont généralement de mauvaise humeur dans ce cas-là, mais eux se remettent déjà à chanter sous la douche ".

Dimanche Une belle finale

Lors de la présentation des équipes, on joue la Brabançonne. Pas l'hymne national ivoirien...

Comme on pouvait le prévoir, Beveren entame la partie de façon enthousiaste, mais c'est Bruges qui ouvre la marque. Les Waeslandiens reviendront, à deux reprises même, mais s'inclineront finalement 4-2. " On ne peut jamais être satisfait lorsqu'on perd ", estime Herman Helleputte. " Néanmoins, je peux être fier de mes joueurs. On a assisté à l'une des meilleures finales de ces dernières années et le public a été gratifié de quelques numéros techniques. On a répondu aux critiques, justifiées, affirmant que Beveren avait décliné lors du deuxième tour. Il y avait des raisons à cela : d'une part, on s'était focalisé sur la Coupe, et d'autre part, trois bons joueurs nous ont quittés durant la trêve hivernale, et après la prestation de ce dimanche, on peut s'attendre à de nouveaux départs. A 2-2, je pensais que nous pouvions gagner. Quelques erreurs ont causé notre perte. Lorsque j'ai vu entrer AndrésMendoza, j'ai directement pensé : - Attention, ilestdangereuxcelui- là ! Cela s'est, hélas pour nous, vérifié ".

Daniel Devos

" L'Ukrainien, c'est quand même PLUS JOLI QUE LE FLAMAND " (Marco Né)

" JEAN-MARC GUILLOU n'est pas diplomate : c'est son SEUL DéFAUT " (Marco Né)

Les entraînements reprennent après un lundi de congé, sous un soleil presque... ivoirien. Un guichet est ouvert à l'entrée du stade pour la vente des tickets : on attend 12.500 supporters waeslandiens au stade Roi Baudouin. Sur la pelouse annexe du Freethiel, Theo Custers s'occupe des gardiens. Il a promis de raser sa légendaire moustache pour la finale. Les joueurs de champ s'entraînent sur le terrain principal. Echauffement, suivi d'exercices avec ballon. Jean- MarcGuillou suit tout cela de près : il se balade dans le rond central, au milieu des joueurs. Une quinzaine de supporters sont regroupés dans la tribune. L'un d'eux s'approche du terrain et interpelle le manager français : - MonsieurGuillou, jesuisvenudeFrancepourvoirl'équipe !Bonnechance ! Jean-Marc Guillou fait un signe de la main. L'homme s'appelle GeertKins, un nom bien de chez nous, mais il est arrivé la veille de... Béziers. " En fait, je suis né à Beveren ", explique-t-il. " J'ai un peu voyagé, et un beau jour, j'ai posé mes valises dans le sud de la France. J'y vis maintenant depuis dix ans. Au début, j'ai fait les vendanges pour gagner un peu d'argent, et aujourd'hui je travaille comme maçon. Je mène donc une existence modeste, mais j'ai pris 15 jours de congé pour assister à cet événement que constitue la finale de la Coupe de Belgique. Heureusement, mon patron aime le foot également, il a tout de suite compris ma démarche. S'il avait refusé, je ne sais pas comment j'aurais réagi. Je n'ai pratiquement plus vu un match de foot depuis dix ans. Béziers, c'est le pays du rugby. De là où je vis, j'aurais pu aller à Montpellier ou à Marseille, mais c'est déjà loin, et puis mon équipe française préférée, c'est... Lens ! Je me suis tenu au courant de l'évolution du football belge par la presse. Mon père m'envoie les journaux. Il y a trois ans, le club était à l'agonie. Lors du triste épisode avec le Turc NazmiKaramantli, j'ai pensé que tout était perdu. Les dirigeants ont cru au projet de Guillou. Au début, certains se sont moqués, mais je suis reconnaissant au manager français d'avoir redonné vie au club de mon c£ur. En deux ans et demi, il a tout restructuré. Et aujourd'hui, on parle de Beveren dans toute l'Europe. J'ai même lu qu'on attendait des équipes de télévision du Canada et du Brésil pour la finale de dimanche. Même si Beveren était battu 4-1, je ne serais pas déçu. Après la période particulièrement noire que le club a traversée, ce qui arrive aujourd'hui n'est que du bonheur ". Chacun se retrouve sur le terrain principal. Une grande partie de l'entraînement est consacrée à un petit match. Pour les joueurs blancs, il fait déjà chaud. Ils s'épongent le front régulièrement. Deux journalistes néerlandais sont présents. L'un d'eux s'entretient longuement avec un jeune supporter de Beveren affublé d'un maillot d'Arsenal. Il a beaucoup de choses à dire, apparemment. Des révélations venues du c£ur. A table, les joueurs ne se mélangent pas : les Africains d'un côté, les quelques Blancs de l'autre. Comme la veille, Herman Helleputte ne s'attarde pas au Freethiel après l'entraînement : il doit se rendre à Bruxelles pour les cours de la Licence Pro. " Parmi les collègues que je retrouve sur les bancs, figurent EddySnelders, DanteBrogno, ErwinVandenbergh, RenéDesaeyere, JackyMathijssen et... HenriDepireux. Du beau monde, donc. Un club de D1 doit obligatoirement posséder un entraîneur ayant la licence professionnelle. A Beveren, jusqu'ici, il y avait Jean-Marc Guillou... et c'est tout ". Un journaliste français, envoyé par un mensuel d'outre-Quiévrain, a fait le déplacement depuis Paris. Il vient réaliser un reportage sur le thème Côted'Ivoire, championnedumonde2010. La plupart des jeunes joueurs ivoiriens qu'il espérait rencontrer sont directement rentrés chez eux, mais MarcoNé s'est attardé. Et il est en mal de confidences. " La grande star du futur, c'est ArunaDindane ", rétorque-t-il alors que son interlocuteur lui parle de DidierDrogba. " Je respecte le Marseillais, mais il se contente d'être présent dans la surface. Aruna est plus complet ". Ses modèles à lui sont européens : " J'adore Guti par exemple : un demi défensif qui adresse également des passes de but. Ou RuiCosta : un demi offensif que j'admire pour son fair-play. C'est important, le fair-play ". L'académie de Guillou, et les rapports parfois difficiles avec la fédération, sont également abordés : " Le problème de Jean-Marc Guillou, c'est qu'il n'est pas très diplomate. Un jour, je me trouvais dans son bureau alors qu'il appelait la fédération. Il traitait les gens à l'autre bout du fil de nuls. C'est peut-être vrai qu'ils sont nuls, mais il faut pouvoir garder une certaine réserve. M. Guillou a son franc-parler. Il veut toujours avoir raison... et il faut avouer qu'il n'a pas souvent tort. On a eu de la chance de pouvoir fréquenter l'académie pendant huit ans. C'est là qu'on a tout appris. On doit s'en sortir avec la technique, car la plupart des Ivoiriens sont petits et frêles. Question d'hérédité et d'habitudes alimentaires, probablement. Quelques-uns, comme Aruna Dindane à Anderlecht ou KoloTouré à Arsenal, ont la chance d'être plus costauds et s'imposent plus facilement. J'admire beaucoup Kolo Touré, parce qu'en plus d'être un excellent technicien, c'est un grand travailleur ". Marco Né affirme que Jean-Marc Guillou n'oublie pas ses anciens protégés : " Mon frère, ArsèneNé, n'est pas abandonné à son triste sort à Donetzk. Il se plaît là-bas et prend des cours d'ukrainien. Cela se passe mieux que les cours de néerlandais, paraît-il. Je m'excuse pour les Flamands, mais l'ukrainien est une... plus belle langue ". A Beveren, on a décrété que ce mercredi était le dernier jour durant lequel les joueurs pouvaient accorder des interviews. " Mais bon, si un journaliste se présente, on ne va pas le refuser : on est à Beveren ", rétorque un employé. Et de fait : une équipe de télévision ivoirienne vient de débarquer. Guillou invite les trois envoyés spéciaux à venir prendre place sur le bord du terrain. " On est arrivé ce matin par le vol de nuit ", explique le reporter caméraman LamineDramé. " C'est exceptionnel ce qui se passe ici. Avec Guillou, on peut dormir tranquille. Il fait du très bon travail et nos joueurs sont en de bonnes mains. On est fier d'eux au pays. Ils ont apporté, je crois, une petite touche technique au football belge. Les footballeurs, ce sont un peu des artistes. On espère tous qu'ils remporteront la Coupe de Belgique ". Il filme l'entraînement, encore basé sur un petit match à huit contre huit. La séance se termine par des centres aériens, que les défenseurs doivent repousser. Histoire de se préparer à contrer l'arme de prédilection des Brugeois. " C'est tout de même curieux ", relève un supporter flandrien. " Une équipe composée en majorité de footballeurs africains connaît une telle réussite et engendre un tel courant de sympathie dans une région où le VlaamsBlok est très populaire ". Pour le jeune KristofLardenoit (21 ans), l'heure de vérité approche. Il est l'un des rares joueurs belges de l'effectif et il avait participé à la demi-finale retour contre Anderlecht : " J'étais monté au jeu à la 50e minute et je pense m'être bien débrouillé face à des joueurs comme ArunaDindane et NenadJestrovic. Mais j'ignore si je ferai partie du noyau. L'entraîneur doit le communiquer tout à l'heure et il ne peut inscrire que 15 joueurs sur la feuille de match. Si je ne fais pas partie du groupe, je n'accompagnerai pas mes partenaires à la mise au vert. D'une certaine manière, ce serait mieux pour mes études : je suis encore étudiant en marketing à Anvers et les examens approchent. Mais ce serait une grande déception car je n'aurai pas chaque année l'occasion de vivre un tel événement ". A ses débuts, on l'avait pris pour un joueur français. Pourtant, malgré son nom, il est originaire du Pays de Waes : " De St-Gilles-Waes plus exactement. C'est là que j'ai fait toutes mes classes. J'ai été transféré à Beveren à 16 ans ". Et aujourd'hui, il est intégré au noyau A : " Parfois, je me sens un peu comme l'un des étrangers de l'équipe. Mais, d'un autre côté, je peux beaucoup apprendre des Ivoiriens sur le plan technique. Et leur venue a permis de sauver le club ". C'est pourtant avec le Letton IgorStepanovs qu'il semble avoir le plus d'affinités : " Comme les Ivoiriens ne parlent pas l'anglais, Igor noue souvent la conversation avec moi. En dehors du terrain, j'ai peu de contacts avec les Ivoiriens. Ils restent ensemble ". Lardenoit sera déçu : il n'y aura pas de Coupe de Belgique pour lui. Ni pour StevenWostijn et JossePéhé. " Devoir leur annoncer la mauvaise nouvelle fut un moment difficile ", assure Helleputte. " Ce n'est jamais agréable de devoir laisser à la maison des joueurs qui n'ont pas démérité. Mais il faut bien faire un choix ". C'est le dernier entraînement au Freethiel avant le départ pour la mise au vert à Grobbendonk. La tension monte chez Marco Né. " C'est un week-end très spécial qui s'annonce. C'est ma première saison professionnelle et j'ai déjà la chance de disputer la finale de la Coupe de Belgique. Lorsque je croise des gens dans la rue, on ne me parle que de ça. J'ai très à c£ur de livrer une grande prestation, et surtout j'aimerais gagner, d'autant que le match sera diffusé en direct en Côte d'Ivoire. Toute la famille sera devant son petit écran. Habituellement, elle voit des extraits le lundi. J'aurais aimé faire venir mes proches en Belgique pour l'occasion, mais ce n'est pas évident d'obtenir un visa. Je suis un peu nerveux, mais je crois que cela va aller. Avec mes partenaires ivoiriens, nous jouons un peu un rôle d'ambassadeur. Beveren est désormais la ville belge la mieux connue dans mon pays. Je retournerai en Côte d'Ivoire après la saison, mais je n'aurai pas beaucoup de temps à consacrer à la famille. L'équipe nationale reprend directement ses activités, avec les éliminatoires de la Coupe du Monde 2006 et un match contre la Namibie qui m'attend déjà le 6 juin. Après, ce seront des déplacements en Egypte et au Cameroun. Je n'aurai pas l'occasion de chômer ". Björn Vleminck, qui avait marqué un but lors des trois derniers matches, rejoint ses coéquipiers au vert à Grobbendonk. Il avait passé la semaine avec l'équipe nationale des û19 ans. " Si j'ai demandé une mise au vert, c'est surtout parce que, connaissant les Ivoiriens, ils ont tendance à inviter tous leurs amis pour l'événement ", explique Helleputte. " Ils se retrouvent alors à sept ou à huit dans leur appartement. J'ai préféré le calme d'une retraite. La semaine s'est déroulée de manière plutôt chaotique. Il y a eu beaucoup plus d'intérêt que d'habitude de la part des médias. Le schéma d'entraînement, en revanche, n'a pas été modifié. Normalement, en fin de saison, on ne s'entraîne plus qu'une fois par jour et ce fut encore le cas cette semaine-ci. La semaine d'avant, par contre, on s'était entraîné plus intensivement. Il y a effectivement beaucoup de petits matches. 90 % des exercices s'effectuent avec ballon. On n'entraîne pas des joueurs ivoiriens de la même manière que les belges. C'est une autre mentalité. On peut, pour ainsi dire, les laisser jouer au football pendant trois heures, mais si un exercice s'effectue sans ballon, ils demandent déjà après deux minutes : - Coach, celavadurerlongtemps ? Pour moi aussi, cela a nécessité une période d'adaptation. J'ai notamment eu du mal à m'habituer à leurs réactions après une défaite. Les joueurs belges, ou européens en général, sont généralement de mauvaise humeur dans ce cas-là, mais eux se remettent déjà à chanter sous la douche ". Lors de la présentation des équipes, on joue la Brabançonne. Pas l'hymne national ivoirien... Comme on pouvait le prévoir, Beveren entame la partie de façon enthousiaste, mais c'est Bruges qui ouvre la marque. Les Waeslandiens reviendront, à deux reprises même, mais s'inclineront finalement 4-2. " On ne peut jamais être satisfait lorsqu'on perd ", estime Herman Helleputte. " Néanmoins, je peux être fier de mes joueurs. On a assisté à l'une des meilleures finales de ces dernières années et le public a été gratifié de quelques numéros techniques. On a répondu aux critiques, justifiées, affirmant que Beveren avait décliné lors du deuxième tour. Il y avait des raisons à cela : d'une part, on s'était focalisé sur la Coupe, et d'autre part, trois bons joueurs nous ont quittés durant la trêve hivernale, et après la prestation de ce dimanche, on peut s'attendre à de nouveaux départs. A 2-2, je pensais que nous pouvions gagner. Quelques erreurs ont causé notre perte. Lorsque j'ai vu entrer AndrésMendoza, j'ai directement pensé : - Attention, ilestdangereuxcelui- là ! Cela s'est, hélas pour nous, vérifié ". Daniel Devos" L'Ukrainien, c'est quand même PLUS JOLI QUE LE FLAMAND " (Marco Né) " JEAN-MARC GUILLOU n'est pas diplomate : c'est son SEUL DéFAUT " (Marco Né)