Les considérations d'avant saison valent ce qu'elles valent. Il n'empêche que, pour le Sporting Charleroi, elles ne sont pas folichonnes. Sport/Foot Magazine a prédit une douloureuse 17e place pour les Zèbres. Même pronostic du côté de Ciné Télé Revue. Pour La Gazette des Sports, De Morgen et la société de paris Bingoal, il y a plus d'espoir : il est question d'une 15e place synonyme de maintien. Comme lors des deux dernières saisons, finalement.
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Les considérations d'avant saison valent ce qu'elles valent. Il n'empêche que, pour le Sporting Charleroi, elles ne sont pas folichonnes. Sport/Foot Magazine a prédit une douloureuse 17e place pour les Zèbres. Même pronostic du côté de Ciné Télé Revue. Pour La Gazette des Sports, De Morgen et la société de paris Bingoal, il y a plus d'espoir : il est question d'une 15e place synonyme de maintien. Comme lors des deux dernières saisons, finalement. Après trois matches de championnat, on commence à se faire une meilleure idée du potentiel réel de Charleroi. Ce club a produit trois prestations très différentes : une défaite très logique face à La Louvière, une victoire plutôt volée au Standard, puis un nouvel échec û plus discutable que le premier û contre Westerlo. Alors, que valent véritablement les Zèbres cuvée 2004-2005 ? Les entraîneurs adjoints de ces trois clubs rencontrés donnent leur éclairage. Le Sporting entame le championnat dans le concept tactique qui a permis à Jacky Mathijssen de le maintenir en D1, en mai dernier : un 4-3-3 marqué par la présence, en pointe, du nouvel attaquant brésilien Orlando, et par un axe défensif inédit Thierry Siquet-Mahamoudou Kéré (qui remplacent les blessés Ibrahim Kargbo et Mustapha Sama). La sauce ne prend pas et les Louviérois se promènent pendant une heure et demie. On a l'impression que la canicule ne frappe qu'une seule équipe ! L'assistant d'Albert Cartier livre son analyse. Frédéric Tilmant : Les rapports étaient assez positifs. Nos scouts avaient notamment été impressionnés par la victoire facile de Charleroi contre Virton. Le Sporting avait prouvé qu'il savait marquer assez facilement. Dans ce match, les Carolos ne m'ont jamais donné l'impression de vouloir tirer sur la même corde. Ça manquait méchamment d'unité et il y avait des espaces énormes entre chaque ligne. Une chose saute aux yeux : dans cette équipe, il y a peu de fortes personnalités ou de joueurs capables de faire la différence sur une action individuelle. C'est donc le collectif qui peut faire pencher la balance. Il faut que tous les gars décident de jouer ensemble. C'est d'abord une question d'état d'esprit. Je suis persuadé que Mathijssen peut l'améliorer. D'ailleurs, on a déjà vu une autre solidarité une semaine plus tard, au Standard : Charleroi a gagné là-bas d'abord parce que tous ses joueurs se sont serré les coudes. L'exclusion de Kéré après une demi-heure a évidemment joué un rôle. Charleroi a dû faire le reste du match à 10 contre 11, et c'est pour ainsi dire peine perdue sous une chaleur pareille. C'est typiquement le genre de match qu'on doit jouer à 11 pour avoir une chance de le gagner. Les organismes des gars du Sporting ont complètement lâché en deuxième mi-temps. Maintenant, on peut se demander s'ils étaient aussi bien préparés que nous pour affronter la canicule. Nous nous étions entraînés en plein après-midi pendant toute la semaine, en nous doutant que nous risquions d'affronter des conditions météo extrêmes, le dimanche à 15 heures. C'est possible. Dès les premières minutes, j'ai eu l'impression qu'ils nous sous-estimaient. Parce que leur campagne de préparation avait été prometteuse alors que la nôtre s'était moins bien passée ? Sans doute. Il n'y avait peut-être pas que les journalistes flamands qui considéraient La Louvière comme un oiseau pour le chat ! En gagnant 2-5 là-bas, nous n'avons pas seulement fait apparaître les faiblesses de Charleroi : nous avons aussi prouvé tout notre répondant. Marquer cinq buts à l'extérieur, ça n'arrive pas chaque week-end dans le championnat de Belgique. Prendre un adversaire de haut, considérer que les trois points sont dans la poche avant de monter sur le terrain, c'est souvent mortel. Et c'est exactement ce qu'ont fait les Standardmen une semaine plus tard, en recevant Charleroi. Le gardien fait partie du jeu. C'est toute la défense du Sporting qui s'est métamorphosée pour ce match. Contre nous, elle a commis énormément d'erreurs grossières alors qu'à Sclessin, il y avait un vrai bloc défensif sur la pelouse. C'était évidemment un pion important. A un tel point que je me demande si Dufer n'était pas trop déterminant pour Charleroi. Il marquait et faisait marquer, mais il compliquait selon moi le jeu collectif parce qu'on se basait trop sur lui, on misait trop sur le fait qu'il pourrait faire la différence. Brogno reste Brogno : un attaquant entreprenant et râleur qui cherche constamment la faute et l'obtient régulièrement. Ce n'était pas mon style, mais ça lui réussit : tant mieux pour lui. C'est le style d'attaquant que beaucoup de clubs recherchent : il est très athlétique et a du sang-froid devant le but. La façon dont il a fixé Silvio Proto, c'était un cas d'école. Pour certains, c'est le hold-up parfait : deux occasions, un seul corner, mais deux buts marqués. Ma-thijssen est passé au 4-4-2 en faisant sauter Majid Oulmers de l'équipe. Derrière une défense sérieuse et solide, Laquait multiplie les arrêts, et le Standard se casse les dents. L'adjoint de Dominique D'Onofrio donne son avis. José Riga : Tout à fait. Chapeau à Jacky Mathijssen d'avoir remis aussi rapidement l'équipe sur les rails, d'avoir réussi à regonfler des joueurs qui devaient être dans le trou. Il n'empêche que notre défaite n'avait rien de logique : il n'y avait pas photo entre ce que le Standard a montré et ce que Charleroi a fait. On a très vite vu que toute l'équipe de Charleroi voulait rester groupée et respecter des consignes très précises. C'était un vrai bloc, très difficile à bouger. J'avais rarement vu, la saison dernière, un Sporting aussi uni. Nous avons facilement animé le match pendant les 40 premières minutes, mais l'adversaire faisait le gros dos, la ligne arrière était très efficace et le gardien faisait le reste. Nous avons eu plusieurs fois l'occasion de plier le match. Mais ils n'ont jamais craqué et c'est une preuve de leurs ressources mentales. Puis, il y a eu ce corner, l'égalisation, suivie très vite du but de Brogno : 100 % d'efficacité. C'était 1-2 à la mi-temps alors que nous n'avions pas vraiment été mis en difficulté : illogique. Toni Brogno reste un renard des surfaces, mais nous ne l'avons laissé s'exprimer que sur une seule action. C'était une des clés du match. L'autre clé, c'était de les maintenir devant leur but : nous y sommes aussi parvenus. C'est pour cela que le score est illogique. Chaque fois que le Standard combinait ou passait par les flancs, c'était dangereux. Mais nous ne l'avons pratiquement plus fait en deuxième mi-temps. Nous l'avions pressenti après avoir vu Oulmers passer à côté de son match contre La Louvière. Nous nous doutions qu'il risquait d'être remplacé par Loris Reina, qui n'a pas les mêmes qualités de débordement. Le 4-4-2 devenait donc fort envisageable. Je la trouve moins sauvage, moins rugueuse. Souvenez-vous du match que nous avions joué là-bas : ce fut parfois violent. Aujourd'hui, c'est plus réfléchi, plus solidaire et mieux en place. Contre nous, je n'ai plus décelé de réactions de panique en défense, dans les moments chauds, comme c'était parfois le cas l'année passée. Sans doute. Il y a moins de talent qu'au cours des dernières années. Selon moi, c'est l'une des explications aux pronostics d'avant saison. L'autre grande explication, c'est la force de l'habitude : Charleroi a tellement pris le pli de se battre pour ne pas chuter en D2, que beaucoup de gens ont fini par se dire que la lutte pour le maintien était devenue une fatalité là-bas. Mathijssen vise clairement une première victoire à domicile. Le Sporting s'aligne au départ dans un 4-4-2 qui se transforme régulièrement en 4-2-4 grâce à Majid Oulmers et Ousmane Bangoura. Ce dernier, présenté comme le successeur de Dufer, montre de très bonnes choses. Mais la meilleure trouvaille de Charleroi sera peut-être le Français Grégory Christ, introduit en deuxième mi-temps et qui réussit plusieurs actions très intéressantes dans une nouvelle configuration : un 4-3-3 avec deux médians offensifs (dont Laurent Macquet, entré à la 46e minute), alors que le 4-3-3 du match contre La Louvière utilisait deux récupérateurs. Il n'empêche que le Sporting ne remontera jamais le handicap concédé après trois minutes de jeu. Le T2 de Jan Ceulemans juge les Zèbres. Dany Vlayen : Non, pas du tout. Westerlo a le même niveau que la saison passée, quand nous avons terminé le championnat à la sixième place. Malgré cela, nous n'avons pas réussi à dominer Charleroi : cela en dit assez sur la vraie valeur du Sporting. Ce n'est pas étonnant : il faut donner du temps au temps. Pourquoi sommes-nous efficaces ? Parce que notre groupe n'a pour ainsi dire pas été modifié. Alors que j'ai vu, dans l'équipe de Charleroi qui nous a affrontés, six joueurs qui sont arrivés cet été. Et j'ai surtout vu 14 joueurs très valables, il n'y a pas grand-chose à jeter. Quand vous avez un gardien comme Bertrand Laquait, un organisateur comme Thierry Siquet derrière et un Laurent Macquet pour orienter la man£uvre dans l'entrejeu, vous pouvez voir venir. Mais ce n'est pas en deux mois que Jacky Mathijssen peut former un ensemble cohérent et capable de jouer dans le haut du tableau. Il faudra aussi que ce groupe passe le plus de temps possible ensemble. Savez-vous comment nous allons fêter notre victoire ? Lundi, après l'entraînement, c'est barbecue et partie de pêche. Jan Ceulemans a compris depuis longtemps l'importance de ces petites choses apparemment anodines. Des réunions pareilles pourraient faire du bien à Charleroi aussi. Quand on veut trop bien faire, on peut prendre des points, mais aussi en perdre ! Dès que nous avons marqué notre but, nous avons voulu gérer les événements, tout le groupe a constamment bougé ensemble. Finalement, nous avons donné une petite leçon de football à notre adversaire. Elle montre une plus grande envie de jouer au football. Il ne faut pas s'inquiéter pour elle : j'ai surtout vu des choses positives. Avec le temps, elle prouvera toute sa valeur. Je suis certain que Charleroi ne se battra pas toute la saison pour éviter la culbute. Normal, il fallait prendre des risques. La pression vers l'avant a été très intense par moments. Charleroi commençait à nous étrangler, et nous avons alors trouvé la parade : nous avons décidé d'étrangler complètement Macquet car nous savions qu'il risquait fort de faire basculer le match. Dès ce moment-là, nous avons de nouveau fait jeu égal avec notre adversaire. Macquet a tout : il demande énormément de ballons, il peut donner des assists et marquer. Nous avons d'ailleurs été étonnés qu'il ne commence pas le match, surtout après ce qu'il avait montré au Standard. Rien de spécial. Brogno, je le connais comme ma poche. C'est moi qui l'avais fait venir de l'Olympic à Westerlo. Je sais parfaitement ce qu'il sait faire, mais aussi ce qu'il ne sait pas faire. Le réduire au silence n'a donc pas été un gros problème pour nous. Passer un défenseur en misant sur sa vitesse, comme il le faisait il y a quatre ou cinq ans. Il n'en est plus capable ! Si j'entraînais Charleroi, je ne l'alignerais plus comme attaquant. Je lui confierais un rôle libre dans l'entrejeu. Mais il n'a jamais eu cette opportunité à Westerlo parce que nous ne jouons pas avec un vrai numéro 10. Non. Celui-là est tellement doué qu'il peut jouer partout. Je ferais venir un ou deux bons joueurs de flanc. Ça reste le point faible de cette équipe. Le danger n'est pour ainsi dire jamais venu de là, alors que chez nous, un Marc Wagemakers est toujours susceptible de faire mal. Pierre Danvoye" DUFER ÉTAIT trop déterminant " (Frédéric Tilmant) " CHARLEROI est moins sauvage " (José Riga) " BROGNO doit jouer en NUMÉRO 10 " (Dany Vlayen)