2 juin 2013, 17 h. Au terme d'une fin de saison interminable et d'une victoire au forceps contre le RFC Liège (1-0), l'Union Saint-Gilloise obtient son maintien en Divison 3B. À 24 ans, Anthony Sadin fait partie de l'aventure et travaille déjà son style. La barbe est fournie, parfaitement taillée, le cheveu bien peigné, le discours tout aussi impeccable. Au micro de Télé Bruxelles, le gardien de la maison unioniste déroule les éléments de langage. Plus loin sur le pré, d'autres ont fait le choix d'abandonner toute réserve. Ainsi, au moment de répondre aux questions de la chaîne régionale, l'allure globale de l'entraîneur Tom De Cock est celle d'un homme qui, après avoir trop souffert, a décidé de plonger sa tête dans un seau de champagne.
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2 juin 2013, 17 h. Au terme d'une fin de saison interminable et d'une victoire au forceps contre le RFC Liège (1-0), l'Union Saint-Gilloise obtient son maintien en Divison 3B. À 24 ans, Anthony Sadin fait partie de l'aventure et travaille déjà son style. La barbe est fournie, parfaitement taillée, le cheveu bien peigné, le discours tout aussi impeccable. Au micro de Télé Bruxelles, le gardien de la maison unioniste déroule les éléments de langage. Plus loin sur le pré, d'autres ont fait le choix d'abandonner toute réserve. Ainsi, au moment de répondre aux questions de la chaîne régionale, l'allure globale de l'entraîneur Tom De Cock est celle d'un homme qui, après avoir trop souffert, a décidé de plonger sa tête dans un seau de champagne. Évincé en cours de saison, puis revenu jouer les pompiers de service, l'entraîneur des Bruxellois savoure sa revanche personnelle dans l'ivresse et il n'y a pas grand monde pour lui en tenir rigueur. Neuf ans plus tard, Tom De Cock en est toujours à rouler sa bosse comme coach pour équipes en détresse, mais ne s'est pas encore remis de ces quelques mois passés dans la capitale. "C'était de très loin l'expérience la plus improbable de ma carrière. Il y a eu des très hauts et des très bas. À l'Union, j'ai l'impression d'avoir vécu cinq ans en quelques mois. Le problème, c'est que je n'avais que 38 ans et, comme seule expérience de T1, mon passage à Zaventem, un club calme et sans histoire. Je crois que je n'étais simplement pas prêt pour l'Union. Pas prêt pour voir des supporters fêter un succès contre Tournai en faisant la chenille en tribune pendant une heure. Pas prêt pour cette folie-là." S'il n'y avait eu que les supporters ivres occupés à déambuler dans les travées du Marien chaque semaine, Tom De Cock tiendrait peut-être un autre discours. Le problème, c'est qu'en cette saison 2012-2013, l'Union Saint-Gilloise ne connaît pas que des victoires. Et multiplie les excès. Engluée dans une spirale de défaites sans fin qui conduira le club à une triste 17e place (sur 19), l'Union semble plonger tout droit vers la relégation en Promotion. C'était compter sans les facéties d'un football belge toujours prompt à offrir des prolongations. Estimant le championnat faussé suite à la réintégration de Tournai après six journées et au chamboulement global d'une série censée n'offrir initialement que deux descendants, l'Union intente début mai une action en référé devant le tribunal de première instance de Bruxelles pour faire bloquer le tour final entre descendants potentiels en Promotion et candidats à la montée en D3. Dix jours plus tard, c'est la CBAS qui finira par trancher. Déboutée, l'Union n'obtient pas comme espéré sa réintégration immédiate en D3, mais la cessation de patrimoine de Tirlemont offre par contre aux Unionistes le droit de passer par un tour final en forme de double match de barrage à élimination directe. Dans tous les sens du terme. "On jouait notre survie à l'époque", avoue Olivier Dumonchaux, débarqué au club six ans plus tôt comme stagiaire et toujours bien présent en 2022. "Ce ne sont pas que des mots. Je ne sais pas si sans cette décision tombée tardivement, l'Union existerait encore." C'est que les Bruxellois vivent des temps troubles depuis l'arrivée de mystérieux repreneurs italiens de la toute aussi opaque société "009" en janvier 2009. "Ces types sont arrivés en pensant faire remonter le club en D1 en quelques années", ironise encore Charles Picqué, bourgmestre de Saint-Gilles depuis 1985 et président de l'Union entre 1993 et 2000. "Mais la vérité, c'est qu'ils sont venus avec des troisièmes couteaux du Milan AC qui n'avaient rien dans les jambes. Les gars présentaient bien, mais quand ils montaient sur le terrain, on ne voyait pas autre chose que l'éclat de leurs cheveux magnifiquement gominés." L'autre vérité, c'est que l'origine de l'argent ramené d'Italie est difficilement traçable et que les Transalpins ne se voient pas vraiment travailler main dans la main avec les pouvoirs publics locaux. Reste alors à retrouver un repreneur pour ces Italiens désireux de déguerpir au plus vite, mais dont le salut et la revente du club passent cette année-là par l'indispensable maintien en D3. Celui-ci s'obtiendra donc au bout d'une fin de saison à rallonge en forme de triptyque imprévu débuté le 19 mai 2013 contre les Limbourgeois de Leopoldsburg. Eux n'ont rien à perdre et rêvent de montée. L'Union, elle, a la corde au cou et les jambes qui flageolent. Alors, quand à la 94e minute, le marquoir affiche toujours un but d'avance pour les visiteurs (2-3, au bout d'un match totalement débridé), il n'y a plus grand monde pour croire en l'avenir du club bruxellois. C'était sans compter sur un petit gars arrivé quelques heures plus tôt en bus au Parc Duden. L'homme s'appelle Ignazio Cocchiere et n'est pas encore devenu le chouchou du Marien. Tout juste un Italien de plus dans les rangs unionistes. Sauf que lui n'est arrivé que quatre mois plus tôt en Belgique, sans passer par la case "009". Débarqué à Bruxelles pour finir une thèse qui s'intéresse à la protection civile au niveau européen, Cocchiere pense aussi initialement profiter de son passage dans la capitale de l'Europe pour mettre sa carrière d'apprenti footballeur entre parenthèses et se consacrer pleinement à ses études. "Je bossais comme un fou et le foot n'était plus ma priorité, mais un soir, je ne sais pas ce qui me prend, je me décide à aller voir un match au Petit Heysel. J'étais curieux et je ne connaissais personne à Bruxelles, je me suis dit que c'était l'occasion de voir du monde." Sur place, le joueur formé à l'Inter assiste à une rencontre de championnat entre Bleid Molenbeek et l'Union Saint-Gilloise. Surtout, il tombe nez-à-nez en bord terrain avec un certain Ibrahim Maaroufi, croisé quelques années plus tôt du côté de Milan. "La première chose que je lui ai dit, c'était: Qu'est-ce que tu fous ici?", se marre Cocchiere. "Mais c'était évidemment encore plus improbable pour lui de me voir là. Ibrahim revenait d'Iran et avait décidé de se relancer à l'Union. C'est lui qui m'a proposé de venir faire un test et c'est ainsi que l'histoire a débuté." Cinq mois plus tard, c'est donc un étudiant Erasmus qui sauve une première fois la face de l'Union contre Leopoldsburg en offrant à ses nouvelles couleurs le but du 3-3 à la 95e et la séance de rab de trente minutes qui l'accompagne. Mais là encore, l'histoire patine. Menés 3-4 dès l'entame du premier ajout, réduits à dix dans la foulée, les Jaune et Bleu attendent la 119e pour s'offrir le droit de jouer leur salut à pile ou face lors d'une séance de tirs aux buts épique qui se terminera par un coup de folie d' Anthony Sadin. "Comme les joueurs n'ont pas toujours les baloches bien accrochées comme il faut, je m'étais proposé pour tirer le cinquième tir au but", analyse cette fois sans langue de bois le principal intéressé. "Ils avaient tous beaucoup trop confiance en moi alors que des pénos, dans ma carrière, j'en ai aussi ratés l'un ou l'autre ( Il rit). Mais Anthony ( Cabeke, ndlr), c'était à peine s'il n'était pas déjà parti fêter la victoire avant que je m'élance." En vrai, Anthony Cabeke avait visiblement déjà pris la direction du restaurant japonais de Waterloo où un certain Jürgen Baatzsch décidera d'emmener ce soir-là tout le groupe pour s'encanailler jusqu'aux aux petites heures du matin. Grisés par la victoire et ce scénario qui les avait plusieurs fois vus morts, les hommes de Tom De Cock fêtent ce qui n'est qu'un premier pas vers le maintien "comme un titre de champion de Belgique." Mal de crâne et crise d'ego compris. "On était tous archi convaincus qu'on allait battre Hasselt les doigts dans le nez une semaine plus tard en finale", avoue le coach lui-même. "C'était un sentiment général et quand quelque chose traverse un vestiaire, c'est difficile d'avoir prise dessus. Ça été dur de faire redescendre l'adrénaline, en conséquence de quoi, on est arrivés bien trop confiants." La leçon du football et d'humilité qui s'ensuivra s'analyse au boulier compteur. Le 26 mai 2013, Anthony Sadin se retourne par cinq fois. L'Union s'est vue trop belle et se retrouve avec un pied et quatre orteils en Promotion. Mais comme la Belgique est décidément une terre de miracles et les arcanes du foot noir-jaune-rouge un méli-mélo administratif insondable, la radiation du Beerschot quelques jours plus tard aboutit cette fois à un ultime match de rattrapage entre l'Union et le RFC Liège. L'effet boule de neige façon football belge. C'est acté, la rencontre entre les deux clubs amis aura lieu au Duden le 2 juin 2013. On dit que c'est là, sous le soleil et devant 3.000 personnes, qu'est née une nouvelle génération de supporters. Ceux-là vivront leur première victoire au stade en fêtant un but d' Esteban Casagolda, seul et unique artilleur d'une rencontre qui scelle définitivement le maintien des Bruxellois. "Quelques mois plus tôt, j'en étais encore à vivre de l'intérieur une finale de Coupe d'Écosse à Hampden Park avec Motherwell", remet Casagolda. "Mais là, je marque ce but dans un match pour notre maintien en D3 et je le fête comme si ma vie en dépendait. Ça dit beaucoup de ce que l'on a vécu au cours de cette saison." En coulisses, le généreux Jürgen Baatzsch a lui décidé de ne plus payer que des sushis à ses nouveaux amis. Débarqué quelques mois plus tôt pour la première fois dans les travées du Duden sur l'insistance de son banquier d'affaires, ce riche investisseur allemand a autant d'argent frais à dépenser que de temps devant lui. Et a décidé de les consacrer à l'Union. Un placement et des retombées sportives qui ne tardent pas. Après s'être mêlés à la bagarre pour la montée en fin d'exercice 2013-2014, les héros du maintien du printemps 2013 sont devenus une bande de potes qui passe ses soirées ensemble à la Bella Vita, un resto italien situé à deux pas du Parc Astrid, à Anderlecht. L'Union se rapproche de l'un de ses rivaux de toujours, mais ne s'en rend pas encore compte. Ça passe dans un premier temps par l'apport de valeurs ajoutées qui ont, entre autres, pour noms Yahya Boumediene ou Nicolas Rajsel. "Nicolas, j'ai tout de suite vu que c'était un joueur qui n'avait rien à faire en troisième division", remarque Drazen Brncic, tombé sous le charme du Franco-Slovène un 31 août 2014. "Jürgen Baatzsch m'avait signifié que notre mercato était terminé, mais le dernier jour, je vois arriver ce gars-là en test avec son papa et je me dis qu'il nous le faut absolument. Donc j'insiste auprès du président pendant deux heures. Et il finit par me dire: "OK, mais je lui donne mille euros par moi, pas plus!" Et avec ça, il devait encore se loger. C'est presque incroyable qu'il ait accepté!" Parce que si Jürgen Baatzsch a accumulé beaucoup d'argent tout au long de son existence, c'est aussi parce qu'il n'en a jamais distribué beaucoup aux autres. "C'est le paradoxe des gens riches", se marre Esteban Casagolda. "Jürgen, quand il est arrivé, il a placé un écran géant derrière le but avec nos photos qui défilaient en grand. On avait un marquoir digne du top niveau, mais à côté de ça, on s'habillait encore dans des containers au Bempt et on se douchait à l'eau froide." Des conditions qui n'empêchent pas la nouvelle ligne d'attaque bruxelloise pilotée par Nicolas Rajsel d'offrir la montée en D2 à son président. "On avait un bon noyau, Nicolas était un super joueur, mais je pense que le meilleur choix de l'ère Baatzsch, c'est d'avoir pris Drazen Brncic", veut clarifier Anthony Cabeke. "Il a participé à professionnaliser le club comme personne." Reste que si le bilan du Croate dépasse cette année-là toutes les espérances, ça n'empêche pas la direction unioniste de laisser filer son coach en fin de saison, direction le Patro Eisden. "Ils ont longtemps hésité à me garder. Trop longtemps à mon goût. Finalement, le jour où je viens à l'Union pour rendre ma voiture et signifier au club que j'ai signé au Patro, je sens Jürgen Baatzsch hésitant. J'avais vu juste. Le lendemain, quand j'arrive à Maasmechelen, le président me dit que Baatzsch l'a appelé pour lui proposer 10.000 euros pour rompre mon contrat. Mais j'avais donné ma parole, c'était trop tard." Heureusement pour lui, Jürgen Baatzsch n'agit pas toujours à retardement. La même année et une fois la nomination de Marc Grosjean entérinée, l'Allemand décide de passer la seconde en terme de communication. L'homme fait enfiler une écharpe de l'Union à Phillip Cocu et Nicolas Anelka, s'offre une visite à Schalke 04 avec Marc Wilmots, convainc Jean-Marie Pfaff de venir assister à un match au Duden, tanne Benoît Poelvoorde pendant des semaines pour en faire de même et finit même par importer un concept tout droit sorti de ses années passées à écumer les Grand Prix de Moto GP. "Je voulais amener de belles filles pour jouer le rôle d'hôtesses à l'Union. En foot, personne ne faisait ça, mais on en voyait chaque semaine sur tous les circuits du monde en course automobile. L'idée, c'était qu'on ne vienne plus seulement aux matches pour regarder du foot, mais pour assister à un spectacle." Ces hôtesses qui deviendront vite les Unionettes, sont mannequins et arrivent le plus souvent de République tchèque ou d'Allemagne. Surtout, elles sont désormais au centre du projet de Jürgen Baatzsch. De toutes les apparitions publiques, de tous les selfies du président, et évidemment de tous les matches. "Elles étaient carrément mieux traitées que nous!", s'étrangle Anthony Sadin. "Je me souviens d'un début de saison où nous n'avions pas encore reçu nos nouveaux maillots. Mais les hôtesses, elles, elles déambulaient avec leurs tenues hyper moulantes, avec leurs nouveaux parapluies. Ça, c'était en ordre, il ne fallait pas se faire de soucis. Et nous, pendant ce temps-là, on jouait encore avec nos vieux maillots sans sponsor ( Il rit)." Reste que pour l'extérieur, le coup de communication est réussi. Selon les analyses de l'époque, il décrirait le côté folklorique d'un président pas comme les autres. "Mais c'était surtout un flambeur", décrypte Fabrizio Basano, membre historique des Union Bhoys. "On n'appréciait pas tout ce qu'il faisait, on ne se reconnaissait pas toujours dans le clinquant, les paillettes, ça ne nous correspondait pas trop. Mais c'est quelqu'un qui, à un moment donné, a su injecter le virus dans le club. Il a fait renaître l'espoir." Un sentiment partagé par beaucoup, à commencer par Charles Picqué qui voit l'arrivée au club de cet "être excentrique" comme un "tournant". "C'était un original, mais il a donné du souffle au club. Notamment grâce à son carnet d'adresses tourné vers l'international. C'était un interlope cosmopolite ( sic). On a eu beaucoup de présidents généreux d'efforts et de temps passé à se démultiplier pour le club. Mais Baatzsch avait quelque chose en plus: il est venu avec des sous." Beaucoup plus que ses prédécesseurs. Suffisamment pour faire tourner des têtes. À commencer parfois par la sienne. Celle d'un président en décalage avec la réalité de terrain d'un club encore amateur, constitué de joueurs qui l'étaient pour la plupart aussi. "Souvent, il nous parlait de son rêve d'organiser un stage de trois semaines en Afrique du Sud", rembobine Anthony Cabeke. "On lui disait: Président, c'est impossible avec nos boulots de prendre trois semaines de congés. Mais il revenait régulièrement avec cette idée. Quand ce n'était pas ça, il organisait des activités promotionnelles en pleine journée. Il nous demandait systématiquement d'en être, mais il n'y avait jamais personne ( Il rit). Heureusement pour Jürgen Baatzsch, ses objectifs sportifs, eux, sont atteints. Condamnée lors de l'exercice 2015-2016 à figurer parmi les huit premiers de D2 (sur 17) pour valider son ticket en D1B la saison suivante, l'Union de Marc Grosjean réussit la bascule avec les meilleurs. Un accomplissement sportif qui s'accompagne d'une délocalisation temporaire du côté du Heysel à partir de la saison suivante et d'un premier essorage du noyau dur des dernières années. "Ça n'a pas été des moments faciles à vivre humainement", rejoue Ignazio Cocchiere. "Les supporters chantaient mon nom à chaque match, mais je ne rentrais plus en ligne de compte. Je venais de finir meilleur buteur du club trois saisons de suite, mais le coach avait décidé qu'il ferait sans moi." Marc Grosjean a visiblement d'autre chats à fouetter. "Ce que j'ai fait n'a pas toujours été bien compris par les supporters, mais ce tri était indispensable, c'est ce qui a permis de faire grandir le club. C'est toujours une question de priorité. Je n'avais rien contre personne. Rien contre Ignazio, rien contre Anthony Cabeke qui ne jouait plus beaucoup à la fin, rien non plus contre Anthony Sadin quand on s'est séparé de lui la deuxième saison. Mais à un moment donné, j'ai fait des choix qui nous ont permis de tenir la dragée haute avec peu de moyens." De ces indispensables pas en avant qui laissent toujours des traces. "C'est une constante dans l'histoire de l'Union", valide Fabrizio Basano. "Souvent, les joueurs iconiques du club ont été obligés de partir ou sont entrés en conflit avec la direction. Ça fait partie de notre histoire. De Paul Van Den Berg, plus grand joueur depuis l'après-guerre à Mathias Fixelles récemment, en passant évidemment par Cocchiere, l'Union a toujours mal vécu les transitions." L'histoire qui s'écrit au Duden cette saison dira un jour si le dernier remaniement en date restera à jamais ou non gravé dans les mémoires locales. Cette transition-là, qui aboutira à la vente du club à Tony Bloom et Alex Muzio au printemps 2018, Jürgen Baatzsch commencera à la préparer dès 2017. Deux ans seulement après sa prise de pouvoir officielle. Conscient de ses moyens trop limités pour faire franchir la dernière marche vers la D1A à l'Union, Baatzsch se met alors à la recherche d'investisseurs. Un temps en contact avec des Qataris, c'est ensuite Roland Duchâtelet - un proche de Baatzsch, qui fera notamment appel à la fille de l'ancien prédisent du Standard pour repenser la décoration d'intérieur de certaines salles du stade Marien - qui tiendra longtemps le bon bout avant que Paul Gheysens, furieux d'avoir été évincé du deal anderlechtois, ne vienne lui aussi humer le bon air saint-gillois. C'est finalement par l'intermédiaire de l'agent Jacques Lichtenstein que Tony Bloom et Brighton mettront un pied dans la porte du Marien. Un pied, puis deux après la victoire de l'Union contre Tubize lors de la quatrième journée des play-down de l'exercice 2017-2018 qui assurera définitivement le maintien des Bruxellois en D1B. "C'est un match-clé, qui ressemble beaucoup à celui disputé contre Liège ou Leopoldsburg en 2013", tente Olivier Dumonchaux "Dans les deux cas, ce sont des matches intenses où tout se joue sur nonante minutes. Contre Leopoldsburg, il y a le tir au but victorieux de Sadin, contre Tubize, il y a l'arrêt d' Adrien Saussez à la 97e sur penalty. Ce sont deux moments qui ont tout changé dans la vie du club." Pas besoin de guillemets pour comprendre que Tony Bloom et Alex Muzio n'auraient pas vu le même intérêt à investir leur oseille dans un club redescendu en D1 amateur. Pas besoin non plus d'être grand clerc pour comprendre que rien ne sera plus vraiment jamais comme avant désormais à l'Union Saint-Gilloise. L'été 2018 qui arrive ne marque plus un tournant, ce sera cette fois une fracture. Après avoir été envisagé par la nouvelle direction dans un rôle de directeur sportif, Marc Grosjean est à son tour victime du tri sélectif nécessaire au nouveau besoin de grandeur local. Un pas de côté que le principal intéressé interprète un tantinet différemment. "Les Anglais souhaitaient me garder", assure Grosjean. "Mais il y avait une grosse envie de changement général. Moi, ça ne me convenait pas. Je ne voulais pas être l'un des rares à être maintenu dans la structure. Et puis, les joueurs qu'on m'avait proposés ne me convenaient pas, j'étais sceptique. Initialement, ce n'étaient pas des gars du calibre de Percy Tau, Youssoufou Niakaté ou FaïzSelemani qui étaient censés arriver. Sans quoi, j'aurais peut-être réfléchi différemment." Parti sous d'autres cieux, Marc Grosjean n'en reste pas moins un suiveur régulier d'une équipe désormais drivée par le jeune Luka Elsner, arrivé par l'intermédiaire du sulfureux Alex Hayes, ancien manager général de Lorient. Si Grosjean préfère s'étonner de "ne pas voir l'Union d'Elsner jouer la montée en D1A dès sa première saison vu le noyau désormais à disposition", plutôt que de saluer le joli parcours réalisé en Coupe de Belgique cette année-là ou la participation des Unionistes aux PO2, d'autres soulignent plus humblement la solidité du projet. C'est par exemple le cas de Selemani, arrivé de Lorient. "Quand j'ai été contacté par Hayes pour la première fois, j'étais un peu sur la réserve. J'ai regardé le classement de la D1B, j'ai vu qu'il n'y avait que huit équipes, ce n'était pas très engageant. Mais quand je suis arrivé à Lier, que j'ai vu les installations, la salle de muscu, la pelouse d'entraînement nickel, j'ai compris que c'était un projet qui avait de la gueule. Ce n'était pas encore du calibre de Lorient, mais ça valait largement mieux en termes d'infrastructures que des clubs comme Niort, Tours ou Ajaccio." De là à imaginer que trois ans plus tard, l'Union ferait la course en tête en D1A, il y avait encore de la marge. Personne n'aurait, par exemple, pu prédire à l'époque que la chanteuse Angèle en serait à prendre des selfies en pleine promo de son dernier album dans les travées du Stade Joseph Marien et dans les rades alentours un soir de novembre 2021. Pas plus qu'on aurait pu deviner que les bars du Parvis de Saint-Gilles déborderaient à nouveau d'écharpes jaunes et bleues pour un derby bruxellois au rapport de force inversé fin janvier dernier. Fidèle de chez les fidèles depuis qu'il a mis les pieds pour la première fois au Duden un après-midi de 1964 pour un match opposant l'Union à Tilleur, qui allait aboutir à la montée des deux équipes en division 1, Charles Picqué est forcément nostalgique au moment d'analyser ce retour de hype improbable de l'Union. "Pendant toute une époque, j'étais assis au stade à côté d'un type qui me disait toujours: Ah Charles, si seulement on pouvait voir l'Union en D1 avant de mourir... Cet homme-là a aujourd'hui disparu. Il n'était pas beaucoup plus vieux que moi et je repense souvent à ses mots qui ont été ceux de toute une génération." Celle-là ne verra jamais la Ligue des Champions, mais aura au moins vécu le tir au but d'Anthony Sadin contre Leopoldsburg. Le charme d'une époque révolue.