" Je ne dis pas que c'est utopique "

Jean-Marie Philips, directeur général de l'Union Belge
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Jean-Marie Philips, directeur général de l'Union Belge " Pour moi, un tel championnat ne serait pas viable. Quel genre de compétition aurait-on en joignant des clubs de D2 à quelques-uns de D1 actuelle alors qu'on se plaint déjà d'un nivellement par le bas ? Je ne suis pas du tout persuadé qu'Anderlecht choisirait de jouer en Wallonie plutôt qu'en Flandre car les promesses financières du pouvoir public flamand en faveur des clubs de foot sont plus généreuses que ce qu'on promet dans le sud. Si Anderlecht décidait de ne pas s'inscrire dans le championnat francophone, ce serait encore une épine supplémentaire dans le pied de cette compétition. Et même si Anderlecht jouait le championnat francophone, que resterait-il derrière ? La vedette des vedettes en Wallonie : le Standard. Après cela, on descend déjà d'un cran avec Charleroi, Mouscron et Mons. Puis, ce seront des clubs de D2, mais quelle attractivité ont-ils ? La question du suivi médiatique est prioritaire. Avec, en premier lieu, les droits de télé. Quelle chaîne va vouloir mettre beaucoup d'argent pour une compétition exclusivement francophone ? Belgacom TV est un émetteur national et ne devrait donc pas être intéressé. Pas plus que BeTV, qui se plaignait déjà il y a trois ans d'une baisse de qualité de notre football. Je ne pense vraiment pas que la RTBF et RTL mettraient de grosses sommes sur la table. J'ai décroché un très bon contrat avec Belgacom TV pour les clubs de la D1 nationale grâce à la présence des ténors. Si on en enlève quelques-uns, le produit ne fera plus recette. Maintenant, je ne dis pas que c'est utopique ou que ça ne se produira jamais. En tout cas, je ne provoquerais jamais un tel changement. On peut appliquer le même raisonnement au sponsoring. Combien de sponsors nationaux a-t-on encore en D1 ? Trois ou quatre. En créant un championnat régional, on retomberait inévitablement sur des entreprises d'un niveau économique moyen, sur des sponsors régionaux. Seraient-ils prêts à consacrer beaucoup d'argent au football alors que des succursales ferment continuellement et que des familles entières se retrouvent à la rue ? Enfin, pour ce qui est du public, je doute que les amateurs de foot s'y retrouvent. Un Standard-Bruges ou un Standard-Genk, ce sont des matches à impact maximum. Un derby carolo attirerait sans doute du monde mais ça resterait limité car seuls les gens de la région de Charleroi et éventuellement du Borinage se passionneraient ". Ivan De Witte, président de la Ligue Pro et de La Gantoise " Une D1 francophone serait viable... à condition d'avoir des ambitions très, très limitées. Si on vise haut, ce sera difficile de s'en sortir. En Europe, la proportion de la population attirée activement par le foot pro (les spectateurs qui fréquentent les stades) se situe entre 1,5 et 2 %. La France, avec ses 60 millions d'habitants, vise 1,5 %, soit 900.000 personnes. Il faut diviser ce nombre par 20 clubs, ce qui donne 45.000 personnes par club en moyenne. Mais les Français n'y arrivent même pas. Les Anglais et les Espagnols tournent entre 1,5 et 2 %. Un championnat francophone pro concernerait 5 millions d'habitants. En partant d'un pourcentage de 2 % de passionnés actifs, cela fait 100.000 personnes. On divise par 12 (clubs de D1 francophone) et il reste un peu plus de 8.000 personnes par club. C'est trop peu, et qui dit qu'on atteindrait 2 % de la population ? Vu l'inévitable baisse du niveau par rapport à ce qu'on a, on serait vraisemblablement plus proche de 1 que de 3 %. Donc, c'est difficilement viable. Le championnat actuel de D1 atteint près de 2 % de la population, soit 200.000 personnes, mais Anderlecht, le Club Bruges, le Standard et Genk en raflent la moitié. Il ne reste donc que 100.000 spectateurs pour les 14 clubs restants. Une baisse du niveau sportif implique une diminution de l'intérêt des spectateurs actifs, et par conséquent du sponsoring et des droits TV. Les budgets seraient forcément très limités, donc la masse salariale ne suivrait pas. Et quels bons footballeurs accepteraient dès lors de jouer dans ce championnat ? Pour les attirer, les clubs devraient consacrer 60 % de leur budget aux salaires des joueurs, mais ce n'est pas faisable. Il faut aussi tenir compte des potentialités économiques des villes. On peut trouver des moyens à Bruxelles, à Liège, à Charleroi, voire à Mons ou à Namur. Mais pour le reste... "