Bradley Wiggins peut vous raconter par coeur toutes les finales de Paris-Roubaix. Les succès de Gilbert Duclos-Lasalle (1993) ou d'Andrei Tchmil (1994) n'ont pas de secret pour lui. A l'époque, il rêvait d'exploits devant sa télévision puis se précipitait sur les pavés de Kilburn, au nord de Londres, en se prenant pour Johan Museeuw.
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Bradley Wiggins peut vous raconter par coeur toutes les finales de Paris-Roubaix. Les succès de Gilbert Duclos-Lasalle (1993) ou d'Andrei Tchmil (1994) n'ont pas de secret pour lui. A l'époque, il rêvait d'exploits devant sa télévision puis se précipitait sur les pavés de Kilburn, au nord de Londres, en se prenant pour Johan Museeuw. Pourtant, l'Enfer ne lui a jamais vraiment porté chance. Les trois premières fois qu'il prit le départ (2003, 2004 et 2005), il ne réussit même pas à rejoindre l'arrivée. En 2006, le champion olympique de poursuite rejoignait le vélodrome de Roubaix mais il ne se classait que 49e, à plus de sept minutes de Fabio Cancellara. En 2009, il terminait 25e. Et deux ans plus tard, 90e. A l'époque, Wiggins brillait surtout dans les courses par étapes. Il avait terminé quatrième du Tour en 2009 et allait le remporter en 2012. Un an plus tôt, il s'était imposé au Dauphiné. Mais en 2013, il annonçait miser sur le Giro et Paris-Roubaix, qu'il considérait comme " les plus belles courses au monde. " Des problèmes de santé et une chute transformèrent le Giro 2013 en fiasco et, l'année suivante, il se fixa comme objectifs Paris-Roubaix et le championnat du monde contre-la-montre. Avec succès puisqu'il termina neuvième à Roubaix après avoir lutté jusqu'au bout pour la victoire et qu'il fut sacré champion du monde contre-le-chrono à Ponferrada. Wiggins a souvent déclaré qu'un bouquet à Roubaix le rendrait plus heureux que lorsqu'il a remporté le Tour en 2012. Il dit aussi que c'est la seule course qu'il regardera en entier à la télévision après sa carrière. Mais avant cela, il voudrait la remporter ce dimanche. Depuis l'an dernier, il sait que c'est possible. " Et quand on y croit, on a déjà fait la moitié du chemin. " Ceux qui le connaissent savent que, lorsqu'il a une idée en tête, Sir Bradley ne l'a pas ailleurs. " Il est comme un chien qui, même sur une seule patte, tiendrait debout ", dit Shane Sutton, son ancien coach chez Team Sky. Wiggins a donc entamé son Opération Pavés avec la même ardeur qu'il avait préparé le championnat du monde contre-la-montre, l'été dernier. Pour prendre du muscle, il a passé beaucoup de temps à la salle de fitness cet hiver. Il pèse cinq kilos de plus qu'aux championnats du monde l'an dernier et huit de plus que lorsqu'il remporta le Tour en 2012. Il a également adapté ses entraînements. Au lieu d'escalader des cols, il a avalé des milliers de kilomètres en plaine. Au Tour du Qatar, il n'était pas rare de le voir s'entraîner avant ou après les étapes. Un entraînement à une puissance et dans un temps déterminés afin de coller à la réalité de Paris-Roubaix. Car s'il a regardé de nombreuses vidéos du passé, ce n'est pas seulement pour le plaisir mais aussi pour chronométrer chaque secteur pavé. " Sur les pavés, il faut pouvoir se montrer explosif pendant quelques secondes puis continuer à rouler un certain temps au seuil d'anaérobie ", explique Rod Ellingworth, head of performance operations chez Team Sky. " Ce n'est pas un contre-la-montre : il faut pouvoir répéter des efforts de quatre à cinq minutes pendant six heures. C'est l'idéal pour un spécialiste de la poursuite. " Et Wiggins a été trois fois champion olympique dans cette spécialité ! Mais Wiggins ne s'est pas contenté des images : en décembre, en janvier et en février, il a reconnu les 120 derniers kilomètres (à partir du Bois d'Arenberg) à trois reprises. Il a même fait un tour sur la piste à Roubaix et pris sa douche dans les vestiaires. " Pour faire mieux que l'an dernier, il doit pouvoir imaginer chaque secteur pavé ", dit son équipier Servais Knaven. " C'est pourquoi, après chaque tronçon, nous nous sommes arrêtés pour marquer les points dangereux. Nous avons aussi testé le matériel et la pression des pneus. " L'avantage d'avoir reconnu le parcours en hiver, c'est de l'avoir vu glissant. D'autant que Wiggins n'est pas réputé pour son habileté. Mais il sait qu'il devra prendre des risques. " Il faut être dans les dix premiers pour aborder le Bois d'Arenberg. Si on n'y est pas, il ne faut plus penser à rien et se préparer à mourir. Ou à aller à l'hôpital. " C'est pour se préparer mentalement à cela que Wiggins a pris part au Tour du Qatar, au Circuit Het Nieuwsblad, à Gand-Wevelgem et aux Trois Jours de La Panne. " Il est important que mes adversaires me voient souvent car dans le final, s'ils savent que je peux tenir une roue, ils ne me bousculeront pas ", disait-il en début de saison dans Het Nieuwsblad. Au Qatar, toutefois, il a loupé les bordures et à Gand-Wevelgem, il a abandonné après deux heures. Avec le vent, il n'avait pas envie de jouer à la roulette russe. A ceux qui doutaient de sa forme, il a répondu en remportant le contre-la-montre des Trois Jours de La Panne. Et les connaisseurs savent qu'il ne pense qu'à Paris-Roubaix, sa dernière croisade pour le compte de Team Sky avant de rejoindre sa propre formation continentale WIGGINS, de s'attaquer au record du monde de l'heure début juin et de préparer les Jeux olympiques de Rio, où il visera un cinquième titre en poursuite par équipes. Car cela reste sa discipline préférée : " Là, on est seul contre l'air, on n'a personne devant soi et il faut juste rouler plus vite que les autres ", dit-il. C'est un peu ce qu'il devra faire dimanche s'il veut devenir immortel.?PAR JONAS CRETEUR - PHOTO : TIM DEWAELEWiggins a reconnu trois fois les 120 derniers kilomètres de Paris-Roubaix et chronométré chaque secteur pavé.