Imaginons que le Real Madrid ait placé une petite annonce pour trouver un successeur à Vicente del Bosque. Elle aurait été plus ou moins la suivante : " Club de format mondial cherche un professeur de football très qualifié pour son équipe fanion ". Carlos Queiroz, alors entraîneur adjoint de Manchester United, se reconnaît dans la description et pose sa candidature. Mais le texte n'est pas fini : " ... qui puisse entretenir une bonne ambiance au sein de l'équipe, motiver des vedettes mondiales et se contenter de les laisser jouer ".
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Imaginons que le Real Madrid ait placé une petite annonce pour trouver un successeur à Vicente del Bosque. Elle aurait été plus ou moins la suivante : " Club de format mondial cherche un professeur de football très qualifié pour son équipe fanion ". Carlos Queiroz, alors entraîneur adjoint de Manchester United, se reconnaît dans la description et pose sa candidature. Mais le texte n'est pas fini : " ... qui puisse entretenir une bonne ambiance au sein de l'équipe, motiver des vedettes mondiales et se contenter de les laisser jouer ". Si le Portugais Carlos Queiroz, âgé de 50 ans, avait lu l'annonce jusqu'au bout, il continuerait à assister Sir Alex Ferguson dans l'organisation de ses entraînements et le Real aurait évité un énorme malentendu. Depuis son engagement, Queiros n'a osé prendre qu'une seule décision lui-même. La direction a rencontré son souhait d'enrôler comme adjoint son compatriote José Peseiro. Elle a pris toutes les autres décisions sans en informer Queiroz, sans même lui gréer un droit de regard. Ainsi, le transfert d'un défenseur central a été problématique. Durant le vol de retour de la tournée de promotion en Asie, cet été, Queiroz a confié à quelques journalistes qu'il souhaitait de tout son c£ur obtenir un renfort pour l'axe de sa dernière ligne, car " une Ferrari ne roule que si elle a quatre roues ". L'entraîneur a reçu une réponse rapide, également par voie de presse. Jorge Valdano, le directeur sportif du Real a jeté, froidement : " Nous avons quatre Ferrari en défense ". Le Portugais n'a pas bronché. Queiroz est un homme simple et sympathique, qui s'épanche rarement. Il est un homme de peu de mots et il pèse ceux-ci lors de ses contacts avec les journalistes. Ce n'est pas dû à un quelconque problème linguistique. Queiroz s'exprime très bien, voire parfaitement, en portugais, en français, en anglais et en espagnol. Mais quand il a dit vouloir travailler avec un noyau plus restreint û 22 joueurs, éventuellement complétés par de jeunes talents en devenir û il a commis une monumentale erreur ! Morientes, Celades, Munitis, McManaman, Ceremi, Flavio Conceicao et enfin Makelele ont quitté le club et ce n'était évidemment pas ce qu'il voulait. Il avait compris la cure d'amaigrissement autrement. La vente de ces joueurs-là n'entrait absolument pas dans ses projets. C'est la direction qui a pris la décision, toute seule, mais le noyau était du coup beaucoup trop étriqué. Pour son déplacement à Valence (1-1), l'entraîneur avait tellement peu de joueurs à sa disposition û ses vedettes étant requises avec leurs équipes nationales respectives û, qu'il a dû placer sur le banc six talents en devenir. " Le nommer adjoint a sans doute été une de mes meilleures idées ", a déclaré Ferguson, un jour. Le poste d'entraîneur adjoint est sans doute une fonction idéale pour un professeur de football comme le Portugais, qui peut alors apporter beaucoup au groupe, grâce à une maîtrise théorique incontestée. A ce poste, il peut consacrer d'innombrables heures à une préparation extrêmement pointue ou au visionnage et à l'analyse approfondie de matches. Il peut mettre sur pied un programme d'échauffement, consacrer sa science à la condition physique des joueurs. Il peut puiser dans son énorme bagage pour instaurer une culture des détails, comme il aime à le dire lui-même. Mais entraîneur en chef ? En 1994, n'a-t-il pas échoué dans sa tentative de qualifier le Portugal pour le Mondial américain ? Voilà grosso modo à quoi ressemble un entraînement du Real. L'entraîneur adjoint travaille les actions défensives avec Beckham, Raul, Zidane et Figo- des gestes défensifs dans le chef de tels talents offensifs, ça fait vraiment mal aux yeux. Pendant ce temps, Queiroz s'occupe lui-même de Ronaldo. Le Portugais fait partie de ces entraîneurs qui veulent ôter au football ce qui fait justement son charme : l'imprévisible. Il part du principe qu'on gagne des matches et des championnats grâce à la défense. C'est une théorie tout à fait légitime, que beaucoup d'entraîneurs défendent mais au Real, elle détonne comme un coup de poing sur l'£il. Cette équipe qui possède un tel registre offensif va donc orienter ses man£uvres offensives sur Ronaldo et servir le Brésilien de longs ballons depuis l'entrejeu. Queiroz a l'avantage que Beckham s'intègre parfaitement dans cette tactique. L'Anglais pourra distiller des passes à c£ur joie. Mais combien de ces passes, aussi précisément soient-elles données, seront interceptées par l'adversaire ? Et surtout, dans quelle mesure cette tactique permettra-t-elle d'exploiter le potentiel de Raul, Figo et Zidane ? Ils sont en effet les chantres de la circulation rapide du ballon, par de nombreuses stations intermédiaires. En outre, Queiroz avait modifié au moins trois fois sa tactique lors des quatre premiers matches, sans qu'aucune occupation ne semble fonctionner. Un journaliste TV expérimenté a constaté : " Cet homme n'y comprend rien ". Il a observé Queiroz sur sa ligne, dispensant des consignes, gesticulant à l'intention de son adjoint sur le banc, lui demandant conseil avant de rejoindre la ligne, pour appeler un joueur qui se trouvait à 50 mètres de là et lui donner d'autres directives. Sur base de sa classe individuelle, le Real peut et va gagner encore beaucoup de matches. Mais sera-ce vraiment grâce à Queiroz ? Après le 1-1 contre le FC Séville, l'entraîneur a essuyé les premières foudres des journalistes, lors d'un débat radio nocturne. Le panel présent était unanime sur un point : il ne convient pas au Real et plus vite il sera démis de ses fonctions, mieux ce sera... Harald Irnberger et José Martins" Le Real gagnera encore beaucoup de matches, malgré son coach "