C'était comme si Anderlecht se libérait : une formidable explosion de joie a accompagné le 32e titre, enlevé dimanche au terme d'un thriller passionnant face à un Zulte Waregem époustouflant. L'euphorie a largement surpassé la fête gigantesque qui avait éclaté en août dernier quand Anderlecht avait survécu au tour préliminaire de la Ligue des Champions, face au modeste Limassol, comme si le Sporting venait de remporter la Coupe d'Europe.
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C'était comme si Anderlecht se libérait : une formidable explosion de joie a accompagné le 32e titre, enlevé dimanche au terme d'un thriller passionnant face à un Zulte Waregem époustouflant. L'euphorie a largement surpassé la fête gigantesque qui avait éclaté en août dernier quand Anderlecht avait survécu au tour préliminaire de la Ligue des Champions, face au modeste Limassol, comme si le Sporting venait de remporter la Coupe d'Europe. Depuis, il s'est passé beaucoup de choses. Initialement, Anderlecht paraissait avoir trouvé en John van den Brom un grand entraîneur, qui allait révolutionner les Mauves. Par moments, de fait, Anderlecht a développé un football moderne et dominateur, avec un pressing haut, même si ses chiffres n'étaient guère meilleurs que sous la direction d'Ariel Jacobs. Après le Nouvel An, des frictions avec plusieurs joueurs ont cassé le rythme et terni le jeu. Van den Brom a entamé les play-offs sous une pression gigantesque. Il a dérapé à quelques reprises et s'est fait tancer en interne. Mais contrairement à la saison passée, quand le titre a été acquis péniblement, mais à deux journées du terme, ce n'est que dans la dernière ligne droite que l'équipe a mis les choses au point. Contre un Zulte Waregem dénué de complexes, la gorge serrée, les Anderlechtois ont tremblé jusqu'à l'ultime minute de jeu. Ces dernières semaines, les Mauves ont profité des faux-pas de leurs concurrents. Ils n'ont pris que quinze points sur trente dans les play-offs. Le constat est étrange : alors qu'il est dirigé par un entraîneur néerlandais, l'un de ceux qui ont la réputation de jouer sans carcan, c'est le gardien, Silvio Proto, qui s'est érigé en meilleur joueur de la saison. Automatiquement qualifié pour la Ligue des Champions, Anderlecht est certain de toucher un pactole de 15 millions d'euros et il peut donc porter son budget à 50 millions. Ce n'est pas mal mais cela ne représente toujours pas grand-chose à l'échelle européenne. Par exemple, c'est moins que le montant (57,4 millions) qu'un club comme le Bayern retire du seul merchandising. La saison dernière, Anderlecht a pris conscience que la Ligue des Champions est un autre monde et qu'il a besoin d'une injection de qualité pour participer plus longtemps au bal des champions. Pourtant, des titulaires qui forment l'axe de l'équipe vont partir. Davantage que le remplacement de Milan Jovanovic, qui a trop souvent été un fauteur de troubles cette saison, celui de Cheikhou Kouyaté et même de Lucas Biglia, c'est celui de Dieumerci Mbokani qui constitue un problème. L'avant congolais a souvent fait la différence. Les Bruxellois font la fête mais ensuite, ils vont devoir recommencer à travailler et compter sur la poursuite du développement de promesses comme Dennis Praet et Massimo Bruno. Zulte Waregem a amplement mérité son billet pour la Ligue des Champions. La campagne écoulée, avec en fil rouge un style de jeu reconnaissable, clair, est mémorable. Aux pronostics que notre magazine a effectués en début de saison, le club figurait à la onzième place. Les autres analystes ne lui ont pas prédit de meilleur classement. Cela incite à s'auto-relativiser, même si, en interne, les ambitions du club étaient mesurées : les cartes de parking distribuées par Zulte Waregem à la presse en début de saison tenaient compte de trois matches en PO2 et pas d'une participation aux PO1. Au terme d'une saison aussi agitée, le Club Bruges ne peut se plaindre de son ticket pour l'Europa League. C'est l'inconvénient de la formule : non seulement on peut redresser beaucoup de choses en PO1 mais on peut aussi donner l'impression d'avoir fait du bon travail en y obtenant de bons résultats. C'est aussi le cas du Standard, par exemple, dont les supporters avaient manifesté contre la gestion en début de saison, et de Gand, qui craignait pour son maintien il y a trois mois mais qui vont se disputer un ticket européen. Cette conception du championnat déforme la réalité et suscite de fausses illusions. Les erreurs arbitrales constituent un autre fil rouge de cette saison. Elles ont engendré un flot d'irritations et de frustrations. La nouvelle génération d'arbitres manque d'expérience et ceux qui ont gravi un échelon dans la hiérarchie à la faveur de la retraite de Frank De Bleeckere ne semblent toujours pas avoir le niveau requis. Dans ce contexte, il est étrange que Jérôme Efong Nzolo ait été élu Arbitre de l'Année par les footballeurs, au terme de sa plus mauvaise saison. Mais son élection illustre aussi l'anémie de ce petit monde. PAR JACQUES SYSLes play-offs suscitent de fausses illusions.