Les transferts éclairs de Hulk (50 millions d'euros) et d' Axel Witsel (40) au Zenit Saint-Pétersbourg ont fait froncer des sourcils en Europe et alimenté les spéculations sur la manière de récupérer cette somme. Selon un scénario, Gazprom, le principal sponsor du club, augmenterait le prix de l'énergie. La rumeur s'est amplifiée au point de contraindre le directeur général Maksim Mitrofanov à publier un communiqué de presse, expliquant que le club avait financé lui-même ces transferts, ce que personne n'a cru.
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Les transferts éclairs de Hulk (50 millions d'euros) et d' Axel Witsel (40) au Zenit Saint-Pétersbourg ont fait froncer des sourcils en Europe et alimenté les spéculations sur la manière de récupérer cette somme. Selon un scénario, Gazprom, le principal sponsor du club, augmenterait le prix de l'énergie. La rumeur s'est amplifiée au point de contraindre le directeur général Maksim Mitrofanov à publier un communiqué de presse, expliquant que le club avait financé lui-même ces transferts, ce que personne n'a cru. Le Zenit n'est pas un simple club de football doté d'un riche sponsor. Le vainqueur de la Coupe de l'UEFA 2008 est le porte-drapeau de la Russie de Vladimir Poutine. Il est étroitement lié au pouvoir économique et politique. Le Zenit est un objet de prestige aux yeux du Kremlin. En 2005, alors qu'il était Premier ministre, Dmitri Medvedev a été à l'origine du contrat de sponsoring astronomique signé par Gazprom. Poutine, omnipotent, est né à Saint-Pétersbourg et passe pour un supporter fanatique du club. Le football russe est en pleine expansion depuis qu'il a fait de la santé un thème majeur de sa politique. Des sommes énormes sont injectées dans le sport. Les entreprises qui investissent dans un club de football sont conscientes de l'image positive qu'elles acquièrent ainsi. Dans le cas du Zenit, l'image profite au Kremlin : c'est un instrument de marketing du pouvoir russe. On ne présente évidemment pas les choses de cette manière, mais un coup d'£il en coulisses ne laisse place à aucune autre conclusion. Sur le papier, Poutine et Medvedev n'ont aucune fonction officielle au sein du club. Mais ils possèdent nettement plus d'influence que le supporter moyen. A court terme, le Zenit veut jouer un rôle majeur sur la scène européenne et rivaliser avec l'élite absolue d'ici 2018, date de l'organisation du Mondial par la Russie. Grâce à ses relations privilégiées avec Gazprom, le Zenit est devenu un employeur très attractif en l'espace de quelques années. Le géant du gaz en a fait l'équipe la plus riche de Russie. Le budget du club s'élève à 150 millions d'euros, une somme qui passe inaperçue dans la comptabilité du géant du pétrole, qui compte généralement en montants à neufs zéros. Gazprom pèse 176 milliards d'euros, emploie 330.000 personnes et compte 460.000 actionnaires. Sur le site de Gazprom, aucune trace -évidemment - de Poutine ou de Medvedev. On y lit que la société veut devenir une des plus grandes entreprises énergétiques du monde mais son influence s'étend largement au-delà du gaz et du pétrole. Gazprom possède plus de 60 filiales, parmi lesquelles une banque et même une compagnie aérienne. Sa branche médiatique est sous le feu des critiques depuis des années car elle rachète les concurrents trop caustiques et les réduit ainsi au silence. Chaînes TV et radio, journaux d'une autre tendance disparaissent. Et les bénéfices de Gazprom partent partiellement dans les poches de politiciens corrompus, ce dont le Zenit Saint-Pétersbourg profite pleinement. Non seulement le club est le cheval de parade du Kremlin mais Poutine et Medvedev se tournent généreusement vers leur cercle de connaissances pétersbourgeoises au moment de distribuer des postes. L'actuel CEO de Gazprom, Alexeï Miller, est un supporter fanatique du Zenit. Il assiste fréquemment aux matches, et après une victoire, il ne manque pas de se rendre au vestiaire. S'ils battent le grand rival, le Spartak Moscou, les joueurs peuvent même s'attendre à une accolade. Les possibilités financières du groupe sont inépuisables. Gazprom n'est pas à un euro près, même si le géant a vu ses bénéfices diminuer de 25 % pendant le premier trimestre de cette année. Reste à voir si le championnat de Russie va devenir une compétition attrayante. Le football russe reste synonyme de longs voyages éreintants et de matches hivernaux disputés sur des terrains gelés. Les distances considérables qui séparent les différents clubs constituent une barrière pour les supporters. S'ils veulent supporter le Zenit chez un concurrent non moscovite, ils doivent entamer leur périple trois jours avant la rencontre. Le manque d'ambiance est renforcé par les mauvaises installations des clubs. Beaucoup de stades sont désuets, peu sûrs et souvent dépourvus de tribunes couvertes. Cela va toutefois changer, puisque la Russie organisera le Mondial 2018. D'ici quelques années, beaucoup de villes vont donc disposer de nouveaux stades. Le Zenit Saint-Pétersbourg va aussi avoir un nouveau stade qui pourra accueillir 67.000 personnes et s'appellera Gazprom Arena. L'inauguration était initialement prévue pour décembre 2009 mais un différend entre Gazprom et les autorités locales a interrompu les travaux. Même selon les normes russes, le coût est gigantesque. Selon les dernières estimations, en 2014, le Zenit se produira dans un bâtiment qui aura coûté 1,1 milliard d'euros. Ce sera le stade le plus cher de tous les temps. En attendant, le Zenit dispute ses matches dans le stade Petrovski, qui date de 1925 et a une capacité de 21.000 places. L'arène est belle, entourée d'eau, mais ne satisfait pas aux exigences de l'UEFA. Elle ne convient pas non plus aux aspirations mégalomanes de Gazprom et de la direction du club. Jusqu'en 2005, c'était un club d'ouvriers, une équipe à caractère provincial. Le Zenit a pris entre-temps une autre dimension. Cette année, son objectif officiel est de survivre à la phase des poules de la Ligue des Champions. Puis, on placera la barre un peu plus haut chaque année. PAR SÜLEYMAN ÖZTÜRKBudget du Zenit : 150 millions, une paille dans la comptabilité de Gazprom.