Une paire de lunettes souligne le regard attentif et lui donne un petit air d'intello plongé dans le monde du football. Mamar Mamouni, le nouveau médian défensif louviérois, l'allié de Daniel Camus à la récupération, sait où il va.
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Une paire de lunettes souligne le regard attentif et lui donne un petit air d'intello plongé dans le monde du football. Mamar Mamouni, le nouveau médian défensif louviérois, l'allié de Daniel Camus à la récupération, sait où il va. A 27 ans, il a décroché ses diplômes à l'université du footballen parcourant un bon bout de chemin en France : Tours, Gazelec d'Ajaccio, Le Havre avec qui il fait ses débuts en L1 le 24 août 1997 à Strasbourg (1-0), et enfin Créteil. Au fil de ses aventures, ce solide professionnel a côtoyé de grands noms. Patrick Vieira, Vikash Dhorasoo, ChristopheHorlaville, Cyrille Pouget, Adrian Kozniku, Roger Boli, Jean-Alain Boumsong et tant d'autres furent ses équipiers dans ses différents clubs. Fils d'une famille algérienne originaire de la région d'Oran, Mamar Mamouni est né à Joué-les-Tours. Il passe sa jeunesse dans le chef-lieu du département de l'Indre-et-Loire. Les châteaux de cette région de toute beauté ne sont pas loin et Mamar se partage entre le sport et ses études. " J'ai décroché le baccalauréat scientifique ", dit-il. " J'avais envisagé de me lancer dans des études d'architecture. Bâtir, innover, rénover : j'aimais cela. Mais, finalement, c'est le football qui l'a emporté. J'ai pris pour de bon le chemin des stades et pas celui d'une école supérieure. Non, je ne le déplore pas du tout. Je n'ai jamais eu de regrets dans la vie. J'assume mes choix ". Son destin le pousse vers Tours, un ancien club en vue qui après un dépôt de bilan se retrouve désormais en CFA 2. Là, il devient l'équipier d'un ado d'origine sénégalaise qui débarquait de Dreux : Patrick Vieira. Après trois ans, Vieira filera vers l'AS Cannes et les étoiles. " A 17 ans, il était déjà nettement au-dessus du lot ", raconte le nouveau Louviérois. " Il mérite sa réussite. Nous nous voyons parfois quand il est à Paris. On parle du passé durant des heures. Tours avait son centre de formation. Moi, comme j'étais du coin, je rentrais à la maison le soir. A 18 ans, après avoir réfléchi avec mes parents, j'ai accepté une offre du Gazelec d'Ajaccio. Ce fut une expérience formidable. Pas évident pourtant car, pour la première fois de ma vie, je vivais loin des miens. La qualité de l'éducation que mes parents m'ont donnée me fut très utile. J'ai pris confiance au Gazelec. J'appréciais la Corse et Ajaccio est une ville magnifique. Puis, en 1994, je suis passé de l'autre côté de la France au Havre. Splendide aussi, même si les hivers y sont plus rudes qu'en Corse. A Ajaccio, un pull suffit quand les beaux jours s'éloignent ". Au Havre, tout se passe bien pour Mamar Mamouni qui y signe rapidement son premier contrat professionnel et rend des services dans la ligne médiane ou au poste de libero. Les années passent sous la direction de Denis Troch, Joël Beaujouan, FrancisSmerecki, Jean-FrançoisDomergue. Puis, plus récemment, la direction du club et Mamar Mamouni se comprennentmal et leurs chemins se séparent. A cette époque, il fait connaissance avec la méchanceté, même la cruauté, qui peut sévir au sein de la grande famille du ballon rond. " Des agents dejoueurs ont tenté deme casser ", avance-t-il. " Ils n'ont probablementpas pu gagner leur vie en réalisant un transfert. Dès lors, ils ont répandu des tas de mensonges à mon égard. La rumeur, c'est terrible. Selon ces agents, j'étais méchant. Il suffisait de téléphoner au Havre afin de constater que c'était totalement faux. On a également répandu, pour me nuire, que j'étais un extrémiste islamiste. Je n'en revenais pas. Je suis musulman et la religion est importante pour moi. La famille, la religion : ce sont les bases de ma vie. J'y reste attaché dans le respect des autres. Je connais le Coran, évidemment, mais je lirai la Bible aussi pour mieux connaître les valeurs du christianisme. Je respecte tout le monde, je refuse toute manifestation de violence et la religion m'aide. Avec son appui, j'aborde plus facilement les épreuves que tout homme rencontre sur son chemin. Lemoment le plus éprouvant, ce fut la perte de ma s£ur. Elle n'avait que 30 ans et fut emportée en un mois par une leucémie foudroyante. La foi m'a permis de franchir ce cap ". Après son passage au Havre, Mamar Mamouni trouve de l'embauche en L2, à Créteil. Une autre aventure intéressante aussi. A cette époque, il prend un peu de recul par rapport à l'équipe nationale d'Algérie. Mamouni compte une grosse vingtaine de sélections internationales et participa à la CAN 2000. " J'ai mis l'équipe nationale algérienne entre parenthèse car je tenais à être là lors de la naissance de ma fille ", explique-t-il. " Une carrière ne peut pas passer avant tout. Après le football, qu'est-ce qu'il y a ? La famille. Avant et pendant le football aussi. Les miens, c'est important. Je m'en suis aussi rendu compte quand je me suis retrouvé au chômage. Leur présence m'a aidé. J'ai été en contact avec Georges Leekens quand il était à la tête de l'équipe nationale d'Algérie. Son discours m'avait plu mais j'étais blessé. J'ai reçu un fax de la fédération algérienne. L'équipe nationale affrontera le Qatar et Rennes lors d'un stage en France. L'Algérie, c'est important pourmoi car c'est là que nous avons nos racines. J'aime y passer mes vacances, retrouver ma famille. J'ai deux pays : l'Algérie et la France. Après le terrible tremblement de terre, j'ai bien sûr participé à des manifestations sportives au profit des sinistrés : c'était la moindre des choses ". Au carrefour de deux cultures, comme Zinedine Zidane, lui aussi d'origine algérienne, Mamar Mamouni entretenait cet été des contacts en France et en Grande-Bretagne. Il prit part aux stages et matches des joueurs professionnels sans contrat de l'UNFP. Et c'est lors d'un match entre l'UNFP et Beveren que Roland Louf, le manager de La Louvière, le repéra. Le premier contact se transforma très vite en un contrat d'un an. Une solution intéressante pour Mamar Mamouni qui avait envie de voir du pays. Il est arrivé dans le Centre en même temps que son équipier de Créteil, Michaël Murcy. Sur les terrains de la D1 belge, il se mesurera à deux internationaux algériens : Madjid Adjaoud et Nasrédine Kraouche de Gand. Mamouni apprécie l'ambiance familiale qui règne dans le club du président Filippo Gaone. Vainqueurs de la Coupe de Belgique, les Loups font preuve de sérieux sous la baguette d' Ariel Jacobs. " Nous prouvons que nos valeurs sont solides ", avance Mamar Mamouni. " Les matches amicaux furent intéressants et nous avons participé au spectacle lors de la Supercoupe à Bruges. La Louvière y a fait preuve de caractère, de cran et de courage quand Bruges haussa le ton après le repos. Je découvre le football belge. C'est une phase intéressante. Le football français est désormais plus tactique, plus fermé. Mais il y a plus d'individualités et tout peut se jouer sur un coup de patte. Les équipes belges se distinguent d'abord par la qualité des collectifs. La D1 belge est d'un bon niveau. Anderlecht et Bruges viennent dele prouver au troisième tour préliminaire de la Ligue des Champions. Et la saison passée, Anderlecht a dominé Bordeaux en Coupe de l'UEFA ". Pour le moment, Mamouni habite en face du stade de Tivoli. Quand il aura trouvé unemaison, sa femme et leur fille le rejoindra. Le cercle familial sera alors reformé à la plus grande joie de cette personnalité très intéressante qu'est Mamar Mamouni. Pierre Bilic" Des agents de joueurs ont tenté de me casser "