Lorsqu'on pénètre chez Rudy Pevenage, un maillot jaune accroche l'oeil. C'est celui du Tour 1997. Le mot de remerciement que Jan Ullrich a écrit dessus est un témoignage de respect et d'amitié entre le directeur et son poulain. Depuis 1995, en dépit de moult problèmes et contrecoups, Pevenage est resté un inconditionnel du coureur, champion olympique en titre et bourré de classe, mais qui n'a pas toujours fait preuve de la force mentale inhérente à son statut.
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Lorsqu'on pénètre chez Rudy Pevenage, un maillot jaune accroche l'oeil. C'est celui du Tour 1997. Le mot de remerciement que Jan Ullrich a écrit dessus est un témoignage de respect et d'amitié entre le directeur et son poulain. Depuis 1995, en dépit de moult problèmes et contrecoups, Pevenage est resté un inconditionnel du coureur, champion olympique en titre et bourré de classe, mais qui n'a pas toujours fait preuve de la force mentale inhérente à son statut. L'heure de la vérité approche. Fin mars, Ullrich, maintenant âgé de 29 ans, tentera de retrouver les premières places du peloton international sous son nouveau maillot de Team Coast...avec l'appui et les conseils de Pevenage : "Il ne se passe pas de jour durant lequel je ne m'occupe pas de lui. On consacre automatiquement plus de temps à un coureur de cette envergure. C'est lui qui a ouvert certaines portes à des sponsors pour Telekom. Dès que le duo Riis-Ullrich a commencé à glaner des succès, tout a été plus facile pour l'équipe. Telekom baigne dans le luxe. Il a les meilleurs camps d'entraînement, il réserve les hôtels les plus chics, tous les coureurs ont une voiture privée".Rudy Pevenage : Telekom a fait beaucoup pour Jan mais, l'année dernière, durant la pire période de sa vie, il l'a laissé tomber. Pendant le Tour, Telekom a gelé son contrat. Jan m'a téléphoné: - Cette fois, ils m'ont profondément blessé. En ce qui me concerne, c'est terminé. Je pouvais le comprendre. Il m'a d'ailleurs immédiatement demandé si je l'accompagnerais dans une autre équipe. J'espérais que tout allait s'arranger, que Jan resterait et m'épargnerait un choix difficile. Vous y avez été confronté.Oui, quand Telekom a appris que Jan allait partir (il avait d'abord été contacté par l'équipe de Riis), j'ai répondu que je n'avais pas encore pris de décision. Ils ont toutefois vu que j'hésitais. Comme je travaillais depuis des années sans contrat, ils pouvaient me licencier sur le champ mais moi aussi, j'avais le droit de partir de mon plein gré. Pour faire le moins de vagues possible, j'ai décidé de rester un an de plus chez Telekom et je me suis incliné devant la décision de Jan de rouler pour Riis. Finalement, cette équipe ne lui a pas fait d'offre intéressante et il a préféré Coast. Jan m'a alors dit: Là, je n'ai personne en qui je puisse avoir confiance à 100% et j'ai besoin de toi. A la mi-décembre, il m'a demandé si je voulais bien l'accompagner. A cette époque, j'avais déjà assisté à la réunion de l'équipe chez Telekom. J'y avais été sans cesse confronté au cas Ullrich. Je vivais mal le fait que Telekom ne cesse de traiter Jan comme le futur ennemi de l'équipe et de m'impliquer là-dedans. C'est surtout pour cette raison que j'ai répondu par l'affirmative à la demande de Jan. Pas sûr de luiLance Armstrong s'accroche également à Johan Bruyneel. Je constate ce phénomène chez tous les sportifs de haut niveau. C'est sans doute un sentiment exacerbé chez Ullrich car il a plus vite besoin de quelqu'un. Il n'est pas aussi fanatique qu'Armstrong et il est aussi moins sûr de lui. Sur ce plan, il a changé cette saison, mais avant, Jan s'attendait toujours à ce que je l'assiste pour le matériel, les vêtements, les voyages, les rendez-vous et tout ça, ne serait-ce que parce qu'il ne parle que l'allemand. Mais de là à être une figure paternelle? C'est exagéré. Nous sommes bons amis.Dans le passé, on a souvent fait remarquer qu'Ullrich était entouré de béni-oui-oui mais que nul n'était capable de tirer sur la laisse. Armstrong abonde lui-même en ce sens en déclarant: -Ullrich n'a pas fait le bon choix avec Coast et Pevenage comme directeur technique car celui-ci lui donne toujours raison. Que pensez-vous de cette critique?Je ne lui ai certainement pas toujours donné raison. Je lui ai répété des centaines de fois qu'il devait s'entraîner autrement et mieux se soigner. Il était entouré de tout un staff qui tentait de le protéger et même de le contrôler mais quand le coureur lui-même ne veut rien entendre, que peut-on y faire? J'ai certainement été trop gentil, trop copain, mais ceux qui me faisaient ce reproche et passaient ensuite deux jours avec lui, en chemin, se conduisaient exactement de la même façon. Jan est attachant. Il noue des liens étroits avec ceux qui travaillent avec lui. Je le connais depuis sept ans. Pour autant que je sache, jamais il ne s'est disputé avec quiconque. éa en dit long sur son caractère.La facilité avec laquelle il accorde sa confiance aux autres n'est-elle pas un problème?éa l'a certainement été. Certaines personnes se comportaient comme ses amis, simplement pour profiter de lui.L'année dernière, il a quand même eu le pompon.Tout a commencé avec cette blessure au genou. Il a sombré, mentalement. Début mai, après un entraînement de cinq heures, une douleur s'est réveillée dans son articulation. Il a immédiatement consulté un médecin qui lui a conseillé de prendre trois semaines de repos. Conséquence: moral à zéro. Il est sorti avec quelques amis, a bu quelques verres de vin et a fait le fou.Conduite en état d'ivresse, collision et délit de fuite. Ensuite, après une virée en discothèque, il a subi un contrôle positif à la drogue.A ce moment-là, j'étais moi-même déçu par le comportement de Jan, qui ne me faisait plus pleine confiance et me cachait certaines choses. Par la suite, il s'est épanché. Ce fut un moment fort en émotions pour nous deux. (Une pause). Contrairement à beaucoup d'autres, j'ai fait preuve de compréhension à l'égard d'un adulte encore tendre qui découvrait brutalement que tout n'allait pas de soi et qui était confronté à des problèmes. Dans ces cas-là, une vedette est immédiatement démolie, surtout en Allemagne, à cause de la presse à sensation. Le talent ne suffit pasQuand vous êtes habitué à une très grande discipline, gérer brusquement une liberté totale et le luxe n'est pas évident. Enfin, tout ça appartient au passé. Comment va-t-il pour l'instant?Mentalement, il va mieux. Il veut à tout prix refaire ses preuves. Il s'est toujours compliqué la vie en s'appuyant trop sur son seul talent. Je ne connais aucun autre athlète qui ait signé de telles performances en sortant chaque hiver avec un sérieux excès pondéral. Cette fois, Jan a passé un bon hiver, bien que l'état de son genou soit demeuré incertain pendant plusieurs mois, ce qui l'a contraint à s'entraîner à un rythme insuffisant pour rivaliser avec l'élite. Depuis quelques semaines, nous augmentons prudemment le rythme des séances.Que peut-on espérer de lui cette saison?Nos objectifs principaux sont la Vuelta et le championnat du monde. Le Tour? Compte tenu de la brièveté de sa saison de compétition, entamer le Tour avec une bonne condition constituerait déjà un succès. N'oubliez pas que depuis le Mondial 2001, il n'a plus de course sérieuse dans les jambes. On pourra parler de réussite s'il se montre dans plusieurs étapes du Tour.Ne cultive-t-il pas d'ambitions plus élevées, en son for intérieur?Il rêve du podium. Si je vois les choses de manière réaliste, je sais que c'est impossible mais il m'arrive aussi d'en rêver.Certains pensent qu'Armstrong n'aurait jamais gagné quatre Tours si Jan Ullrich avait été en forme. Qu'en pensez-vous?La différence est minime s'ils s'entraînent tous deux à fond et connaissent une préparation optimale.Donc, rendez-vous en 2004?Espérons-le. Roel Van den Broeck"J'ai peut-être été trop gentil"