Jeudi, Eric Gerets peut remporter son cinquième trophée en autant d'années, s'il remporte la Coupe avec le PSV. En attendant, la mise au vert sera agrémentée par la finale de la Ligue des Champions, qui a lieu à Milan, là où il a joué pendant trois mois en 1983, avant d'être impliqué dans l'affaire Waterschei, renvoyé et suspendu. Gerets est impressionné par Valence.
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Jeudi, Eric Gerets peut remporter son cinquième trophée en autant d'années, s'il remporte la Coupe avec le PSV. En attendant, la mise au vert sera agrémentée par la finale de la Ligue des Champions, qui a lieu à Milan, là où il a joué pendant trois mois en 1983, avant d'être impliqué dans l'affaire Waterschei, renvoyé et suspendu. Gerets est impressionné par Valence.Eric Gerets : Carew, au centre-avant, sait conserver le ballon. Valence combine et permute très bien. En perte de ballon, l'équipe se retrouve immédiatement derrière le ballon. La défense recèle beaucoup de qualités. On la prétend démodée mais elle est peut-être la meilleure du moment car ses éléments, malgré leur âge, ne sont pas encore usés. Les arrières latéraux ne paniquent jamais, ce qui arrive à beaucoup d'entre eux quand plusieurs joueurs font irruption dans leur zone. Ceux de Valence restent sur leurs positions. Plaidez-vous en faveur de défenseurs largement trentenaires?La défense est la base de tout. Je le constate au PSV aussi. Pour la première fois, le meilleur compartiment de mon équipe n'est pas l'attaque ou l'entrejeu mais l'axe de la défense, avec Hofland, Nikiforov et Waterreus, tous trois aptes à évoluer au plus haut niveau. Il faut trouver des défenseurs latéraux complémentaires. Jouer à gauche constitue un défi pour Bouma. Il est rapide, puissant, fort de la tête, il a une bonne passe dans le pied mais il doit placer la barre plus haut. A droite, André Ooyer a manqué de régularité jusqu'en novembre. Un défenseur doit avant tout être un bon défenseur.Ce qui implique?Sur les ailes, empêcher son concurrent de passer. Dans l'axe, je suis plus exigeant car c'est souvent là que commence la relance, de là qu'on peut induire une supériorité dans l'entrejeu. Il y faut donc un meilleur feeling, une meilleure passe. Jan Heintze recèle toujours ces qualités, par exemple. A 37 ans, il reste incontesté à l'arrière gauche du Danemark. Il faut doubler chaque poste pour accroître la concurrence. Nous devons une grande partie du titre à celle-ci. En cas de blessures, de suspensions ou de méformes, je pouvais faire appel à une doublure de qualité.Votre équipe est très jeune, comparée à Valence et au Bayern.C'est actuellement notre gros handicap mais notre dernière campagne européenne nous a offert un avantage sur le reste des Pays-Bas. Nous avons fait bonne figure en Ligue des Champions. Nous aurions mérité de passer un tour, ce qui n'était pas le cas l'an dernier. Mais cette fois, nous n'avons pas marqué assez de buts. En l'absence de Nilis et de Van Nistelrooy, la défense a pris de l'importance. Pour faire son chemin en Ligue des Champions, il faut au moins concrétiser une occasion sur trois. Contre Kaiserlautern aussi, nous avons eu de nombreuses occasions, six, je crois, mais nous n'avons pas su marquer.Etes-vous plus loin que vous l'espériez?Je ne m'attendais pas à devenir champion avec une telle avance. N'oubliez pas que Feyenoord comptait cinq unités d'avance sur nous à la trêve hivernale. S'il n'avait pas eu ce passage à vide, le championnat aurait été disputé jusqu'au bout. Je savais que notre défense était excellente et que Kezman était capable d'effectuer un travail formidable dans la transition. Il est le premier défenseur en perte de balle. C'est une qualité rare chez les attaquants.Vous avez entamé le championnat par une défaite chez le modeste De Graafschap. Ce fut le seul revers en championnat.Ça ne m'avait pas tracassé car nous nous étions forgé suffisamment d'occasions pour gagner le match. D'ailleurs, personne, au PSV, ne m'a placé sous pression. Les dirigeants savaient pertinemment que je ne rechignais pas à la tâche! J'y ai vécu sept saisons magnifiques, les plus belles de ma carrière, et je veux lui rendre quelque chose car il m'a fait confiance à un moment capital. En gagnant deux titres en deux ans, j'ai fait mieux qu'à Bruges, encore que là-bas aussi, nous nous sommes battus jusqu'au bout du championnat. Sans cette guerre en Yougoslavie, qui tracassait plusieurs joueurs, je me demande d'ailleurs si nous serions passés à côté du titre. Ici, je peux encore prétendre à la Coupe, en plus. Nous sommes également restés européens jusqu'au printemps, en jouant bien. Nous avons en outre battu un record de matches sans défaite qui datait de l'époque où j'étais moi-même joueur.Le PSV n'est pas rassasié par son succès de la saison dernière.C'est l'entraîneur qui doit communiquer sa rage de vaincre. Vous ne pouvez tirer une tête d'enterrement tout en exigeant que les joueurs travaillent avec plaisir. Aussi longtemps que j'entraînerai, j'aurai faim de titres. Après tout, nous vivons dans une société basée sur la performance.Malgré votre succès, vous ne perdez qu'un seul joueur. Est-ce grâce à la qualité de la gestion du PSV?Nous avons surtout battu l'Ajax et Feyenoord dans l'acquisition des jeunes talents. Par exemple, Robbe va sans doute nous rejoindre, alors que nos rivaux sont à genoux devant lui. Avant que ces jeunes ne signent au PSV, je discute avec eux et avec leurs parents, pour leur expliquer comment nous travaillons, leur dire que je suis à l'écoute des joueurs. Je suis prêt à les aider s'ils sont en dispute avec leur femme ou leurs coéquipiers, à condition qu'ils m'offrent ce que je désire: des performances. Les joueurs ne demandent qu'à rester, pourvu qu'on repsecte leurs efforts. Or, le PSV sait les récompenser.C'est valable pour vous aussi?Nous avons commencé à discuter d'une prolongation de contrat.Vous aviez pourtant dit vouloir changer de club tous les deux ou trois ans.Sauf s'il s'agit du Standard ou du PSV, les deux clubs de mon coeur. Je suis devant un choix: arrêter dans un an, à la fin de mon contrat ou continuer et modifier mon travail. Je n'exclus pas de rester, même si je n'entraînerai pas jusqu'à 60 ans. Travailler dans un autre pays serait intéressant mais d'autre part, les ambitions du PSV croissent en même temps que les miennes. Il veut rester le meilleur des Pays-Bas, attirer les jeunes. Il construit un complexe. Le budget est colossal, d'après les normes néerlandaises. Les efforts des responsables commerciaux sont inouïs. La façon dont on me laisse travailler est le nec plus ultra. Je suis soutenu sans la moindre réticence. Si critique il y a, elle est directe. Le président me demande une explication, devant une tasse de café. Attention, je ne vise pas les clubs belges. J'ai eu de la chance dans mes choix, et j'ai sans doute passé la meilleure période au Lierse, sportivement et humainement.Anderlecht vient de vivre un conte de fées en Ligue des Champions alors que vous paraissiez plus mûrs dans vos duels. Mais au moins ne connaissez-vous pas d'exode.Anthuenis m'a envoyé une carte après nos duels. Un beau geste. J'avais déclaré qu'Anderlecht n'avait jamais été aussi fort, aussi loin que je remonte dans le temps. Cette équipe était bien balancée, les joueurs savaient exactement que faire en toutes circonstances. Anthuenis mérite des compliments. Cet exode est le revers du succès. Hofland et Van Bommel ne s'éterniseront pas au PSV non plus. S'ils continuent à progresser, ils partiront. Nous les avons persuadés de rester un moment encore. Si vous jouez dix ans au PSV, vous ne devez pas vous faire de soucis pour l'avenir.Vous ratez peu de transferts. Un hasard?Non, une question de compétence. Le scouting du PSV est excellent car ses membres connaissent le football, ils ont un passé de joueur au sein du club. C'est très onéreux. Peu de clubs belges pourraient faire de même. Mais il faut voir plus loin que le salaire de ces personnes et penser au prix d'un transfert raté comme à la plus-value engendrée par un gros transfert plus tard.Obtenez-vous les joueurs que vous voulez?A condition de convaincre le président. Il ne voulait pas van Hooydonck, par exemple, et il ne changera pas d'avis, même s'il a le sens du but, notamment sur les phases arrêtées. Pour l'instant, nous marquons une fois sur trois au départ de ces phases. Savoir que chaque coup franc peut amener un but est un fameux plus. C'est pour ça que je voulais un autre avant que Kezman mais Koller, Carew, Flo et Iversen n'ont même pas voulu discuter. Nous nous sommes donc rabattus sur un jeune joueur auquel il fallait accorder un crédit de temps. Cette politique a réussi, une fois de plus. Kezman travaille beaucoup. Comme Koller et Radzinski. Je comprends qu'Aimé les ait laissés au jeu même quand ils étaient en moindre forme car il sait ce qu'ils valent.Si vous restez au PSV, est-ce en couvant le rêve de gagner comme entraîneur la C1 que vous aviez remportée comme joueur?Nous valons les autres équipes en matière d'organisation et de football. Manchester ne nous a pas balayés. Je n'en dirais pas autant de l'année précédente. Nous n'imaginions pas gagner la C1 en 1988, en début de saison. Nous avions perdu tous les matches de préparation mais ensuite, nous avions tout réussi. Si nous conservons le cadre actuel en comblant les lacunes grâce à des jeunes courageux, nous pouvons rééditer cet exploit. La faim de victoires reste l'essentiel. Le Lierse me l'a appris, Alavés vient encore de le prouver. Geert Foutré