Signe des temps, les Hollandais, qui étaient encore légion dans le football belge voici quelques années à peine, ont vu leur nombre se réduire à peau de chagrin. Ils ne sont plus, cette saison, que neuf, entraîneurs et joueurs confondus, en D1. Et certains ne sont pas des plus célèbres... Le plus Belge des Néerlandais, Johan Boskamp, porte un regard éclairé sur eux.
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Signe des temps, les Hollandais, qui étaient encore légion dans le football belge voici quelques années à peine, ont vu leur nombre se réduire à peau de chagrin. Ils ne sont plus, cette saison, que neuf, entraîneurs et joueurs confondus, en D1. Et certains ne sont pas des plus célèbres... Le plus Belge des Néerlandais, Johan Boskamp, porte un regard éclairé sur eux. " Une qualification en Europa League, c'était la condition sine qua non pour qu' Adrie Koster soit confirmé dans ses fonctions au Club Bruges cette saison. Aujourd'hui, le même homme est porté aux nues parce qu'il réussit à faire la course en tête avec un effectif complètement remodelé. C'est dire si un entraîneur est, et reste, tributaire des résultats. Guido Brepoels n'est sûrement pas moins bon, de nos jours, qu'à l'époque où il avait mené Saint-Trond en play-offs 1. Mais en dépit de ses compétences, il a été sacrifié comme n'importe quel autre coach à qui la fortune ne sourit plus. Indépendamment de l'accession européenne, c'est aussi le public Bleu et Noir qui a sauvé la tête de son coach et pour deux raisons. Un : Koster a su garder la tête froide. Malgré la cour assidue faite à Franky Dury, il est toujours resté concentré sur sa tâche. Deux : durant cette période difficile, il a conféré une dimension supplémentaire à certains comme Ivan Perisic, par exemple, ou Ronald Vargas avant sa blessure. Demeurer performant tout en bonifiant ses joueurs n'est pas donné à tout le monde. Et Koster s'en est fait une spécialité. Beaucoup pensaient, au départ du championnat, que privés de ces deux atouts, les Flandriens auraient des difficultés. Mais il n'en est rien. D'autres, comme Nabil Dirar ou Vadis Odjidja, ont pris la relève, tout simplement. Et ce qui vaut pour les créatifs est d'application aux autres secteurs également. Koster n'a pas hésité à lancer Colin Coosemans, alors que les fans ne juraient que par Stijn Stijnen. Et, toujours derrière, un gars comme Ryan Donk est devenu un défenseur axial de haut vol. Sans compter que le coach a contribué à l'épanouissement de quelques jeunes comme Jannes Vansteenkiste, Jimmy De Jonghe ou Thibaut Van Acker. En 2009, à son arrivée, je me souviens que Koster avait déjà frappé les imaginations en mettant rapidement ses troupes sur la bonne voie. A présent, il a réussi un tour de force plus grand encore, car tout était à reconstruire cet été. Pourtant, au bout de six semaines à peine, le groupe savait déjà à quoi s'en tenir avec lui. Pour moi, c'est la marque des grands. Peu de coachs réussissent à mettre une équipe à leur main en si peu de temps. Trond Sollied en est un. Koster en est un autre. Et comme par hasard, il en va là des deux mentors qui peuvent priver Ariel Jacobs et le RSCA du titre cette saison. La Gantoise a l'avantage de ne pas avoir d'implications européennes et peut donc profiter des faux-pas de ses concurrents, impliqués sur ce tableau. Je pense tout de même qu'au final le noyau des Buffalos ne sera pas suffisamment étoffé pour rafler la première place. Bruges, en revanche, a tout et est en mesure de coiffer le Sporting sur le poteau ". " Je connais Mario Been depuis ses 8 ans. A l'époque, il faisait partie des bons jeunes de Feyenoord - mon club ! - au même titre que ses coéquipiers Joop Hiele et PeterHoutman. A ce moment-là déjà, il n'avait qu'une seule idée en tête : faire du foot son métier. Je ne suis pas surpris qu'il ait fait une belle carrière, non seulement au Kuip, mais également à l'étranger puisqu'il a joué à Pise avec Cisse Severeyns notamment, et au Wacker Innsbruck. Ce qui m'étonne, en revanche, c'est qu'il soit devenu entraîneur. Il m'a toujours fait penser à Gilles De Bilde : un formidable gars, mais qui n'en faisait qu'à sa tête, au grand désespoir de ses coaches. A l'image du Ket, tous ceux qui l'ont eu sous leurs ordres n'ont jamais été en mesure de se fâcher sur lui, à cause de sa bonne bouille. Been est l'exemple du braconnier devenu garde-chasse. Dès qu'il est passé de l'autre côté de la barrière, il s'est à la fois racheté une conduite tout en imposant une grande discipline. A ses débuts en tant que T2 à Feyenoord, je me suis dit qu'il resterait sans doute à vie au club rotterdamois. Car Feyenoord, ça vous marque un homme. Mais après quelques années, Been a voulu voler de ses propres ailes, ce qui l'a mené à l'Excelsior puis à Nimègue avant de retourner au Kuip au plus mauvais moment, en 2009. Car Feyenoord, sous tutelle judiciaire, a dû s'en remettre à sa jeune classe pour se tirer d'affaire. Et, logiquement, les résultats n'ont pas suivi. Il est malheureux que ces jeunes l'aient boycotté la saison passée, au point d'entraîner son renvoi. Pourtant, il avait fait du bon boulot avec la plupart. Les preuves sont là avec les transferts de Luc Castaignos à l'Inter Milan ou de Georgino Wijnaldum au PSV. Been a soif de revanche. Je pense que le Racing Genk a eu raison de mettre le grappin sur lui plutôt que sur Henk Ten Cate, l'autre candidat à la succession de Frankie Vercauteren. Ten Cate, qui a entraîné le Panathinaïkos avant de prendre la direction du golfe Persique, a tout connu. Il a d'ailleurs voulu prendre une année sabbatique avant de se retremper dans le bain. C'est le signe qu'il n'est plus branché à 100 % sur le foot. Mais en matière de détermination, les Limbourgeois n'ont rien à craindre avec Been. Il veut frapper un grand coup, d'abord par le jeu. Ce que son équipe a montré contre Anderlecht, malgré la défaite, c'était du haut de gamme. Idem face à Valence lors de l'entrée en matière des Limbourgeois en Ligue des Champions. Jusqu'ici, il n'y a que contre le Bayer Leverkusen que je suis resté sur ma faim. Il y avait moyen de faire davantage. Comme lors de son retour à Feyenoord, Been n'a sans doute pas été gâté par le timing. Il lui sera évidemment impossible de faire mieux que son prédécesseur, d'autant que Genk a perdu de sa substance avec les départs de Thibaut Courtois et Eric Matoukou et celui, imminent, de Marvin Ogunjimi à Majorque. Dans ces conditions, le Racing n'entre pas en ligne de compte pour un nouveau titre. Mais l'Europa League est largement à sa portée ". " De tous mes compatriotes, c'est lui qui est le mieux imprégné du football belge en raison de sa trajectoire, puisqu'il a joué au Club Bruges et entraîné entre autres le Cercle, Roulers, Ostende et Saint-Trond avant d'aboutir à Mons. Ce qui me plaît tout particulièrement chez lui, c'est que malgré les vicissitudes du métier, il est toujours resté fidèle à sa ligne de conduite. Aujourd'hui encore, à l'Albert, il ne jure que par le 4-3-3, tant à domicile qu'en déplacement. C'est bien sûr tout à son honneur, vu la valeur de son équipe, qui évoluait encore en D2 la saison passée. Pas mal de coaches, à sa place, miseraient sur la prudence. Lui, au contraire, a choisi l'offensive, conscient qu'une victoire mène plus loin que des nuls. Chapeau aussi pour son feeling en matière de recrutement. Personnellement, j'ai toujours cru qu'un Jérémy Perbet était un bon attaquant pour la D2 mais pas pour s'imposer au sommet. Mon ami Peter Maes ne pensait d'ailleurs pas autrement. Aujourd'hui, il se mord les doigts d'avoir laissé filer le Français. Avec lui dans ses rangs, les positions des Dragons et de Lokeren seraient inversées au classement. Hamdi Harbaoui, Benjamin De Ceulaer, Benjamin Mokulu et Nill De Pauw ne sont pas de mauvais attaquants. Mais ils n'ont pas le flair de Perbet en zone de vérité. Celui-ci n'est d'ailleurs pas la seule bonne surprise chez les Hennuyers. Van Wijk a également tapé dans le mille avec les arrivées de Rachid Bourabia, Peter Franquart et Pieterjan Monteyne, qui sont tous titulaires. Un autre détail qui me frappe, c'est le calme qui entoure Benjamin Nicaise. Partout où il est passé, celui-ci a toujours provoqué des étincelles. On se souviendra notamment de son clash avec Tomasz Radzinski au Lierse. A présent, qu'il soit titulaire ou non, il ne fait plus de vagues. Van Wijk tient bien son groupe. Pour moi, il a montré toute l'étendue de son savoir-faire à un échelon modeste. Après toutes ces années, je trouve qu'il mériterait une chance dans un club du top. A mes yeux, il ferait bien l'affaire comme successeur d' Adrie Koster. D'autant qu'il a un passé au Club et qu'il en connaît la culture. Son style s'y appliquerait à merveille. Tôt ou tard, il y arrivera, j'en suis sûr. Et je suis persuadé aussi qu'il réussirait à cet échelon ". " Je connais Ryan Donk depuis sa période au RKC Waalwijk, où un certain Adrie Koster était son entraîneur. A l'époque, celui-ci insistait déjà sur sa relance. Il ne fallait pas simplement qu'il soit intransigeant dans le marquage, il devait aussi veiller à être adroit dans ses passes. Il s'était montré très réceptif à ces conseils et en avait été récompensé par une place de titulaire au sein de la sélection Espoirs néerlandaise victorieuse de l'EURO en 2007. Mais le joueur, dont la modestie n'a jamais été la qualité première, a cru dès ce moment que c'était arrivé. Après un passage à l'AZ Alkmaar, il a mis le cap sur West Bromwich Albion en se disant qu'il allait épater la galerie. En fin de compte, il s'y est royalement planté. Sa chance est d'avoir été repêché par Koster, qui l'avait lancé. Au début, le naturel a repris le dessus chez Donk avec des performances qui n'étaient OK qu'à 90 %. Il jouait son match avant d'avoir un moment d'égarement, fatal pour son équipe, en cours de rencontre. Ou bien il abandonnait ses bases pour monter. Aujourd'hui, deux ans après son arrivée à Bruges, le garçon ne commet plus ce genre d'erreurs. Il est concentré sur sa tâche du début à la fin d'un match et ne joue plus, non plus, les aventuriers. Il est fixé prioritairement sur son rôle de défenseur et, dans ce registre, il est le meilleur du pays. Par rapport à Roland Juhasz, souvent cité en exemple aussi, il présente la qualité de pouvoir alerter judicieusement un partenaire, à 10 ou à 30 mètres. A 25 ans, il arrive petit à petit à son top. A mon sens, il pourrait d'ores et déjà entrer en concurrence avec Joris Mathijsen et Jeffrey Bruma pour occuper l'une des deux positions en défense centrale en équipe nationale hollandaise. J'ai cru comprendre que le coach, Bert Van Marwijk, songeait à Douglas, du FC Twente, comme solution de rechange. A sa place, je me tournerais en priorité vers Donk. Une chose me paraît évidente : si Donk poursuit sur sa lancée, il est partant pour l'EURO l'été prochain ". " S'il vivait pour le football, Sherjill McDonald ne jouerait pas au Beerschot mais toujours à Anderlecht, où il avait abouti au tout début du millénaire avec son compère Sergio Hellings. Il avait franchement tout pour réussir mais aujourd'hui, à près de 27 ans, je me demande s'il n'est pas trop tard. S'il n'émerge déjà pas au Kiel, comment arriverait-il au sommet ? C'est dommage, mais il a laissé passer sa chance. J'ai cru qu'après son retour à Heracles, en 2004, il rebondirait malgré tout à l'étranger, puisqu'il avait été prêté tour à tour à Hambourg puis à West Bromwich Albion, mais c'est Roulers qui est devenu son point de chute en 2009 avant qu'il ne rallie le club anversois. Avec lui, c'était tout ou rien ces derniers mois. Tantôt on l'a vu marquer des buts d'anthologie, tantôt encore il passait complètement inaperçu sur le terrain. Ces hauts et ces bas sont d'autant plus regrettables qu'il possède les qualités pour briller en pointe : il a le sens du but, est adroit dans les combinaisons et possède une technique supérieure à la moyenne. Mais McDonald, c'est aussi, depuis toujours, quelques kilos en trop. Et le goût des sorties et de la fête. Les Mauves ont tout fait pour se débarrasser de lui pendant le mercato, conscients qu'Anvers et sa vie nocturne n'étaient sans doute pas le cadre idéal pour lui. Il est significatif que personne ne soit venu aux nouvelles pour lui. Tout footballeur confronté à cette situation aurait sans doute à c£ur de se ressaisir. Mais lui ne s'en fait manifestement pas. Voilà qui me paraît quand même inquiétant ". " Pour moi, l'Irano-Hollandais Reza Ghoochannejhad constitue l'une des surprises de ce début de saison. Il s'est d'emblée signalé par un match plein contre le Club Bruges. Et depuis, il a continué sur sa lancée avec une demi-douzaine de buts. A ce train-là, il est bien parti pour faire oublier Ibrahima Sidibé, parti au Beerschot. Formé à Heerenveen, il a eu la chance d'être coaché par Trond Sollied avant d'acquérir du temps de jeu aux Go Ahead Eagles, puis à Cambuur et d'atterrir à Saint-Trond. Entretemps, il a accédé aussi à la sélection des U19 néerlandais. Ghoochannejhad fait partie de ces joueurs pour lesquels le public se déplace : c'est un attaquant de rupture, doté d'une formidable accélération et habile à la conclusion. Il ne fait pas de doute qu'il ne s'éternisera pas chez les Trudonnaires. Je ne prétends pas qu'il est prêt pour un club du top. Mais il a sa place dans le ventre mou du classement. Guido Brepoels a eu le nez creux en faisant appel à lui. C'est maintenant à Franky Van der Elst de poursuivre le polissage de ce garçon ". PAR BRUNO GOVERS - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Been est l'exemple du braconnier devenu garde-chasse. "" Donk ne serait pas inférieur à Bruma ou Mathijsen en sélection hollandaise. "