Dictature : régime autoritaire établi par un individu, une assemblée, un parti, un groupe social. Pouvoir absolu suprême. Synonymes : tyrannie, autoritarisme, despotisme.
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Dictature : régime autoritaire établi par un individu, une assemblée, un parti, un groupe social. Pouvoir absolu suprême. Synonymes : tyrannie, autoritarisme, despotisme. Cette définition ne fait que décrire le climat qui règne actuellement à Charleroi. Cela fait quelques mois que Sport Foot Magazine est témoin de menaces, de pratiques peu éthiques, de la terreur que fait peser la direction du matricule 22 sur l'ensemble des personnes concernées de près ou de loin par la vie des Zèbres. De club familial, le Sporting est devenu un lieu empli d'une atmosphère lourde. Y travailler n'est pas rose tous les jours. Pourtant, excédés devant des manières très peu démocratiques, certaines personnes ont décidé de briser la loi du silence. On a toujours affirmé que les joueurs formaient un groupe uni qui convergeait vers un même but. Depuis l'arrivée de Jacky Mathijssen, le noyau a toujours respecté les consignes tant sportives qu'extra sportives. Cette obéissance aveugle a été exploitée par la famille Bayat, qui a su profiter également de la naïveté de certains. Ainsi, le salaire des joueurs (ou les primes) est constamment raboté. Une prime de 2.000 euros est ramenée à 1.800 euros. Et lorsqu'un joueur part, s'il veut toucher les primes qu'on lui doit (primes de victoires des derniers matches, primes de transfert), il doit harceler la direction. " Elle fait le mort. Il faut appeler 25 fois. Elle pense nous avoir à l'usure mais si on ne lâche rien et qu'on se montre revendicatif, alors, elle est bien obligée de nous verser notre dû ", explique un joueur transféré. Quand le joueur ne fait pas cet effort, c'est le club qui sort gagnant. Il n'y a pas de petits profits. L'argent est le nerf de la guerre dans le monde du football et Charleroi ne fait pas exception. Les gros contrats sont persona non grata. Le joueur est chouchouté par sa direction tant qu'il ne se montre pas trop gourmand. Une fois qu'il acquiert une certaine réputation et que son salaire est augmenté, le joueur se fait harceler. Le départ de Loris Reina montre bien les habitudes de la direction carolo. Après trois ans de bons et loyaux services, alors que le défenseur français était arrivé dans l'anonymat et avait signé un contrat au rabais, on lui propose un nouveau contrat... revu à la baisse. Pour rappel, Reina avait disputé 75 rencontres en trois saisons, signe de sa régularité en termes de présence sur le terrain. Le joueur demande un délai de réflexion. On lui accorde 10 jours, pas un de plus. Reina qui a plusieurs pistes, en profite pour les activer. Il passe notamment un test à Guingamp qui se déroule à merveille durant trois jours. Mogi Bayat, apprenant cela, téléphone à Patrick Remy, l'entraîneur de Guingamp, avec qui il est en très bons termes. Le test est suspendu sans explication. Dans la journée, Mehdi contacte Reina en lui signalant que Charleroi est sur la piste de Denis Souza (Mons) et qu'il attend sa décision. Pourtant, d'après ce qui avait été convenu, le Français disposait encore de deux jours de réflexion avant de donner son accord pour un nouveau contrat. Il contacte Mogi Bayat qui lui affirme que Souza venait de signer (sans attendre la décision de Reina) mais propose au Français un contrat davantage revu à la baisse. Reina, en contact avec Zulte Waregem, refuse et raccroche le téléphone. Le transfert avorté de BertrandLaquait au Standard demeure, lui, une énigme. D'après nos sources, le Standard aurait fait une première offre à 800.000 euros. Le gardien l'apprend et Pierre François, en vacances en Bretagne comme Laquait, le sonde à ce sujet-là. Cependant, lorsque Mogi apprend que le Standard est sur le coup, il se serait disputé avec son gardien, le menaçant même de devoir reprendre l'entraînement le 22 juillet dans le noyau Espoirs. Pourtant, trois jours plus tard, Mogi Bayat fait état d'une offre du Standard de 350.000 euros. Comment expliquer qu'il était alors tout à coup prêt à étudier une offre inférieure à la précédente de 450.000 euros ? Comme on le sait, Laquait est finalement parti en Espagne. L'année passée, le groupe a voulu se rebeller. En Coupe de Belgique, les joueurs avaient reçu une prime de victoire bien maigre pour les demi-finales. Celle-ci était même inférieure à celle offerte pour les huitièmes de finale contre Louvain. De plus, les frais de mise au vert avaient été décomptés de leur prime alors que les joueurs avaient, dans un premier temps, refusé de partir en retraite. Le non-match des Zèbres contre Mouscron fut une réponse à Mogi Bayat, qui avait déclaré dans la presse que c'était à la demande des joueurs que la mise au vert avait été programmée. Pour se dédouaner. Le groupe unanime face à la conduite de son manager avait même menacé de partir en grève. Au moment de passer à l'acte, il n'y avait plus que quatre joueurs prêts à aller au feu. Les autres craignaient pour leur salaire. Pour le match retour, l'entraîneur avait consulté ses joueurs sur la nécessité d'aller en mise en vert. Suite à la première expérience, le groupe opposa un refus unanime. Si Mogi n'a jamais été apprécié des joueurs parce que c'est lui qui discute âprement des contrats, ils se méfient aussi de l'autre neveu Mehdi. Il a longtemps joué le rôle de confident des joueurs, ce qui permettait au clan de savoir beaucoup de choses sur le groupe. Quant au président, ses connaissances footballistiques font sourire. Il y a eu l'historique incident de bord de terrain en fin de Charleroi-Anderlecht où il avait traité Mathijssen d'incompétent. Un jour, Abbas Bayat débarqua dans le vestiaire quelques minutes avant le début d'une rencontre alors que les joueurs étaient à l'échauffement. Il croyait qu'à l'exception de Mathijssen, le local était vide mais un joueur blessé se faisait soigner dans la pièce des kinés juste à côté. Abbas demanda à Mathijssen pourquoi tel ou tel joueur était sur le banc. Il fit des remarques sur le flanc gauche en se demandant pourquoi il y avait sept joueurs qui évoluaient là. Abbas avait confondu, sur le tableau, le flanc gauche avec... le banc des remplaçants. Charleroi ne s'occupe pas de ses jeunes. " On préfère aller chercher des étrangers plutôt que de lancer les éléments de l'école des jeunes ", explique Carlo Villano, le père de Vito, passé récemment au Standard. " En effet, les étrangers sont taxés à 18 % et les jeunes belges à 50 % ". Aucun titulaire mis à part Laurent Ciman n'a été formé au Sporting. Izzet Akgül, François Sterchele et Julien Guérenne viennent tous d'un autre club. " Je n'ai jamais compris pourquoi on n'a pas fait confiance à mon fils. Il faisait partie des internationaux - 19 ans et il fut même un des premiers à recevoir un contrat si précocement. Il avait 15 ans. Pourtant, certains garçons sont passés devant lui alors que tout le monde s'accordait à dire que Vito était le meilleur ". Villano a-t-il payé le fait qu'il avait Nenad Petrovic comme manager ? " Je n'ai pas de bonnes relations avec Mogi Bayat et cela a porté préjudice au gamin ", explique Petrovic. Par contre, d'autres jeunes recevaient leur chance. " Certains pères n'hésitaient pas à mettre de l'argent dans le club pour favoriser le destin de leur fils ", ajoute un parent de jeune. Le père de Flavio Fragapane, président de Farciennes, et celui d' Adrien Roman Moreno, président de Tamines, mettaient des terrains à disposition du Sporting. " Quand son père a arrêté, Adrien Roman s'est retrouvé à Heppignies ", lâche le père d'un jeune. Voyant sa situation bloquée, Villano a décidé de démissionner. " Comme il n'avait pas vraiment de contrat, on a suivi le règlement de l'Union Belge qui stipule que l'on peut démissionner ", expose Petrovic. " Mais le Sporting s'est prévalu d'un petit contrat de défraiement pour bloquer le départ du gamin. A partir de ce moment-là, il a fallu attendre l'accord du club pour partir. Son avenir sportif étant bouché et comme tout accord à l'amiable était impossible, on a demandé à un avocat de mettre le Sporting en demeure de payer les mois de défraiement, ce qui n'avait plus été fait depuis trois mois. L'Union Belge ayant décidé de ne rien décider, on est allé devant le tribunal du travail de Charleroi pour faute grave avec demande d'indemnités alors que le joueur passait un test au Standard. Directement la direction du Standard m'a dit - Désolé mais on ne peut pas engager Vito car nous avons de bonnes relations avec Charleroi et on ne les mettra pas en péril. Le tribunal nous a donné raison et le club devait nous verser 5.700 euros ". " Vito avait déjà passé un test à Tubize ", raconte le père, " mais Mogi, l'ayant appris, avait téléphoné aux Brabançons en les menaçant de rappeler Salaheddine Sbaï, prêté par le Sporting s'ils prenaient Villano. Quant au Standard, Mogi était très clair. Soit on abandonnait les 5.700 euros et Vito pouvait signer au Standard, soit il devait attendre la fin de la saison 2007. On a abandonné les poursuites et le Standard a pris Vito ". Et pourquoi les supporters ne réagissent-ils pas ? " On ne peut pas ", explique un membre des Storm Ultras. " Si on critique, on se fait exclure ". Contre Westerlo, le tifo a été annulé par la police car la réunion de sécurité, prévue le 1er novembre, quelques jours avant la rencontre, avait été annulée. La direction n'a pas parlementé avec la police pour soutenir ses supporters. Et Marc Monetti, le président de l'Amicale des supporters, a même été arrêté le jour du match après avoir expliqué son désarroi et s'être énervé. Pourquoi la direction, en n'intervenant pas, prive-t-elle le stade d'un spectacle toujours apprécié et retransmis à la télévision en plus ? " Les Storm Ultras ont un grand pouvoir de mobilisation ", ajoute ce membre. " La direction sait que l'on est capable de débordements mais aussi de critiques acerbes. En interdisant le tifo, elle réduit notre importance. Elle sait aussi que s'il y a cinq interdits de stade dans nos rangs, ce sera cinq personnes en moins dans le groupe. Et donc cinq personnes en moins pour se mobiliser contre la direction ". De plus, les supporters sont fouillés à l'entrée et tous les calicots qui prennent pour cible la direction sont confisqués. L'année passée, deux supporters sont parvenus malgré tout à pénétrer dans l'enceinte avec deux banderoles hostiles aux Bayat. Leur déploiement n'a pas du tout plu à Mogi qui a obtenu pour ces deux supporters une interdiction de stade. " Normalement, on ne peut pas nous interdire de stade ", dit un autre supporter, " mais vous savez comme moi qu'on ne fonctionne pas toujours à l'eau claire. Il suffit de nous accuser de trouble de l'ordre public ou d'état d'ébriété sur la voie publique ". Pour dépeindre le climat existant entre la direction et les fans : une anecdote remontant au déplacement à Tampere, pour le premier tour de la Coupe Intertoto, en juillet 2005. Mogi Bayat a payé une pastèque pour les 40 courageux qui avaient effectué le voyage et depuis, à chaque désaccord, Mogi sort l'argument de la pastèque - Ah, vous n'êtes jamais content ! On vous offre une pastèque et voilà comment vous vous comportez. Dernièrement, nous avons voulu suivre un groupe de supporters carolos lors d'un déplacement, en vue d'un reportage. Ils nous ont tous dit que le projet constituait une bonne idée. Malgré cela, aucun ne nous a permis de l'accompagner, craignant un retour de flamme de la part de la direction. Chaque club de supporters bénéficie, en effet, d'un certain nombre d'avantages fournis par le Sporting (réduction du prix des abonnements, des maillots, etc). D'autres sont parrainés par l'un ou l'autre joueur. " Si on vous donne certaines facilités, on risque de voir tous nos avantages supprimés. Les joueurs pourraient également recevoir la consigne de ne plus parrainer notre groupe ", précise un supporter. Les supporters sont donc contrôlés par la direction qui les utilise pour véhiculer une bonne image mais les empêche de manifester ouvertement leurs opinions. N'est-ce pas pour la même raison que le club a décidé de fermer le forum sur son site internet ? Dans le football actuel, dicté par le profit économique, et dans le contexte plus particulier du Sporting, exsangue financièrement et à la recherche du moindre investisseur, on pourrait croire que la famille Bayat choie le moindre donateur. Faux. Là aussi, pas question de quitter la ligne tracée par la direction. Les sponsors mécontents en ont fait l'amère expérience. Gaetano Italiano, patron du Café Leffe à Charleroi, sponsor au Sporting et très proche du club depuis des années (il n'était pas rare d'y croiser un membre du staff ou un joueur), a été écarté après avoir tenu des propos teintés de déception dans notre magazine. Du jour au lendemain, le contrat qui portait jusqu'à la fin de saison, a été rompu de façon unilatérale. Il rapportait 15.000 euros par an (soit 70.000 euros depuis le début du sponsoring) au Sporting. Le patron de la société SA Tonus a décidé de porter plainte. Comme sponsor, Italiano recevait en effet 22 places par match. Or, il avait déjà distribué ces précieux tickets. Italiano a non seulement gagné en première instance mais également en appel. Lors du jugement en première instance, Charleroi, représenté par Maître Laurent Denis, a apporté des attestations de cinq personnes différentes dénonçant le comportement grossier d'Italiano. Parmi ces personnes, Mario Notaro, entraîneur des Espoirs, Raymond Mommens, chargé de la cellule de scouting, et Attila Demir, partenaire des Zèbres. Toutes ces lettres parlent des " nombreux débordements " de Gaetano Italiano coupable de " porter des attaques contre Mogi Bayat, de critiquer ouvertement la direction et d'être grossier dans ses propos envers la compagne de Mogi " avant d'ajouter qu'Italiano " provoque également des problèmes à la boutique avec des pressions pour afficher ses tracts électoraux ". Mais ces lettres ont-elles été écrites spontanément par les employés du club ? On y retrouve les mêmes fautes de français. Ainsi, la même formule ( professer des grossièretés et des menaces alors que le verbe correct à utiliser est proférer) apparaît dans plusieurs de ces lettres. De plus, le jour même du procès, une contre-attestation arrivait sur le bureau du juge. Mario Notaro avait envoyé une lettre manuscrite dans laquelle il disait : " Concernant la lettre qui m'a été présentée après le match de dimanche 5 novembre en présence de Me Denis, Mogi et Mehdi Bayat et après réflexion faite, je regrette le contexte dans lequel j'ai signé ce document ". Quant à Mommens qui dit n'avoir plus aucun contact avec Italiano, il n'a pas hésité à lui envoyer un SMS lui présentant ses meilleurs v£ux. Depuis lors, Notaro et Mommens ne sont plus en odeur de sainteté auprès de la direction carolo qui a fort peu apprécié leur revirement. Dans cette affaire, le Sporting a toujours avancé le fait que le contrat de sponsoring contient une clause affirmant qu'un sponsor ne pouvait tenir des propos négatifs envers la direction du club. Or, après consultation du contrat, cette clause n'existe pas. Tout simplement car légalement une entreprise ne peut empêcher quelqu'un de dire ce qu'il pense. On pourrait croire que l'affaire est close depuis l'appel, Gaetano Italiano retrouvant ses prérogatives lors des matches à domicile. Mais non. " On a pu rentrer contre Genk mais sa table avait été changée de place ", explique son avocat Didier De Quévy, " et contre le Standard, ses places en tribune d'honneur étaient occupées par d'autres personnes ". Or, le contrat initial doit être respecté. C'est ce que la justice avait décidé. Cette affaire a également connu des victimes collatérales. Le club a interdit à tout le staff et à ses joueurs de manger au Café Leffe. Jean Pol Spaute qui était intervenu pour régler l'affaire, a été privé de son invitation pour les rencontres à domicile et son fils, Yannick, entraîneur des jeunes, a été licencié. Italiano est-il un cas à part ? Non. Les plus petits sponsors doivent aussi défendre leurs contrats. L'un d'eux (qui veut garder l'anonymat car il attend toujours un dédit financier de la part du club) avait décidé en début de saison passée de se lancer dans la nouveauté des panneaux LED. Il s'agissait d'un contrat de 20.000 euros qui stipulait une apparition du sponsor à chaque match à domicile. Or, suite à de nombreuses complications, ces panneaux n'étaient pas présents à chaque rencontre. Le Sporting n'a pas voulu revoir le contrat à la baisse. Les gros sponsors, eux, sont protégés : le président d'Euro-traffic, Pascal Lenoble, a critiqué ouvertement dans la presse la politique des jeunes du Sporting sans être remis à sa place par la direction, alors que l'ancien speaker du club avait publiquement été insulté par Mogi Bayat pour les mêmes commentaires. Le jardinier a été licencié pour avoir refusé, parce qu'il avait été prévenu trop tardivement, de prester des heures supplémentaires non rémunérées afin de poser des panneaux publicitaires la nuit (tâche pour laquelle il n'était pas qualifié). Depuis lors, la direction a confié la pelouse aux soins des ouvriers communaux. En début de saison, les joueurs grinçaient des dents. " On ne s'improvise pas jardinier du jour au lendemain. Les ouvriers sont des personnes de bonne volonté mais ils doivent remplacer quelqu'un qui faisait ce travail depuis 12 ans ". Et à voir l'état de la pelouse face au Standard, cela n'a pas changé. Le même jardinier avait aussi été appelé pour prêter main forte au déménagement d'Abbas Bayat. Son licenciement l'empêchera de le faire. Par contre, les femmes à journée du stade se retrouvent à nettoyer l'appartement des Bayat dans les heures où elles sont censées s'occuper au Mambourg. Pierre Neufort a également dû plier bagage. Lui qui depuis des années s'occupait du bar de la presse et ensuite servait de rabatteur pour Nostalgie (il ramenait les joueurs du vestiaire à l'émission que la radio privée organise après tous les matches à domicile). " Ils m'ont d'abord interdit de zone neutre mais comme je connaissais les moindres recoins du stade, j'arrivais toujours à accrocher les joueurs. Quand ils ont vu que cela fonctionnait, ils m'ont alors interdit de stade ", explique Neufort. Charleroi a ensuite envoyé un fax à Nostalgie en leur disant que si la radio ne respectait pas l'interdiction, le club se verrait dans l'obligation de casser le contrat le liant à la station. Si Neufort restait, plus d'émission. Michel Serresante, directeur de Nostalgie Charleroi, a confirmé la réception du fameux fax. Pour quelles raisons le Sporting se séparerait-il de quelqu'un présent depuis 14 ans ? " Pour des raisons personnelles. Je suis un fidèle du Père Samuel. Si je ne m'en cache pas, je n'en fais pas non plus de la publicité. C'est ma vie privée et je fais la part des choses. Ils ont pris cette décision car ils m'ont vu dans un reportage télévisé aux côtés du Père Samuel. Sans cela, ils ne l'auraient jamais su. Je travaille également pour la Ville et cela n'a jamais posé problème ". Après une lutte de pouvoir pour la reprise du club, en 2000, entre Jean-Claude Van Cauwenberghe et Abbas Bayat, on pensait une réconciliation impossible entre les deux hommes. Pourtant, le clan Bayat a vite compris le fonctionnement du microcosme politique carolo et s'est rapproché des édiles socialistes. " Dans une ville comme Charleroi, c'est la maxime du pain et des jeux qui sert de ligne conductrice ", lâche un ancien journaliste local, " Pour régner, les hommes politiques doivent mettre la main sur le football et c'est là que les Bayat interviennent ". " Ils sont malins ", continue Vincent Maljean, journaliste à l'édition carolo de Vers l'Avenir. " Ils étaient très proches de l'échevin des Sports Claude Despiegeleer et quand il est tombé, ils se sont rapprochés de Jacques Van Gompel. C'est en sa compagnie qu'ils avaient négocié avec la banque Dexia pour faire passer le prêt en sponsoring. Ils comptaient sur le poids de Van Cau dans le conseil d'administration de la banque mais quand Van Cau s'est retiré de ce C.A., le projet est tombé à l'eau ". A cette époque, il fut même question de la présence de Mogi Bayat sur la liste PS pour les communales. " Je pense qu'en évoquant la possibilité, il a juste voulu sonder le terrain ". L'incarcération de Despi a été mal vécue par les Bayat. " Ces relations allaient au-delà de ce que doivent être des relations entre hommes politiques et managers de clubs sportifs ", lâche Didier Albin, l'auteur du livre Charleroi, le séisme, qui traite des affaires qui ont secoué la première ville wallonne. " Le soir de l'incarcération de Despi, le speaker du stade s'est même permis d'avoir des états d'âme et d'en faire part au micro. Il s'est fait huer par les supporters. Il n'aurait jamais pu se permettre ces commentaires de sa propre initiative. Cela s'est fait avec le consentement des Bayat ". Sentant le vent tourner, ils se sont rapprochés du MR durant l'été. " Ils savent que le MR gagne en importance médiatique notamment ", analyse Maljean. " Il faut bien s'entendre avec certaines personnes et Olivier Chastel en fait partie. Maintenant, cela n'est pas aussi simple qu'il y paraît car entre Chastel et le Sporting, cela n'a jamais été la grande amitié. C'est en effet Chastel qui avait révélé que Dante Brogno touchait un salaire de la ville via l'ASBL Charleroi Infra Sport ". Didier Albin ajoute : " Quand une ville se construit autour du triangle sport, économie et politique, cela ne peut apporter que des problèmes. On s'en rend compte avec Marseille. Pour le moment, le Sporting n'a pas encore été inquiété mais la façon dont le prêt a été accepté pose quand même d'énormes questions. Ce n'est pas à une ville de servir de caution à un club de foot. Jean-Jacques Viseur, échevin des Finances, veut d'ailleurs revenir sur le vote du conseil communal. Il estime qu'il faut revoir les prêts et veut imposer une sorte de belle-mère au club, un administrateur communal qui veillerait que l'emprunt soit remboursé. Ce dossier risque de conduire aux premières tensions au sein du nouveau conseil communal ". Avec la presse, la direction agit également à sa manière. Les organes nationaux sont diabolisés en cas de critiques. Depuis dix mois, Sport Foot Magazine est interdit d'interviews de tout le personnel du Sporting. Récemment encore, pour motiver ce boycott lors d'un chat avec les supporters organisé par La Nouvelle Gazette, Mogi Bayat déclarait : " Je considère que les gens de Sport Foot Magazine font de la désinformation, du faux sensationnel et la plupart sont frustrés. De plus, les joueurs se sont toujours plaints de leurs articles bidons ou des Bobards ". Jamais aucun joueur ne s'est plaint de propos déformés, sinon comment expliquer que dès que ces footballeurs quittent le club (et donc qu'ils ne sont plus soumis au boycott édicté par la direction), ils nous accordent une interview ? Ce fut le cas de Laurent Macquet, Dante, Reina et François Sterchele. Ainsi que de Laquait qui nous a reçus en Espagne. Quant aux Bobards, s'ils ont parfois choqué certains, les victimes ont bien compris qu'il s'agissait d'humour. Fabien Camus, surpris par la blague hebdomadaire, nous avait d'ailleurs accordé une grande interview trois mois après. Pour mettre des bâtons dans les roues des journalistes, Charleroi n'hésite pas : menaces, insultes, expulsion du stade. " Ton article était correct mais tu n'as pas intérêt à écrire des choses négatives sinon tu seras reçu comme une m... ", n'a pas hésité à affirmer le neveu du président dans la zone mixte à un de nos journalistes. " Toute personne qui fait une déclaration à Sport Foot Magazine devient un ennemi du club ", analyse Maljean. Mais notre hebdo n'est pas le seul à subir les foudres de la direction. La Dernière heure/ Les Sports doit également travailler dans des conditions déplorables et un journaliste de Vers L'Avenir est boycotté pour avoir critiqué la direction. Le comportement de la direction est tout autre vis-à-vis de la presse régionale. " Un jour, j'ai voulu faire un papier bilan sur l'après Despi dans les clubs sportifs ", explique Maljean, " le seul qui n'a pas voulu me répondre, c'est Mogi Bayat. Il a dit - Si j'ai quelque chose à annoncer sur le Sporting, ce n'est pas par vous que je passerai. Je tire comme conclusion qu'il privilégie clairement La Nouvelle Gazette et qu'il s'en sert comme journal du club. Cette vision de la presse n'est pas partagée par les autres clubs sportifs de la région. Heureusement d'ailleurs ". A La Nouvelle Gazette, le mot d'ordre est bien suivi : pas question de critiquer la famille Bayat. Un journaliste de la maison nous a raconté qu'après avoir eu une prise de bec avec Mogi Bayat, il avait été rappelé à l'ordre le lundi dans le bureau du rédacteur en chef. Lors du transfert des nouveaux joueurs, quand celui-ci ne se conclut pas trop tard dans la journée, Mogi Bayat se rend parfois directement au journal pour présenter sa nouvelle recrue. C'est ce qui s'est passé avec Oumar Bakari. STÉPHANE VANDE VELDE