Il y a un an, les supporters du Borussia Dortmund et du Bayern flânaient joyeusement à Londres. Les deux clubs allemands disputaient la finale de la Ligue des Champions dans la capitale anglaise. La Bundesliga semblait être le meilleur championnat du monde tandis que l'Espagne retenait ses larmes. Barcelone et le Real avaient été éliminés en demi-finales et on ne parlait plus que du manque de perspectives du football ibérique, condamné au purgatoire. Après tout, des entraîneurs comme Pep Guardiola et José Mourinho, qui avaient apporté un plus, chacun à leur façon, n'étaient-ils pas partis ?
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Il y a un an, les supporters du Borussia Dortmund et du Bayern flânaient joyeusement à Londres. Les deux clubs allemands disputaient la finale de la Ligue des Champions dans la capitale anglaise. La Bundesliga semblait être le meilleur championnat du monde tandis que l'Espagne retenait ses larmes. Barcelone et le Real avaient été éliminés en demi-finales et on ne parlait plus que du manque de perspectives du football ibérique, condamné au purgatoire. Après tout, des entraîneurs comme Pep Guardiola et José Mourinho, qui avaient apporté un plus, chacun à leur façon, n'étaient-ils pas partis ? En football, ce genre de constat est rapidement dépassé. Le week-end dernier, ce sont les supporters de l'Atletico et du Real qui ont coloré les rues de Lisbonne. Ici et là, on trouvait des supporters du Bayern qui avaient acheté un billet avant le match contre le Real, ne doutant pas de l'invincibilité de leur formation. La Ligue des Champions 2014 a rendu hommage au football madrilène et à un championnat d'un très haut niveau technique mais surtout tactique. À l'Atletico surtout, Diego Simeone a promu la tactique au rang d'art. Même Thibaut Courtois est vivement impressionné. Stabilité défensive, pression dans le camp adverse, peu d'équipes exploitent aussi efficacement les espaces. Pareil style de jeu ne permet pas de remporter de prix de beauté, pas plus qu'il n'offre systématiquement le succès, comme on l'a vu samedi dans la finale du bal des champions. Il a manqué une minute et demie à l'Atletico, alors qu'il avait magistralement neutralisé le Real pendant une heure. Ensuite, manifestement fatigué, il a été balayé par la palette d'étoiles de Carlo Ancelotti. En remportant son dixième trophée continental, le Real a mis en vitrine le football espagnol, déjà revigoré par la victoire de Séville en Europa League face à Benfica. Bien sûr, cette domination espagnole reste quelque peu contradictoire. La dette totale des clubs ibériques s'élève à 3,5 milliards d'euros et la commission européenne a mandaté une enquête sur le soutien public illégal dont jouiraient certains clubs, parmi lesquels le Real et Barcelone. Cela n'a guère eu d'impact sur le mode de pensée de ces clubs. C'est justement l'état démentiel des finances qui rend le titre de l'Atletico si sympathique. Lui aussi traîne une dette de 150 millions d'euros mais il s'est bien assaini en vendant quelques joueurs-clefs. Il a au moins l'intention de retrouver son équilibre financier. Il est las de sauvages bienfaiteurs comme l'excentrique Jesus Gil y Gil. L'Atletico a préféré composer une équipe qui baigne dans une atmosphère familiale. Quand son ancien capitaine Fernando Torres a marqué, dans les demi-finales opposant Chelsea à l'Atletico, il n'a pas jubilé, comme s'il se préoccupait de ses anciens coéquipiers. Rarement on a vu autant de joueurs en proie à des crampes dans une finale de Ligue des Champions. La saison a été longue et chargée. Il s'agit de récupérer suffisamment en prévision du Mondial, une épreuve où l'Espagne compte bien poursuivre sur sa lancée aussi, même si en équipe nationale, une génération en or semble arriver en bout de course. Les Diables Rouges se préparent sereinement à cette Coupe du Monde aussi, renforcés par tous ces footballeurs qui ont repoussé leurs limites dans des championnats étrangers. Car la finale de la Ligue des Champions a mis un élément en évidence : au plus haut niveau, on allie la perfection technique à une telle vitesse d'exécution qu'en comparaison, on a l'impression que le championnat de Belgique se joue au ralenti. C'est pour une grande partie une question de budget. Rien qu'en droits TV, le Real amasse plus d'argent que le budget réuni d'Anderlecht, du Club Bruges, du Standard et du RC Genk. Marc Wilmots n'en a pas moins de l'or en mains. Reste à trouver le bon moyen de gérer toutes ses vedettes, comme Carlo Ancelotti le fait au Real. Le Transalpin, dont le socle a vacillé, accomplit son travail en toute discrétion. Au coup de sifflet final, les joueurs ont dû aller le chercher pour l'obliger à participer à leur célébration de ce nouveau titre. PAR JACQUES SYSJamais autant de joueurs n'avaient eu de crampes en finale de la Ligue des Champions.