Mons a gagné samedi, j'en suis heureux pour Grosjean, et j'espère que la victoire a calmé son président. Son président s'appelle Dominique Leone, j'ai découvert son nom tandis qu'il découvrait la D1: et j'ai ouvert de gros yeux, voici dix jours, en lisant les propos que lui prêtait "La Gazette des Sports" après que Mons eut mal démarré à Beveren. Ce n'est évidemment guère jouissif d'avoir accédé à la D1, d'espérer s'y maintenir, et de débuter en se faisant plastiquer par le Petit Poucet de la saison précédente... De là à empoigner le bazooka pour bazooker son propre entraîneur alors qu'il reste 99pts à prendre, il y a un pas que n'aurait pas franchi un président expérimenté ! Pourtant, Leone avait fait feu: "On s'est planté en se privant de milieu offensif... J'aurais opté pour un ...

Mons a gagné samedi, j'en suis heureux pour Grosjean, et j'espère que la victoire a calmé son président. Son président s'appelle Dominique Leone, j'ai découvert son nom tandis qu'il découvrait la D1: et j'ai ouvert de gros yeux, voici dix jours, en lisant les propos que lui prêtait "La Gazette des Sports" après que Mons eut mal démarré à Beveren. Ce n'est évidemment guère jouissif d'avoir accédé à la D1, d'espérer s'y maintenir, et de débuter en se faisant plastiquer par le Petit Poucet de la saison précédente... De là à empoigner le bazooka pour bazooker son propre entraîneur alors qu'il reste 99pts à prendre, il y a un pas que n'aurait pas franchi un président expérimenté ! Pourtant, Leone avait fait feu: "On s'est planté en se privant de milieu offensif... J'aurais opté pour un 4-4-2... Les choix de mon entraîneur étaient tout simplement mauvais... C'est avant tout tactiquement que nous avons fauté..."Pas d'accord. La grosse gaffe de la première journée de Mons en D1, c'est Leone qui l'a commise. Zèle de néophyte, erreur pardonnableet Grosjean pardonnera. Mais si un président se mue en leader charismatique des tactiqueurs de buvette et de tous poils, bonjour le bordel à bref délai! Relisez la phrase soulignée, elle est banale mais en dit long : oser résumer publiquement une défaite à une erreur tactique de l'entraîneur, c'est forcément se considérer plus compétent tactiquement que le mec qu'on a soi-même engagé comme tacticien principal! De là à avoir envie de composer l'équipe... Ceci me rappelle une réponse du président Galliani, voici trois ans, après qu'on lui eut demandé les raisons de l'élimination de son AC Milan par un adversaire bien moins fort sur papier: "Je l'ignore, avait-il répondu, je ne suis ni entraîneur, ni psychiatre." Tout comme Leone, tout comme 99% des passionnés, Galliani niait la part de l'impondérable en foot: il estimait impossible d'être battu par moins fort que soi, à moins d'avoir forcément commis une erreur quelque part. Mais contrairement à Leone, Galliani ne sortait pas de son rôle pour s'aventurer à mettre le doigt sur l'origine de la faute : il laissait au coach et à son groupe le soin de démêler les responsabilités.Laver son linge sale en famille. Règle d'or pour rester une famille, et c'est valable pour toutes ses composantes: président et entraîneur, entraîneur et joueurs... Rien n'est plus irritant qu'un entraîneur rejetant sur ses joueurs la responsabilité de la défaite, ce qui arrive trop souvent par trois biais: manque d'engagement, manque de respect des consignes, et surtout "erreurs individuelles". Primo, quand un joueur a manqué d'engagement, tout coach a le choix entre deux analyses: ou bien il considère son mec comme un pourri fainéant de naissance, incorrigible, et il prend la responsabilité de l'utiliser ou pas: selon qu'il estime ou pas que sa classe naturelle l'emportera sur sa pourrie fainéantise. Ou bien le mec fut un fainéant ponctuel, et l'entraîneur a là aussi sa part de responsabilité: celle de n'avoir pas trouvé les mots suffisants pour motiver son joueur en fonction de l'enjeu. Le deuxio est similaire dans le cas où le joueur n'a pas respecté les consignes: ou bien le gars est une grosse bièsse de naissance, incorrigible, et c'est encore la responsabilité du coach de l'aligner ou pas: selon que ses autres qualités peuvent pallier ou pas sa débilité cérébrale. Ou bien le mec, qui n'est pas totalement con, a mal pigé les consignes: c'est peut-être alors que le coach les a mal expliquées...Tertio but not least, le coach joue à Ponce-Pilate en soulignant l'erreur individuelle: "Je suis responsable du système de jeu, laisse-t-il entendre, mais qu'y puis-je si mon défenseur shoote à côté du ballon?" ...Pourtant, en cas de victoire, le coach laissera volontiers entendre ou dire qu'une organisation collective impeccable a induit le geste décisif d'un des siens ! Or, l'erreur individuelle n'est jamais que le verso de l'exploit individuel: l'entraîneur se doit d'être responsable -ou irresponsable