L'Emirates Stadium était encore garni de plus de 60.000 spectateurs lorsque Mesut Özil, l'élégant manieur de ballon d'Arsenal, est monté pour la dernière fois sur le terrain avec le maillot des Gunners sur les épaules. C'était début mars, juste avant la suspension de la Premier League à cause du coronavirus. Depuis, huit mois ont passé et il est de moins en moins probable que l'on voie encore en action le milieu de terrain allemand d'origine turque pour les Londoniens. Car le manager Mikel Arteta, en poste depuis le 20 décembre 2019 (et en principe jusqu'en 2023), qui a déjà remporté la FA Cup et le Community Shield, n'a pas inclus Özil - un ancien équipier, pourtant - dans sa liste des 25 noms appelés à disputer la suite du championnat d'Angleterre. Précédemment, il l'avait déjà rayé de la liste pour l'Europa League. Cela semble clair: il ne compte plus sur le joueur de 32 ans, champion du monde 2014 avec l'Allemagne sous le ciel du Brésil.
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L'Emirates Stadium était encore garni de plus de 60.000 spectateurs lorsque Mesut Özil, l'élégant manieur de ballon d'Arsenal, est monté pour la dernière fois sur le terrain avec le maillot des Gunners sur les épaules. C'était début mars, juste avant la suspension de la Premier League à cause du coronavirus. Depuis, huit mois ont passé et il est de moins en moins probable que l'on voie encore en action le milieu de terrain allemand d'origine turque pour les Londoniens. Car le manager Mikel Arteta, en poste depuis le 20 décembre 2019 (et en principe jusqu'en 2023), qui a déjà remporté la FA Cup et le Community Shield, n'a pas inclus Özil - un ancien équipier, pourtant - dans sa liste des 25 noms appelés à disputer la suite du championnat d'Angleterre. Précédemment, il l'avait déjà rayé de la liste pour l'Europa League. Cela semble clair: il ne compte plus sur le joueur de 32 ans, champion du monde 2014 avec l'Allemagne sous le ciel du Brésil. Özil est un enfant du bassin de la Ruhr. À sept ans, il signe sa première carte d'affiliation au Westfalia 04 Gelsenkirchen. En 2005, il rejoint le centre de formation de Schalke 04, où il est l'un des jeunes les plus prometteurs. Le 12 août 2006, Mirko Slomka le lance en Bundesliga alors qu'il n'a que 17 ans. Le gaucher termine vice-champion dès sa première saison complète. Début janvier 2008, son père Mustafa, un paternel au tempérament impulsif et qui, dans les années 60, avait quitté Devrek pour venir travailler en Allemagne, fait savoir que Mesut ne prolongera pas son contrat, qui arrive à expiration en 2009. Et ce à cause de divergences d'opinion avec la direction des Königsblauen. Le Werder Brême attire alors ce grand talent le 31 janvier 2009, dernier jour de la période des transferts, pour cinq millions d'euros. Après avoir percé en Allemagne, Özil rejoint le Real Madrid en août 2010, et y séjourne jusqu'en septembre 2013. C'est à ce moment qu'Arsenal le transfère pour 47 millions d'euros, un record à l'époque. Son habileté balle au pied (au point de pouvoir jongler avec un chewing-gum) est censée accroître le niveau technique de l'équipe. En 254 matches en Angleterre, l'Allemand s'érige en virtuose et en donneur d'assists (77) hors pair. Arsène Wenger, qui a quitté les Gunners en mai 2018, a récemment expliqué à la BBC qu'un divorce représenterait une perte à la fois pour le joueur et pour le club. "Mesut est arrivé à l'âge où un footballeur atteint le maximum de son rendement", a déclaré Le Professeur, avant d'expliquer pourquoi, à son avis, Özil éprouvait autant de difficultés actuellement. "Parce que le football moderne a évolué, et que le pressing et les transitions rapides ont pris de plus en plus d'importance." Certaines voix affirment également qu'Özil est lui-même responsable de sa mise à l'écart. Déjà sous Unai Emery, le successeur de Wenger sur le banc de l'Emirates Stadium, ça coince. Emery n'accepte pas sa nonchalance et son manque de régularité, malgré ses talents de magicien. "Un problème d'attitude, d'investissement", juge l'Espagnol. L'ancien meneur de jeu dispute sa saison la moins aboutie de sa carrière, et ne parvient plus à créer d'occasions de buts, en partie à cause de blessures à répétition. Un dernier rebondissement a lieu en 2019, lorsqu'Emery doit céder sa place à son compatriote Arteta. Durant les dix premiers matches de championnat, le Basque trouve une place de titulaire pour l'expérimenté Özil. Mais c'est à ce moment que la pandémie éclate et que le confinement débute. Et depuis le restart du championnat d'Angleterre à la mi-juin, Ozïl n'a plus joué une minute. Pourtant, en dépit de nombreuses propositions, il ne lui est jamais venu à l'idée de changer de club. En août, l'international (92 caps), qui a épousé l'actrice turco-suédoise Amine Gülse en juin 2019, déclare à The Athletic: "Je resterai ici jusqu'au dernier jour de mon contrat. Pour ce club, je donnerai tout ce que j'ai dans le corps." Ses détracteurs insinuent qu'Özil veut simplement se remplir encore un peu plus les poches. Car depuis la prolongation de son contrat en février 2018 (et qui court jusqu'en fin de saison), il gagne plus de 390.000 euros par semaine. En septembre, Özil aura de plus encaissé une prime de loyauté de 8,89 millions d'euros. Pour mieux digérer les conséquences économiques de la crise du coronavirus, les joueurs, le staff technique et la direction d'Arsenal ont accepté en avril une réduction de salaire temporaire de 12,5%. Après six semaines de négociations, Özil a refusé, mais prétend que, contrairement à ce qu'affirment les médias, il n'était pas le seul dans le cas. Apparemment, le milieu de terrain voulait savoir à quoi servirait exactement le capital économisé. Mais n'a pas reçu la moindre réponse. Et cela, alors qu'Arsenal a encore dépensé près de 86 millions d'euros en transferts entrants cet été, tout en licenciant 55 collaborateurs. L'un d'eux n'est autre que Jerry Quy, qui travaillait pour le club depuis 27 ans et qui, lors des matches à domicile, endossait le costume de la mascotte Gunnersaurus. Sur les réseaux sociaux, Özil propose alors à Quy de payer son salaire, "aussi longtemps que je serai un joueur d'Arsenal". Mesut Özil suscite le débat, encore plus en Allemagne qu'en Angleterre. Notamment en raison de la manière dont il a pris congé de la Mannschaft après la Coupe du monde 2018, 92 sélections, 23 buts et quarante assists. L'Allemand a, là aussi, beaucoup utilisé ses propres réseaux de communication. Özil compte 25 millions de followers, rien que sur Twitter. Plus qu'à d'autres, on lui a reproché la débâcle du Mondial russe. Lui-même a accusé la fédération allemande, certains sponsors et la presse de lui manquer de respect, et même de racisme à son égard. Pour certains, Özil est un héros combatif. Pour d'autres c'est plutôt un footballeur professionnel politisé et naïf. Il est plus populaire en Turquie qu'en Allemagne, et davantage adulé par les musulmans que par les non-musulmans. Ce qui en Allemagne est accueilli avec un simple sourire, est applaudi dans le pays de ses ancêtres. Depuis 2013, Mesut a cependant rompu avec son père Mustafa, tout comme avec son sponsor Adidas. Il lui reproche d'être à l'origine de son départ forcé pour Londres en raison de ses relations conflictuelles avec le président du Real Madrid Florentino Pérez. Sa prise de position sur la guerre dans le Caucase entre l'Azerbaïdzjan et l'Arménie pour l'enclave du Haut-Karabakh, dans un tweet posté le 13 octobre, a aussi suscité bien des controverses. Özil a soutenu à fond la position du gouvernement turc et a pris parti pour les Azéris. "Leurs soucis sont au centre de mes préoccupations", affirmait-il. En anglais, le footballeur professionnel n'hésite pas à se comporter comme un véritable politicien, en partageant ses points de vue avec ses abonnés sur Twitter. "Chacun doit savoir que le Haut-Karabakh est légalement et internationalement reconnu comme une région de l'Azerbaïdjan. Mais aujourd'hui, il est occupé de façon illégale." Une prise de position ferme, mais l'affaire n'est pas aussi simple que ce qu'Özil prétend. Le Haut-Karabakh ne s'est pas séparé de l'Azerbaïdjan en 1991, mais de l'ancienne Union Soviétique. Et en septembre, ce sont les troupes azéries qui ont déclaré la guerre. Ce qu'on reproche encore davantage à Özil, c'est son soutien au président Recep Tayyip Erdogan. Lui-même affirme qu'il ne fallait voir aucune accointance politique dans le fait qu'il offre un maillot dédicacé d'Arsenal à Erdogan en mai 2018, mais le président turc a cependant utilisé la photo comme moyen de propagande dans sa campagne électorale. Özil n'a pas dit un mot sur la situation politique en Turquie, ni sur les atteintes aux droits de l'Homme. S'il n'a jamais critiqué la Turquie, il s'est malgré tout exprimé sur l'attitude des pays musulmans, coupables d'après lui de ne pas avoir réagi suite au traitement infligé à la minorité musulmane des Ouïghours, en Chine, alors que des pays et journaux occidentaux l'avaient pourtant fait. Özil a déversé sa colère sur la dictature communiste. Sur les moteurs de recherche chinois, lorsqu'on tapait son nom, des messages d'erreur apparaissaient régulièrement. Le journal d'État le considère comme "belliqueux", les chaînes de télévision d'État CCTV et PP Sports ont retiré les matches d'Arsenal de leurs programmes, et son fan-club chinois a été dissous sur le champ. Özil a été supprimé du monde virtuel chinois, y compris d'un jeu vidéo de foot. Le diffuseur a plié devant la puissance de l'État communiste, et s'est longuement excusé pour les "déclarations extrêmes du joueur envers la Chine". Et lorsque des matches ont de nouveau été diffusés sur les chaînes télés, les commentateurs ont refusé de citer son nom. Oui, cela va jusque-là. Tout ce qui concerne Mesut Özil ne suscite cependant pas la controverse. Dans le monde islamique, le joueur le mieux payé d'Arsenal est loué pour sa générosité. Sans en parler ouvertement, Özil finance de nombreux projets d'aide en Afrique. Il s'est aussi exprimé très tôt sur le racisme et la discrimination dans le football, mais dans ce domaine, il divise à cause du ton utilisé dans ses tweets, politiquement et socialement engagés. Le journal à sensation Bild-Zeitung a même mené campagne pour déchoir Özil de la nationalité allemande. Lorsqu'il a été décidé qu'Özil ne porterait plus le maillot d'Arsenal, il a tweeté sur un ton amer, mais déterminé: "J'ai toujours essayé de rester positif. Je me suis toujours tu, jusqu'à présent. Mais je suis très déçu de ma non-inscription sur la liste pour la Premier League. Je considère toujours Londres comme ma maison. J'ai beaucoup d'amis dans l'équipe et j'ai une relation forte avec le club et les supporters. Je vous promets que ce message ne changera pas mon état d'esprit: je continuerai à me donner à 100% à l'entraînement et je me battrai pour recevoir une chance. Je ne laisserai pas ma huitième saison à Arsenal se terminer de cette manière. Là où c'est possible, j'utiliserai ma voix pour dénoncer le côté inhumain de cette situation et demander la justice." Le manager Arteta a rapidement réagi. Il considère comme un échec le fait de ne pas avoir su retirer le maximum de son joueur le plus créatif. "Mon job consiste à retirer le meilleur de chaque joueur, à faire en sorte que chacun apporte son écot à la prestation collective. Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'avoir échoué. La décision de l'écarter se base uniquement sur des considérations footballistiques. J'en prends l'entière responsabilité. Cela n'a rien à voir avec son comportement, ni, comme je l'ai lu injustement, avec son refus de sacrifier une partie de son salaire." Le 7 mars, Arsenal a remporté le derby londonien contre West Ham United (1-0), dans ce qui était probablement le dernier match d'Özil pour les Gunners. Alexandre Lacazette a inscrit le seul but du match. Et qui a délivré la passe décisive? Mesut Özil, of course.